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Charly Delsol : discret et visionnaire

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Charly Delsol a commencé l’aventure entrepreneuriale, il y a plus de 20 ans. Autodidacte, travailleur acharné et convaincu de la force de son projet, il fonde dans les années 2000, le groupe Sages Informatique. Aujourd’hui, l’entreprise tient une place de premier plan au niveau national dans les métiers de la numérisation de la dématérialisation de l’information, en particulier avec la solution Zeendoc, logiciel de gestion électronique de documents et d’archivage numérique à destination des petites et moyennes entreprises. Rencontre avec un homme discret, au parcours atypique, qui a construit son groupe petit à petit, sans faveur ni héritage, persuadé que les rapports humains, quel que soit le niveau technologique de l’entreprise, sont au centre de toute réussite. 

Par Anne-Catherine Mendez

Parlez-nous de votre parcours ?

Mon parcours scolaire s’est terminé à l’âge de 16 ans (sourire). J’ai travaillé ensuite dans une boîte de nuit, bien connu des Ajacciens, en tant que caissier. Je suis parti à l’âge de 20 ans à l’armée. Et à mon retour, j’ai travaillé pendant plusieurs années dans un cercle de jeu à Paris. Quand ce dernier a fermé ses portes, je suis rentré à Ajaccio, j’avais une trentaine d’années. Il fallait retrouver un job, et j’ai été embauché comme vendeur dans une concession automobile pendant près de 10 ans. Rien ne me prédestinait à devenir chef d’entreprise mais quand je me suis retrouvé une nouvelle fois au chômage, je me suis associé avec un ami pour racheter une boîte de matériel bureautique. Mes premiers pas dans l’entreprise ne sont pas très concluants, ce n’est pas quelque chose qui m’intéresse. Mais un sujet m’interpelle alors, celui de la sauvegarde des données à distance. Nous sommes dans les années 2000, aux balbutiements d’Internet, et d’un environnement numérique que personne ne maîtrise. Je me lance alors dans la création du premier data center en Corse. Cela nécessite un investissement très lourd, tant au niveau financier, qu’au niveau matériel. Pendant quelques années, nous assurons la numérisation et la sécurisation de documents pour de nombreuses structures sur le territoire. En 2011, nous sommes rachetés par le groupe Raffali. 

L’histoire, pourrait se terminer là, mais c’est à cette date que tout commence ?

C’est à cette période que je rencontre Mathieu Donzel, il est mon antithèse. Diplômé de l’école Polytechnique, de l’école des Mines, expert en sécurité informatique, il cherche à s’établir en Corse. C’est le rendez-vous improbable, le hasard, la chance, c’est certainement notre goût du challenge qui nous réunit. De cette rencontre, et de notre volonté de résoudre une problématique à laquelle nous avions été confrontés, naît Zeendoc. Dans notre atelier, nous numérisions beaucoup d’archives de PME, de collectivités, nous nous sommes aperçus que les documents numériques que nous obtenions, étaient dans un format difficilement classable et par conséquent, difficiles à retrouver. Nous avons alors décidé de mettre en place une solution unique qui permet de dématérialiser un document, le diffuser et le partager avec ses collaborateurs ou partenaires rapidement et facilement.

Zeendoc est aujourd’hui un outil de gestion de documents, leader sur le marché, qui permet la dématérialisation et l’exploitation de l’information dans un système unique, rendant son accessibilité possible en tout temps et en tout lieu depuis un ordinateur, un smartphone ou un téléphone portable. Sa force ? Faire cohabiter, en toute intelligence, le monde du papier et celui du numérique. 

Mais avant d’être numéro un, nous avons dû affronter toutes les difficultés liées à la mise sur le marché d’un produit, son développement, sa commercialisation. Ce fut un véritable chemin de croix (rire). Nous étions au bord du dépôt de bilan, la solution n’était pas aboutie. Nous n’avions plus assez de moyens financiers pour la développer. Quand par miracle, un fonds d’investissement s’est intéressé au projet, nous avons pu alors repartir dans de bonnes conditions, racheter l’entreprise de numérisation, restructurer, embaucher et rencontrer enfin notre clientèle potentielle. 

Aujourd’hui, Zeendoc représente 6 500 clients, soit environ 350 000 utilisateurs en France, en Suisse et au Luxembourg. Nos perspectives de développement sur le marché de la gestion électronique de documents (GED) sont vastes en particulier sur le marché allemand et anglo-saxon.

Depuis 2020, en dehors du développement classique de l’entreprise, vous avez créé le programme ZeenPlanet, pourquoi ?

La transition écologique passe également par la transition numérique. En lançant ce programme, Sages Informatique a souhaité fédérer ses utilisateurs et ses revendeurs autour d’une démarche collective et ainsi contribuer à son échelle à réduire les émissions carbones produites par le numérique en France. En se rendant sur ZeenPlanet, les utilisateurs de Zeendoc peuvent très simplement calculer l’empreinte carbone du forfait Zeendoc qu’ils utilisent, réaliser l’impact carbone de leur GED et se voir attribuer un badge bas carbone car Sages Informatique a décidé de compenser ses émissions pour ses clients ! Un programme de parrainage permet également aux uns et aux autres d’engager leur communauté, et de se voir attribuer un arbre de la forêt ZeenPlanet, replanté en partenariat avec Ecotree, une start-up forestière œuvrant pour la gestion durable des forêts françaises. Depuis janvier 2020, près de 1 500 arbres ont été plantés. C’est une prise de conscience qui prend tout son sens avec la solution de dématérialisation de documents que nous proposons. Nous souhaitons également offrir cette possibilité-là à toutes les entreprises qui désirent s’investir dans une démarche environnementale durable.

Qu’est-ce qui vous motive encore aujourd’hui ?

Certainement pas l’argent ! (rire). J’ai la satisfaction d’avoir créé 150 emplois, dont 70% sont des emplois qualifiés en Corse. Je pense que ce qui me fait vibrer, c’est de voir se côtoyer plusieurs générations qui travaillent ensemble. C’est comme une famille avec ses joies, ses peines, ses épreuves, ses retrouvailles. 

Des enfants, que j’ai vu naître, ont intégré l’entreprise, d’autres ont pu rentrer à la fin de leurs études, certains ont pu rester. Une partie de la direction, environ une dizaine de personnes est localisée à Paris. C’est un choix inévitable si nous voulons conserver 70% des emplois en Corse. 

C’est un secteur hyperconcurrentiel, c’est un secteur qui explose, donc la concurrence explose. Un client perdu aujourd’hui est un client perdu pour dix ans… 

Si je devais regarder dans le rétroviseur, je dirai que cette aventure reste une histoire de rencontres. C’est peut-être d’une grande banalité, mais par exemple comment voulez-vous qu’un autodidacte et un polytechnicien travaillent ensemble si la relation humaine n’est pas au centre de cet équilibre ? 

Comment avez-vous vécu vos échecs ?

Aujourd’hui, je n’ai pas la sensation d’avoir vécu des échecs. Certes, j’ai passé quelques nuits blanches à me demander comment j’allais assurer le salaire de mes collaborateurs, j’ai parlé seul au volant de ma voiture, en sillonnant la France à la rencontre de mes revendeurs, j’ai pesté contre le système bancaire, les institutions publiques. Ce fut dur, compliqué, épuisant, semé d’embûches, mais cela m’a amusé je crois (éclat de rire). Je suis endurant. Pour y arriver, il faut montrer qu’on y croit et qu’on y croira jusqu’au bout.

Qu’est-ce qui vous rend fier ?

Je suis fier de mes collaborateurs. Leur bien-être au travail est une valeur très importante pour moi. Je souhaite qu’ils s’épanouissent, qu’ils évoluent, qu’ils soient contents de venir travailler. Je suis conscient que sans eux, je ne suis rien. Moi, je suis un commercial, et j’évolue dans un milieu très technique. Quand tu ne sais pas faire, tu prends la compétence là où elle est. Il faut savoir s’entourer de personnes spécialisées. Les jeunes qui se lancent aujourd’hui, en particulier dans le domaine des start-ups, ne sont pas assez informés sur le coût de tout l’environnement collatéral (cabinets juridiques spécialisés, dépôt de brevets etc.). Et souvent, c’est la désillusion.

Votre phrase fétiche, votre devise ?

Prendre la vie comme elle vient.

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