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CLAPE : À L’ÉCOUTE DU RURAL

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Être à l’écoute des mots et des maux des parents et de leurs enfants. Telle est la mission que s’est donnée l’association Clape Corse. À travers des lieux d’accueil itinérants, ces professionnels de l’enfance vont à la rencontre de ces familles du rural parfois oubliées, souvent démunies face à leurs propres interrogations. L’objectif de ces spécialistes : informer, dépister, accompagner et orienter dans un climat de confiance. 

Par Caroline Ettori

Chaque semaine, plusieurs fois par semaine, un camion sillonne sans relâche les routes du Spelunca Liamone dans l’ouest de l’île. À son bord, les équipes de l’association Clape Corse (Cars & Lieux d’Accueil Parents Enfants). « Nous avons créé notre association en 2018 avec des professionnels de la petite enfance, psychologue, orthophoniste, psychomotricien, pédopsychiatre collaborant depuis longtemps, unis par une même éthique et partageant un constat alarmant », précise la présidente de Clape Corse, la pédopsychiatre et jeune retraitée Annie Smadja. Un constat d’inégalité entre pôle urbain et monde rural qui ne se résume pas à un simple problème géographique. Le docteur Annie Smadja va plus loin : « En Corse, il y a peu de transports en commun, les temps de trajet sont importants et le rural est d’une manière générale médicalement sous équipé. Un contexte qui n’est pas sans conséquence sur la santé de ses habitants y compris chez les plus jeunes. »

Clape a donc souhaité mettre en place un réseau régional de petites unités mobiles pour rompre l’isolement et aller à la rencontre de ces populations qui ne peuvent pas toujours se déplacer. L’objectif : accueillir, informer, détecter, accompagner parents et enfants autour de jeux, de création, de musique, de conte ou encore d’ateliers d’éveil. Des missions qui peuvent revêtir différentes formes mais qui répondent aux mêmes fondamentaux. « Nous avons ouvert notre toute première unité en janvier 2020. Une équipe spécialisée de 2 ou 3 membres se déplace à jours réguliers et heures fixes, dans les villages de Vico, Coggia, Tiuccia, Piana, Cargese, Ota, Evisa. » À chaque étape, elle aménage un lieu d’accueil parents/enfants libre, gratuit, sans rendez-vous et anonyme ouvert aux 0-6 ans, accompagnés d’un adulte référent. « Nous sommes dans le village, dans la proximité, tout en venant de l’extérieur. Ces deux qualités nous paraissaient essentielles pour instaurer un climat de confiance. Il suffit juste de pousser la porte. On s’installe généralement dans une salle communale, on met en place les jeux, les tapis et en fin de journée, on remballe ! Nous sommes bénévoles pour la plupart, psy, déménageurs et logisticiens. » Tout cela au féminin. 

À la rencontre du rural 

Marie-Paule Casanova, adjointe au maire d’Evisa, témoigne de cet investissement « incroyable » et se félicite de ces visites régulières. « Nous accueillons l’association dans notre salle polyvalente au sein du groupe scolaire. C’est un point de rencontre entre enfants et les parents sont très satisfaits. Il faut dire que dans le rural, c’est un véritable parcours du combattant pour savoir à qui s’adresser en matière de pédiatrie. Là, les familles sont orientées et accompagnées ce qui permet une prise en charge rapide et efficace. Cela a été le cas pour mon petit-fils. Et d’autres parents sont en demande. Pour une fois qu’on vient vers le rural, il faut les soutenir ! »

Et voilà que nous touchons au nerf de la guerre. L’association boucle l’essentiel de son budget grâce à la CAF, complété par d’autres organismes et fondations comme la Fondation de France, la Collectivité de Corse, la MSA, la Communauté de Communes Spelunca Liamone et les villages qui les accueillent. Ces aides ont permis au Clape de recruter deux emplois aidés mais pour Annie Samdja l’avenir reste incertain. « L’essentiel de notre budget est l’humain. Nous nous débrouillons vraiment à l’économie s’agissant des véhicules ou des fournitures mais il n’est pas question de transiger sur la qualité du personnel, formé et régulièrement contrôlé. Il est difficile de nous assurer de la pérennité des financements et donc des emplois. En sachant que les “médicaux” sont bénévoles. » L’appel est lancé : « On a besoin que nos partenaires, l’ARS et la CDC entre autres nous entendent, entendent le besoin des communes et de leurs enfants. Nous travaillons en collaboration avec tous les acteurs de terrain dans une démarche complémentaire et non concurrentielle. Dans cet esprit, il nous arrive d’intervenir en seconde ligne auprès des enseignants, des éducateurs ou des assistantes maternelles quand ils rencontrent des difficultés. Nous ne voyons pas les enfants directement mais nous soutenons ces professionnels de l’éducation. » D’ailleurs, l’association Clape souhaiterait obtenir un agrément de l’Éducation nationale pour collaborer plus facilement avec les établissements et permettre une harmonisation de l’action. 

Si la recherche de fonds s’apparente parfois à la quête du graal, pas question pour les équipes lauréates du Prix Femina 2021 de se détourner de leurs objectifs. L’idée est de consolider la première unité mobile et de multiplier les cars pour mailler le territoire. Dans ce cadre, un huitième village ne devrait pas tarder à rejoindre l’association. Dans un second temps, Clape espère prolonger son action vers une offre sur place de véritables bilans et consultations spécialisés, à visée de diagnostic et de traitement. Avant, pourquoi pas, d’envisager un suivi en téléconsultation du dispositif et étendre le programme à d’autres classes d’âge et notamment aux adolescents. La demande est déjà là. 

Paroles et prévention

En attendant, Annie et ses équipes restent concentrées sur la prévention : « Des troubles légers, comme des troubles du sommeil, du langage ou de l’alimentation peuvent déboucher sur des pathologies alors qu’une prise en charge précoce peut éviter leur aggravation. Et s’agissant de l’action publique, la prévention d’aujourd’hui, c’est des économies pour demain. »

Même s’il ne s’agit pas (encore) d’une équipe de soins, les accueillants demeurent des spécialistes de la petite enfance. « Nous ne nous contentons pas de recueillir la parole. Nous répondons aux questions sur une inquiétude, des petits soucis du quotidien ou des troubles plus graves. De la colère aux maux de ventre en passant par un manque de concentration. Nous sommes là pour faire quelque chose de la parole de l’enfant, de celle des parents et d’orienter vers le lieu ou le spécialiste qui pourra prendre en charge l’éventuel problème. La réponse est immédiate et nous sommes devant eux, des êtres humains et non une succession de pages Internet qui certes peuvent parfois aider mais aussi très souvent inquiéter pour rien. »

Une aide à la parentalité qui a devancé le « rapport des 1 000 jours » du Gouvernement, objet actuellement d’une campagne de promotion sur tous les médias. Ces 1 000 premiers jours constituent la période clé pour l’enfant et contiennent les prémisses de la santé et du bien-être de l’adulte qu’il deviendra. 

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