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En rase campagne

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Par Jean Poletti 

Le bon peuple est habitué aux outrances de la campagne présidentielle. Nul n’était dupe, mais elles étaient assénées par des candidats talentueux qui faisaient adhérer à cette commedia dell’arte. Le citoyen bon public faisait ses choux gras des saillies ou assertions, les reprenant même lors des discussions de comptoir. 

Du célèbre « Taisez-vous Elkabbach ! » à l’idée de fracture sociale, sans oublier le célèbre « Vous n’avez pas le monopole du cœur », le florilège faisait le miel de la société. Mais cette fois le spectacle des préposés à l’alternance présente des seconds rôles sans véritables vedettes. Avec comme seule et unique tête d’affiche un polémiste égaré en politique. À la pauvreté des idées, qui ne reflètent pas la hauteur de l’enjeu, se mêlent des propositions irréalistes et du niveau d’un sous-secrétaire d’État. Le récit national est en jachère. Place aux vaines élucubrations. Tel veut que les procureurs infligent des peines sans se soucier de son inconstitutionnalité. L’autre flétrit les rodéos de motards. Ici, on rebat l’antienne de la suppression des fonctionnaires sans dire dans quels domaines. Là, un ancien commissaire européen fustige Bruxelles alors qu’il en fut jusqu’à son éviction un commis zélé. Ces quelques exemples, puisés dans le landerneau libéral, symbolisent en filigrane une fascination pour les thèses de la droite extrême. Avec tel un disque rayé les incessants adoubements au gaullisme. Celui qui dort de son éternel sommeil à Colombey-les-Deux-Églises doit se retourner dans sa tombe en entendant la platitude des propos. Pas de jaloux. La gauche aussi joue ce même concerto inachevé. La candidate socialiste veut doubler le salaire des enseignants. Ou encore la création du crime d’écocide. Quant au représentant communiste, agiter le chiffon rouge lui paraît épreuve insurmontable. Oubliés les Marchais, Giscard, Mitterrand, Chirac voire Sarkozy. Le panache est en berne. La dialectique terne. Et une vision de la France en panne. À telle enseigne que ces professionnels des grandes compétitions électorales, qui ont souvent trusté des fonctions ministérielles, apparaissent à leur désavantage face à des quasi néophytes. Àl’image de Philippe Juvin, d’Ucciani, dont le propos et la prospective supportent allègrement la comparaison avec ces vieux briscards lorgnant vers l’Élysée.

On a les élus que l’on mérite. Les candidats aussi. Le propos du vainqueur du 10 mai 1981 vaut implacable verdict. « Un chef, c’est fait pour cheffer », disait comme en écho son successeur. Alors que l’on attend des impétrants qu’ils dessinent à grands traits l’avenir du pays, ce ne sont qu’arguties de boutiquier. Des comptes d’apothicaires. Une copie collective sans relief ni profondeur. 

Un concert mezzo voce que vint troubler le Zemmour transgressif. Entré dans l’arène, il affole tel le matador par la cape et l’épée, un microcosme qui ne sait vraiment comment le combattre. Son analyse empruntée à Maurras mélange allègrement des faits tamisés à l’aune de sa croyance. On peut adhérer à sa dénonciation du péril islamisé. Mais le suivre, fut-ce à petits pas, sur la piste de Pétain sauveur des Juifs et alter ego de l’homme qui incarna la Résistance équivaut à adouber la forfaiture. 

Et pourtant comme tétanisé par le talentueux trublion, rares sont les voix républicaines qui s’insurgent clairement au nom de l’Histoire et de la vérité. 

Certes, la démocratie a comme compagne la liberté de parole. Sans doute est-ce là son honneur. Mais que soient dénaturées des évidences, sans ripostes sémantiques probantes, témoigne de l’envergure de ceux qui aspirent au pouvoir suprême. 

Dans ce marathon sans leader naturel, certains jouent des coudes afin de sortir du peloton et se qualifier pur le duel final. D’autres savent pertinemment qu’ils seront simples figurants ou éliminés d’emblée. Mais quelle que soit l’hypothèse ne devraient-ils pas utiliser cette auguste tribune pour tendre vers l’excellence de l’offre sociétale et non se limiter à des dogmes subalternes ? L’électorat dans sa diversité ose espérer qu’il est encore temps pour que soient proposées des options novatrices à la limpide clarté. Il pourra alors faire en conscience le bon choix, selon la formule d’un ancien Président accordéoniste.

Cette attente n’exclut pas d’aller à contrecourant de ce que l’on nomme désormais la doxa, pour laisser affleurer les convictions. À rebours de l’opinion, Mitterrand le fit sur la peine de mort. Loin de lui porter préjudice, chacun salua son courage. 

Auparavant, Pompidou avait livré un message qui défie le temps et a aujourd’hui un accent de vérité : « Dans la vie des nations alternent la grandeur et la médiocrité. »

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