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Après la pandémie, la pénurie. Depuis le 19 mai, les professionnels du tourisme ont enfin repris du service, la clientèle est au rendez-vous et la saison s’annonce sous les meilleurs auspices. Seule ombre au tableau : le manque cruel de personnel qui pourrait déséquilibrer l’ensemble de l’offre. 

Par Caroline Ettori

Waiter serving in motion on duty in restaurant long exposure. The waiter carries dishes

Les offres d’emploi sur les réseaux sociaux sont encore plus nombreuses que les publications de chatons mignons ou de cafés en terrasse. Commis, serveurs, chefs, concierge, vendeuses, Instagram et Le Bon Coin sont le nouveau Pôle Emploi. Alors que l’ensemble des professionnels du tourisme se réjouit de la réouverture de leurs établissements et magasins, le doute plane encore sur la gestion des ressources humaines. Selon l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie, il manquerait plus de 140 000 salariés au secteur pour la saison 2021. L’année écoulée avec l’arrêt total ou partiel de l’activité a en effet encouragé la fuite des personnels vers d’autres horizons. 

À Porto, Cédric Lunardi, 3e génération d’hôtelier-restaurateur, tire la sonnette d’alarme. Depuis plus de 20 ans, le jeune quadragénaire est aux premières loges des grandes mutations du secteur. En ce mois de mai, il entame la 74e saison familiale. « La pandémie a amplifié le phénomène mais cela fait plusieurs années que nous manquons de personnel. Nous passons des annonces mais aucun cv ne remonte. Résultat : je suis dans l’incapacité d’ouvrir un de mes établissements parce que je n’ai pas de staff. Pourtant, les salaires proposés sont bons, nous prenons en charge le logement et d’autres avantages mais la question n’est plus là. »

Inadéquation chiffrée

Les métiers du tourisme : précaires, peu valorisants, pénibles… N’en jetez plus ! Selon les statistiques de Pôle Emploi, en mars 2021, la Corse comptait plus de 18 000 chômeurs, un peu plus de 14 000 « projets de recrutement » comprendre offres d’emploi en « novlangue » dont 10 940 liés à la vente, au tourisme et aux services. Le hic : près de 73% de ces offres sont saisonnières. C’est peut-être la loi du genre mais cet état de fait rend le peu d’engouement pour le secteur pour le moins compréhensible. D’autant plus que la crise sanitaire a amplifié la fragilité de ces métiers. Le stop and go de cette année suspendue a empêché toute projection, toute anticipation. Et les saisonniers ne sont pas tous des étudiants vivant chez leurs parents en quête d’argent de poche pour les vacances.  

Si le secteur représente plus d’un tiers du PIB de la région, il ne suscite aucune vocation, aucune motivation. « Nous n’avons pas les moyens d’annualiser les contrats, il n’y a pas de statut de saisonnier, pas de formation, la fidélisation des personnels est difficile à mettre en place. Enfin, on ne va pas se mentir, une partie d’entre eux n’a pas envie de travailler et profite des aides autant que possible. »

Même constat pour Jérôme Mille. À Ajaccio, le professionnel qui affiche 20 ans d’expérience dans la restauration s’est lancé dans l’aventure, courageuse, de l’entrepreneuriat. Une première prise de contact en juin 2020, juste après le premier confinement et une signature fin octobre, le jour du 2e confinement. « Bien sûr qu’il faut du courage s! Mais il a aussi fallu s’armer de patience et aimer son métier. La restauration est devenu un secteur précaire. Pour autant, je n’ai pas eu d’inquiétudes. Je suis sûr de mon projet et les doutes quand ils ont émergé, portaient essentiellement sur la réouverture. Je ne pensais pas qu’il faudrait attendre le mois de mai. J’imaginais une reprise plus tôt, vers février-mars. »

Le jeune chef d’entreprise ne se laisse pas démotiver tant il croit au potentiel exceptionnel de son restaurant. Il faut dire que le lieu est atypique. Situé en plein centre-ville, disposant d’une belle surface et des volumes façonnés par des voûtes de briques rouges, le cachet est indéniable. « Dès que cela a été possible, nous avons voulu faire vivre l’établissement. Nous avons fait de la vente à emporter en adaptant notre carte, les clients ont joué le jeu. »

Depuis quelques semaines, Jérôme prépare la réouverture. Là encore, la réactivité a été de mise. « Nous n’avons disposé d’aucune visibilité sur les dates, les jauges, les conditions sanitaires. Après les annonces officielles, nous avons dû demander les autorisations pour improviser une terrasse. Tout ça a été très compliqué. »

Déformation professionnelle 

Sur la question du recrutement, Jérôme Mille partage le bilan de l’ensemble des professionnels du secteur. « Tout le monde cherche. C’est incroyable. Nous sommes le 21 mai et certains n’ont pas encore trouvé leur chef. Pour ma part, je suis à la recherche d’un second de cuisine. » Il évoque bien sûr les reconversions mais le vrai problème selon lui relève de la formation. « Nous avons un énorme souci : nous ne savons pas former les jeunes. On ne leur donne pas la passion du métier. En Corse, avec le nombre de bars, restaurants, hôtels, l’absence d’école hôtelière est incompréhensible. En 20 ans, les saisons ont changé, les recrutements ont changé. Les vrais professionnels sont peu nombreux et chaque année on galère pour trouver du personnel qualifié que ce soit en salle ou en cuisine. »

Le risque pour Cédric Lunardi est de voir l’offre touristique dévaluée dans son ensemble. « Toute la chaîne va être impactée par le manque de personnel. Les hôtels ne pourront plus proposer certains services, les restaurants deviendront des brasseries, les brasseries des sandwicheries, les produits sortiront tout droit du congélateur. C’est dramatique. Dans cette hypothèse comment attirer une clientèle haut de gamme ? J’aimerais savoir à quoi servent nos décideurs et les organismes de formation. »

La formation semble être le nœud gordien du secteur. Pour Jean-Christophe Angelini, président de l’Adec et candidat tête de liste aux prochaines élections territoriales, la structuration de l’offre pourrait changer la donne. Dans une certaine mesure. « Un choix est à poser rapidement sur l’articulation d’une nouvelle offre de formation. Les différents acteurs ne sont pas toujours coordonnés ou organisés. Toutefois, la création d’une école hôtelière ne peut pas être la seule réponse. Les professionnels réclament depuis longtemps un “CDI saisonnier” qui devrait être mis en place prochainement selon le secrétaire d’État chargé du Tourisme Jean-Baptiste Lemoyne. C’est une piste sérieuse pour lutter contre la précarité des contrats habituels et permettre la stabilité des personnels. »

Pour l’instant, Cédric jongle entre 6 heures et minuit mais préviens que toute une saison à ce rythme sera difficilement tenable sans renfort. 

Une saison 2021 qui s’annonce mieux que bonne. Après un an de privation, tous les indicateurs sont au vert. Les touristes profitent déjà des plages et des terrasses sans se douter, on l’espère, que l’heure du coup de feu est loin d’être passée. 

Tous ceux qui demeurent lucides sur les temps contemporains et sur l’effondrement de la confiance en l’action politique connaissent la tentation de Cassandre pour annoncer le retour des vieux démons et celui de la bête immonde.

Par Michel Barat, ancien recteur de l’Académie de Corse 

Mais nommer le risque du fascisme se heurte à la conviction ordinaire que le Front national en devenant le Rassemblement national aurait réussi sa dédiabolisation. Il faudrait, en effet, être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître que Marine Le Pen n’est pas Jean-Marie, que la fille n’est pas ou plus le père : son discours politique ne s’ancre apparemment plus dans l’antisémitisme primaire, dans le traditionalisme catholique le plus rétrograde, ni dans une vision totalement réactionnaire des mœurs et de la condition féminine. Mais si sur le plan personnel la présidente du Rassemblement national en s’éloignant des thèses classiques de l’extrême droite française règle ses comptes avec son père en voulant montrer qu’elle peut réussir là où il ne pouvait qu’échouer parce que sans doute il ne voulait pas du pouvoir, son mouvement n’a pas pour autant abandonné ses vieilles lunes.

L’extrême droite en fait n’a pas changé, elle ne s’est pas dédiabolisée mais a banalisé le diable. La fille, si on lui accorde la sincérité – on peut le faire au regard du conflit familial – sera vite débordée par les partisans du retour d’un pétainisme ordinaire, part importante de « L’idéologie française » comme disait dans son meilleur livre Bernard Henri-Lévy. Elle pourrait en fait devenir le chemin du retour du père. En voulant le tuer, elle peut le ressusciter. Et comme souvent ce sont les nouveaux convertis en perdition ou déçus, venus de la droite classique, naguère républicaine ou venus d’une gauche ayant oublié ses valeurs, qui seront les Laval et Doriot d’aujourd’hui.

Erreur médiatique

Le traitement médiatique paradoxal de la dérisoire première tribune de vieux généraux dans un hebdomadaire de droite extrême participe de et à cette dédiabolisation devenue banalisation du mal. Nul ne peut encore penser sérieusement que nous sommes au bord d’un coup d’état militaire même si le choix de publier à la date anniversaire de la rébellion des généraux factieux ébranlant le pouvoir gaulliste peut inquiéter. L’armée française est massivement républicaine. Ce qui est le plus important ce n’est pas cette tribune qui frise le ridicule mais son écho médiatique. Les médias et plus particulièrement les chaînes d’information continue l’ont en fait traitée paradoxalement en la minimisant intellectuellement mais en en amplifiant le relais médiatique. 

Ce relais médiatique commet une erreur dans une volonté d’en affaiblir la portée en désignant les officiers généraux signataires comme à la retraite. C’est faux pour la majorité, à l’exception, par exemple, du général Piquemal qui est bien à la retraite après une première intervention intempestive : la retraite pour des officiers généraux est une sanction ; à partir d’’un certain âge, ils sont versés dans la seconde section, mais ne sont pas à la retraite. Ainsi on cherche en affaiblir la portée mais de l’autre on lui donne un retentissement médiatique majeur. Cette tribune qui n’était qu’un signal faible devient par les médias un signal fort mais banalisé. Cette tribune est sans doute plus ridicule que dangereuse mais son traitement médiatique en la dédiabolisant banalise le diable et le risque fasciste. Cette banalisation entraîne une accoutumance à cette idéologie nauséabonde au point qu’on ne sent plus qu’elle sent mauvais, au point qu’elle redevient une idée politique parmi les autres. On finit même par suggérer que l’échec des convictions républicaines pourrait bien entraîner un désir d’essayer de nouveau les politiques d’extrême droite. 

Résistance émiettée

À gauche et à droite, chez les socialistes ou les républicains, certaines personnalités résistent à cette tentation de la banalisation du diable mais la majorité des dirigeants et responsables de ces deux anciens partis de gouvernement effrayés par la possible disparition de leur parti restent sourds et font l’autruche. Ils ont tort car ils ouvrent les vannes qui en France depuis la Libération faisaient barrage au fascisme. 

La dédiabolisation qui est en fait une banalisation du diable pourrait bien faire plus vite qu’on croit le malheur du pays. 

back of layer talking to attorney on courtroom . The law adjustment concept

Dura lex, sed lex, dit la maxime. Sans doute. Mais en contrepoint, l’ancien garde des Sceaux, Robert Badinter, affirme « Il y a un moment où l’humanité doit prévaloir sur le crime. » Telle est au-delà de l’affaire Cazalas, accusé d’un meurtre, la bataille entre l’autorité judiciaire et les avocats pour la libération d’un détenu souffrant d’un cancer en phase terminale.

Par Jean Poletti

Un homme incarcéré depuis trois ans à Bastia devait comparaître aux Assises le 17 mai pour un homicide commis à Sartène. Rien que de plus normal dans une procédure judiciaire. Pourtant, l’homme a depuis entamé un ultime combat pour sa survie, à l’issue sans doute irréversible. Ses défenseurs alertèrent à deux reprises la chambre d’instruction. Produisant des certificats médicaux, ils demandaient à bon droit une expertise. Refus net et cassant sans autre forme de procès. Justice aveugle ? En incidence, l’administration pénitentiaire prend, en conscience, l’initiative d’alerter sur la situation d’un prisonnier et sollicite l’intervention d’un médecin coordonnateur. Le diagnostic ne laisse place à aucune interprétation, puisqu’il évoque l’incompatibilité avec une mesure carcérale. Bref, pour reprendre la formule d’un avocat : « un homme est en train de mourir entre quatre murs ». 

D’une audience, l’autre, la doctrine demeure immuable. Malgré les nouvelles pièces produites et l’argumentaire développé, le couperet tombe. Il tient en peu de mots : refus de libération. Dans une sorte d’emballement qui cristallise les positions, l’aspect humain fut occulté, et à maints égards ignoré le code de procédure pénale. Le motif incident ? Le manque de clarté sur la prise en charge du détenu si d’aventure il quittait la maison d’arrêt. Objection, votre honneur !, rétorquaient alors les plaignants. Et de démontrer que faute de logistique dans l’île, un hôpital spécialisé de Toulon se disait prêt à accueillir ce patient singulier. Un billet d’avion fut même réservé. Ne manquait que l’accord des magistrats. En lieu et place, ce fut un veto. 

Tournure politique

Au fil des jours, ce feuilleton tragi-comique prit une tournure politique. Les députés Jean-Félix Acquaviva et Michel Castellani étaient disposés à alerter le ministre Dupond-Moretti. Pour faire bonne mesure, la Ligue des droits de l’homme s’emparait du dossier. Et son porte-parole, André Paccou, d’asséner sans ambages : « Cette situation renvoie aux préceptes du Comité européen de lutte contre la torture et les traitements inhumains et dégradants. Cet homme est en fin de vie. Sa place n’est pas en prison, il doit être soigné. »

Que nul ne se méprenne. Loin de nous l’ombre de l’idée d’exonérer l’action homicide. Moins encore de porter quelque jugement de valeur sur un sanglant fait divers. Mais rien n’empêche de nous interroger, en simple citoyen, sur l’inflexibilité sans faille de l’institution judiciaire, rétive à tout aménagement au regard d’un être humain sur lequel plane un noir suaire. 

Fallait-il un tel bras de fer. Était-il opportun que le glaive de la justice l’emporte sur son autre symbole celui de la balance ? S’arc-bouter sur des principes d’airain s’avérerait-il sinon judicieux à tout le moins logique quand l’élément thérapeutique ne doit pas engendrer la cécité procédurale ? Poser en béotien ce panel de questions équivaut vraisemblablement à apporter des réponses ne laissant place à aucune interprétation. 

Bataille de tranchée

Que de temps perdu pour ceux qui avaient engagé cette bataille contre l’institution. Quelle image négative livrée à l’opinion publique dans un dossier, ou finalement il n’était demandé que le report d’un procès propice à l’administration de soins. 

La parfaite raison fuit toute extrémité et veut que l’on soit sage avec sobriété. La pensée d’un Molière, éconduite d’un tribunal par la porte, revint fort heureusement par la fenêtre. L’incompatibilité avec la détention a signé l’épilogue provisoire d’un trop long combat. Celui dont il aurait pu être fait l’économie. Dans l’immédiat, l’incarcéré d’hier est désormais sur son lit d’hôpital. Praticiens et infirmières remplacent les gardiens, dans l’attente d’une comparution repoussée. Sans triomphalisme, tant le contexte de cette affaire est douloureux, rien n’empêche de dire que la justice a rétabli l’équité qu’elle semblait avoir oubliée en chemin. Elle a fait taire ce réquisitoire teinté de courroux d’un avocat : « Dans quel pays refuse-t-on à un homme, fusse-t-il en attente d’un procès d’Assises, de se soigner dignement, d’avoir une fin de vie décente. »

La sentence de Voltaire

Si d’aventure la fin de non-recevoir avait perduré, d’aucuns auraient eu toute latitude pour amplifier cette situation. Rien ne les aurait privés d’évoquer un déni de justice. Reprenant en écho la pensée de Voltaire « L’extrême justice est une extrême injure, il n’en faut pas toujours écouter la rigueur. »

Fort heureusement, le bon sens, chose du monde dit-on la mieux partagée, finit par s’imposer permettant à une lueur d’humanité d’éclairer la loi. Car il convient dans un souci d’équité, et pour l’honneur des proches de la malheureuse victime que tout soit fait pour que le procès ait lieu. Ils le réclament avec des sanglots dans la voix. Ébranlés par cette médiatisation. Une telle vérité judiciaire, qu’attend et espère la partie civile, n’eut-elle pas été amputée si dans le box des accusés avait pris place un quasi-moribond ? 

Ou quand confiance rime avec proximité. Si les personnes sondées accordent, à une large majorité, leur confiance à leur maire incarnation de la politique du réel (71%), le niveau de confiance chute dès l’échelon territorial (56%). Encore un peu plus loin, nous retrouvons les députés, le président de la République, Emmanuel Macron et le premier ministre Jean Castex qui ferme la marche (30%). Des tendances régionales qui correspondent sans surprise aux nationales et sans que la crise sanitaire n’ait eu de véritables conséquences sur celles-ci. 

Peut-être plus inquiétant pour le personnel politique, les sentiments que suscitent la politique. Nous sommes assez loin de la noblesse et de l’abnégation, la méfiance arrive en tête suivi du dégoût, l’espoir ne réunit que 8% des personnes interrogées. Enfin, la fracture entre responsables politiques et citoyens semble irréparable. Près de 80% du panel estiment que ceux qui sont censés les représenter ne se préoccupent pas de ce qu’ils pensent. Bref, sur un malentendu, ça peut casser. 

Sondage Exclusif Paroles deCorse – Opinion of Corsica – C2C Corse Toute reprise totale ou partielle doit impérativement utiliser la mention complète. Étude réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 502 personnes représentatifs de lapopulation française âgées de 18 ans et plus. Pour cette taille d’échantillon, la marge d’incertitude est de 3 à 5 points. 

Au plus près des étoiles

Parfois, le premier contact avec les artistes s’est noué par revues et par émissions de télé interposées pendant l’enfance. Comme l’avant-goût d’une aventure littéraire et humaine qui s’inscrit dans le temps et rencontre le succès.

Par Véronique Emmanuelli

Emmanuel Bonini, originaire de Rosazia dans le Cruzzini, auteur de nombreux ouvrages à succès sur, entre autres, Édith Piaf, Joséphine Baker, Romy Schneider, Sylvie Vartan a désormais prolongé le mouvement en se rangeant du côté de tous ceux qui se sont produits sur la scène de l’Olympia, Sur ce terrain-là, sa position est celle de co-auteur avec Roger Morizot – « Doudou », ancien régisseur de la fameuse salle – du livre Je les ai tous vus débuter paru aux Éditions de l’Archipel. C’est certain, la liste des artistes est longue et les images imprévues de Johnny, Claude François, Brel, Brassens et les autres, forcément hautes en couleur, s’enchaînent. Ainsi se dessine la carte de l’Olympia, au rythme de confidences marquantes, de potins oubliés, de grands chahuts, d’anecdotes plus invraisemblables les unes que les autres. Comme autant de petits legs pour le grand public. 

Doudou, 91 ans aujourd’hui, a fait le choix de se souvenir de ce qu’il a vécu et de raconter avec une précision incroyable tout ce qu’il faut savoir sous les dessous de ce haut lieu du music-hall, trente ans durant, des débuts en 1954 jusqu’au milieu des années 1980. 

Alors, en se glissant dans cette dynamique intimiste, artistique autant qu’humaine, Emmanuel Bonini continue à avancer comme il l’a toujours fait, en donnant la prime aux affinités électives, sans artifice. « Je connais Doudou depuis vingt ans au moins. Je l’appelle régulièrement pour prendre de ses nouvelles. C’est un petit gars qui parle comme il pense et qui est profondément gentil. Un titi parisien, qui s’est presque élevé tout seul. Il faisait partie de la bande des gitans de la Porte de Montreuil. J’ai découvert son existence en parcourant ses cahiers. Sous ses airs de dur, c’est un grand sentimental. »

Spectacle

Le monde décrit dans l’ouvrage est aussi très proche du sien. D’ailleurs, c’est grâce à Doudou Morizot qu’une part du cheminement d’auteur d’Emmanuel Bonini a pris corps. « Chaque fois que j’écrivais une biographie, il me fournissait des informations, des photos. De cette belle rencontre entre Doudou et moi et de ce compagnonnage au long cours émanera un livre que j’ai fait avec le cœur, parce que j’aime beaucoup le métier d’artiste. Je le connais très bien. Si bien que j’ai pu étoffer certains points du récit, opérer des remises en perspectives avec le contexte de l’époque. »

À la faveur des pages du manuscrit Emmanuel Bonini renoue avec pas mal de vieilles connaissances. « Doudou rend compte de son vécu avec les artistes qui ont tenu le haut de l’affiche à l’Olympia. Pour ma part, j’avais déjà écrit sur pas mal d’entre eux », commente Emmanuel Bonini. La ligne narrative qu’il suit depuis déjà deux décennies allait de soi. Sans doute parce qu’elle est construite à partir de situations de grande émotion. « J’aime le spectacle. Ça vient de très loin, de l’enfance. J’ai toujours voulu aller là où je ne suis pas. Mon maître-mot, c’est ailleurs. C’est découvrir des mondes que je ne connais pas », confie-t-il.

En parallèle, une autre trame à valeur d’évidence se développe. Parce que l’existence selon la définition que lui donne Emmanuel Bonini est aussi une invitation à entreprendre un voyage à rebours, à remonter le temps pour suivre les traces de personnages illustres, quitte à réinventer un peu le décor. « Mon rêve, lorsque j’étais enfant, était de me transporter dans l’histoire. Cela rejoint, je crois mon goût pour le spectacle. Le fait de pouvoir retourner dans le passé, les représentations, ce sont des illusions. Tout ce qui n’est pas faisable m’attire. J’ai toujours fait le contraire des autres. Faire un pas de côté est difficile. Mais c’est en cultivant sa différence à condition de la positiver qu’on s’accomplit », confie-t-il.

Sur les photos sépia, Emmanuel Bonini est un petit garçon de 10 ans qui lisait La Peste de Camus, « sans vraiment tout comprendre à l’époque » mais aussi les numéros de Paris Match, Point de Vue Images du monde, ou encore Jours de France, qu’il trouve dans la maison familiale à Rosazia. Les images de l’enfance qui reviennent en mémoire sont aussi celles de cours de catéchisme surjoués, improvisés dans la cour de la caserne des Douanes. Il ajoute à l’affaire un je ne sais quoi qui immerge au plus haut point ses petits interlocuteurs dans le récit. « Mon père était douanier », explique-t-il. Avant de poursuivre : « j’allais au catéchisme et je regardais beaucoup de péplums ».

La trajectoire de Jésus-Christ, hors norme et poignante à souhait, lui paraît familière et possède toutes les caractéristiques requises pour créer l’inspiration. « Je réunissais les copains et les copines devant l’immeuble et je leur racontais la vie du Christ. Je dramatisais à l’extrême », se souvient-il. 

Inédits

Certains jours, les enfants prennent le parti de la fête. Chacun met un franc au pot. Il ne reste plus qu’à aller acheter quelques gâteaux et boissons au « Constellation » tout proche, puis à prendre place dans le champ qui jouxte l’arrière de la caserne. « Je faisais le clown et j’amusais la galerie et ensuite on mangeait. Les invités étaient triés sur le volet »,plaisante-t-il. 

Toujours, son désir de raconter, de révéler l’emporte. « Je voulais transmettre une histoire », résume-t-il. Dans le monde décrit, Marie-Antoinette, l’épouse de Louis XVI figure en bonne place. La rencontre s’opère par le biais d’André Castelot et de son ouvrage Marie-Antoinette puis de la comédienne Geneviève Casile dans le rôle de la souveraine à la tête tranchée. « C’est l’injustice qui me motivait aussi bien pour Jésus que pour Marie-Antoinette. En outre, ces deux personnages ont toujours été au bout sans jamais se renier. Cette espèce de dignité dans le malheur, de l’acceptation de leur destin, me fascine. C’est grand et j’aime le grand. », affirme-t-il.

Le scénario s’étoffe à mesure que le temps passe. Il met en exergue d’étranges coïncidences. « J’ai rencontré Geneviève Casile. Elle a inscrit une dédicace sur le dessin de Marie-Antoinette que j’avais réalisé presque cinquante ans plus tôt. Elle m’a prédit beaucoup de succès pour mon livre. Cela fait 20 ans à présent que je travaille sur Marie-Antoinette. Je vais bien au-delà de la biographie. » Emmanuel Bonini écrit avec force et s’appuie sur de nombreux documents inédits.

Il agit en enquêteur au long cours. L’équilibre entre émotion et information est savamment dosé. C’est le principe de la démarche. C’est aussi sa manière d’être en intimité avec son sujet. Elle s’accordera avec ses différents ouvrages, tels que Goldman, le vent de l’histoire, Piaf, la vérité, La véritable Romy Schneider ou encore Brigitte Bardot par amour et c’est tout. L’écrivain échappe toujours aux processus classiques. 

Parce qu’il a pris ses marques auprès des artistes en se retrouvant aux premières loges, parce qu’il dévoile, en toute connaissance de cause, un métier souvent plus fantasmé que connu. « J’ai fait un peu de scène. Mais, j’ai surtout fait mes classes sur le plateau de “La Chance aux chansons” de Pascal Sevran, pendant deux ans. J’ai vu tous les grands répéter. Au palmarès figurent Aznavour, Ivry Gitlis, Adamo, Guy Béart, Line Renaud, Marthe Mercadier. 

Montand

La rencontre constitue un pan majeur de la démarche. « Avec Goldman, j’ai eu un échange épistolaire magnifique pendant des années. J’ai touché son cœur et il a touché le mien. Nous nous sommes ensuite rencontrés, lorsque j’étais à l’École des douanes de La Rochelle. À l’époque, il m’a donné plein de conseils. Il savait que j’étais attiré par ce métier, mais je ne savais pas de quelle façon. J’étais attiré par la création, la transmission. »

Avec Brigitte Bardot, c’est une lettre ou plutôt un manuscrit qui sert de déclencheur. « Adolescent, j’avais écrit un premier roman sur mon chien Prince. Il nous a quittés en 1991. Il était arrivé dans ma vie lorsque j’avais 14 ans. Mon frère venait de partir à l’armée et ma sœur de se marier, deux sacerdoces différents. Prince avait été adopté dans un chenil à Montluçon. J’ai envoyé le texte à Brigitte Bardot pour lui demander de faire la préface. Une semaine après je recevais une lettre avec une préface magnifique », confie-t-il. 

Avec Joséphine Baker, l’exercice défie en plus le temps à bien des égards. Tout commence par un coup de cœur. « À10 ans, j’ai découvert Joséphine grâce à l’émission “Midi Première”. Je n’ai plus pu détacher mes pensées et mes yeux de cette femme. Une semaine plus tard à peine, j’apprenais son décès. » Les années passent mais Emmanuel Bonini ne change pas de regard. Joséphine a provoqué chez lui comme chez bien d’autres une authentique émotion. « C’était une femme exceptionnelle. Elle avait une emprise, un pouvoir sur les gens. Cela dépassait le talent, l’aura, cela venait d’ailleurs. Joséphine venait d’ailleurs », affirme-t-il.

Il y a en plus, la sensation qu’elle est un membre de la famille et qu’elle rend compte, pour partie, au moins de son ascendance guyanaise. « Une de mes grand-mères guyanaises est arrivée dans l’île par le même bateau qui amenait Dreyfus en Corse. Elle l’a quittée en 1925 pour aller rejoindre son fils, facteur, en Algérie. » Autant de raisons qui poussent « à écrire quelque chose pour transmettre la vie de Joséphine ». Sa détermination se heurte à sa méconnaissance du monde de l’édition. Mais pas seulement. « Je n’avais aucune notion de ce qu’était écrire un livre, ou bien une maison d’édition. » Il part pourtant sur les traces de l’artiste. « J’exerçais alors le métier de stewart et je voyageais dans le monde entier. Ce qui me permettait de prendre des renseignements un peu partout. Plus tard, je suis parti spécialement pour enquêter à Rome, en Sicile et ailleurs. J’ai eu la chance de rentrer en contact avec des informateurs très précieux. » Le manuscrit s’enrichit peu à peu. Il sera, au final, retenu par les Éditions Pygmalion. Au début de l’année 2000, le jeune auteur est invité sur le plateau de Bernard Pivot. L’élan est pris. Les livres et les succès s’additionnent.

Sa prochaine parution est prévue au mois de septembre 2021. Soit 600 pages consacrées à l’existence d’Yves Montand « Cela faisait quatre ans que je travaillais sur ce livre qui sera très politique. J’ai retrouvé beaucoup de choses. », assure-t-il. De quoi éveiller la curiosité des lecteurs. 

Avocate pénaliste, spécialisée dans la défense des victimes de violences conjugales, de harcèlement ou d’agressions sexuelles, Janine Bonaggiunta s’est distinguée dans de nombreux dossiers emblématiques devant la Cour d’Assises (affaires Valérie Bacot, Stéphanie Burdin, Alexandra Lange, Jacqueline Sauvage, etc.). Des affaires qu’elle a participé à médiatiser pour mettre en lumière la souffrance des victimes et permettre enfin de faire entendre leurs voix.

Par Karine Casalta

Rien pourtant au départ ne laissait présager qu’elle aurait un jour à s’emparer d’histoires si douloureuses. Avocate spécialisée en droit des affaires, les enjeux pour les clients qu’elle défendait étaient alors d’un tout autre ordre. Mais sa sensibilité, son histoire personnelle et de belles rencontres vont faire prendre un virage à cette carrière toute tracée. Sa rencontre avec une coach, tout d’abord, à un moment de sa vie où, en quête de sens et d’humanité, elle ne se sentait plus en phase avec son métier, va contribuer à faire bifurquer sa carrière. Sur son conseil, Janine intègre l’Académie du coaching où durant deux années elle travaille sur son développement personnel, tout en menant de front son activité au sein de son cabinet. Cette formation va participer à lui révéler ses aspirations profondes, et la conforter dans son envie de changer de voie. 

Défendre et protéger les plus fragiles

Sensible depuis toujours à l’injustice, à la maltraitance et aux violences faites aux femmes et aux enfants, elle décide bientôt de mettre son expertise juridique au service de cette cause. « Comment tolérer qu’un enfant soit battu, soit maltraité, ou qu’une femme soit entraînée dans des violences, entraînant aussi ses enfants, ça me touchait énormément. Tout est parti de là. » Une décision influencée aussi par ses retrouvailles avec sa consœur Nathalie Tomasini, qui traverse alors elle aussi une période de remise en question et deviendra bientôt son associée. En 2011, persuadées de répondre à un vrai besoin, elles fondent toutes deux, contre l’avis de tous, un nouveau cabinet pionnier sur les problématiques de défense des victimes de violences conjugales et intrafamiliales. Beaucoup autour d’elles voient alors ce projet comme hérésie, convaincus qu’il n’y a pas suffisamment de demande en la matière. « On a fait l’effort de se former à ces problématiques, sans à priori, avec l’approche de tenter de comprendre sans juger. » Très vite, elles se font connaître en créant un site Internet permettant d’informer les victimes sur leurs droits et les encourager à se faire aider. Et bientôt les affaires vont affluer, avec des victimes issues de tous milieux. Des femmes battues, humiliées, avilies par leur bourreau, qui toujours dans un même schéma les isole et les coupe de toutes relations sociales, car la violence qu’elles endurent ne se résume pas aux coups reçus et aux brimades, mais se retrouve aussi dans l’isolement où les confine leur conjoint, leur retirant de fait toute possibilité de s’échapper. La plupart du temps, ces femmes ne puisent alors la force de se révolter que dans un extrême instinct de survie ou de protection de leurs enfants. 

Une implication de chaque instant

Ces histoires, Janine s’en empare toujours à bras le corps sans en sortir toujours indemne. « On vit sept jours sur sept avec ça, ça ne vous quitte jamais. Quand une femme vous appelle parce qu’elle va très mal, vous répondez, quel que soit le moment, parce qu’on se demande toujours ce qui peut arriver. Ce n’est pas facile, mais c’est ma vie, je me consacre à ça ! » Un dévouement sans doute aussi induit par des souffrances qui font inconsciemment écho à son histoire familiale et ses fêlures personnelles. Originaire de Corse où elle a vécu une petite enfance heureuse, elle compte en effet parmi ses aïeules des femmes qui ont vécu silencieuses et soumises dans l’ombre d’un mari autoritaire et pas toujours « gentil ». Prenant le contre-pied de cette lignée, Janine a ressenti très tôt la nécessité d’être indépendante, et de gagner sa liberté par les études et un métier. Attirée par le barreau, elle se lance ainsi dans des études de droit à Assas, et prête serment en 1985 sans présumer encore de la dimension aliénante de son métier. Devenue avocate, elle a dû là encore apprendre à faire sa place et s’imposer, à l’encontre des principes qui lui avaient été inculqués de se taire et ne pas se faire remarquer.

Sur le plan personnel aussi elle a appris à s’affirmer : « J’ai su et pu dire non à des relations, y mettre fin, mais tout le monde n’a pas cette force et donc supporte… Moi, j’avais aussi cette autonomie financière qui me permettait de partir, et le courage, car il faut être courageux pour être libre et oser tout recommencer. »

Des victimes poussées au crime

Des ressources que n’ont pas la plupart du temps les femmes qu’elle défend, qui de fait ne parviennent à s’extirper de situations insupportables qu’en tuant leur bourreau.

Plusieurs de ces victimes l’ont particulièrement touchée, à l’instar d’Alexandra Lange, de Jacqueline Sauvage ou encore Valérie Bacot pour ne citer qu’elles« Des femmes admirables avec leurs enfants, des femmes résistantes avec leur bourreau, que la société n’a pas su protéger et qui n’avaient rien à faire dans le box des accusés. Autant de combats gagnés, qu’il était important par ailleurs de médiatiser, pour mettre en lumière ces vies et ces souffrances et dénoncer les lacunes de la justice et les dysfonctionnements de la société, qui laissent parfois faire les bourreaux en toute impunité. Pour exemple, le cas de Valérie Bacot, abusée par son beau-père dès l’âge de 12 ans et qui durant vingt-quatre ans par la suite a été battue, violée et prostituée par ce même homme qui l’a épousée et lui a fait quatre enfants ! »

Faire évoluer la loi

Et de mettre l’accent sur ce qui doit changer « Les textes ne sont pas suffisamment appliqués, les peines ne sont pas suffisamment sévères à mon sens. Dans le cadre de la légitime défense par exemple, les lois ont été faites par des hommes pour des hommes. À aucun moment, on ne les a imaginées pour protéger les femmes au sein de leur foyer, protecteur par nature, c’était à contre-courant de ce que l’on pouvait envisager ! Donc les lois ne sont pas adaptées, bien que les choses soient en train d’évoluer. Il est vrai que la parole se libère mais il faut veiller à protéger celles qui parlent, pour l’après ! Et mieux prendre en considération la situation des enfants, souvent utilisés et manipulés pour faire pression. Les juges ne l’entendent pas toujours, il y a encore beaucoup de progrès à faire. »

Ne s’autorisant jamais à rien lâcher Janine a fait de cette lutte contre les violences conjugales une cause à défendre quoi qu’il en coûte. Et lorsqu’elle a besoin de souffler, c’est en Corse que l’avocate vient régulièrement se ressourcer. Des échappées salutaires pour mieux repartir au combat. 

Il est le nouveau visage de la direction de l’Afpa (Association pour la formation professionnelle des adultes) en Corse. Après un parcours universitaire et professionnel sans faille, il aborde aujourd’hui avec sérénité un nouveau défi, celui de diriger, et de déployer les avancées novatrices en matière de formation qu’un centre stratégique se doit de développer. Foncièrement optimiste, consensuel, fédérateur et pragmatique, il est avant tout un homme de projets au service de la formation des jeunes corses. 

Par Anne-Catherine Mendez

Quel est votre parcours ?

Je suis originaire à la fois de Guagno et de Renno et je suis très attaché à ces deux villages. J’ai grandi à Ajaccio. Après un bac, spécialité économie, au lycée Laetitia, j’ai passé une licence de droit à Corte. Je me suis ensuite dirigé vers des études dans l’immobilier à Aix-en-Provence, précisément un master en droit, conseil et patrimoine immobilier. En 2008, je m’installe à Corte comme agent immobilier et Syndic d’immeuble. Puis une opportunité s’offre à moi. Je rencontre Serge Santunione, président à l’époque du Medef, qui cherche à installer en Corse, Opcalia, un organisme paritaire collecteur agréé par l’État pour collecter les cotisations annuelles des entreprises au titre de la formation professionnelle continue des salariés. Ce fut une très belle aventure à la tête de cet organisme. Et je tiens à remercier Serge, qui a su me faire confiance. Cet homme est d’une très grande ressource pour la Corse. Il fait confiance à la jeune génération, et met tout en œuvre pour apporter des solutions et des outils au territoire. Durant la même période, j’ai poursuivi ma formation en passant un master management général, en alternance au sein de l’école Kedge Business School à Bastia. 

En septembre 2019, le directeur régional de l’Afpa, François-Dominique Cipriani, quitte l’établissement pour un autre poste, je décide alors de proposer ma candidature. En février 2020, je suis nommé à la tête de cette structure. 

Parlez-nous de l’Afpa ? 

L’Afpa Corsica est présente en Corse depuis plus de 50 ans. C’est un organisme de formation qui rayonne sur l’ensemble du territoire, du Cap Corse à Bonifacio, avec un triple objectif sur l’île : répondre à ses missions de service public (certifications, tutorats, formations du jury, ingénierie…), assurer la commande de son principal partenaire et financeur, la Collectivité de Corse, afin de former les demandeurs d’emplois, et enfin accompagner les entreprises pour répondre à leurs besoins pour monter en compétences. En quelques chiffres, nous accompagnons plus de 1 600 demandeurs d’emplois par an, nous formons plus de 1 000 salariés avec un taux d’insertion de plus de 70%.

Avec la loi « Avenir professionnel » du 5 septembre 2018, désormais, l’Afpa Corse peut proposer aux entreprises et aux particuliers le contrat d’apprentissage. 

Nous disposons d’une offre régionale dédiée au contrat d’apprentissage, et nous faisons de l’alternance une des priorités de notre développement !

Cette nouvelle offre de l’Afpa permet d’accompagner les entreprises dans leurs problématiques de recherche de main-d’œuvre qualifiée et leur faciliter le recrutement, notamment pour les PME-TPE. Elle s’adresse également aux jeunes pour accéder plus facilement à l’alternance, avec un accompagnement renforcé dans la construction de leur projet professionnel mais aussi tout au long de leur parcours afin de sécuriser l’acquisition des compétences métier et des savoir-être en entreprise.

Quels sont vos principaux chantiers ?

Aujourd’hui, notre mission essentielle est de faire connaître l’ensemble de nos actions au grand public. Nous avons un rôle très important sur le territoire en matière de formation et d’insertion professionnelle. Notre défi est de dépoussiérer notre outil pour qu’il soit en adéquation avec l’évolution de la société et les nouveaux métiers. Nous pouvons intervenir aussi bien dans des secteurs aussi diversifiés que la filière numérique, tourisme, les métiers de l’eau, du traitement des déchets, l’économie sociale et solidaire. Nous proposons des parcours complets, du CAP au niveau d’ingénieur. Je suis persuadé que la formation est la clef de voûte aussi bien pour les entreprises que pour les demandeurs d’emploi. La formation est une réponse concrète à l’insertion, à l’inclusion, c’est un outil au service du développement du territoire, au service des politiques publiques. 

Quel regard portez-vous sur la Corse ?

La Corse est à un tournant historique. C’est une région pauvre, pleinement impactée par la crise sanitaire. Nous devons trouver un équilibre entre le repli sur nous-même et l’ouverture sur les autres. Avec les écarts qui se creusent au sein de notre société, nous avons tendance à nous recroqueviller, cela est souvent source de tension et ne privilégie pas l’ouverture, le développement. La formation professionnelle est une des solutions, elle fait le lien entre les besoins du territoire, ses problématiques de croissance et l’élévation en compétence des jeunes. 

Aujourd’hui par exemple dans le secteur du tourisme, 15 000 saisonniers viennent de l’extérieur, nous pouvons très bien concevoir de permettre à nos jeunes corses d’accéder à ce type de poste en complémentarité d’une main-d’œuvre qui vient d’ailleurs et surtout leur permettre de prétendre à des fonctions plus qualifiées.

En revanche, vouloir absolument construire une école hôtelière pour les besoins du tourisme haut de gamme est une hérésie. L’ensemble des centres de formation en Corse (Chambre de métiers, Chambre de commerce, université, Afpa, lycée hôtelier…) travaillent en synergie depuis longtemps. Nous avons les infrastructures, les formateurs, les locaux, répartis sur l’ensemble du territoire pour organiser une formation très haut de gamme dans ce domaine. Nous devons juste, tous, nous mettre autour d’une table, professionnels, politiques et centres de formation pour enfin régler cette problématique. 

De quoi êtes-vous fier ?

Ma fierté est ma famille, mes deux petites filles et mon épouse. Elles sont ma force. Et cela fait longtemps que j’ai compris que l’essentiel est ailleurs. D’un point de vue professionnel, je suis fier de mon action au sein d’Opcalia, en particulier de la création d’un CFA du sport sur l’île. 

Et vos échecs ?

Si je peux parler d’échec, ce serait celui de ne pas avoir eu dans certaines situations la sagesse que j’ai aujourd’hui, cela m’aurait évité certaines désillusions ou déconvenues. 

Votre devise ?

Ma devise (sourire…) : « Vis aujourd’hui, comme si c’était le dernier jour, fais des projets comme si tu étais là pour l’éternité. »

Tiré de la Bible et du Nouveau Testament au sujet d’un impôt à payer, c’est ainsi que Jésus leur répondit. 

Par Nathalie Coulon


C’est au détour d’une conversation des plus détendues aux sujets divers que nous avions remis au goût du jour cette citation avec Pascale, une fidèle lectrice de Paroles de Corse et fidèle à son Corte aussi. Ne me demandez pas à ce propos  « le qui, le quoi aurait appartenu à César », on ne s’en souvient même plus.

C’est-à-dire que les rencontres se font si rares et contraignantes : pas de poignée de mains, pas d’embrassades ni enlaçades que le peu de temps passé ensemble au grand air est une grande joie pour les humains que nous sommes. Alors dans cet ennui généralisé faute de divertissements, nous égayons nos conversations de mille choses faites et à faire…
Pour revenir à notre bien-nommé César, il est toujours plus honnête et agréable de rendre la responsabilité de ses actes à celui qui les a commis. 
De nos jours, les réseaux sociaux et l’hyper-communication ne rendent pas toujours honneur à l’auteur des faits puisque l’info multipliée, décuplée finit plus ou moins par être déformée. Une sorte de téléphone arabe : Twitter, FB, etc.
Tout au long du mois d’avril, les conférences napoléoniennes ont permis de rendre à l’Empereur un grand hommage pour honorer ses conquêtes, ses défaites, son grand art et son intelligence suprême. 
De même pour Pasquale Paoli – et les autres grandes figures de cette île – qui était déjà en son temps un exemple de philosophe du siècle des Lumières. Nous n’avions pas encore mis les pieds sur la lune, mais en 1765, Corte était dotée de son université. Quelle bénédiction. Quelle grande culture. Ils étaient à l’époque 300 étudiants aujourd’hui des milliers. Merci général Paoli chi bellu rigalu. 
Pour autant depuis un an, inlassablement, j’attends de pouvoir me réjouir de belles et grandes choses. Mais il semblerait qu’il n’en soit pas ainsi, Covid pas Covid, ouvrira, ouvrira pas le bistrot du coin pour refaire le monde en terrasse, le ciné pour un bon film à critiquer et un concert à ciel ouvert pour sauter, chanter, danser. 
On n’y croirait presque plus. Mi-mai ? 
Hum ! Bè !
Le Covid ayant viré du british au brésilien et là terriblement indien, j’avoue que j’aurais préféré me faire une soirée cuisine du monde plutôt que cette pandémie qui nous mine complètement. 
Pendant que Thomas Pesquet nous fait son petit girettu dans l’espace, nous attendons impatiemment un cliché de la Corse qui aurait été tiré de tout là-haut de sa navette spatiale, d’ailleurs le célèbre astronaute sur son Facebook compte de nombreux compatriotes venus du Cismonte et du Pumonte. On n’est pas peu fier même si on voyage pas en SpaceX Crew Dragon d’avoir toujours notre green pass et bientôt notre QR code, et qui on est ? !!! 
On est « coronafree » puntu è basta ! 

« Coronafree » pour un été en paillote, « coronafree » pour un bed dans un hôtel pas en réa, alléluia ! Et des mesures qui nous permettraient ainsi de limiter la circulation de ce virus malfaisant. 

Sortir un peu de nos « chez nous », revisiter sa ville, son île et pourquoi pas un billet d’avion pour prendre un peu l’air.

« Toute ma vie, j’ai rêvé d’être une hôtesse de l’air », chantait Jacques Dutronc et qu’est-ce qu’il avait raison. 
Quoique là, même plus de service à bord pour une orezza/canistrelli ou un jus de tomates/cacahuète.

Mais quelle loose ! Même pas le temps d’un Paris-Ajaccio pour se sentir une Wonder Woman en sifflant sa boisson dans un gobelet jetable. 

Puisque les mesures impérieuses sont toujours stipulées pour voyager plus loin que le bout de son nez et bien j’espère vite m’émerveiller devant le tableau de Matisse au musée de la Corse et les statues en mémoire des Bonaparte en Ajaccio.

Rien que du beau. 

Matisse avait vu croître en lui tant d’émotion et de passion pour la couleur en se posant en Corse, lors de son voyage de noces entre Angleterre et l’île. Il avait tout compris : Ô Corse, île d’amour.

« L’heure est grave, la France est en péril… » C’est en ces termes qu’une vingtaine de généraux pour la plupart en retraite ont allumé la mèche de la polémique. En publiant une tribune dans Valeurs Actuelles, soixante ans après le putsch d’Alger, pour appeler le chef de l’État à défendre le patriotisme, ils ont scandalisé la gauche, enthousiasmé l’extrême droite et donné une tournure particulière à la campagne présidentielle qui démarre. 

Par Vincent de Bernardi

Le moment est choisi, le support de la publication et les termes aussi. Trois ingrédients qui assurent aux auteurs un retentissement maximum. Le choix du moment n’est pas innocent. Le pays est épuisé par la crise du Covid, la menace djihadiste demeure forte, la loi sur les séparatismes a agité les esprits, et la sécurité s’impose jour après jour comme un des thèmes majeurs de la campagne. Et symbole sur le gâteau, cette tribune intervient soixante ans après le putsch d’Alger. 

En publiant leur billet dans Valeurs Actuelles, les auteurs parlent à « leur cible » certes mais agitent aussi le chiffon rouge. L’hebdomadaire a pour spécialité la provocation, certains diront l’outrance. Dernière en date, l’appel à l’insurrection lancé par Philippe de Villiers dans ses colonnes. « Délitement », « hordes de banlieues », « honneur et patrie », le lexique est particulièrement soigné. Ils appellent au sursaut : « il n’est plus temps de tergiverser, sinon demain la guerre civile mettra un terme à ce chaos croissant et les morts dont vous porterez la responsabilité se compteront par milliers ».

« La bataille de la France »

L’injonction au chef de l’État est sans ambiguïté, sévère et brutale. Ce texte a tous les attributs d’un manifeste. Il conforte la droite nationaliste, à tel point que Marine Le Pen s’est immédiatement fendue d’une réponse invitant les signataires à rejoindre son action pour prendre part à la bataille qui s’ouvre qui est avant tout « la bataille de la France » et d’ajouter « comme citoyenne et comme femme politique, je souscris à vos analyses et partage votre affliction ». Il révulse la gauche qui en a profité pour dénoncer l’absence de réaction du gouvernement. Jean-Luc Mélenchon a fustigé la « stupéfiante déclaration de militaires s’arrogeant le droit d’appeler leur collègue d’active à une intervention contre les islamo-gauchistes ».

Si le climat est propice aux emballements, cette prise de position n’en est pas moins symptomatique d’une tendance éruptive au sein de la société française. Lorsque l’on décortique les études, les Français expriment certaines positions dont cette tribune fait l’écho. 

Préoccupations sécuritaires

Dans la dernière vague du baromètre de la confiance politique d’Opinion Way pour le Cevipof, (février 2021), une majorité d’entre eux estime que la France est davantage un ensemble de communautés qui cohabitent les unes avec les autres qu’une nation unie malgré ses différences. Ils sont 6 sur 10 à considérer que l’islam représente une menace pour la République. 

S’ils sont très majoritairement attachés à un système politique démocratique, ils sont 34% à penser qu’avoir à la tête du pays un homme (ou une femme) fort, qui n’a pas à se préoccuper du parlement ni des élections, serait une bonne chose. 

Par ailleurs, les préoccupations sécuritaires sont en passe de prendre le pas sur les préoccupations sanitaires. Elles ont bondi de 26 points dans le baromètre de l’Ifop pour Le Journal du Dimanche depuis un an après un été que certains ont qualifié « d’Orange mécanique ». 

Si les sympathisants de la droite et de l’extrême droite en feront un élément déterminant de leur vote lors du prochain scrutin présidentiel, les sympathisants macronistes mais aussi ceux de la gauche ne sont pas en reste. Ils sont près de 8 sur 10 à dire que ce sujet pèsera lourd au moment de mettre un bulletin dans l’urne. 

Tentations populistes

Après une crise sans précédent, les ferments de la division sont semés. On a peine à se souvenir des appels à une forme d’unité nationale pour surmonter la plus grâce crise sanitaire du siècle. Désormais, la bataille est lancée et tous les coups sont « presque permis » pour l’emporter, en exploitant les tourments d’un électorat déboussolé, tenté par les coups de menton autoritaires ou pire les solutions populistes drapées dans un patriotisme, pour ne pas dire nationalisme bien pratique et surtout très dangereux. 

Exergues si besoin

« L’injonction au chef de l’État est sans ambiguïté, sévère et brutale. Ce texte a tous les attributs d’un manifeste. »

« Selon un sondage d’Opinion Way, 6 personnes sur 10 considèrent que l’islam représente une menace pour la République. »