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La pandémie épreuve de vérité

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Un mal inconnu venu d’ailleurs et se répandant partout ne peut qu’ébranler toute société et mettre à l’épreuve la résilience d’un peuple. 

Par Michel Barat, ancien recteur de l’Académie de Corse

Par exemple, les personnels médicaux et soignants ont brillamment démontré leur capacité de mobilisation, d’adaptation et de dévouement alors que notre système de santé, capable de protection individuelle, riche de talents et de compétences, a montré combien il pouvait être défaillant en matière de santé publique où il ne s’agit plus d’abord de soigner et guérir chacun mais de protéger tous, ces deux missions ne se recouvrant pas nécessairement. Les pouvoirs publics français se révèlent économiquement des plus protecteurs voire les plus efficaces à l’égard des entreprises, des salariés et des indépendants, en revanche ils se révèlent plus fragiles et plus hésitants pour prendre les mesures contraignantes privatives de libertés individuelles comme toute action de santé publique. 

Les commentaires médiatiques sur l’action publique sont tout aussi contradictoires et flottants quand ils sont de bonne foi et parfois sombrent dans la polémique politique la plus basse pour se repaître des rumeurs les plus stupides ; nos chaînes d’information en continu ressemblent ainsi parfois au compte Tweeter de Donald Trump au point que bien souvent on a envie de les fermer.

Le règne des opinions 

Mais ce que révèle le plus cette pandémie c’est que notre démocratie s’est affaiblie en transformant le débat contradictoire, éclairé et rationnel en démocratie d’opinions où toutes les opinions se valent en abandonnant tout critère de réalité sans parler de celui de vérité. 

On est même en droit de constater que l’ignorance et la bêtise l’emportent sur le savoir et la science. Les discours entendus sur les vaccins régressent en deçà de la médecine du xixe siècle, en deçà de Claude Bernard, en deçà de celle du xviie siècle nourrie du rationalisme cartésien pour sombrer dans la caricature des médecins médiévaux chez Molière. On a même entendu un vrai grand médecin, le professeur Raoult, vanter lors de ses auditions devant le Sénat et l’Assemblée nationale la méthode analogique, celle d’Aristote. On ne peut pas lui reprocher de s’être trompé sur son traitement car il a eu le mérite de tenter alors qu’il n’y en avait aucun. En revanche ses prestations publiques qui s’en prenaient de fait à la méthode expérimentale dans son refus de toute vérification randomisée témoignent d’une régression obscurantiste, se réfugiant dans l’argument d’autorité du style « Aristote a dit », des Diafoirus moliéresques, qui consiste à refuser tout débat éclairé au nom de son autorité. 

Sur ce plan, il n’est pas le seul : un très grand professeur français, prix Nobel conjoint avec une autre française, aujourd’hui désignée experte auprès de la présidence de la République, Françoise Barré-Sinoussi, le professeur Luc Montagnier a sombré depuis longtemps dans le complotisme anti-vaccin. L’une est restée une figure de la science, l’autre a cédé aux sirènes de la régression obscurantiste.

Régression intellectuelle

Ce qu’a révélé la pandémie, c’est une régression intellectuelle et un retour à l’obscurantisme. On serait conduit à dire que tous ceux qui ont passé le baccalauréat général et technologique ont non seulement oublié mais occulté leur première leçon de philosophie qui consiste à faire la différence entre l’opinion et le savoir, la première n’étant qu’une croyance masquant l’ignorance. Ils refusent même de tenter de la redresser en opinion droite. Ce mouvement s’est massivement amplifié par les réseaux dits sociaux répandant sans distinction toutes les opinions y compris les plus farfelues. Non, toutes les opinions ne se valent pas car beaucoup sont fausses. 

Une telle régression pourrait donner un Trump à la France. Mais depuis quand a-t-on chassé le savoir comme centre de l’enseignement ? Depuis une trentaine d’années en le déplaçant démagogiquement vers l’enfant, oubliant ainsi qu’éduquer consiste non pas à enraciner dans le milieu social et familial mais au contraire à en sortir pour emmener plus loin, ce que d’ailleurs doivent faire tous les parents car ils savent que leurs enfants quitteront heureusement un jour leur foyer. Notre régression intellectuelle est celle de l’éducation qui a oublié au point de refuser que sa première mission est d’instruire. 

Des élèves victimes 

Les premières victimes de cet abandon sont les enfants des classes les plus défavorisées qui ne peuvent trouver à domicile l’instruction. 

Passer de l’instruction obligatoire à la scolarisation obligatoire, à quelques exceptions évidentes, peut être l’occasion d’une renaissance non seulement de l’École mais encore du savoir. La mesure, certes, ne touche que quelques milliers d’élèves sur des millions, mais elle modifie positivement et profondément l’esprit de l’École contemporaine.

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