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Chaque semaine, Caroline Ettori et Michel Barat, ancien recteur de l’académie de Corse reçoivent un acteur de la vie publique insulaire.

Politique, société, tendance, économie, sport… Décryptages et analyses sont dans Revue de Corse.

Le vendredi à 8 heures, le samedi à 13 heures et le dimanche à 18 heures.

Revue de Corse avec Laetitia Descoin-Cucchi, présidente de l’association Inseme
Revue de Corse avec Philippe Perfettini, auteur de Napoléon, punk, dépressif…Héros
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Revue de Corse avec Jean-Pascal Terrazzoni d’Adduniti
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Revue de Corse avec Johan Pinna pour parler audace et éloquence
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Revue de Corse avec Kevin Petroni pour son ouvrage L’adieu aux aspirations nationales
Revue de Corse avec Fatima Pupponi du Festival des cinémas du Maghreb
Revue de Corse avec Bernard Biancarelli des Editions Albiana

En 1791, Napoléon pense rentrer définitivement en Corse, mais en 1793 lui et sa famille seront chassés de l’île

Par René Santoni

Pascal Paoli, son « père spirituel », rentré d’exil le 14 juillet 1789, avait été chargé par Louis XVI de l’administration politique et administrative du département de la Corse.

Ce département nouvellement créé comme dans tout le pays devait remplacer les anciennes divisions politiques et administratives, générant de nombreux postes de responsabilité et plusieurs milliers d’emplois payés par l’État.

Alors que depuis toujours de nombreux Corses ne commerçaient qu’avec le troc – la monnaie se faisant rarissime, les impôts étant même payés en nature – on estime que l’ensemble des emplois créés en Corse en 1790 et 1791 a fait rentrer la somme de 5 millions de francs en numéraires dans l’île tous les ans.

Napoléon pensait qu’avec son frère Joseph, il pourrait jouer un rôle politique important auprès de l’idole de son adolescence.

Cependant, il comprit rapidement que les Bonaparte ne faisaient pas partie du premier cercle du nouvel homme fort de la Corse qui leur préférait sur Ajaccio, les Peraldi et Pozzo di Borgo.

Il ne baissa pas pourtant les bras, et après une courte période de séduction, caractérisée par « La lettre à Buttafoco » au mois de janvier 1791, il décida de prendre son destin en main, voulant être un acteur des bouleversements qui agitaient la Corse sans l’appui de Pascal Paoli.

Napoléon nommé adjudant-major de la Garde nationale soldée à Ajaccio (grade assimilé à celui de capitaine) avec une solde de 1 500 francs par an

Au début de l’été 1791, alors qu’il est en poste à Valence avec le grade de premier lieutenant d’artillerie il songe à démissionner. Toutefois, un décret du 4 août 1791 venait de créer un nouveau corps militaire placé sous l’autorité des départements ce qui lui offrait la possibilité de postuler pour un emploi d’officier en Corse.

Cette force militaire (la Garde nationale soldée) forte de 100 000 hommes venait concurrencer l’Armée royale après la fuite du Roi à Varennes. Elle était commandée par des officiers de l’armée régulière, ce qui permit à Napoléon d’obtenir un poste d’adjudant-major dans l’un des quatre bataillons, forts de 550 hommes formés en Corse (district Ajaccio-Tallano).

Napoléon se crée un patrimoine foncier et s’endette sur douze années

Dès son arrivée en Corse, Napoléon éprouve le besoin de se constituer un patrimoine foncier à la hauteur de ses ambitions politiques.

À la suite de la Constitution civile du clergé, tous les biens de l’Église avaient été confisqués et mis aux enchères selon des modalités définies par le décret du 14 mai 1790 de l’Assemblée constituante.

Les valeurs de ces biens étaient estimées à vingt-deux fois leur revenu et les acheteurs, sous réserve d’avoir effectué un versement comptant de 12 à 30%, pouvaient payer le solde en douze annuités avec un taux d’intérêt de 5%.

Dans ces conditions, Napoléon et son oncle Joseph Fesch décidèrent de s’associer et de soumissionner pour l’achat de divers biens nationaux qui avaient été la propriété du chapitre de la cathédrale d’Ajaccio. Ils remportèrent les enchères le 13 décembre 1791.

Cet achat comprenait entre autres le domaine de Saint-Antoine à Ajaccio qui se composait de 250 hectares de terres, de la chapelle de Saint-Antoine et d’une maison d’habitation située près de la chapelle pour le prix de 5 500 francs[1], payables en 12 annuités de 650 francs sur lesquels Napoléon s’était engagé pour un montant de 325 francs, soit 20% environ de sa solde annuelle de 1 500 francs.

Les livres de compte du cardinal Fesch

En feuilletant les livres de compte du cardinal édité par l’abbé Vanel, on trouve des renseignements concernant ces achats.

C’est ainsi qu’on apprend que le 11 janvier 1793, Napoléon et son oncle mandatent un huissier afin de sommer les locataires de la maison de Saint-Antoine de quitter les lieux.

Le 5 mars de la même année les deux co-indivisaires ont réglé 325 francs chacun pour le règlement de la première annuité pour Saint-Antoine.

Au mois de juin de la même année, les Bonaparte sont chassés de la Corse qui se placent en 1794 sous protection britannique jusqu’au mois d’octobre 1796. Toutefois, même si l’île n’appartient plus à la République pendant cette période, les Bonaparte ne voulant pas perdre leur achat, Joseph Fesch depuis Nice obtient l’autorisation de solder la dette de leurs achats le 31 mars 1796.

Quel était l’intérêt pour les Bonaparte de posséder ces biens ?

Les Bonaparte à l’époque étaient de petits propriétaires terriens possédant quelques hectares de terrain, dont la propriété malsaine des Salines. Seule la vigne de La Sposata qui représentait une superficie de 2 hectares avait quelques valeurs. Avec l’achat de Saint-Antoine, le patrimoine familial est multiplié par 4 ou 5, et Napoléon se crée ainsi un patrimoine personnel.

De plus, avoir des bergers sur ses terres représentait à l’époque un intérêt non négligeable d’un point de vue de l’influence de Napoléon à Ajaccio.

Les bergers de Saint-Antoine sauvent la vie de Napoléon

De nombreux historiens qui ont étudié la jeunesse de Napoléon (Nasica, Renucci, le baron de Coston, l’abbé Galetti, etc.) narrent une aventure qui aurait pu très mal se terminer pour Napoléon sans l’intervention des bergers à qui il louait le domaine de Saint-Antoine.

Le 2 avril 1793, la Convention avait décrété l’arrestation de Pascal Paoli à la suite à de graves accusations portées contre lui à Toulon par Lucien, le jeune frère de Napoléon à peine âgé de 18 ans.

En représailles, le 24 avril 1793, Napoléon échappa à une embuscade tendue par les paolistes, alors qu’il se trouvait aux Sanguinaires.

Ses assaillants attendaient son retour à Ajaccio pour l’assassiner.

Napoléon, averti, ne revint pas sur ses pas, mais il contourna les Sanguinaires et se dirigea vers ses terres de Saint-Antoine, où il retrouva le chef des bergers Bagaglino natif de Bocognano.

Ce dernier lui donna asile et le lendemain, il envoya un berger nommé Marmotta porter un message à Letizia afin de lui donner des nouvelles de son fils.

Avec l’aide de nombreux jeunes bergers Napoléon sera exfiltré et pourra rejoindre Ajaccio.

Napoléon leur exprimera sa reconnaissance lors de son escale ajaccienne en 1799 alors qu’il revenait d’Égypte. Il demandera à voir les deux bergers et fit à cette occasion de nombreux cadeaux à Marmotta et dota la fille de Bagaglino.

Ce dernier qui avait visité l’Empereur à l’île d’Elbe sera coché sur son testament à hauteur de 10 000 francs.

Épilogue

Quelques mois après sa nomination au grade d’adjudant-major, le 1er avril 1792, Napoléon sera élu lieutenant-colonel après une élection mouvementée.

Il participera à ce titre à l’expédition de Sardaigne, et au mois de juin 1793, les Bonaparte quitteront définitivement la Corse chassés par les paolistes.

Napoléon gardera le domaine de Saint-Antoine toute sa vie, et à sa mort, il le lèguera par testament à son oncle Fesch.

À la mort du prélat, son exécuteur testamentaire, Joseph Bonaparte léguera à la ville d’Ajaccio tous les biens que le cardinal possédait dans cette ville, mais il se réserva, entre autres, la jouissance pendant 25 ans des revenus des terres de Saint-Antoine[2]. Cette disposition souligne tout l’intérêt que les Bonaparte avaient porté à ce domaine.

Aujourd’hui, cette maison est en ruine au milieu d’une carrière et est menacé de disparition. Elle est pourtant un témoin important de la vie du jeune Bonaparte à Ajaccio et symbolise à elle seule, les multiples rebondissements du destin de Napoléon.


  1. Archives départementales de la Corse-du-Sud : le procès-verbal de la vente aux enchères du 13 décembre 1791 au bénéfice de Joseph Fesch et de son neveu Napoléon sous la cote 1Q78.
  2. Transaction Survillers du 1er septembre 1842 (Archives départementales de la Corse-du-Sud sous la cote 004/N/4)

6 mois après sa prise de fonction à la direction générale de l’Agence Régionale de Santé (ARS) de Corse, la crise sanitaire du Covid se déclarait, avec la mise en place inédite du 1er confinement qui l’accompagnait. Une période d’une intensité rare pour Marie-Hélène Lecenne, en première ligne pour mettre en oeuvre localement les mesures gouvernementales de lutte contre cette pandémie. 

Par Karine Casalta

Bien que préparée à la gestion de crise de par son parcours professionnel ce sont en effet des mois d’une intensité inouïe qui se sont enchainés pour la directrice de l’ARS au fil de l’évolution de la pandémie. Et une rude mise à l’épreuve malgré sa solide expérience de plus de trente ans dans le domaine sanitaire et social. Marie-Hélène Lecenne a en effet débuté sa carrière en 1990 à la Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales (DRASS) de Picardie en qualité d’Inspectrice des affaires sanitaires. Elle rejoint par la suite la DRASS de la Réunion puis la Directions Départementales des Affaires Sanitaires et Sociales (DDASS) de Vendée où elle a exercé des fonctions d’encadrement supérieur, avant d’être nommée directrice de la DDASS de Lozère. Administratrice civile depuis 2009, chargée de mission auprès du Secrétariat général des ministères chargés des Affaires sociales jusqu’en 2011, elle rejoint alors le réseau des ARS, en charge de son animation tout d’abord, puis à différentes directions qui la conduiront de la délégation de Mayotte à l’ARS Auvergne -Rhône-Alpes avant d’arriver en Corse. 

Au service du système de santé 

 « Dans mes fonctions, notamment en outre-mer, j’avais eu à gérer des crises, sanitaires à proprement parler touchant à l’eau, ou d’ordre social avec un impact sur le système de santé, mais une pandémie d’une telle ampleur était inattendue, tout le monde a été surpris. »

Sans compter qu’en tenant compte des spécificités du territoire, la gestion de la crise nécessitait une vigilance toute particulière, révélant par la même occasion toute l’importance du rôle de l’ARS dans la mise en place locale de la politique de santé.

« Ici en corse on a dû s’adapter, d’abord en raison de la distance, puis du fait que durant la 2e puis la 3e vague la PACA étant très impactée, nous n’avions plus de recours !  Nous avons donc dû travailler à être d’avantage autonome dans notre réponse hospitalière. Nous avons dû nous organiser pour pouvoir accueillir plus de patients. Dans cet objectif nous avons largement été soutenus par l’état en termes d’équipement et de logistique pour nous permettre de faire face à l’afflux de patients. L’inconnu que représentait cette épidémie ne manquant pas de rajouter de la difficulté à gestion de cette crise, il a fallu adapter les réponses au fur et à mesure des enseignements qui pouvaient en être tirés. Et là encore, il a fallu être très réactif » Et de souligner que  l’ARS a pu compter sur la mobilisation de tous, y compris sur les élus locaux, les maires et l’exécutif, avec lesquels des actions collectives sur des champs de compétences partagés tel la protection des personnes âgées, ont été menées pour trouver les meilleures solutions. 

Une solidarité exemplaire

« L’ARS n’a jamais été seule dans cette crise. D’une part nous avons pu bénéficier de l’étayage national pour prendre la mesure d’un certain nombre d’enjeux, et par ailleurs, ici en Corse la solidarité et la cohésion de tout le système de santé face à une telle crise a fortement joué. Très vite nous nous sommes mis en situation de consulter l’ensemble des professionnels de santé chaque semaine, dès le mois de mars 2020, – médecine de ville, système hospitalier, public, privé … – prenant en compte les contributions de l’ensemble des professionnels de l’île. C’est vraiment ce qui nous a permis d’adapter les mesures au contexte insulaire. Ça a été extrêmement précieux. Cela nous a permis aussi d’acquérir une manière de travailler, dans la transparence, dans la fluidité et de limiter l’impact de la crise sur la déprogrammation des soins, sur l’optimisation de ressources partagées, l’accueil des patients, etc… qui ont contribué à l’efficacité des réponses apportées. Sans compter l’équipe formidable qui m’entoure à l’ARS, qui a une connaissance fine des spécificités insulaires et a su ainsi favoriser ce travail de collaboration nous permettant de jouer toutes ces complémentarités. »

Une mobilisation extraordinaire de chacun qui a également permis à la Corse d’avoir une longueur d’avance dans la course à la vaccination. Cette solidarité a en effet permis de s’organiser pour être très tôt en capacité de vacciner les plus vulnérables jusqu’au cœur du territoire.  

Une course de fond

Si la période traversée a été riche d’enseignements sur ce virus et les réponses à apporter, le constat est néanmoins établi que nous ne sommes pas à l’abris dans l’avenir de nouvelles vagues. Ce qui pourrait être le cas avec l’arrivée de nouveaux variants, à l’instar du variant Delta, durant l’été, dont la contagiosité galopante a été exacerbée par le brassage estival de population. Ce qui rend pour la directrice de l’ARS comme pour de nombreux experts la vaccination plus que jamais indispensable. « Nous sommes tous sensibilisés sur le fait que l’épidémie est toujours là et que nous devons garder des comportements adaptés. Par ailleurs après un fléchissement préoccupant, la relance très forte de la vaccination peut nous permettre de parer à cette quatrième vague et d’éviter d’avoir à gérer un impact trop important sur l’hôpital. En cela ces semaines de vaccinations gagnées sont primordiales » Et un nouveau défi pour l’ARS qui se doit aussi de trouver le juste équilibre entre de nouvelles mesures contraignantes à prendre pour contenir l’épidémie et l’économie de l’ile à préserver. Le chemin n’est pas aisé mais Marie-Hélène Lecenne se veut néanmoins optimiste.

Un optimisme encore renforcé par les enseignements tirés de cette crise

« La Corse a montré un bel exemple de solidarité, d’adaptation et de mobilisation générale. Cette conscience d’une responsabilité collective est réellement un élément de confiance réjouissant ». 

Ce qui ne l’empêche pas toutefois de mesurer les conséquences pour l’avenir et réfléchir déjà sur les chantiers qu’il sera nécessaire de  conduire par la suite : « Je suis une maman, et je mesure l’impact que cette épidémie peut avoir sur les plus jeunes. Cet impact sur les jeunes générations est à mon avis profond et va sans aucun doute nous demander des ressources et des adaptations indispensables pour les accompagner tout comme l’accent à porter sur la solidarité intergénérationnelle, que ce soit envers nos ainés ou en direction des plus jeunes »

Une prochaine mission que la directrice de l’ARS , fidèle à ses engagements, ne devrait pas manquer de se saisir à bras le corps. 

Annoncé par Gilles Simeoni, le délai arrive à son terme. Au-delà du symbole, ces cent jours furent consacrés à peaufiner une nouvelle gouvernance et prendre la pleine mesure du défi à relever face aux grands enjeux qui assaillent l’île. Été studieux. Rencontres informelles et réflexions collectives. Ne pas laisser du temps au temps. La tête dans les étoiles, mais les pieds sur terre. Telle est la doctrine de celui qui incarne une majorité absolue et un exécutif en complète harmonie. Des conditions optimales et inégalées, qui impliquent cependant davantage de devoirs que de droits.

Par Jean Poletti

L’euphorie d’une éclatante victoire ne dure que le temps des roses. L’analyse du succès change au fil de la saison. Avec l’arrivée de l’automne, la parenthèse enchantée s’estompe, mettant à nu le mur des réalités. Elles sont multiples et de veines différentes, mais semblent reliées par un invisible fil qui tisse depuis longtemps le mal corse. Celui qui allie retard de développement, précarité, déséquilibre territorial, jeunesse en jachère. Un paysage nimbé d’expectatives, sur fond de forces occultes, drainant dans leur sillage les maux qui nourrissent l’inquiétude d’une société. Et placent une île à la croisée d’un destin. 

« Là où il y a une volonté, il y a un chemin. » La citation attribuée à Lénine s’inscrit dans une évidente acuité. Sans jouer les Cassandre, ou noircir plus que de besoin une situation, nul ne disconviendra que les traitements homéopathiques ne seraient que cautères sur jambes de bois. Cela entérine l’impossibilité de faire du neuf avec du vieux, mais commande d’emprunter des voies originales, qui convergent vers une résolution globale des problématiques. Car même si cela paraît d’emblée peu perceptible, tout est lié. Voilà qui conduit inexorablement à l’équation purement politique que renferme la notion d’autonomie de plein exercice. Elle transcende toute considération factuelle ou circonstancielle. Et se veut le socle sur lequel sera bâtie la Corse nouvelle, récemment validée par l’écrasant choix des électeurs. Il induit les rapports jusque-là chaotiques non pas avec l’État, terme globalisant, mais avec l’actuel gouvernement. Tout en rappelant à notre bon souvenir l’attitude de Macron, qui oublia ses préceptes girondins sitôt franchi le perron élyséen. À un an d’une candidature pour tenter de renouveler son mandat campera-t-il sur ses positions ? Initiera-t-il un échange constructif ? 

L’appel des régions

Il est en tout cas fortement incité par l’assemblée générale des régions de France, où Gilles Simeoni joua un rôle majeur et arbitra l’élection à l’unanimité de la nouvelle présidente, la socialiste Carole Delga. En contrepartie, il obtint que soit inscrit dans un « livre blanc » relatif à la décentralisation un volet spécifique concernant l’évolution institutionnelle de la Corse. Le document sera remis au chef de l’État, et transmis à tous les candidats de la course à l’élection présidentielle. Dès lors, cette question sera en débat au niveau national, et il faudra que les réfractaires expliquent que ce qui est déjà en vigueur dans toutes les îles méditerranéennes relève chez nous de l’impossibilité. 

Rouvrir un tel chapitre revient à revisiter les statuts initiés par Gaston Defferre et Pierre Joxe qui reconnaissaient une spécificité en lieu et place du sacro-saint droit commun. Un refus du prêt-à-porter aux côtes mal taillées, alors que du sur-mesure conviendrait mieux. Ne fut-ce qu’en regard de l’histoire et la géographie. Mais n’est-ce pas un autre Emmanuel, nommé Arène, alors député, qui lança cette formule résumant à elle seule toute notre différence : « La Corse est une île, mais entourée d’eau ! »

Cette volonté qui rejoint le slogan de François Mitterrand, « Corses, soyez vous-mêmes », trouvera-t-il un épilogue. En toute hypothèse, les atermoiements de Paris, les décisions en trompe-l’œil et le vain palliatif de la déconcentration, ne doivent plus être les sempiternels alibis d’une hostilité masquée. 

Le temps est venu pour le chef de l’État de sortir du lassant « en même temps » et d’indiquer de manière claire et sans équivoque quelle est sa vision d’une région, tout à la fois semblable et différente des autres. 

Chevènement ou Rocard

Il lui appartient de dire sans ambages, et une bonne fois pour toutes, si son approche insulaire s’apparente à celle de Chevènement ou de Rocard clamant Jacobins, ne tuez pas la paixStatu quo ou réforme ? Nul n’en doute que la réponse conditionnera un apaisement des relations, ou sera à l’inverse prémices de crispations renouvelées. Macron, qui se targue de modernité, campera sur de vieilles lunes en persistant dans son attitude ? Peut-il tout à la fois plaider pour la réforme d’un pays, et s’engoncer dans ce centralisme d’un autre âge, que rejette à n’en point douter les autres pays européens ? 

Voilà sans nul doute ce qui s’apparente à un marqueur cardinal entre le pouvoir central et une collectivité. Là est le nœud gordien. Celui qui conditionne en cascade les autres problématiques. Certes d’envergure. Mais qui ne pourront être véritablement résolues si quotidiennement le nécessaire espace de dialogue demeure un champ de mines. Tournera-t-il le dos au verdict des urnes ? Et au propos d’un Jospin, Premier ministre, s’exprimant à la tribune de l’Assemblée de Corse sur une motion majoritaire : « En démocratie, le suffrage universel est un juge incontournable dont il faut tenir compte. » Un truisme qui ne fut pas un simple élément de langage, mais trouva son prolongement dans les «lundis de Matignon. »

Dans l’immédiat et sans spéculer sur l’avenir, il paraît opportun de souligner que la nouvelle majorité n’a certes pas de mandat restrictif. Elle aura entière latitude d’ouvrir tous les cahiers de doléances qui lui semblent opportuns. Toutefois, elle devra non seulement sérier le possible et le souhaitable, mais aussi prendre garde de ne pas se perdre plus que de raison dans des hiatus, où elle ne possède nulle prérogative nécessaire pour les juguler. 

Dans ces domaines figure en bonne place le grand banditisme. Oui, elle devra avec une froide détermination contrôler strictement les marchés dont elle a la charge. Sans doute aussi aura-t-elle à cœur de relayer le cri de la société civile, dans ce qui est considéré comme l’accaparement de pans entiers de l’économie par le milieu et ses affidés. Évidemment, elle pourra au nom de la morale et de l’étique plaider pour la marginalisation de ces équipes, adeptes de la contrainte et avançant à bas bruit. 

Brise automnale

Mais en contrepoint, il lui faudra avoir l’humilité de reconnaître ses propres limites dans cette lutte qu’en terme générique on qualifie de « mafiosisation ».

La suite de cet article est à retrouver dans Paroles de Corse #102 – sept21 en vente ici

Derrière chaque entreprise liée aux produits naturels, il y a une femme, un homme passionnés qui travaillent chaque jour pour changer le monde de la consommation de masse de produits issus de la pétrochimie. Dans le cas du projet HOSANE, il s’agit de deux jeunes femmes, Émilie de Peretti et Flavie Fratoni qui ont décidé de livrer bataille pour un retour vers des produits plus naturels, moins nuisibles à l’environnement mais aussi et surtout moins nocifs pour la santé des consommateurs. Avec des expériences professionnelles différentes et la volonté d’entreprendre en Corse, elles nous racontent leurs parcours et nous expliquent comment HOSANE peut révolutionner notre conception de produits d’entretien naturels, sains et écologiques. 

Par Anne Catherine Mendez

Parlez-nous de votre parcours ?

Émilie : j’ai 41 ans, après avoir obtenu un DEA de gestion à Aix-en-Provence, j’ai travaillé dans l’entreprise familiale de cosmétiques et de parfums créée par ma grand-mère. Après quelques années, j’ai décidé de voler de mes propres ailes et de créer une entreprise qui me ressemble, orientée vers une création de produits sains, biologiques, naturels. 

Flavie : j’ai 38 ans aujourd’hui, après un master 2 en management juridique des entreprises, j’ai travaillé à la fois en tant que juriste pour des entreprises commerciales que pour des collectivités publiques. J’ai eu envie de me lancer moi aussi dans la création d’entreprise, et Émilie m’a convaincue par ce projet auquel j’ai adhéré totalement. La préservation de l’environnement, la gestion des déchets, la pollution, sont des sujets qui me touchent particulièrement.

Quel est le point d’ancrage de votre entreprise ?

Notre idée de base est simple, nous avons créé une gamme de produits ménagers comme on crée une gamme de produits de beauté. Aujourd’hui, plus personne ne remet en cause que l’utilisation de produits naturels, biologiques, sains, et écologiques est nocive pour l’environnement et la santé. Mais bien souvent le parfum de propre, la jolie couleur, les promesses d’efficacité des produits de nettoyage classiques sont pleins de ressources pour se valoriser et faire disparaître les produits naturels des paniers de la ménagère. Pourtant, ils contiennent souvent des substances nocives pouvant être corrosives ou allergisantes par exemple. Autant de substances toxiques, qui viennent polluer l’air ambiant et affecter la santé de tous, alors même que l’odeur de propre laisse imaginer que tout est impeccable. 

En comparaison, les produits de nettoyage écologique sont aussi efficaces que leurs correspondances chimiques, à ceci près qu’ils préservent l’environnement, mais aussi la santé de ceux qui les utilisent. Nous avons voulu donc créer les produits de beauté de la maison, efficaces et séduisants, agréable à utiliser comme si notre maison était une seconde peau, dont il faut prendre soin.

Quels sont donc les produits proposés ?

Après une étude de marché, nous avons sélectionné pour créer notre première gamme, trois produits qui sont le plus utilisés par les consommateurs, la lessive, le liquide vaisselle et le papier toilette. La formule de ces trois produits correspond aux valeurs écologiques que nous souhaitions absolument diffuser à travers la marque HOSANE, composants bio, zéro déchet et Made in France. Nous avons donc recherché des partenaires sur le territoire qui correspondaient à ces impératifs.

Pour le liquide vaisselle et la lessive par exemple, ce sont des produits livrés dans un conditionnement concentré (peu de transport d’eau), reconstitués à la maison en moins de deux minutes. Le papier toilette est un papier recyclé sans produit chimique, sans perturbateurs endocriniens. Notre packaging également a été la source de toutes nos préoccupations. Naturellement, il n’est pas en plastique ! Ce sont des bouteilles en matière végétale, à base de canne à sucre et de coquilles Saint-Jacques ou de coquilles d’huîtres. Cela leur donne un aspect plus opaque, plus luxueux. Elles sont 100% recyclables mais peuvent être conservées. 

En effet, nous avons souhaité mettre en place sur notre site Internet qui est la seule source d’achat, un système d’abonnement, de réassort automatique afin d’alléger la charge mentale des consommateurs. 

Le site Internet s’adresse à une clientèle de particulier, mais nous comptons également développer le secteur de l’entreprise. 

La Corse est une région pour laquelle le handicap principal est le transport, y compris en matière de bilan carbone. Nous avons donc un logisticien installé à Lyon, en circuit court, qui réceptionne la marchandise et prépare la livraison à nos clients qui peuvent être localisés n’importe où sur le territoire français. 

Et le financement ?

C’est une aventure formidable, qui demande beaucoup d’énergie, de patience et de confiance en soi et dans le projet que l’on porte à bout de bras. Nous avons eu beaucoup d’appui également en matière de financement. En dehors d’apports personnels, de prêts bancaires qui sont indispensables, nous avons été soutenues par une bourse BPI France, une aide de l’Adec, un prêt d’honneur, une aide européenne liée au projet FRISTART et nous sommes hébergées par l’incubateur régional INIZIA. Nous avons essayé de profiter de tout cet environnement entrepreneurial afin que notre entreprise voie le jour dans les meilleures conditions possibles. Nous avons également développé une campagne de crowdfunding (financement participatif) par l’intermédiaire de la plateforme ULLULE qui a dépassé nos objectifs. D’ailleurs, les précommandes de nos produits sont toujours disponibles…  

Vos projets à moyen terme ?

Aujourd’hui, notre objectif est de consolider cette première gamme de produits mais nous avons dans l’idée de proposer à l’avenir un kit hygiène, qui comporterait par exemple, un gel douche, du dentifrice et une serviette de bain. Dans ce domaine, le développement est infini. 

De quoi êtes-vous fières ?

Nous sommes fières d’avoir réussi à créer nos premiers produits, à sauter le pas. C’est un projet éthique, engageant pour les générations futures. Nous avons eu des doutes, des hauts, des bas, mais nous sommes fières d’avoir osé. Nous sommes toutes les deux des battantes et être deux est une force. 

www.hosane.fr

ullule#hosane

Humeur

Par Nathalie Coulon


Vous avez l’air en tête pour les plus vieux, Bécaud nous chantait : « C’est en septembre… »
Et ce couplet mythique :
« En été, mon pays à moi
En été, c’est n’importe quoi… 
La grande foire aux illusions 
Les slips trop courts
Les shorts trop longs »
C’était il y a déjà plus de 40 ans dans le sud de la France. 
Cet été, la Corse a connu un afflux touristique démentiel, les coins les plus perdus d’un pozzu de rivière aux pinèdes de l’extrême sud de l’île envahis complètement envahis. Une carte postale d’un tourisme de masse à mes yeux déplorable. Je ferme la parenthèse. 
En pleine canicule du mois d’août, les embouteillages, les supermarchés bondés, c’est au rayon frais qu’on devait être le mieux : manquait la pièce dans le jukebox pour nous souffler « Les neiges du Kilimandjaro » et une glace à la menthe à l’eau. Les derniers jours de cette fin d’été me ravissent : les figues mûres sur les arbres, le raisin de table que l’on récoltera bientôt et les vendanges qui approchent. Nous pourrons nous habitants de cette terre si belle nous émerveiller des plages qui peu à peu nous laissent plus qu’un bout de serviette. 
Et puis à bien y réfléchir tout cela est tellement égoïste de vouloir à tous prix profiter quand on sait que les Talibans sont rentrés dans Kaboul, que les Afghans n’ont accès ni à la liberté de se mouvoir, encore moins de s’exprimer alors la mer, la plage que c’est dérisoire. 
Pas de Kaboul plage, pas d’exutoire, je plains de toute mon âme ces femmes. Pour la récap des choses abominables : des incendies dans le Var, on pouvait d’ailleurs de certains coins de l’île apercevoir ses fumées âcres, le tremblement de terre en Haïti et la Polynésie qui ne cesse de compter ses morts du Covid. La 4evague est là, le pass sanitaire et son QR code digitalisé aussi, à vos iPhone, Smartphones à dégainer son laissez-passer sanitaire. 
La guéguerre pro vax/antivax ne cesse d’alimenter les réseaux sociaux et gros titres de journaux. Moi, j’assume mon statut de vaccinée pas convaincue, c’est un statut comme un autre dans ce monde où il est de plus en plus difficile de trouver les codes. Dans un monde qui n’est plus un modèle binaire : homme/femme. 
Avant, il y avait le nombre et le genre depuis la tendance s’est démultipliée : Transgenre. Genré. Fluide. In English please.
No gender. 
Nous sommes devenus des nomades du genre. 
Nous sommes devenus des combattants de l’absurdité de ce monde. 
Qui pourra encore être à la hauteur pour sauver cette planète qui asphyxie sous les déchets, mon constat journalier aux bornes de tri est stupéfiant, les poubelles dégueulent leurs immondices, les gens se foutent de l’environnement, seule une poignée d’irréductibles volontaires se mobilisent pour participer au nettoyage des plages, des sentiers de randonnée.
Il est plus que temps de revenir aux fondamentaux, à l’instruction et à l’éducation. Dans un tout autre contexte, pour le clin d’œil aux pancartes brandies lors de la manif contre l’homophobie où l’on pouvait lire : « Pasquale Paoli era gay ».
Certains s’en sont amusés, d’autres insurgés. 
Moi la grande question qui me turlupine c’est : « Qu’est-ce qu’aurait pensé le Roi Théodore, unique roi de Corse, au pouvoir éphémère des paillotes bobos raphia écolo quinoa, du genre di u babbu di a Patria et de l’ascension du Monte Cintu en espadrilles??? »
L’été est presque fini que septembre vous soit doux et bon.
Bonne rentrée aux plus petits. 
Patience aux plus grands. 
Que vive longtemps l’été indien…

La mobilisation des antivax/anti-pass sanitaire/anti-Macron en général ou en particulier résistera-t-elle aux contraintes de la rentrée ? Après plusieurs manifestations et près de 1 200 participants lors des premiers rendez-vous, fin août, ils n’étaient plus que 400 devant les grilles de la Préfecture à Ajaccio pour rappeler leur opposition aux mesures gouvernementales. Un mouvement minoritaire qui s’essouffle en cette fin d’été mais qui n’a pas fini de faire parler de lui  et de ses contradictions entre politique de santé publique, théorie du complot et libertés individuelles. S’agissant du panel, le doute n’est pas de mise : 61% des personnes interrogées sont favorables à l’obligation vaccinale pour les plus de 11 ans. Parmi elles, les moins de 35 ans sont les plus « réservées », pour à 51% ainsi que les partisans du Rassemblement national à 53%. Par ailleurs, les personnes âgées de plus de 50 ans et, sans surprise, les militants LREM sont nettement en faveur d’une obligation vaccinale à respectivement 68 et 80%. 

Alors que la campagne de vaccination en milieu scolaire bat son plein avec un objectif on ne peut plus clair fixé par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, à savoir tendre vers 100% d’adultes vaccinés, le panel est plus que convaincu par cette annonce. Les hommes sont d’ailleurs 74% à approuver, les femmes se mobilisant à « seulement » 65%. 

Enfin, si de nouvelles restrictions devaient être mises en place en cas d’aggravation de la situation sanitaire, les personnes non vaccinées devraient être concernées par ces mesures selon l’échantillon interrogé. Là encore, les hommes (63%), les plus de 50 ans (64%), les CSP+ (67%) ainsi que les militants LREM (83%) seraient pour appliquer cette distinction. 

Sondage Exclusif Paroles deCorse – Opinion of Corsica – C2C Corse Toute reprise totale ou partielle doit impérativement utiliser la mention complète. Étude réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 502 personnes représentatifs de lapopulation française âgées de 18 ans et plus. Pour cette taille d’échantillon, la marge d’incertitude est de 3 à 5 points. 

 

AVIA U PRUGETTU DI PARTE IN SVIZZERA DA TRAVAGLIÀ PER UN GRANDE GRUPPU ORILLOGIAIU, MA A PANDEMIA DI COVID-19 HÀ CAMBIATU UN POCU STA VIA. TANDU, À 25 ANNI, JEAN-DOMINIQUE LE MEUR HÀ DECISU DI FRANCÀ U PASSU : METTE IN BALLU A SO PROPRIA ATTIVITÀ IND’U SO PAESE D’A SULINZARA, « A SO PICCULA IMPRESA », CUM’ELLU A DICE ELLU. HÀ VULSUTU FÀ E COSE BÈ, RIPIGLIENDU ANCU STUDII DI GESTIONE D’IMPRESA À L’IAE, IN CORTI, ALLORA CH’ELLU VENIA D’ACQUISTÀ U SO DIPLOMA IN ORILLUGERIA. SENZA PRUVÀ ÙN SI PÒ RIESCE, QUESSA L’HÀ CAPITA STU GIUVANOTTU AGGALABATU È PASSIUNATU ASSAI DA U SO MISTIERU. DI A SO CAMERA ZITELLINA NE HÀ FATTU U SO ATTELLU INDUV’ELLE SÒ NATE E SO PRIME CREAZIONI. SEMPRE À L’ORA, HÀ RISPOSTU À E NOSTRE DUMANDE, À U FILU D’UN BELLU SCONTRU…

Prupositi racolti da Petru Altiani

Jean-Dominique Le Meur, qu’est-ce qui vous a incité à vous former à l’horlogerie ? 

J’avais 11 ou 12 ans quand je suis tombé amoureux de l’horlogerie. Je ne comprenais pas pourquoi certaines montres étaient des objets de valeur sans être en métaux précieux, et j’ai appris que ces dernières n’avaient pas besoin de piles pour fonctionner. Ça m’a interpellé et j’ai fait mes petites recherches, j’ai alors découvert ce qu’était un mouvement (mécanisme, ndlr) de montre, c’est là que j’ai mis le doigt dans l’engrenage.

Mon parcours de formation est assez atypique : j’étais à l’internat pour un Bac STI Électronique au lycée Paul-Vincensini à Montesoru, et puis j’ai découvert un cursus de Bachelor en Ingénierie Micromécanique Horlogère à la Haute-École Arc de Neuchâtel. J’ai passé le concours d’entrée et j’étais retenu sous réserve d’obtention de mon baccalauréat. 

À 17 ans, je suis donc parti en Suisse pour cette formation et me suis rendu compte que j’allais finir derrière un ordinateur avec assez peu de pratique à la clé. Je me suis alors réorienté vers un cursus de Bachelor en Conservation des biens du patrimoine, avec une spécialisation pour les objets techniques, scientifiques et horloger, et enfin un Master en Conservation-Restauration des Biens du Patrimoine Horloger toujours à la Haute-École Arc de Neuchâtel, en Suisse ; cette formation comporte une plus grande partie pratique qui a mieux satisfait mon besoin de « mettre les mains dedans ».

En rentrant de Suisse, j’ai fait une formation professionnalisante en Horlogerie au centre P2R Formations à Besançon, pour vraiment compléter mon profil et repartir travailler en Suisse.

À 25 ans, comment avez-vous eu le déclic pour créer votre propre activité ?

Finalement, c’est le Covid-19 qui a tout bousculé, puisque je n’ai pas pu repartir en Suisse à cause de cela. Comme tout le monde, je pensais que ça serait l’histoire de trois mois et me suis dit que j’avais alors le temps pour travailler sur un projet qui me tenait à cœur.

Au début, j’ai simplement dessiné les cadrans, la montre, etc. 

J’ai trouvé les dessins tellement beaux que je me suis dit qu’il fallait que je tente d’en obtenir un produit fini.

J’ai alors commencé à réaliser les dessins techniques, à rechercher les industriels pour me fournir les pièces détachées et produire le cadran selon mes plans et codes Pantone. Finalement, mon projet m’a pris plus de temps que prévu et au bout de six mois environ, j’assemblais la première montre Chronograph Regatta.

Vers novembre, j’ai eu la chance d’être assez médiatisé sur mon projet et tous les chronographes de Régate ont trouvé preneur. J’ai fait le choix de ne pas me rémunérer et d’investir l’intégralité de ce que j’avais pu gagner dans de l’équipement afin de pouvoir lancer ma propre marque de montres : les montres LE MEUR.

En quoi était-ce important pour vous de vous installer dans votre village de Sari Solenzara ?

Au-delà de l’attachement viscéral que je peux avoir pour mon village, il faut savoir que le choix ne m’était pas laissé dans la mesure où, mon activité ne me permettant pas dans l’immédiat d’avoir mon propre local, j’ai simplement fermé et aménagé la terrasse de ma chambre d’enfant en un atelier de création horlogère.

Mais je trouverais magnifique de pouvoir vivre de ma passion ici, et de ne plus avoir besoin de choisir entre ma passion qui m’avait amené à partir en Suisse et ma famille et amis ici en Corse.

Quels types de montres fabriquez-vous ?

La première collection était composée de chronographes de Régate en édition limitée. Aujourd’hui, j’ai déposé la marque Le Meur et j’espère lancer chaque année un nouveau modèle pour enrichir ma gamme.

Chacune des montres Le Meur a été dessinée par mes soins, des premiers prototypes imprimés en 3D jusqu’au dessin technique final de pré-production. J’assure également la réalisation des cadrans ici à Solenzara et les mouvements (mécanismes horlogers, ndlr) sont, pour leur part, suisses.

Chaque montre est assemblée, réglée et testée par mes soins, et chacune est numérotée et garantie 2 ans.

Quel est votre produit phare et ses spécificités ? 

Le produit phare des montres Le Meur cette année, c’est le modèle A PrimaCette première née des montres Le Meur est un modèle élégant et polyvalent, proposé en 4 coloris et animé par un mouvement suisse. Le cadran réalisé par mes soins est abrité dans un boîtier en acier inoxydable étanche à 100 mètres et protégé par un verre saphir très résistant aux rayures. 

L’idée est de proposer une montre originale et durable, le tout à partir de 1 495€. D’ailleurs, j’offre également la possibilité de personnaliser les montres, aussi bien au niveau de la couleur et des inscriptions du cadran, qu’au niveau du dos de la montre grâce à une gravure laser de haute précision. Ainsi, pour moins de 2 000€ on peut obtenir une montre unique et porteuse de sens, que ce soit pour satisfaire ses goûts ou pour marquer une grande occasion.

Il y a également une version ultra premium de ce modèle A Prima…

Combien mettez-vous de temps pour fabriquer un exemplaire de ce produit phare ?

D’abord, il y a des mois de travail acharné en pré-production, c’est-à-dire toute la partie conception, dessin technique, design, recherche de méthodes de réalisation, perfectionnement des techniques afin d’obtenir le résultat recherché. À dire vrai, je suis dessus jour et nuit depuis décembre.

Ensuite, la partie réalisation du cadran, de la gravure, assemblage, réglage, tests, prend une quinzaine de jours entre la première étape et l’obtention d’un produit fini. J’ai estimé ma capacité de production annuelle à environ 60 montres, jusqu’à 80 si je fais de gros sacrifices au niveau de ma vie privée. Mais lancer une activité n’est jamais une chose facile.

Avez-vous à faire à des amateurs, une clientèle locale ou plutôt extérieure à l’île ?

J’ai eu la chance d’être accueilli par le public avec énormément de bienveillance. J’ai reçu beaucoup d’encouragements et de félicitations. Une chose unique était également le fait que j’ai pu rencontrer presque tous mes clients en personne et que cela a été l’occasion pour moi d’échanger avec eux et ainsi d’en apprendre beaucoup sur leurs attentes. Parmi les acheteurs des chronographes de Régate, il y a eu des collectionneurs très avertis, qui possèdent des collections prestigieuses, des personnes qui veulent encourager le « Fattu In Corsica », des parents qui veulent offrir la première « vraie montre » pour les 18 ans ou le Noël de leurs enfants, des gens pour qui cette montre est devenue leur « belle montre », celle que l’on met pour aller au restaurant…

La majorité des montres se trouve sur l’île de Beauté, mais pour une petite vingtaine, elles sont parties aux États-Unis, en Espagne, en Suisse, en France… Ça me fait drôle quand j’y pense. En tout cas, j’ai vraiment été très touché par les nombreux encouragements que j’ai pu recevoir.

Avec quels outils exercez-vous ?

Les outils de l’horloger bien entendu : brucelles, tournevis de précision, soufflette, le fameux Rodico pour ceux qui connaissent, et puis toute la panoplie habituelle qu’il serait trop long de citer ici ; potences à chasser, à river, à sertir, à poser les aiguilles, etc. Et pour la phase de test, il y a le chrono-comparateur, c’est-à-dire l’électrocardiogramme de la montre, et les machines de test d’étanchéité.

L’horlogerie est une discipline formidable dans laquelle quasiment chaque opération nécessite un outil dédié.

Cependant, le fait que je sois la personne qui dessine, réalise et assemble les montres m’amène à utiliser des outils de précision qui ne se retrouvent normalement pas dans un établi d’horloger, par exemple une imprimante 3D résine pour l’impression des prototypes, une graveuse laser de précision pour réaliser les gravures et les plaques de tampographie, une machine de tampographie pour peindre avec précision les cadrans, un aérographe professionnel également pour les cadrans, ou encore une micro-sableuse de précision que j’utilise pour des recherches de textures…

Quelles sont les marques que vous admirez le plus ? 

Je suis bien entendu admiratif des grandes maisons horlogères réputées comme Patek Philippe, Blancpain, Rolex, Oméga… Mais je dois avouer que les maisons horlogères qui m’émerveillent le plus sont un peu plus confidentielles, A. Lange & Söhne, H. Moser & Cie, mais aussi des horlogers incroyables comme Pascal Coyon, Romain Gauthier, Vianney Halter, et également Kari Voutilainen. Leurs pièces sont simplement magnifiques ! On est vraiment dans ce que je considère comme la perfection en termes d’exécution.

Quel est votre regard sur votre secteur d’activité dans l’île et à l’extérieur ?

Aujourd’hui, nous avons une grande communauté de passionnés d’horlogerie en Corse ; la montre est un peu le seul bijou de l’homme de nos jours, et je pense qu’un horloger créateur comme moi peut trouver sa place ici.

Après tout, j’entends souvent une certaine lassitude de la part des amateurs d’horlogerie concernant des montres haut de gamme qui finalement deviennent trop communes car ils en croisent 10 par jour. Les montres Le Meur seraient l’occasion pour eux d’avoir un produit plus exclusif, voire même une pièce unique et personnalisée.

Quels sont vos projets ?

Mes projets finalement sont assez simples : je souhaite que cette première montre LE MEUR, le modèle A Prima, soit disponible au cours de l’été. Si ce modèle est un succès, je souhaiterais quitter ma chambre d’enfant, m’installer dans un local dédié et commencer à vivre de cette activité. Et bien sûr j’aimerais enrichir ma gamme chaque année avec un nouveau modèle pour ainsi proposer toujours plus de choix.

À terme, j’aimerais pouvoir créer de l’emploi avec un horloger à mes côtés ainsi qu’un chargé de communication/marketing. Cela me permettrait de mieux me concentrer sur la partie création horlogère, conception et réalisation des montres et pourquoi pas accueillir des jeunes insulaires passionnés pour des stages, voire même essayer d’être accrédité pour pouvoir accueillir des apprentissages.

Ainsi, les passionnés d’horlogerie pourraient découvrir cet univers sans pour autant avoir à partir à 800 km de chez eux, avec tout le pendant émotionnel, logistique et financier que cela implique.

Per sapè ne di più : www.montreslemeur.com 

Périodiquement non seulement des éditorialistes mais des décideurs politiques de premier plan relancent l’idée d’un ensauvagement de ce que serait la société dans laquelle nous vivons. 

Par Michel Barat, ancien recteur de lAcadémie de Corse

Hier Jean-Pierre Chevènement, plus récemment Gérald Darmanin, tous les deux, ayant été ou étant ministre de l’Intérieur, dénonçaient cet ensauvagement. L’actuel garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti précise que ce terme ne fait pas partie de son vocabulaire habituel. On a d’ailleurs tenté de faire de cette remarque un désaccord inopportun entre le ministre de la Justice et celui de l’Intérieur. 

Mais le jour où l’Intérieur et la Justice tiendront exactement le même discours, on pourra s’inquiéter sur la bonne santé de notre démocratie. Le premier a comme mission de combattre l’ensauvagement dans les faits, le second de maintenir l’idéal de l’État de Droit. Quand l’état de droit et l’état de fait se confondent, c’est toujours au profit de la réalité contre l’idéal, donc de la violence réelle contre l’idéalité du droit.

Aujourd’hui, c’est le président de la République qui fait de l’ensauvagement des réseaux et des inégalités produites par l’économie contemporaine les causes de la montée de la violence. Mais au fait qu’entend-on par ensauvagement, qui est un néologisme. On « s’ensauvage » quand on quitte l’état social pour rejoindre l’état de nature. 

Lillusion du « bon sauvage »

On suppose en parlant ainsi que le concept rousseauiste de « bon sauvage » est une illusion et avec Hobbes que l’état de nature est plutôt un état de guerre permanent de chacun contre tous et de tous contre chacun où « l’homme est un loup pour l’homme ». Penser ainsi, c’est en fait se tromper sur la philosophie politique de Rousseau. Rousseau n’a jamais cru à l’existence du « bon sauvage ». C’est une hypothèse d’école : l’homme à l’état de nature est l’homme à qui on a intellectuellement ôté tout ce que la société lui a apporté, un tel homme n’aurait pas l’usage du langage et vivrait radicalement seul. 

Un tel homme n’existe pas et n’a jamais existé. Il en va de même pour Victor de l’Aveyron, « L’enfant sauvage », comme le nommera le docteur Itard à qui il a été confié après avoir été trouvé en 1797 dans une forêt. Lucien Malson publiera et commentera les écrits d’Itard et poussera à réfléchir sur le constat de ce médecin qui a accueilli Victor : « L’homme en tant qu’homme, avant l’éducation, n’est qu’une simple éventualité, c’est-à-dire moins même qu’une espérance. »

Léducation socle de lhumanité

Hors de l’éducation point d’humanité, et, si on lit attentivement Rousseau, même pas de bon sauvage puisqu’il n’existe pas mais une brute dans une société balbutiante proche de la barbarie. Mais la brute dans une société à peine policée ne saurait être bonne mais bien au contraire dangereuse. Contrairement à ce que serait « le bon sauvage » elle ne se contente pas d’obéir à l’amour de soi qui est tout simplement la persévérance dans l’existence, mais fait de l’amour-propre le ressort de son action. L’amour-propre peut aller jusqu’à mettre en cause la persévérance dans l’existence au nom de l’image que se fait l’autre de moi-même. 

Cet amour-propre fait désirer un objet non pas parce qu’il serait bon pour moi mais parce que les autres le désirent. Dans une économie développée, ce n’est plus l’utilité qui fait le prix mais la convoitise des autres. En un mot l’amour-propre régit les relations entre les hommes par la jalousie. 

Péché dorgueil

Par ce désir que mon désir l’emporte sur celui de l’autre, par cette volonté sans limite de reconnaissance de la puissance : les relations interhumaines sont d’abord celles de la domination. Rousseau n’a fait que retrouver l’idée du péché originel qu’est le péché d’orgueil, sans lequel l’homme ne serait pas l’homme. 

Seule l’éducation peut renverser la brute de la société première et faire du « bon sauvage »non plus l’illusion d’une fausse réalité mais l’idéal du bon civilisé.

Quatre ans seulement après avoir été rétrogradé en N3, le SCB retrouvera la ligue 2 dans quelques semaines. Un retour gagnant et un titre de champion de National largement mérités, résultat d’une mobilisation sans failles et d’un remaniement en profondeur du fonctionnement du club. Le match ne fait que commencer. 

Il y a d’abord la joie, que l’on imagine immense mais que le président du SCB Claude Ferrandi veut contenue. « Bien sûr que nous sommes heureux de ces résultats. C’est la satisfaction du travail accompli, de l’engagement de toute une équipe récompensée même si on sait que ce n’est pas une finalité en soi. Le chemin est encore long. » Réaliste, pragmatique, sans surprise, l’entrepreneur se dit fier aujourd’hui d’avoir initié une construction. De nouvelles bases pour un club qui n’a eu de cesse de jouer avec les nerfs de ses supporters, et pas seulement sur le terrain sportif. 

« L’arrivée dans le monde professionnel va être compliqué. Tout ce qu’on a vécu jusqu’à présent a été très compliqué. Donc nous nous préparons comme si le plus dur restait à faire. » Pourtant, le club a entamé sa mue y compris et peut-être même surtout concernant l’assainissement de son fonctionnement et de ses finances. L’idée fixe est de ne surtout pas reproduire les errements du passé. « L’important aujourd’hui est d’apporter une stabilité au club. Et d’apprendre de nos erreurs. En ce sens, nous souhaitons une étroite collaboration avec l’ensemble des composantes du club avec au-delà du consensus, une gouvernance plus réfléchie et partagée. » Une gestion vertueuse qui passe en partie par la création d’une société commerciale avec pour objet l’intérêt collectif (SCIC) dans laquelle 1 personne égale 1 voix en assemblée générale. Au sein de la SCIC, 5 collèges réunissent les différents « membres » du club : fondateurs, acteurs économiques, supporters, salariés et anciens licenciés et collectivités avec un droit de vote et un capital bien distincts. En clair, les droits de vote sont fixes quel que soit l’apport au capital. « Le principe directeur est de redonner confiance à nos partenaires ainsi qu’aux supporters avec une structure qui se veut la plus transparente possible. Nous souhaitons partager la destinée du club avec le plus grand nombre sur un modèle participatif s’agissant des points stratégiques : les finances, la commercialisation, l’exploitation du stade ou encore les aménagements. Le sportif relevant de la seule responsabilité de la direction générale. » Une organisation inédite dans le monde du foot professionnel qui n’est pas sans rappeler le club espagnol du FC Barcelone et de ses très actifs socios. 

Club et associés 

Justement, Anthony Luciani, ancien président des socios, membre fondateur de Testa Mora 92 et initiateur de la webtv Minenfootu revient sur cette évolution. « Sous ma mandature, les supporters ont récolté plus de 230 000 euros pour le club et depuis, l’enveloppe a encore grossi. Nous avons intégré la SCIC et c’est un véritable changement dans la façon même d’appréhender les choses. Un exemple, nous sommes bien plus sereins face à la DNCG, le gendarme financier du foot. Avant, l’angoisse grandissait quand juin arrivait ! » Si la passion est présente depuis toujours, cette parenthèse des quatre ans aura été très particulière pour Anthony. « Retrouver le monde professionnel a été l’essence de notre combat. Certaines grosses villes comme Rouen, Toulon ou Cannes n’ont jamais retrouvé l’élite. Pourtant, je garde des souvenirs magnifiques comme lorsque le Sporting a joué avec le maillot socio pour un match retransmis à la télé. C’était il y a trois ans. J’y ai donné le coup d’envoi devant plus de 10 000 personnes. C’est peut-être l’un des plus beaux jours de ma vie. Il faut dire que l’engouement n’a jamais faibli. En amateur, on jouait devant 5 000 personnes. L’équipe se transcende forcément. Sur le continent, j’ai vu des rencontres réunissant une trentaine de spectateurs… Et puis, il faut aussi rendre hommage aux dirigeants qui ont rendu tout cela possible ; qui ont permis à la SCIC de se créer et de la faire vivre. »

« Nous avons conscience qu’un club n’est pas une entreprise comme les autres. C’est un bien public qui implique de grandes responsabilités. » Une charge qu’endosse également une vingtaine de communes réparties sur l’ensemble du territoire. Chacune ayant souscrit au capital du club de 2 500 à 150 000 euros pour la seule ville de Bastia. « L’engagement ne se résume pas au simple investissement financier. Un programme pédagogique est élaboré avec ces villes notamment à destination des enfants qui peuvent le temps d’un match accompagner les joueurs sur le terrain en tant qu’Escort Kids ou assister à des interventions des membres du Sporting qui déclinent et expliquent les différentes métiers du football », détaille Claude Ferrandi. 

Acteur du changement 

Plus qu’un club de football, le SCB s’impose désormais comme un acteur économique et social de premier plan avec l’ambition de diversifier ses activités. « Nous avons mis en place des activités connexes et quasi-indépendantes du sport. On souhaite que les finances du club puissent être équilibrées sans le poids et l’incertitude des résultats sportifs. Une rétrogradation ou des droits télé au montant encore incertain ne doivent pas impacter le projet qui n’est pas que sportif. C’est un projet de vie. L’histoire du club est faite de difficultés, cycliques, et de moyens limités, c’est pourquoi nous devons enrayer ces montagnes russes et proposer d’autres axes de développement. »

Ces nouvelles pistes passeront par une agence de communication 360, l’organisation de séminaires, en partenariat avec Corse Incentive, le traditionnel merchandising, des relations renforcées avec l’Université de Corse mais aussi avec les anciens joueurs, le projet d’un musée virtuel et le numérique avec une section e-sport. Un secteur en pleine expansion qui séduit au-delà de la planète foot. « Nous voulons engager des équipes de haut niveau estampillées SCB sur différents jeux comme Fortnite ou Fifa pour les puristes… À titre de comparaison, l’industrie du cinéma représente plus de 90 milliards d’euros de recettes mondiales, l’e-sport a déjà atteint les 150 milliards. C’est pour nous une manière d’attirer d’autres sponsors, d’autres profils, d’autres soutiens pour que le club rayonne. »

Et muscle son budget qui oscillerait entre 7,5 et 8 millions d’euros pour cette saison. Sans surprise, le président qui « découvrira » le monde du football professionnel insiste sur l’objectif principal : la stabilité avec une équipe administrative renforcée qui compte désormais une quinzaine de personnes et un effectif de 18 joueurs avec de nouvelles recrues dont le gardien Johny Placide, le défenseur Kylian Kaïboué ou encore l’international gabonais Lloyd Palun. 

Un nouvel élan pour ce club mythique qui ne laisse personne indifférent dans l’île. Et ailleurs. Anthony Luciani, redevenu simple mais toujours aussi fidèle supporter, a peut-être le début d’une explication à cette fièvre bleue. « Le Sporting est une icône de la Corse. Nous venons de célébrer les 40 ans de la Coupe de France avec une incroyable ferveur. Le SCB, c’est la Corse qui gagne, qui nous rend fier. Il y a des choses qu’on ne peut pas réaliser en politique ou en matière économique mais en sport et en l’occurrence en foot, tout est possible. On peut sur un match rivaliser avec les plus grands. On a déjà battu Paris. » L’enthousiasme n’est jamais loin et n’empêche pas le réalisme pour le prochain championnat, rejoignant ainsi le président Claude Ferrandi. « Le club est encore convalescent. L’essentiel est de pérenniser les acquis avant de penser aller plus haut. » Mais rien n’empêche de rêver, non ? 

INFOS + : 

La campagne d’abonnement a débuté le 15 juin dernier. Le club espère fidéliser entre 7 000 et 7 500 personnes sur les 16 000 places que compte le stade Armand-Cesari.