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Dura lex, sed lex, dit la maxime. Sans doute. Mais en contrepoint, l’ancien garde des Sceaux, Robert Badinter, affirme « Il y a un moment où l’humanité doit prévaloir sur le crime. » Telle est au-delà de l’affaire Cazalas, accusé d’un meurtre, la bataille entre l’autorité judiciaire et les avocats pour la libération d’un détenu souffrant d’un cancer en phase terminale.

Par Jean Poletti

Un homme incarcéré depuis trois ans à Bastia devait comparaître aux Assises le 17 mai pour un homicide commis à Sartène. Rien que de plus normal dans une procédure judiciaire. Pourtant, l’homme a depuis entamé un ultime combat pour sa survie, à l’issue sans doute irréversible. Ses défenseurs alertèrent à deux reprises la chambre d’instruction. Produisant des certificats médicaux, ils demandaient à bon droit une expertise. Refus net et cassant sans autre forme de procès. Justice aveugle ? En incidence, l’administration pénitentiaire prend, en conscience, l’initiative d’alerter sur la situation d’un prisonnier et sollicite l’intervention d’un médecin coordonnateur. Le diagnostic ne laisse place à aucune interprétation, puisqu’il évoque l’incompatibilité avec une mesure carcérale. Bref, pour reprendre la formule d’un avocat : « un homme est en train de mourir entre quatre murs ». 

D’une audience, l’autre, la doctrine demeure immuable. Malgré les nouvelles pièces produites et l’argumentaire développé, le couperet tombe. Il tient en peu de mots : refus de libération. Dans une sorte d’emballement qui cristallise les positions, l’aspect humain fut occulté, et à maints égards ignoré le code de procédure pénale. Le motif incident ? Le manque de clarté sur la prise en charge du détenu si d’aventure il quittait la maison d’arrêt. Objection, votre honneur !, rétorquaient alors les plaignants. Et de démontrer que faute de logistique dans l’île, un hôpital spécialisé de Toulon se disait prêt à accueillir ce patient singulier. Un billet d’avion fut même réservé. Ne manquait que l’accord des magistrats. En lieu et place, ce fut un veto. 

Tournure politique

Au fil des jours, ce feuilleton tragi-comique prit une tournure politique. Les députés Jean-Félix Acquaviva et Michel Castellani étaient disposés à alerter le ministre Dupond-Moretti. Pour faire bonne mesure, la Ligue des droits de l’homme s’emparait du dossier. Et son porte-parole, André Paccou, d’asséner sans ambages : « Cette situation renvoie aux préceptes du Comité européen de lutte contre la torture et les traitements inhumains et dégradants. Cet homme est en fin de vie. Sa place n’est pas en prison, il doit être soigné. »

Que nul ne se méprenne. Loin de nous l’ombre de l’idée d’exonérer l’action homicide. Moins encore de porter quelque jugement de valeur sur un sanglant fait divers. Mais rien n’empêche de nous interroger, en simple citoyen, sur l’inflexibilité sans faille de l’institution judiciaire, rétive à tout aménagement au regard d’un être humain sur lequel plane un noir suaire. 

Fallait-il un tel bras de fer. Était-il opportun que le glaive de la justice l’emporte sur son autre symbole celui de la balance ? S’arc-bouter sur des principes d’airain s’avérerait-il sinon judicieux à tout le moins logique quand l’élément thérapeutique ne doit pas engendrer la cécité procédurale ? Poser en béotien ce panel de questions équivaut vraisemblablement à apporter des réponses ne laissant place à aucune interprétation. 

Bataille de tranchée

Que de temps perdu pour ceux qui avaient engagé cette bataille contre l’institution. Quelle image négative livrée à l’opinion publique dans un dossier, ou finalement il n’était demandé que le report d’un procès propice à l’administration de soins. 

La parfaite raison fuit toute extrémité et veut que l’on soit sage avec sobriété. La pensée d’un Molière, éconduite d’un tribunal par la porte, revint fort heureusement par la fenêtre. L’incompatibilité avec la détention a signé l’épilogue provisoire d’un trop long combat. Celui dont il aurait pu être fait l’économie. Dans l’immédiat, l’incarcéré d’hier est désormais sur son lit d’hôpital. Praticiens et infirmières remplacent les gardiens, dans l’attente d’une comparution repoussée. Sans triomphalisme, tant le contexte de cette affaire est douloureux, rien n’empêche de dire que la justice a rétabli l’équité qu’elle semblait avoir oubliée en chemin. Elle a fait taire ce réquisitoire teinté de courroux d’un avocat : « Dans quel pays refuse-t-on à un homme, fusse-t-il en attente d’un procès d’Assises, de se soigner dignement, d’avoir une fin de vie décente. »

La sentence de Voltaire

Si d’aventure la fin de non-recevoir avait perduré, d’aucuns auraient eu toute latitude pour amplifier cette situation. Rien ne les aurait privés d’évoquer un déni de justice. Reprenant en écho la pensée de Voltaire « L’extrême justice est une extrême injure, il n’en faut pas toujours écouter la rigueur. »

Fort heureusement, le bon sens, chose du monde dit-on la mieux partagée, finit par s’imposer permettant à une lueur d’humanité d’éclairer la loi. Car il convient dans un souci d’équité, et pour l’honneur des proches de la malheureuse victime que tout soit fait pour que le procès ait lieu. Ils le réclament avec des sanglots dans la voix. Ébranlés par cette médiatisation. Une telle vérité judiciaire, qu’attend et espère la partie civile, n’eut-elle pas été amputée si dans le box des accusés avait pris place un quasi-moribond ? 

Ou quand confiance rime avec proximité. Si les personnes sondées accordent, à une large majorité, leur confiance à leur maire incarnation de la politique du réel (71%), le niveau de confiance chute dès l’échelon territorial (56%). Encore un peu plus loin, nous retrouvons les députés, le président de la République, Emmanuel Macron et le premier ministre Jean Castex qui ferme la marche (30%). Des tendances régionales qui correspondent sans surprise aux nationales et sans que la crise sanitaire n’ait eu de véritables conséquences sur celles-ci. 

Peut-être plus inquiétant pour le personnel politique, les sentiments que suscitent la politique. Nous sommes assez loin de la noblesse et de l’abnégation, la méfiance arrive en tête suivi du dégoût, l’espoir ne réunit que 8% des personnes interrogées. Enfin, la fracture entre responsables politiques et citoyens semble irréparable. Près de 80% du panel estiment que ceux qui sont censés les représenter ne se préoccupent pas de ce qu’ils pensent. Bref, sur un malentendu, ça peut casser. 

Sondage Exclusif Paroles deCorse – Opinion of Corsica – C2C Corse Toute reprise totale ou partielle doit impérativement utiliser la mention complète. Étude réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 502 personnes représentatifs de lapopulation française âgées de 18 ans et plus. Pour cette taille d’échantillon, la marge d’incertitude est de 3 à 5 points. 

Au plus près des étoiles

Parfois, le premier contact avec les artistes s’est noué par revues et par émissions de télé interposées pendant l’enfance. Comme l’avant-goût d’une aventure littéraire et humaine qui s’inscrit dans le temps et rencontre le succès.

Par Véronique Emmanuelli

Emmanuel Bonini, originaire de Rosazia dans le Cruzzini, auteur de nombreux ouvrages à succès sur, entre autres, Édith Piaf, Joséphine Baker, Romy Schneider, Sylvie Vartan a désormais prolongé le mouvement en se rangeant du côté de tous ceux qui se sont produits sur la scène de l’Olympia, Sur ce terrain-là, sa position est celle de co-auteur avec Roger Morizot – « Doudou », ancien régisseur de la fameuse salle – du livre Je les ai tous vus débuter paru aux Éditions de l’Archipel. C’est certain, la liste des artistes est longue et les images imprévues de Johnny, Claude François, Brel, Brassens et les autres, forcément hautes en couleur, s’enchaînent. Ainsi se dessine la carte de l’Olympia, au rythme de confidences marquantes, de potins oubliés, de grands chahuts, d’anecdotes plus invraisemblables les unes que les autres. Comme autant de petits legs pour le grand public. 

Doudou, 91 ans aujourd’hui, a fait le choix de se souvenir de ce qu’il a vécu et de raconter avec une précision incroyable tout ce qu’il faut savoir sous les dessous de ce haut lieu du music-hall, trente ans durant, des débuts en 1954 jusqu’au milieu des années 1980. 

Alors, en se glissant dans cette dynamique intimiste, artistique autant qu’humaine, Emmanuel Bonini continue à avancer comme il l’a toujours fait, en donnant la prime aux affinités électives, sans artifice. « Je connais Doudou depuis vingt ans au moins. Je l’appelle régulièrement pour prendre de ses nouvelles. C’est un petit gars qui parle comme il pense et qui est profondément gentil. Un titi parisien, qui s’est presque élevé tout seul. Il faisait partie de la bande des gitans de la Porte de Montreuil. J’ai découvert son existence en parcourant ses cahiers. Sous ses airs de dur, c’est un grand sentimental. »

Spectacle

Le monde décrit dans l’ouvrage est aussi très proche du sien. D’ailleurs, c’est grâce à Doudou Morizot qu’une part du cheminement d’auteur d’Emmanuel Bonini a pris corps. « Chaque fois que j’écrivais une biographie, il me fournissait des informations, des photos. De cette belle rencontre entre Doudou et moi et de ce compagnonnage au long cours émanera un livre que j’ai fait avec le cœur, parce que j’aime beaucoup le métier d’artiste. Je le connais très bien. Si bien que j’ai pu étoffer certains points du récit, opérer des remises en perspectives avec le contexte de l’époque. »

À la faveur des pages du manuscrit Emmanuel Bonini renoue avec pas mal de vieilles connaissances. « Doudou rend compte de son vécu avec les artistes qui ont tenu le haut de l’affiche à l’Olympia. Pour ma part, j’avais déjà écrit sur pas mal d’entre eux », commente Emmanuel Bonini. La ligne narrative qu’il suit depuis déjà deux décennies allait de soi. Sans doute parce qu’elle est construite à partir de situations de grande émotion. « J’aime le spectacle. Ça vient de très loin, de l’enfance. J’ai toujours voulu aller là où je ne suis pas. Mon maître-mot, c’est ailleurs. C’est découvrir des mondes que je ne connais pas », confie-t-il.

En parallèle, une autre trame à valeur d’évidence se développe. Parce que l’existence selon la définition que lui donne Emmanuel Bonini est aussi une invitation à entreprendre un voyage à rebours, à remonter le temps pour suivre les traces de personnages illustres, quitte à réinventer un peu le décor. « Mon rêve, lorsque j’étais enfant, était de me transporter dans l’histoire. Cela rejoint, je crois mon goût pour le spectacle. Le fait de pouvoir retourner dans le passé, les représentations, ce sont des illusions. Tout ce qui n’est pas faisable m’attire. J’ai toujours fait le contraire des autres. Faire un pas de côté est difficile. Mais c’est en cultivant sa différence à condition de la positiver qu’on s’accomplit », confie-t-il.

Sur les photos sépia, Emmanuel Bonini est un petit garçon de 10 ans qui lisait La Peste de Camus, « sans vraiment tout comprendre à l’époque » mais aussi les numéros de Paris Match, Point de Vue Images du monde, ou encore Jours de France, qu’il trouve dans la maison familiale à Rosazia. Les images de l’enfance qui reviennent en mémoire sont aussi celles de cours de catéchisme surjoués, improvisés dans la cour de la caserne des Douanes. Il ajoute à l’affaire un je ne sais quoi qui immerge au plus haut point ses petits interlocuteurs dans le récit. « Mon père était douanier », explique-t-il. Avant de poursuivre : « j’allais au catéchisme et je regardais beaucoup de péplums ».

La trajectoire de Jésus-Christ, hors norme et poignante à souhait, lui paraît familière et possède toutes les caractéristiques requises pour créer l’inspiration. « Je réunissais les copains et les copines devant l’immeuble et je leur racontais la vie du Christ. Je dramatisais à l’extrême », se souvient-il. 

Inédits

Certains jours, les enfants prennent le parti de la fête. Chacun met un franc au pot. Il ne reste plus qu’à aller acheter quelques gâteaux et boissons au « Constellation » tout proche, puis à prendre place dans le champ qui jouxte l’arrière de la caserne. « Je faisais le clown et j’amusais la galerie et ensuite on mangeait. Les invités étaient triés sur le volet »,plaisante-t-il. 

Toujours, son désir de raconter, de révéler l’emporte. « Je voulais transmettre une histoire », résume-t-il. Dans le monde décrit, Marie-Antoinette, l’épouse de Louis XVI figure en bonne place. La rencontre s’opère par le biais d’André Castelot et de son ouvrage Marie-Antoinette puis de la comédienne Geneviève Casile dans le rôle de la souveraine à la tête tranchée. « C’est l’injustice qui me motivait aussi bien pour Jésus que pour Marie-Antoinette. En outre, ces deux personnages ont toujours été au bout sans jamais se renier. Cette espèce de dignité dans le malheur, de l’acceptation de leur destin, me fascine. C’est grand et j’aime le grand. », affirme-t-il.

Le scénario s’étoffe à mesure que le temps passe. Il met en exergue d’étranges coïncidences. « J’ai rencontré Geneviève Casile. Elle a inscrit une dédicace sur le dessin de Marie-Antoinette que j’avais réalisé presque cinquante ans plus tôt. Elle m’a prédit beaucoup de succès pour mon livre. Cela fait 20 ans à présent que je travaille sur Marie-Antoinette. Je vais bien au-delà de la biographie. » Emmanuel Bonini écrit avec force et s’appuie sur de nombreux documents inédits.

Il agit en enquêteur au long cours. L’équilibre entre émotion et information est savamment dosé. C’est le principe de la démarche. C’est aussi sa manière d’être en intimité avec son sujet. Elle s’accordera avec ses différents ouvrages, tels que Goldman, le vent de l’histoire, Piaf, la vérité, La véritable Romy Schneider ou encore Brigitte Bardot par amour et c’est tout. L’écrivain échappe toujours aux processus classiques. 

Parce qu’il a pris ses marques auprès des artistes en se retrouvant aux premières loges, parce qu’il dévoile, en toute connaissance de cause, un métier souvent plus fantasmé que connu. « J’ai fait un peu de scène. Mais, j’ai surtout fait mes classes sur le plateau de “La Chance aux chansons” de Pascal Sevran, pendant deux ans. J’ai vu tous les grands répéter. Au palmarès figurent Aznavour, Ivry Gitlis, Adamo, Guy Béart, Line Renaud, Marthe Mercadier. 

Montand

La rencontre constitue un pan majeur de la démarche. « Avec Goldman, j’ai eu un échange épistolaire magnifique pendant des années. J’ai touché son cœur et il a touché le mien. Nous nous sommes ensuite rencontrés, lorsque j’étais à l’École des douanes de La Rochelle. À l’époque, il m’a donné plein de conseils. Il savait que j’étais attiré par ce métier, mais je ne savais pas de quelle façon. J’étais attiré par la création, la transmission. »

Avec Brigitte Bardot, c’est une lettre ou plutôt un manuscrit qui sert de déclencheur. « Adolescent, j’avais écrit un premier roman sur mon chien Prince. Il nous a quittés en 1991. Il était arrivé dans ma vie lorsque j’avais 14 ans. Mon frère venait de partir à l’armée et ma sœur de se marier, deux sacerdoces différents. Prince avait été adopté dans un chenil à Montluçon. J’ai envoyé le texte à Brigitte Bardot pour lui demander de faire la préface. Une semaine après je recevais une lettre avec une préface magnifique », confie-t-il. 

Avec Joséphine Baker, l’exercice défie en plus le temps à bien des égards. Tout commence par un coup de cœur. « À10 ans, j’ai découvert Joséphine grâce à l’émission “Midi Première”. Je n’ai plus pu détacher mes pensées et mes yeux de cette femme. Une semaine plus tard à peine, j’apprenais son décès. » Les années passent mais Emmanuel Bonini ne change pas de regard. Joséphine a provoqué chez lui comme chez bien d’autres une authentique émotion. « C’était une femme exceptionnelle. Elle avait une emprise, un pouvoir sur les gens. Cela dépassait le talent, l’aura, cela venait d’ailleurs. Joséphine venait d’ailleurs », affirme-t-il.

Il y a en plus, la sensation qu’elle est un membre de la famille et qu’elle rend compte, pour partie, au moins de son ascendance guyanaise. « Une de mes grand-mères guyanaises est arrivée dans l’île par le même bateau qui amenait Dreyfus en Corse. Elle l’a quittée en 1925 pour aller rejoindre son fils, facteur, en Algérie. » Autant de raisons qui poussent « à écrire quelque chose pour transmettre la vie de Joséphine ». Sa détermination se heurte à sa méconnaissance du monde de l’édition. Mais pas seulement. « Je n’avais aucune notion de ce qu’était écrire un livre, ou bien une maison d’édition. » Il part pourtant sur les traces de l’artiste. « J’exerçais alors le métier de stewart et je voyageais dans le monde entier. Ce qui me permettait de prendre des renseignements un peu partout. Plus tard, je suis parti spécialement pour enquêter à Rome, en Sicile et ailleurs. J’ai eu la chance de rentrer en contact avec des informateurs très précieux. » Le manuscrit s’enrichit peu à peu. Il sera, au final, retenu par les Éditions Pygmalion. Au début de l’année 2000, le jeune auteur est invité sur le plateau de Bernard Pivot. L’élan est pris. Les livres et les succès s’additionnent.

Sa prochaine parution est prévue au mois de septembre 2021. Soit 600 pages consacrées à l’existence d’Yves Montand « Cela faisait quatre ans que je travaillais sur ce livre qui sera très politique. J’ai retrouvé beaucoup de choses. », assure-t-il. De quoi éveiller la curiosité des lecteurs. 

Avocate pénaliste, spécialisée dans la défense des victimes de violences conjugales, de harcèlement ou d’agressions sexuelles, Janine Bonaggiunta s’est distinguée dans de nombreux dossiers emblématiques devant la Cour d’Assises (affaires Valérie Bacot, Stéphanie Burdin, Alexandra Lange, Jacqueline Sauvage, etc.). Des affaires qu’elle a participé à médiatiser pour mettre en lumière la souffrance des victimes et permettre enfin de faire entendre leurs voix.

Par Karine Casalta

Rien pourtant au départ ne laissait présager qu’elle aurait un jour à s’emparer d’histoires si douloureuses. Avocate spécialisée en droit des affaires, les enjeux pour les clients qu’elle défendait étaient alors d’un tout autre ordre. Mais sa sensibilité, son histoire personnelle et de belles rencontres vont faire prendre un virage à cette carrière toute tracée. Sa rencontre avec une coach, tout d’abord, à un moment de sa vie où, en quête de sens et d’humanité, elle ne se sentait plus en phase avec son métier, va contribuer à faire bifurquer sa carrière. Sur son conseil, Janine intègre l’Académie du coaching où durant deux années elle travaille sur son développement personnel, tout en menant de front son activité au sein de son cabinet. Cette formation va participer à lui révéler ses aspirations profondes, et la conforter dans son envie de changer de voie. 

Défendre et protéger les plus fragiles

Sensible depuis toujours à l’injustice, à la maltraitance et aux violences faites aux femmes et aux enfants, elle décide bientôt de mettre son expertise juridique au service de cette cause. « Comment tolérer qu’un enfant soit battu, soit maltraité, ou qu’une femme soit entraînée dans des violences, entraînant aussi ses enfants, ça me touchait énormément. Tout est parti de là. » Une décision influencée aussi par ses retrouvailles avec sa consœur Nathalie Tomasini, qui traverse alors elle aussi une période de remise en question et deviendra bientôt son associée. En 2011, persuadées de répondre à un vrai besoin, elles fondent toutes deux, contre l’avis de tous, un nouveau cabinet pionnier sur les problématiques de défense des victimes de violences conjugales et intrafamiliales. Beaucoup autour d’elles voient alors ce projet comme hérésie, convaincus qu’il n’y a pas suffisamment de demande en la matière. « On a fait l’effort de se former à ces problématiques, sans à priori, avec l’approche de tenter de comprendre sans juger. » Très vite, elles se font connaître en créant un site Internet permettant d’informer les victimes sur leurs droits et les encourager à se faire aider. Et bientôt les affaires vont affluer, avec des victimes issues de tous milieux. Des femmes battues, humiliées, avilies par leur bourreau, qui toujours dans un même schéma les isole et les coupe de toutes relations sociales, car la violence qu’elles endurent ne se résume pas aux coups reçus et aux brimades, mais se retrouve aussi dans l’isolement où les confine leur conjoint, leur retirant de fait toute possibilité de s’échapper. La plupart du temps, ces femmes ne puisent alors la force de se révolter que dans un extrême instinct de survie ou de protection de leurs enfants. 

Une implication de chaque instant

Ces histoires, Janine s’en empare toujours à bras le corps sans en sortir toujours indemne. « On vit sept jours sur sept avec ça, ça ne vous quitte jamais. Quand une femme vous appelle parce qu’elle va très mal, vous répondez, quel que soit le moment, parce qu’on se demande toujours ce qui peut arriver. Ce n’est pas facile, mais c’est ma vie, je me consacre à ça ! » Un dévouement sans doute aussi induit par des souffrances qui font inconsciemment écho à son histoire familiale et ses fêlures personnelles. Originaire de Corse où elle a vécu une petite enfance heureuse, elle compte en effet parmi ses aïeules des femmes qui ont vécu silencieuses et soumises dans l’ombre d’un mari autoritaire et pas toujours « gentil ». Prenant le contre-pied de cette lignée, Janine a ressenti très tôt la nécessité d’être indépendante, et de gagner sa liberté par les études et un métier. Attirée par le barreau, elle se lance ainsi dans des études de droit à Assas, et prête serment en 1985 sans présumer encore de la dimension aliénante de son métier. Devenue avocate, elle a dû là encore apprendre à faire sa place et s’imposer, à l’encontre des principes qui lui avaient été inculqués de se taire et ne pas se faire remarquer.

Sur le plan personnel aussi elle a appris à s’affirmer : « J’ai su et pu dire non à des relations, y mettre fin, mais tout le monde n’a pas cette force et donc supporte… Moi, j’avais aussi cette autonomie financière qui me permettait de partir, et le courage, car il faut être courageux pour être libre et oser tout recommencer. »

Des victimes poussées au crime

Des ressources que n’ont pas la plupart du temps les femmes qu’elle défend, qui de fait ne parviennent à s’extirper de situations insupportables qu’en tuant leur bourreau.

Plusieurs de ces victimes l’ont particulièrement touchée, à l’instar d’Alexandra Lange, de Jacqueline Sauvage ou encore Valérie Bacot pour ne citer qu’elles« Des femmes admirables avec leurs enfants, des femmes résistantes avec leur bourreau, que la société n’a pas su protéger et qui n’avaient rien à faire dans le box des accusés. Autant de combats gagnés, qu’il était important par ailleurs de médiatiser, pour mettre en lumière ces vies et ces souffrances et dénoncer les lacunes de la justice et les dysfonctionnements de la société, qui laissent parfois faire les bourreaux en toute impunité. Pour exemple, le cas de Valérie Bacot, abusée par son beau-père dès l’âge de 12 ans et qui durant vingt-quatre ans par la suite a été battue, violée et prostituée par ce même homme qui l’a épousée et lui a fait quatre enfants ! »

Faire évoluer la loi

Et de mettre l’accent sur ce qui doit changer « Les textes ne sont pas suffisamment appliqués, les peines ne sont pas suffisamment sévères à mon sens. Dans le cadre de la légitime défense par exemple, les lois ont été faites par des hommes pour des hommes. À aucun moment, on ne les a imaginées pour protéger les femmes au sein de leur foyer, protecteur par nature, c’était à contre-courant de ce que l’on pouvait envisager ! Donc les lois ne sont pas adaptées, bien que les choses soient en train d’évoluer. Il est vrai que la parole se libère mais il faut veiller à protéger celles qui parlent, pour l’après ! Et mieux prendre en considération la situation des enfants, souvent utilisés et manipulés pour faire pression. Les juges ne l’entendent pas toujours, il y a encore beaucoup de progrès à faire. »

Ne s’autorisant jamais à rien lâcher Janine a fait de cette lutte contre les violences conjugales une cause à défendre quoi qu’il en coûte. Et lorsqu’elle a besoin de souffler, c’est en Corse que l’avocate vient régulièrement se ressourcer. Des échappées salutaires pour mieux repartir au combat. 

Il est le nouveau visage de la direction de l’Afpa (Association pour la formation professionnelle des adultes) en Corse. Après un parcours universitaire et professionnel sans faille, il aborde aujourd’hui avec sérénité un nouveau défi, celui de diriger, et de déployer les avancées novatrices en matière de formation qu’un centre stratégique se doit de développer. Foncièrement optimiste, consensuel, fédérateur et pragmatique, il est avant tout un homme de projets au service de la formation des jeunes corses. 

Par Anne-Catherine Mendez

Quel est votre parcours ?

Je suis originaire à la fois de Guagno et de Renno et je suis très attaché à ces deux villages. J’ai grandi à Ajaccio. Après un bac, spécialité économie, au lycée Laetitia, j’ai passé une licence de droit à Corte. Je me suis ensuite dirigé vers des études dans l’immobilier à Aix-en-Provence, précisément un master en droit, conseil et patrimoine immobilier. En 2008, je m’installe à Corte comme agent immobilier et Syndic d’immeuble. Puis une opportunité s’offre à moi. Je rencontre Serge Santunione, président à l’époque du Medef, qui cherche à installer en Corse, Opcalia, un organisme paritaire collecteur agréé par l’État pour collecter les cotisations annuelles des entreprises au titre de la formation professionnelle continue des salariés. Ce fut une très belle aventure à la tête de cet organisme. Et je tiens à remercier Serge, qui a su me faire confiance. Cet homme est d’une très grande ressource pour la Corse. Il fait confiance à la jeune génération, et met tout en œuvre pour apporter des solutions et des outils au territoire. Durant la même période, j’ai poursuivi ma formation en passant un master management général, en alternance au sein de l’école Kedge Business School à Bastia. 

En septembre 2019, le directeur régional de l’Afpa, François-Dominique Cipriani, quitte l’établissement pour un autre poste, je décide alors de proposer ma candidature. En février 2020, je suis nommé à la tête de cette structure. 

Parlez-nous de l’Afpa ? 

L’Afpa Corsica est présente en Corse depuis plus de 50 ans. C’est un organisme de formation qui rayonne sur l’ensemble du territoire, du Cap Corse à Bonifacio, avec un triple objectif sur l’île : répondre à ses missions de service public (certifications, tutorats, formations du jury, ingénierie…), assurer la commande de son principal partenaire et financeur, la Collectivité de Corse, afin de former les demandeurs d’emplois, et enfin accompagner les entreprises pour répondre à leurs besoins pour monter en compétences. En quelques chiffres, nous accompagnons plus de 1 600 demandeurs d’emplois par an, nous formons plus de 1 000 salariés avec un taux d’insertion de plus de 70%.

Avec la loi « Avenir professionnel » du 5 septembre 2018, désormais, l’Afpa Corse peut proposer aux entreprises et aux particuliers le contrat d’apprentissage. 

Nous disposons d’une offre régionale dédiée au contrat d’apprentissage, et nous faisons de l’alternance une des priorités de notre développement !

Cette nouvelle offre de l’Afpa permet d’accompagner les entreprises dans leurs problématiques de recherche de main-d’œuvre qualifiée et leur faciliter le recrutement, notamment pour les PME-TPE. Elle s’adresse également aux jeunes pour accéder plus facilement à l’alternance, avec un accompagnement renforcé dans la construction de leur projet professionnel mais aussi tout au long de leur parcours afin de sécuriser l’acquisition des compétences métier et des savoir-être en entreprise.

Quels sont vos principaux chantiers ?

Aujourd’hui, notre mission essentielle est de faire connaître l’ensemble de nos actions au grand public. Nous avons un rôle très important sur le territoire en matière de formation et d’insertion professionnelle. Notre défi est de dépoussiérer notre outil pour qu’il soit en adéquation avec l’évolution de la société et les nouveaux métiers. Nous pouvons intervenir aussi bien dans des secteurs aussi diversifiés que la filière numérique, tourisme, les métiers de l’eau, du traitement des déchets, l’économie sociale et solidaire. Nous proposons des parcours complets, du CAP au niveau d’ingénieur. Je suis persuadé que la formation est la clef de voûte aussi bien pour les entreprises que pour les demandeurs d’emploi. La formation est une réponse concrète à l’insertion, à l’inclusion, c’est un outil au service du développement du territoire, au service des politiques publiques. 

Quel regard portez-vous sur la Corse ?

La Corse est à un tournant historique. C’est une région pauvre, pleinement impactée par la crise sanitaire. Nous devons trouver un équilibre entre le repli sur nous-même et l’ouverture sur les autres. Avec les écarts qui se creusent au sein de notre société, nous avons tendance à nous recroqueviller, cela est souvent source de tension et ne privilégie pas l’ouverture, le développement. La formation professionnelle est une des solutions, elle fait le lien entre les besoins du territoire, ses problématiques de croissance et l’élévation en compétence des jeunes. 

Aujourd’hui par exemple dans le secteur du tourisme, 15 000 saisonniers viennent de l’extérieur, nous pouvons très bien concevoir de permettre à nos jeunes corses d’accéder à ce type de poste en complémentarité d’une main-d’œuvre qui vient d’ailleurs et surtout leur permettre de prétendre à des fonctions plus qualifiées.

En revanche, vouloir absolument construire une école hôtelière pour les besoins du tourisme haut de gamme est une hérésie. L’ensemble des centres de formation en Corse (Chambre de métiers, Chambre de commerce, université, Afpa, lycée hôtelier…) travaillent en synergie depuis longtemps. Nous avons les infrastructures, les formateurs, les locaux, répartis sur l’ensemble du territoire pour organiser une formation très haut de gamme dans ce domaine. Nous devons juste, tous, nous mettre autour d’une table, professionnels, politiques et centres de formation pour enfin régler cette problématique. 

De quoi êtes-vous fier ?

Ma fierté est ma famille, mes deux petites filles et mon épouse. Elles sont ma force. Et cela fait longtemps que j’ai compris que l’essentiel est ailleurs. D’un point de vue professionnel, je suis fier de mon action au sein d’Opcalia, en particulier de la création d’un CFA du sport sur l’île. 

Et vos échecs ?

Si je peux parler d’échec, ce serait celui de ne pas avoir eu dans certaines situations la sagesse que j’ai aujourd’hui, cela m’aurait évité certaines désillusions ou déconvenues. 

Votre devise ?

Ma devise (sourire…) : « Vis aujourd’hui, comme si c’était le dernier jour, fais des projets comme si tu étais là pour l’éternité. »

Tiré de la Bible et du Nouveau Testament au sujet d’un impôt à payer, c’est ainsi que Jésus leur répondit. 

Par Nathalie Coulon


C’est au détour d’une conversation des plus détendues aux sujets divers que nous avions remis au goût du jour cette citation avec Pascale, une fidèle lectrice de Paroles de Corse et fidèle à son Corte aussi. Ne me demandez pas à ce propos  « le qui, le quoi aurait appartenu à César », on ne s’en souvient même plus.

C’est-à-dire que les rencontres se font si rares et contraignantes : pas de poignée de mains, pas d’embrassades ni enlaçades que le peu de temps passé ensemble au grand air est une grande joie pour les humains que nous sommes. Alors dans cet ennui généralisé faute de divertissements, nous égayons nos conversations de mille choses faites et à faire…
Pour revenir à notre bien-nommé César, il est toujours plus honnête et agréable de rendre la responsabilité de ses actes à celui qui les a commis. 
De nos jours, les réseaux sociaux et l’hyper-communication ne rendent pas toujours honneur à l’auteur des faits puisque l’info multipliée, décuplée finit plus ou moins par être déformée. Une sorte de téléphone arabe : Twitter, FB, etc.
Tout au long du mois d’avril, les conférences napoléoniennes ont permis de rendre à l’Empereur un grand hommage pour honorer ses conquêtes, ses défaites, son grand art et son intelligence suprême. 
De même pour Pasquale Paoli – et les autres grandes figures de cette île – qui était déjà en son temps un exemple de philosophe du siècle des Lumières. Nous n’avions pas encore mis les pieds sur la lune, mais en 1765, Corte était dotée de son université. Quelle bénédiction. Quelle grande culture. Ils étaient à l’époque 300 étudiants aujourd’hui des milliers. Merci général Paoli chi bellu rigalu. 
Pour autant depuis un an, inlassablement, j’attends de pouvoir me réjouir de belles et grandes choses. Mais il semblerait qu’il n’en soit pas ainsi, Covid pas Covid, ouvrira, ouvrira pas le bistrot du coin pour refaire le monde en terrasse, le ciné pour un bon film à critiquer et un concert à ciel ouvert pour sauter, chanter, danser. 
On n’y croirait presque plus. Mi-mai ? 
Hum ! Bè !
Le Covid ayant viré du british au brésilien et là terriblement indien, j’avoue que j’aurais préféré me faire une soirée cuisine du monde plutôt que cette pandémie qui nous mine complètement. 
Pendant que Thomas Pesquet nous fait son petit girettu dans l’espace, nous attendons impatiemment un cliché de la Corse qui aurait été tiré de tout là-haut de sa navette spatiale, d’ailleurs le célèbre astronaute sur son Facebook compte de nombreux compatriotes venus du Cismonte et du Pumonte. On n’est pas peu fier même si on voyage pas en SpaceX Crew Dragon d’avoir toujours notre green pass et bientôt notre QR code, et qui on est ? !!! 
On est « coronafree » puntu è basta ! 

« Coronafree » pour un été en paillote, « coronafree » pour un bed dans un hôtel pas en réa, alléluia ! Et des mesures qui nous permettraient ainsi de limiter la circulation de ce virus malfaisant. 

Sortir un peu de nos « chez nous », revisiter sa ville, son île et pourquoi pas un billet d’avion pour prendre un peu l’air.

« Toute ma vie, j’ai rêvé d’être une hôtesse de l’air », chantait Jacques Dutronc et qu’est-ce qu’il avait raison. 
Quoique là, même plus de service à bord pour une orezza/canistrelli ou un jus de tomates/cacahuète.

Mais quelle loose ! Même pas le temps d’un Paris-Ajaccio pour se sentir une Wonder Woman en sifflant sa boisson dans un gobelet jetable. 

Puisque les mesures impérieuses sont toujours stipulées pour voyager plus loin que le bout de son nez et bien j’espère vite m’émerveiller devant le tableau de Matisse au musée de la Corse et les statues en mémoire des Bonaparte en Ajaccio.

Rien que du beau. 

Matisse avait vu croître en lui tant d’émotion et de passion pour la couleur en se posant en Corse, lors de son voyage de noces entre Angleterre et l’île. Il avait tout compris : Ô Corse, île d’amour.

« L’heure est grave, la France est en péril… » C’est en ces termes qu’une vingtaine de généraux pour la plupart en retraite ont allumé la mèche de la polémique. En publiant une tribune dans Valeurs Actuelles, soixante ans après le putsch d’Alger, pour appeler le chef de l’État à défendre le patriotisme, ils ont scandalisé la gauche, enthousiasmé l’extrême droite et donné une tournure particulière à la campagne présidentielle qui démarre. 

Par Vincent de Bernardi

Le moment est choisi, le support de la publication et les termes aussi. Trois ingrédients qui assurent aux auteurs un retentissement maximum. Le choix du moment n’est pas innocent. Le pays est épuisé par la crise du Covid, la menace djihadiste demeure forte, la loi sur les séparatismes a agité les esprits, et la sécurité s’impose jour après jour comme un des thèmes majeurs de la campagne. Et symbole sur le gâteau, cette tribune intervient soixante ans après le putsch d’Alger. 

En publiant leur billet dans Valeurs Actuelles, les auteurs parlent à « leur cible » certes mais agitent aussi le chiffon rouge. L’hebdomadaire a pour spécialité la provocation, certains diront l’outrance. Dernière en date, l’appel à l’insurrection lancé par Philippe de Villiers dans ses colonnes. « Délitement », « hordes de banlieues », « honneur et patrie », le lexique est particulièrement soigné. Ils appellent au sursaut : « il n’est plus temps de tergiverser, sinon demain la guerre civile mettra un terme à ce chaos croissant et les morts dont vous porterez la responsabilité se compteront par milliers ».

« La bataille de la France »

L’injonction au chef de l’État est sans ambiguïté, sévère et brutale. Ce texte a tous les attributs d’un manifeste. Il conforte la droite nationaliste, à tel point que Marine Le Pen s’est immédiatement fendue d’une réponse invitant les signataires à rejoindre son action pour prendre part à la bataille qui s’ouvre qui est avant tout « la bataille de la France » et d’ajouter « comme citoyenne et comme femme politique, je souscris à vos analyses et partage votre affliction ». Il révulse la gauche qui en a profité pour dénoncer l’absence de réaction du gouvernement. Jean-Luc Mélenchon a fustigé la « stupéfiante déclaration de militaires s’arrogeant le droit d’appeler leur collègue d’active à une intervention contre les islamo-gauchistes ».

Si le climat est propice aux emballements, cette prise de position n’en est pas moins symptomatique d’une tendance éruptive au sein de la société française. Lorsque l’on décortique les études, les Français expriment certaines positions dont cette tribune fait l’écho. 

Préoccupations sécuritaires

Dans la dernière vague du baromètre de la confiance politique d’Opinion Way pour le Cevipof, (février 2021), une majorité d’entre eux estime que la France est davantage un ensemble de communautés qui cohabitent les unes avec les autres qu’une nation unie malgré ses différences. Ils sont 6 sur 10 à considérer que l’islam représente une menace pour la République. 

S’ils sont très majoritairement attachés à un système politique démocratique, ils sont 34% à penser qu’avoir à la tête du pays un homme (ou une femme) fort, qui n’a pas à se préoccuper du parlement ni des élections, serait une bonne chose. 

Par ailleurs, les préoccupations sécuritaires sont en passe de prendre le pas sur les préoccupations sanitaires. Elles ont bondi de 26 points dans le baromètre de l’Ifop pour Le Journal du Dimanche depuis un an après un été que certains ont qualifié « d’Orange mécanique ». 

Si les sympathisants de la droite et de l’extrême droite en feront un élément déterminant de leur vote lors du prochain scrutin présidentiel, les sympathisants macronistes mais aussi ceux de la gauche ne sont pas en reste. Ils sont près de 8 sur 10 à dire que ce sujet pèsera lourd au moment de mettre un bulletin dans l’urne. 

Tentations populistes

Après une crise sans précédent, les ferments de la division sont semés. On a peine à se souvenir des appels à une forme d’unité nationale pour surmonter la plus grâce crise sanitaire du siècle. Désormais, la bataille est lancée et tous les coups sont « presque permis » pour l’emporter, en exploitant les tourments d’un électorat déboussolé, tenté par les coups de menton autoritaires ou pire les solutions populistes drapées dans un patriotisme, pour ne pas dire nationalisme bien pratique et surtout très dangereux. 

Exergues si besoin

« L’injonction au chef de l’État est sans ambiguïté, sévère et brutale. Ce texte a tous les attributs d’un manifeste. »

« Selon un sondage d’Opinion Way, 6 personnes sur 10 considèrent que l’islam représente une menace pour la République. » 

Mercredi 5 mai, plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel de l’association Inseme et se sont retrouvées devant les grilles de la Préfecture de Corse à Ajaccio. La raison de cette mobilisation : le désengagement de l’Etat par rapport à  la prise en charge du second accompagnateur d’un enfant malade devant se rendre sur le continent. Cette promesse de financement devait être formalisée à travers un décret qui ne verra finalement pas le jour. Ce qui devait être simple, automatique, et pérenne reste une démarche ardue et soumise au bon vouloir de la puissance publique. La présidente de l’association, Laetitia Descoin-Cucchi ne perd pas espoir et souhaite un changement de législation.

TOUT TREMBLE, RIEN NE BOUGE VRAIMENT

Après une année passée entre confinement, couvre-feu et autres restrictions, les Corses rêvent-ils au monde d’après ? Pas vraiment. Selon notre dernière étude menée par l’institut Opinion Way, 55% du panel n’attendent rien de la sortie de crise. Une question de générations peut-être puisque les personnes âgées de moins de 35 ans sont malgré tout 57% à attendre le meilleur contre 60% des 50 ans et plus définitivement stoïques. Une question de genre aussi. Les femmes sont ainsi 52% à considérer la fin de la pandémie comme une renaissance avec tous les espoirs que cela suppose alors que les hommes, majoritairement (58%), ne croient pas au changement. 

Sondage Exclusif Paroles deCorse – Opinion of Corsica – C2C Corse Toute reprise totale ou partielle doit impérativement utiliser la mention complète. Étude réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 502 personnes représentatifs de lapopulation française âgées de 18 ans et plus. Pour cette taille d’échantillon, la marge d’incertitude est de 3 à 5 points. 

Le sens des priorités 

Un mot : simplicité. Plaisirs simples et retour aux sources semblent motiver le panel et plus particulièrement les plus de 50 ans qui sont impatients de retrouver leurs proches (58%) ou de renouer avec la nature (55%). Les personnes âgées de moins de 35 ans ont eux la bougeotte, 42% rêvant déjà de leur prochaine destination vacances alors que les 35-49 ans interrogés font du sport et des liens familiaux leurs priorités. Par ailleurs, si les librairies sont devenues au fil des confinements des commerces essentiels, ce n’est pas le cas de la lecture qui ne convainc que 13% du panel, tout comme la cuisine qui perd de son attractivité contrairement aux écrans et aux réseaux sociaux. Seuls 11% des insulaires limiteront le temps passé devant les fils d’actualité et vidéos de chatons dont seul Internet a le secret. Vous avez dit monde d’après ? 

Dans la conscience française, on se représente la république et la démocratie comme intimement liées et on répugne à les penser comme dissociées. Pourtant les deux concepts ne se confondent pas plus qu’ils ne se recouvrent. 

Par Michel Barat, ancien recteur de l’Académie de Corse

Venise fut une république, elle ne fut pas une démocratieIl est difficile aujourd’hui d’admettre que ce fut une république car même si elle affiche en principe l’égalité des citoyens, cette égalité est une fiction car elle se structure politiquement entre les nobles et le peuple. Ce sont ses doges qui exercent le pouvoir, le mot se traduisant par duc. Elle devient république en se séparant de l’empire byzantin et en assurant la souveraineté du pouvoir local. Son nom exact était d’ailleurs la « Sérénissime République de Venise », souvent condensé en la « Sérénissime ». Le titre de « Sérénissime » se trouve être le titre princier. Plus près de nous pour désigner les pays dans l’orbite de l’ancienne Union soviétique, on parlait de « républiques démocratiques » comme si l’un n’impliquait pas nécessairement l’autre. « République démocratique » se disait aussi « république populaire » ou sans ironie « démocratie populaire ». 

Mais la souveraineté dans ce cas était celle du parti avant-garde représentant le prolétariat. Avec ces deux expressions, il est difficile de reconnaître qu’il s’agit de vraies républiques car la souveraineté du peuple n’était exercée que par une partie du peuple : la noblesse pour Venise et une classe pour les pays de l’Est. 

Le prince et le souverain

Il nous faut revenir à une distinction de la philosophie politique classique, celle qui distingue le prince et le souverain. Le souverain désigne l’origine de la loi et le prince, qui en l’occurrence n’est pas nécessairement noble, celui qui exerce le pouvoir ou autrement dit l’exécutif. La démocratie est donc un régime où le souverain est le peuple contrairement à la monarchie ou la royauté où le prince est en même temps le souverain. L’exemple britannique contemporain est un peu paradoxal car le souverain est la reine qui ne gouverne pas : le pouvoir est exercé par le peuple par l’intermédiaire du parlement. En ce sens, le Royaume-Uni est une démocratie parlementaire.

Le mot de « république » ne désigne pas une origine de la souveraineté mais un mode de gouvernement. En latin « respublica » renvoie à la chose publique, aux intérêts communs du peuple, défendus devant le Sénat par les « tribuns » dits de la plèbe. De là vient la devise de Rome, « Senatus Populus que Romae » (SPQR). Le mot république désigne un gouvernement dans l’intérêt général et non dans celui des individus, des partis, des classes ou de toute autre faction. Pour un républicain, le fait qu’une partie du peuple fasse de ses intérêts l’intérêt général est acte factieux. 

En suivant cette définition de la République et son évolution, on comprend comment « république » et « démocratie » deviennent des termes indissociables comme idéaux politiques.

Glissement de sens

Mais pour qu’il en soit encore ainsi aujourd’hui, il faudrait conserver au mot démocratie son sens classique grec désignant la souveraineté de tous, celle du peuple et non pas celle de ses membres séparément, non pas celle de chaque individu ou partie du peuple, ce qui transformerait le régime républicain en régime factieux.

Malheureusement, quand on parle aujourd’hui de démocratie, on a cessé de parler grec ou latin pour penser en anglais ou en américain. « Democracy » en américain désigne moins la souveraineté du peuple en son ensemble que les droits de chacune de ses parties voire de chacun de ses membres. Comme le montre Hannah Arendt la révolution américaine insiste sur la liberté, celle de chacun, alors que la française fut d’abord celle de l’égalité entre citoyens. 

Par ce glissement de sens la démocratie qui a assuré le régime républicain comme celui de l’intérêt général peut aujourd’hui l’ébranler par la revendication de chacun des individus et partie. 

Morale stoïcienne

La république est une exigence et comme le disait Montesquieu avec toute la vertu d’une morale stoïcienne de l’abstention : « Si je savais quelque chose qui me fût utile et préjudiciable à ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à la patrie, et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile l’Europe et préjudiciable au genre humain, je le regarderais comme un crime. »