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Les bogues, ça pique !

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Humeur

Par Nathalie Coulon

« Les bogues ça pique ! » me disait l’autre jour, une petite fille lors d’une balade pédagogique dans la forêt de Vizzavona.
Et comment ! 
Ça pique, il faut s’armer d’un bâton, d’une paire de bonnes chaussures de marche pour pouvoir extraire les belles châtaignes rescapées cette année du cynips, ouf ! 
Elles sont rondes, goûteuses et feront la joie des grands et des petits, des castanéiculteurs de l’île pour en faire de la savoureuse farine et tout autre mets délicieux, appena di pulenda dinò.

Elles piquent ces bogues dans la forêt sans doute pas autant que la facture de 90 millions d’euros de la Corsica Ferries et la bataille qui oppose l’État à l’Assemblée ! Et ça pique dur cette fois ! 
Le bruit de la rivière dans la forêt nous fait penser à un jardin japonisant, l’eau dévale des montagnes après ces dernières pluies abondantes. 
C’est une véritable chorégraphie de l’automne entre les couleurs flamboyantes et le petit vent frais de novembre qui nous pousse doucement vers l’hiver, sa goutte froide et ses journées plus courtes. 
La note lumineuse du moment, ce sont tout de même les fêtes de Noël qui approchent, les villes, les villages qui déroulent leurs guirlandes lumineuses et nos fameux ronds-points qui se transforment en refuges de troupeaux de rênes, de pingouins, de phoques givrés. De Biguglia à Bonifacio par un détour sur Calvi : nous pourrons apporter un démenti au célèbre tag sur le mur face à la mer sur le port de Bastia :

Corsica is not France 
Corsica is Laponie
Sourire ! 
Faut sourire un peu dans cette société du 1er degré où finalement tout réduit à la cuisson : la culture, le rire, l’imagination, la légèreté du langage, la transmission. 

Faut s’imposer de prendre du recul parce que ma foi on n’en a plus ou presque ! 
Faut saisir les choses de manière plus sensée, plus aiguë, plus poétique pour ne pas sombrer dans ce monde à l’urbanisme si hardcore, dans ce monde où la routine de la syntaxe a voulu rendre tout transparent mais est-ce que réellement on nous prend pour des cons !!?? 
Sous prétexte de tout lisser, tout polisser, c’est une forme de brutalité qui s’offre à nous. 
Alors oui les bogues ça pique les enfants ! Mais je vous rassure les enfants sont heureux de gambader en forêt parce qu’après les infos du matin qui nous annonçaient que désormais il existait un pronom « IEL » dans Le Petit Robert, lui, elle, il, tous pareils ! J’entendais aussi dans mes oreillettes parler : d’éco anxieux, d’éco paralysés et d’éco lucides. 
Vous connaissiez le concept, je l’ignorais, je vous en sers une louche : c’est une manifestation d’angoisse contemporaine caractérisée par une forme d’impuissance face au dérèglement climatique qui s’accélère. 
Il va falloir se retrousser les manches, tous, pas seulement les politiques, les associations, tous pour faire de l’écologie un devoir encore plus qu’une priorité sans se refiler la planche à savon de mouvements en mouvements. 
Il va falloir penser plus loin que se débarrasser sur le trottoir en janvier de son beau sapin Nordmann, il va falloir saisir le présent, les moments de vie devant tant d’échecs, d’actualités préoccupantes, du plus petit au plus grand dans ce monde qu’on l’on aurait voulu remarquable s’il nous reste quelques armes de pacotille : promenons-nous dans les bois pendant que le loup n’y est pas !…
Parce que si la jeunesse va mal, c’est tout un peuple qui va mal. Au syndrome, aux symptômes, on va devoir en dérouler des tonnes de rubans de pansements avant qu’il ne soit trop tard alors souhaitons-nous un : 

Bon Natale Bon capu d’annu à tutti
Allegria, Gioia è Sulidarità bisognu ci n’hè assai. 

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