Écoutez la radio en direct

Toujours et encore la laïcité

À la une

En Corse, se succèdent du jour au lendemain, du 8 au 9 décembre, deux célébrations mémorielles : la « Festa di a Nazione », la Fête de la Nation corse, le 8 décembre, jour de l’Immaculée Conception, devenue dogme en 1854 par le Pape Pie IX et le 9 décembre, la commémoration de la loi 1905 qui scelle la séparation des Églises et de l’État dans la République française. 

Par Michel Barat, ancien recteur de lAcadémie de Corse

Les deux célébrations se succèdent dans les écoles corses, la première comme tradition locale, la seconde comme initiative officielle du ministère de l’Éducation. Ces célébrations successives peuvent paraître étranges et contradictoires pour un regard extérieur. En fait, elles sont plutôt la marque d’une réconciliation entre l’histoire de la République française et celle de la Corse paoliste après les années très difficiles que connut l’Île dans l’affrontement des mouvements nationalistes avec la République. 

En fait, en Corse rien ne s’est passé le 8 décembre mais il fait écho au 8 septembre, jour de la nativité de la Vierge et à la Consulte du 30 janvier 1735 qui proclame « Maria Madre Universale » reine de Corse, fête qu’en 2014 monseigneur de Germay, évêque de Corse, fit célébrer dans toutes les paroisses. On se rend compte de la complexité de la situation d’autant que certains auraient aimé choisir comme fête de la Corse le 30 novembre 1790, jour où l’Assemblée d’Orezza à l’unanimité rattache la Corse à l’Imperium français, en référence à une proposition du 23 septembre 1789.

Le télescopage calendaire de ces deux dates anniversaires met en lumière celui de deux conceptions de la République. La République paoliste n’était pas une république laïque tout en étant tout à fait une république. La laïcité est la singularité de la République française, singularité très peu partagée au monde au point que le mot même n’est pas traduisible, par exemple en langue anglaise. 

Liberté et émancipation 

Une démocratie, l’une des toutes premières du monde, comme les États-Unis d’Amérique, est bien une république tout en n’étant absolument pas laïque. Pire les Américains et leurs institutions ont plus que des soupçons contre la France qu’ils considèrent comme une ennemie de toute religion au point d’en faire une sorte de militante de l’athéisme à la soviétique méritant d’être mise sur une liste noire. 

Le monde anglo-saxon non seulement ne comprend pas mais rejette la laïcité à la française car pour lui le rôle de l’État consiste à réguler les relations entre des communautés et non pas à permettre l’émancipation de chaque citoyen. Les États-Unis qui font de la liberté le fondement de leur constitution emprisonnent le citoyen dans ses communautés ethniques ou religieuses : c’est d’ailleurs l’une des principales raisons pour lesquelles ils ne peuvent trouver d’issue aux conflits raciaux qui déchirent le pays. La laïcité libère des chaînes communautaristes qui incarcèrent leurs membres.

Cela dit, il faut prendre au sérieux l’accusation en intolérance contre la laïcité, accusation reprise par les idéologies et les états totalitaires. Le texte de la loi de 1905 balaye cette accusation illégitime car en son article premier, elle déclare que l’État « assure la liberté de conscience » et « garantit celle des cultes ». Cette séparation est effective dans les institutions et les lieux où s’exercent le pouvoir et les fonctions de l’État. 

Loi de tolérance

On ne saurait confondre ces lieux avec l’espace public où les fidèles peuvent manifester leur foi ou croyance dans la limite du respect de l’ordre public. Les processions peuvent librement suivre leur itinéraire dans nos villes et campagne. Notre École qui émancipe parce que laïque permet à ses élèves corses qui le souhaitent de participer aux festivités principalement religieuses et traditionnelles des 8 septembre et décembre et l’état finance les aumôneries des collèges et lycées comme celles des hôpitaux et des prisons pour toutes les religions.

Soyons clairs, c’est bien le 9 décembre et la séparation des Églises et de l’État qui permettent au 8 décembre ou au 8 septembre de perdurer. Loi de liberté et de tolérance, elle se doit de résister aux tentations d’éventuelles révocations contemporaines de l’Édit de Nantes. 

République du citoyen

Quel serait le statut d’un citoyen des républiques non laïques, de loin majoritaires en nombre, d’un athée, d’un agnostique ou d’un fidèle d’une religion minoritaire ? 

La réponse est simple, un citoyen de seconde zone au mieux. Au pire un métèque. C’est-à-dire un homme libre en droit mais sans droits civiques pleins. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.