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L’État pique du nez

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par Jean Poletti

Il aura fallu une fronde, presque une jacquerie, les prémices d’une révolte, pour que l’État entende raison. La stratégie de la lenteur appliquée à la vaccination fut le signe patent que dans les allées du pouvoir les supposés grands esprits nous mettaient dans une maléfique seringue. Après les mensonges des masques, l’échec des tests, la faillite du déconfinement, nous eûmes droit à ce nouveau déboire. Imprévoyance. Haute administration défaillante. Ministres aux abris ou racontant des sornettes. Un Président tardivement courroucé. Et au cœur de cette Bérézina sanitaire, l’impression d’un équipage gouvernemental sans cap ni boussole. Un porte-parole disant tout et son contraire. Véran jouant à rebours la fable du lièvre et de la tortue. La Fontaine réveille-toi ils sont devenus fous ! Il paraît que nous sommes en guerre contre le virus. Mais déclamer des accents guerriers ne suffit pas pour gagner les batailles. Il faut du mouvement, de l’imagination, et ne pas réécrire la stratégie passive d’une ligne Maginot, dont on sait l’épilogue. Là où il fallait des logisticiens rompus à l’exercice, nous eûmes droit aux élucubrations de ces ronds-de-cuir tant moqués par Courteline. D’interdits en restrictions, de précautions réitérées aux solennels avertissements, les éminences de cabinet aboutirent à figer la campagne sur la ligne de départ. L’intendance suivra martelait de Gaulle. Là dans une révolution copernicienne, elle précéda et forgea la décision. Tous ces crânes d’œuf qui squattent les allées du pouvoir ou occupent, par le fait du prince, les bureaux lambrissés de la République ont failli à trois reprises dans le domaine de la santé publique. Ailleurs, des têtes auraient roulé dans la sciure du désaveu. Renvoyées à leurs chères études. Chez nous ça continue. Circulez manants, l’élite veille. Ici, le maire de Nice exigeant des doses qui furent précipitamment expédiées depuis Paris en taxi ! Là, le refus de transformer les gymnases en centres vaccinaux au prétexte qu’il y faisait froid ! Ailleurs des systèmes de congélation inutilisables faute de certification. Partout la grande pagaille. À croire qu’Einstein avait raison de dire qu’il n’y a pas de vaccin contre la stupidité. La preuve par l’exemple est administrée à coup de piqûres imbéciles. Balayés par le vent de la colère, les tours d’ivoire de ceux qui nous gouvernent et leurs poissons-pilotes s’ouvrirent à l’élémentaire bon sens. Dans un salto arrière digne des jeux du cirque, les augustes esprits tentèrent, toute honte bue, de faire oublier leur écrasante ineptie et les quolibets du monde entier. Mais le mal est fait. Il ajoute si besoin était à la méfiance du peuple envers les gouvernants, accroissant à maints égards le scepticisme envers la thérapie vaccinale. Mac Mahon professant « nous sommes pressés allons lentement » n’a pas toujours raison. Prévenir vaut mieux que guérir eut été préférable. La colère de Macron contre cet initial retard ne fut pas feinte. Il en appréhenda sans doute les conséquences médicales, l’aspect moral, mais aussi le risque politique. Car panser les plaies ne se satisfera pas d’homéopathie. D’autant que de célèbres généticiens accusèrent sans fard les erreurs stratégiques de communication et lourdeurs administratives. À l’image d’Axel Kahn détaillant ce qu’il nomme « l’autopsie d’un désastre ». 

Au-delà de ce dysfonctionnement majeur, l’interrogation affleure désormais sur la gestion étatique de problématiques diverses et variées. Toute proportion gardée, l’esprit béotien s’aventure sur la gestion du dossier insulaire. Avec en filigrane la question de percer ce mystère de savoir s’il s’agit d’hostilité feinte ou affichée ou simplement d’incompétence. Quelle que soit l’option, elle ne nous console pas. Du véto sans appel en écho des requêtes salvezza è rilanciu, au refus juridique du rapprochement de prisonniers. De pinailleries préfectorales en déclaration surréaliste d’une « Madame Corse » assénant que la situation économique et sanitaire était sous contrôle l’entendement chancelle et le courroux s’esquisse. Cette cardinale leçon d’un mémorable revers national sera-t-elle synonyme de remise en question globale laissant éclore l’humilité le pragmatisme et l’écoute ? Qui ne l’espère pas ! Mais comme disait Napoléon « l’art de gouverner consiste à ne pas laisser vieillir les hommes dans leurs postes ». À cette impériale remarque, osons ajouter surtout ceux qui ont failli…

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