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Labellu U Teatru è a Natura – cum’è mutore di sviluppu

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Robin Renucci, directeur des Tréteaux de France. Août 2020

GHJÈ TRÀ DUI SPETTACULI CÙ U CENTRU DRAMATICU NAZIUNALE ITINERANTE « LES TRÉTEAUX DE FRANCE », CH’ELLU PRESIDEGHJA, CHÌ U CUMEDIENTE È REALIZATORE ROBIN RENUCCI VOLTA NANT’À L’ACQUISTU DI U LABELLU DI STATU « CENTRE CULTUREL DE RENCONTRE – THÉÂTRE ET NATURE » DA U SO ASSOCIU, L’ARIA, IN CORE DI U GHJUNSANI, IN BALAGNA. QUALCHÌ GHJORNU FÀ, STA DISTINZIONE ECCEZZIUNALE LI HÈ STATA RIMESSA, À A SO DINAMICA SQUADRA È À ELLU, DA ROSELYNE BACHELOT, A MINISTRA DI A CULTURA. VENE À SALUTÀ UN IMPEGNU È UN TRAVAGLIONE DI 23 ANNI CHÌ VALENU D’ESEMPIU IN QUALITÀ D’ALTRONDE DI SVILUPPU DUREVULE È DI LOTTA CONTR’À A DISERTIFICAZIONE DI I PAESI DI L’INTERNU.

Propos recueillis par Petru Altiani 

Robin Renucci, que représente pour vous l’obtention du label d’État Centre Culturel de Rencontre « Théâtre et Nature » ?

C’est un label qui vient soutenir et féliciter 23 années de travail. Il s’agit de la première labellisation en Corse qui s’ajoute à 18 autres déjà existantes en France et en Europe. Cela marque une vraie évolution pour notre association et nous en sommes très reconnaissants. Pour son obtention, il fallait réunir plusieurs conditions. À savoir tout d’abord occuper de manière permanente à l’année un site patrimonial ouvert au public et contribuer à l’entretenir ou le restaurer. Et c’est le cas pour l’Aria, à travers notamment le théâtre A Stazzona ou encore la maison Battaglini, respectivement situés sur les communes de Pioggiola et d’Olmi Cappella, au cœur du Parc naturel régional de Corse et en moyenne à plus de 900 mètres d’altitude. Le premier a été construit en bois de pin lariciu et inauguré en 2010, le second est le fruit d’une importante opération de réhabilitation d’un ancien collège. Deux lieux de partage théâtral, de création et de formation, forts d’une architecture remarquable et parfaitement intégrés au merveilleux environnement de la vallée du Giussani. Un environnement doté, de son côté, d’un riche patrimoine vernaculaire (ponts génois, moulins, aires à blé…) mais aussi d’une faune et d’une flore exceptionnelles (plantes endémiques, châtaigneraies, chênes, pins larici…). Parmi les autres conditions figurent également le projet d’actions interdisciplinaires qu’a su bâtir l’Aria et sa capacité à soutenir les formes et pratiques artistiques émergentes et les artistes professionnels débutants, en permettant l’accueil d’artistes, de chercheurs, de créateurs ou d’architectes dans le site patrimonial.

Quels objectifs vous êtes-vous fixés dans le cadre de ce label ?

Il s’agit d’associer toujours plus la force du projet culturel à la puissance de la nature. Les habitants sont au cœur de cette démarche. Nous avons à cœur de les faire participer encore davantage. Développer l’emploi local est l’une de nos priorités qui s’est déjà matérialisée par le recrutement de 7 salariés permanents et de plus de 30 intermittents à l’année au sein de notre association. Ceci couplé à 7 autres embauches au sein du Syndicat Mixte du Giussani créé en 2001 et assurant notamment les fonctions de restauration et d’hébergement, là encore à l’année, du bâtiment Noël Battaglini. Le syndicat a par ailleurs réalisé la maîtrised’ouvrage dans le cadre des travaux de réhabilitation de ces infrastructures ainsi que de la construction du théâtre A Stazzona, pour un programme d’investissements total s’élevant à 5 millions d’euros ; issus de fonds européens, nationaux et régionaux. 5 millions d’euros, à titre indicatif, cela représente un quart du budget total qu’a piloté notre l’association depuis sa création en 1998. Nous disposons, en effet, d’1 million d’euros de budget annuel. Nous nous autofinançons à hauteur de 50%. L’aide de la Collectivité de Corse représente environ 30% de ce budget. Ce qui signifie qu’1 euro venant de Corse rapporte 4 euros à la Corse.

Comment s’est passée votre rencontre avec la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot ?

Depuis que nous avons fondé l’Aria, il y a eu 7 ministres d’État qui sont venus affirmer leur soutien à notre projet. La rencontre avec Roselyne Bachelot s’est faite tout naturellement. J’étais surtout très heureux que le plus jeune maire de Corse, Antone Casanova, 28 ans, premier magistrat de Pioggiola et enfant de l’Aria pour en être d’ailleurs aujourd’hui l’un des médiateurs culturels, ait pu rencontrer la ministre de la Culture. Il est, de plus, essentiel que les liens entre l’État, la Région et notre association soient forts, pour amplifier la réussite du projet de développement local que nous avons impulsé voilà 23 ans.

Comment ce soutien de l’État va-t-il se matérialiser ?

La ministre a fait l’annonce, lors de sa venue à Pioggiola, qu’1 million d’euros serait redistribué à l’ensemble des Centres Culturels de Rencontre. Il y en a 19. L’Aria aura sa part. Il y aura, dans ce cadre, un deuxième plan d’investissements pour l’extension du théâtre A Stazzona. Car nous sommes aujourd’hui à l’étroit. Il faut savoir que le secteur culturel est le premier employeur de la haute vallée du Giussani qui compte, pour rappel, 4 communes : Pioggiola, Musuleu, Vallica et Olmi Cappella. Nous avons donc à cœur de poursuivre sur notre lancée. Nous visons une pérennisation de toutes les activités de l’association. La notion de dynamique territoriale, dans le strict respect de l’environnement, nous est essentielle à bien des égards ! Il y a bien sûr des projets, d’ores et déjà en cours, comme la rénovation des façades de la maison Battaglini mais aussi la construction d’un théâtre de verdure sur la commune de Vallica ou encore la réhabilitation de certains sentiers et de ponts génois. Au niveau de l’Aria, 2 à 3 emplois supplémentaires vont être créés, en particulier des guides-artistes ou des artistes-guides, c’est selon, pour faire toujours plus le lien entre théâtre et nature. 

En l’espace de 11 ans, quel bilan pourriez-vous dresser de l’activité générée par le théâtre A Stazzona de Pioggiola ?

Le bilan est très dense et le résultat est là : le lieu est occupé 350 jours par an. Chaque année, l’Aria enregistre 1 300 adhérents, 7 300 spectateurs pour les restitutions publiques ou représentations proposées à A Stazzona, 5 000 spectateurs pour les représentations des Rencontres internationales de théâtre en Corse. Nous accueillons également de nombreux stages. On recense en moyenne tous les ans 80 stagiaires pour les Rencontres internationales de théâtre en Corse, 40 stagiaires pour les stages ou ateliers hebdomadaires in situ, 200 stagiaires aux ateliers réguliers hors-les-murs, 25 étudiants des Écoles d’Art Dramatique, sans oublier plus de 1 000 enfants dans le cadre de l’éducation artistique et culturelle ; sur le temps scolaire et hors-temps scolaire. Nous proposons un lieu de création par la formation ; tous les spectacles qui se jouent chez nous sont créés sur place. L’été, plus de 6 000 repas sont servis à nos participants, venant des 5 continents. La maison Battaglini est dotée de 70 hébergements. Aussi les retombées sont très importantes pour le territoire y compris pour les socioprofessionnels du Giussani. Le Giussani qui compte différentes infrastructures hôtelières et de restaurations. Le public qui vient assister à nos événements s’y logent et s’y restaurent tout au long de l’année. Il y a d’ailleurs très souvent dans la vallée plus de participants aux rendez-vous de l’association que d’habitants sur place ; sachant que nos 4 communes cumulent moins de 300 « paisani » permanents.

Un théâtre en bois de pin lariciu au cœur de la vallée du Giussani, il fallait oser ! Pour ce projet, peut-on dire qu’il vous aura fallu déplacer des montagnes ?

Les déplacer, ma foi non, mais faire preuve d’un esprit prométhéen un petit peu quand même. Le mythe du titan Prométhée « celui qui pense avant ou en avant » nous a fortement inspirés. Selon la mythologie grecque, il aurait volé la flamme aux dieux sur l’Olympe afin de la donner aux hommes. Il s’agit là d’une métaphore de la connaissance apportée aux hommes. « A Stazzona » signifie la forge. La forge, c’est le lieu de l’alchimie et de la maîtrise du feu. C’est le lien de la transformation du monde. On y vient aiguiser sa capacité d’agir. Ce que l’on réalise à A Stazzona, c’est tout à fait lié à cette philosophie de Prométhée. D’autre part, en 1998, nous étions animés par le souhait de ne pas voir notre microrégion sombrer dans la désertification. À cette époque, le Giussani comptait une école avec 5 enfants, en proie à une fermeture. Au fil des années, nous sommes parvenus à la préserver et à élargir ses rangs. On a lutté contre un certain « lascia corre », contre le fatalisme. À travers le chemin de l’Aria, c’est le chemin politique et citoyen qui est maintenu !

Votre association, malgré les difficultés et le contexte sanitaire tendu de ces derniers mois, n’a pas faibli ! Comment s’articule aujourd’hui son activité ? 

L’activité s’est, en effet, étoffée malgré la crise qu’ont traversé tous les secteurs d’activité dont bien sûr celui de la culture. Elle s’articule toujours autour de la création d’œuvres, la production de spectacles, la formation de nombreux publics à l’image des enseignants ou des animateurs socioculturels, la transmission en milieu scolaire et dans les territoires éloignés de la diffusion culturelle à travers l’éducation populaire. Nous allons poursuivre aussi les échanges internationaux qui font rayonner la langue corse et les patrimoines du Giussani. Notre souhait est de déployer de nouvelles transversalités autour d’enjeux patrimoniaux et touristiques, tout en poursuivant notre démarche de partage et de rencontre, main dans la main avec les pouvoirs publics…

Contact. Centre culturel de rencontre Aria : 04 95 61 93 18 / www.ariacorse.net

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