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Les beaux faits d’hiver de Zonza

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Nul n’ignore qu’après la parenthèse estivale les villages d’altitude s’engoncent dans la léthargie. Zonza est un contre-exemple éloquent. Il témoigne du refus d’une population de subir la spirale de la désertification. 

Par Jean Poletti

Zonza, niché à quelque huit cents mètres d’altitude, ne vit pas au rythme des saisons. Le retour des frimas n’est pas synonyme de long sommeil jusqu’au prochain été. À l’ombre tutélaire des aiguilles de Bavella et du majestueux Incudine, ce village demeure, et c’est heureux, un symbole de dynamisme s’opposant à l’exode que certains disent inexorable.

En cela, il est atypique et ne doit rien à la providence. Cette vitalité s’enracine dans la volonté d’une communauté qui refuse la fatalité et s’unit pour conserver dynamisme et identité. 

Dans une sorte de particularisme affirmé, cette commune de l’Alta Rocca se signale par une alliance volontariste entre traditions et modernité. Ainsi, par exemple, elle a su conserver son hippodrome, qui culmine à mille mètres et est incontestablement le plus haut d’Europe. Dans ce cadre bucolique s’affrontent lors de réunions prisées galopeurs et trotteurs, encouragés par une foule dense et conquise. 

Zonza est aussi un incontournable lieu de mémoire, concrétisé par le musée de la Résistance, qui jouxte l’office du tourisme. Là aussi, il est aisé de voir l’union du passé et du présent, dans une continuation qui défie l’espace et le temps. Ce lieu dédié aux combattants de l’ombre, inauguré voilà une dizaine d’années, combla une criante absence dans la muséographie insulaire. Ouvert gratuitement au public, il permet aux visiteurs de s’imprégner de l’atmosphère qui prévalait lors de l’Occupation nazie et fasciste. Et à l’évidence mieux connaître les actions de ces authentiques héros que Maurice Choury, dans un poignant ouvrage qualifia de Tous bandits d’honneur.

Une vraie maison de la culture

Hier, aujourd’hui et demain. Voilà la trilogie qui semble animer la démarche collective de cette localité insérée dans la piève de Carbini. Cette opiniâtreté se retrouve à l’évidence dans la récente création d’une Maison des jeunes et de la culture. Affiliée à la structure nationale, elle regroupe une trentaine d’ateliers regroupés en six pôles principaux. Cette réalisation au cœur du rural est significative à tous égards. Elle bat en brèche l’idée trop répandue qu’en dehors des villes littorales rien ou presque n’est possible. La municipalité et la communauté des communes apportèrent leur aide financière, à l’idée émise par quelques-uns. L’épilogue est édifiant. Sous la houlette de sa dynamique présidente Jeannine Maestrati, entourée par une équipe de bénévoles, cette Casa per tutti est devenue un rendez-vous incontournable pour les jeunes générations, mais aussi les adultes. Tous peuvent s’adonner à des activités récréatives ou pédagogiques. Cours de langue corse, de chants polyphoniques dispensés par le Chœur de Sartène, mais aussi de quadrille avec A Manfarina. D’une activité, l’autre, certains opteront pour des cours de bien-être conjuguant yoga ou fitness, ou s’initieront à la danse classique ou moderne. Et tels préfèreront les cours de piano ou de guitare. Le sport n’est nullement le parent pauvre de cette offre riche et variée. Ainsi, tennis et athlétisme figurent au programme. 

Inutile de verser dans l’énumération. Ces quelques exemples suffisent à fixer les esprits sur l’amplitude et l’éclectisme de prestations, qui n’a rien à envier aux principales agglomérations. D’autant que l’intégration n’est pas oubliée, puisque en corollaire aux cours de soutien pour les écoliers, certains sont ouverts aux étrangers. 

Refusant toutefois de se reposer sur ses lauriers, la MJC a signé un partenariat avec le Cacel de Porto-Vecchio. L’enjeu ? Bénéficier de formations diplômantes que ce dernier a obtenu grâce à une convention avec le conservatoire de Bastia. 

Faut-il ajouter que la MJC est également affiliée à la fédération française de triathlon ? Dans ce cadre, elle sera coorganisatrice d’une épreuve internationale avec un départ dans la baie de Pinarello et l’arrivée à Zonza. 

L’énergie collective

Ce bref panel suffit à démontrer la vigueur et l’énergie d’un village, qui pour excentré qu’il soit, ne perd rien de son âme et s’évertue à maîtriser un futur collectif. Par des initiatives, ponctuelles ou structurelles, non seulement, il fixe la population mais permet de l’accroître par des implantations nouvelles. Ainsi, sans le crier sous tous les toits, mais avec la légitime satisfaction du devoir accompli, le maire Nicolas Cucchi, la municipalité et ce que l’on nomme les administrés font corps afin de faire vivre au quotidien leur commune. Lui évitant de rejoindre le camp des belles endormies, qui est malheureusement le lot de tant d’autres localités.

Cela vaut sans doute chemin à emprunter pour ceux qui veulent vraiment ressusciter ces lieux de haute solitude. Pour cela, il convient de ne pas se complaire dans les jérémiades et attendre systématiquement d’éventuelles aides extérieures. Ou des projets n’ayant que le mérite de la communication, fréquemment sans résultats probants. Zonza a fait la démonstration inverse. Elle peut se résumer d’un slogan : Aide-toi et le ciel t’aidera. En cela, elle méritait ce coup de chapeau !

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