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RESILIENCIA 

Elle aura été le mot incontournable de 2020. Pas un discours politique, pas un post Instagram, pas une émission télé sans que la résilience ne soit mentionnée, encouragée, martelée. De cette capacité inégalitaire qui consiste à surmonter les chocs traumatiques, Christophe Santini a décidé d’en tirer un programme. À travers Resiliencia, il partagera son expérience de vie pour accompagner les personnes en rémission de cancer. 

Par Caroline Ettori

Christophe Santini ou le sportif de l’extrême. Passé par le foot et les arts martiaux, il enchaîne depuis plusieurs années les défis les plus fous, les exploits que seule une poignée d’athlètes à travers le monde est en mesure de relever. Traversée des Cinq Déserts, Iron Man en tout genre, traversée des États-Unis à vélo en un temps record rien ne l’arrête si ce n’est qu’un jour d’octobre 2020, lors de la préparation au défi ultime : l’Antarctique en autosuffisance, Christophe Santini est victime d’un malaise vagal. Une mauvaise réception et l’athlète reprend connaissance une heure trente plus tard à l’hôpital de Bastia avec une fracture des deux vertèbres qui composent le rachis cervical supérieur. Dans 85% des cas, c’est la mort ou la paraplégie qui attend les victimes de ce type d’accident. La condition physique de Christophe et une sacrée dose de chance lui permettent de défier les statistiques. Il se réveille pour entamer une nouvelle course. Celle-ci contre la montre. 

Christophe et sa famille disposent alors d’une heure pour décider s’il tente l’opération qui pourra soulager la compression de sa moelle épinière. Quelques trop longues minutes de doute, les questions s’enchaînent, sans réponse. Il est 19 heures, direction le bloc opératoire. 

« On aborde le traumatisme soit comme fardeau, soit comme un défi. » 

Une attente de huit heures, une plaque, deux vis dans le rachis et une bonne nouvelle à la clé. « Je n’ai repris mes esprits que le lendemain matin. Je suis allongé sur mon lit, le professeur me confirme que l’opération s’est bien passée. Il s’agit maintenant d’une question de patience. Je positive tout de suite, je me sens un peu plus maître de la situation. » Dès le premier jour, Christophe Santini retrouve ses réflexes de sportif. Il essaie de se lever, met en place des petits rituels pour passer sa convalescence qui s’étirera sur plusieurs mois, le temps que la fracture et les deux vertèbres se ressoudent. Pour l’hyperactif, le challenge est de taille. « On n’a pas le choix face à ce type de traumatisme : soit on se laisse un peu aller et on le porte comme un fardeau, soit on prend les choses en main et on aborde l’épreuve comme un défi ce qui correspond plus à mon tempérament. »

Affronter les obstacles, affronter la souffrance de l’effort, au-delà de la résistance, Christophe Santini s’est engagé dans un processus de résilience. « À travers mon expérience des sports extrêmes, j’ai déjà dû faire preuve de résilience, en gérant la douleur, le mental, l’euphorie aussi sur des courses de plus de 10 heures. J’ai simplement mis à profit mon vécu de sportif en le retranscrivant dans mon trauma de vie. »

Très vite, l’athlète sort de l’hôpital et s’astreint à une marche quotidienne. Chaque jour, il augmente un peu les distances, tout en respectant le temps de la convalescence. « Il ne faut pas brûler les étapes et rester raisonnable en ayant conscience de ses capacités. Au fil des semaines, la marche devient sportive, puis ce sera le vélo d’appartement durant un mois avant d’intégrer le Centre de rééducation européen du sportif (CERS) à Capbreton dans les Landes où j’ai travaillé ma mobilité articulaire. »

De ce parcours de vie, inédit, semé d’embûches, naît l’association Resiliencia. L’idée germe depuis un petit moment dans la tête de Christophe. Il a d’ailleurs passé la certification universitaire « sport de haut niveau et onco-coaching » mise en place par l’Institut Paoli-Calmettes, centre de lutte contre le cancer, à Marseille. Cette formation est née de la rencontre entre les professeurs Didier Blaise et Patrice Viens, également directeur de l’institut et le professeur Pierre Dantin, directeur du laboratoire de Recherche Management Sport Santé à l’université Aix-Marseille. Son objectif : aider les personnes en rémission de cancer. « Ces personnes se retrouvent un peu dans ma position. Quand on est encadré par le corps médical, on est un peu assisté. Les infirmiers, les médecins, les professeurs, tout est là pour nous rassurer. Mais le jour où nous sortons de l’hôpital, on se retrouve livré à nous-même et là, même si on a la possibilité de voir des kinés ou autres, personne ne veut se mouiller, prendre le risque. Nous sommes considérés comme fragiles. » 

« Passer de l’état de survivant à vivant, c’est l’enjeu du programme Resiliencia. »

Tirer les leçons de son expérience, se réapproprier son corps qui n’a été qu’objet d’études et de traitements, passer de l’état de survivant à vivant, c’est l’enjeu du programme Resiliencia qui sera opérationnel au printemps 2021. « Au-delà d’un simple accompagnement, nous proposons un véritable coaching oncologique basé sur les bienfaits du sport adapté et sur les enseignements du management du sport à haut niveau afin que les personnes en rémission de cancer puissent reprendre confiance en leurs capacités physiques et mentales et retrouver une vie saine, loin de la survie et des protocoles médicaux. Certaines peuvent se sentir encore dépendantes et souvent même inconsciemment l’environnement familial peut leur faire ressentir cette faiblesse. D’ailleurs, plus de 80% des patients souffrent de dépression après l’annonce de leur rémission. »

Sans parler de solution miracle, Christophe Santini souhaite créer le déclic avec une « semaine starter », un accompagnement global et personnalisé assuré par des professionnels. Psychologie, physique et diététique seront au programme d’ateliers et séminaires destinés à de petits groupes. Un site Internet, les réseaux sociaux de Christophe Santini et de son association présenteront tout prochainement les informations pratiques et les partenaires du programme. 

Un programme destiné à évoluer pour venir aide aux personnes atteintes de maladies chroniques ou qui devront surmonter une épreuve particulière comme la Covid par exemple. « Il ne s’agit pas de rendre les gens dépendants d’une structure mais au contraire de leur donner les clés de l’autonomie pour qu’ils puissent avancer, retrouver une vie sociale et professionnelle. Le sport m’a toujours apporté énormément depuis mon plus jeune âge même si je n’étais pas à priori fait pour ça. Il m’a permis de rebondir à chaque traumatisme et aujourd’hui j’ai besoin de transmettre cette expérience, le positif que j’en ai tiré. À défaut, à quoi bon faire tout ça si c’est pour le garder pour soi ? » En attendant, les premiers « onco-bootcamps », Christophe Santini a déjà les yeux rivés sur son prochain défi, la traversée de la Corse, 600 km, en non stop d’ici la fin de l’année. Comme un nouveau départ. 

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