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Et s’il fallait finalement comprendre ce qu’économie veut dire

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Un regard rapide sur ce qui fait l’actualité pourrait entraîner à penser que l’économie a fait disparaître le politique ou autrement dit que la vraie puissance est la puissance économique. 

Par Michel Barat, ancien recteur de lacadémie de Corse

Peut-être, mais ce n’est pas dire grand-chose si ce n’est qu’il faut mieux être riche que pauvre, en bonne santé que malade, ou en généralisant cyniquement que tout se révèle être rapport de force. Or, nous savons bien que c’est faux. Par exemple, même s’il est vrai que l’Église a souvent donné la preuve d’un Alzheimer évangélique et a eu des comportements de puissance purement politique en oubliant les vertus théologales pour commettre ou laisser commettre des horreurs. 

Il n’empêche qu’il s’agit d’une trahison de la pensée chrétienne et parfois même d’une « recrucifixion ». Pourtant la pensée qui demeure n’est pas celle qui trahit, c’est celle qui maintient ; autrement dit la « Grande Église » n’aurait pas duré plus longtemps que le Parti communiste de l’Union Soviétique. 

Le tombeau vide de Jérusalem continue plus à parler que le tombeau plein de la place Rouge. Pour éviter ces types d’errements qui conduisent à se renier et à choisir la violence du plus fort, il s’avère nécessaire d’entendre ce que le mot « économie » veut dire. Il y a une définition générale qui appelle « économie » l’ensemble des activités de production, de distribution et de consommation. Alors dans ce cas parler d’économie c’est parler de tout donc en fin de compte de rien. Mais le terme peut avoir un sens plus précis et plus restreint, un sens gestionnaire qui consiste à éviter les dépenses superflues pour préserver l’avenir, et combattre la pauvreté.

Les moyens et la fin

Derrière ces deux acceptions du même terme se cache une question fondamentale : celle des moyens et de la fin. La vision gestionnaire quasi technicienne consiste simplement à se donner les moyens de préserver l’avenir et de continuer le progrès. Ce n’est ni rien ni simple et peut même conduire à des mesures qui dans un premier temps prennent la forme d’une gestion calamiteuse qui « cramerait la caisse ».

L’endettement français face à la crise sanitaire, allant jusqu’à nationaliser les salaires, n’offre pas au premier abord les traits de la bonne gestion traditionnelle. Et pourtant si le risque pris est grand, ne rien faire, aurait ruiné entreprises et salariés français, rendant tout avenir quasi impossible. Ces mesures finalement ont préservé l’avenir en le rendant encore possible. Elles sont donc bien des mesures de véritable gestion mais peut-être de mauvaise économie générale n’allant pas dans le sens d’un ultralibéralisme laissant le libre cours à la loi du plus fort.

Finalement avoir une conception gestionnaire de l’économie c’est savoir qu’elle est un moyen et non pas une fin. Un économiste pur ferait de l’économie une finalité en soi. En ce sens, la technique gestionnaire avec toute son âpreté peut demeurer humaniste alors que l’éloge de l’économie est peut-être bien celui de la barbarie. 

Philosophie de lhistoire 

Les choix gestionnaires sont donc bien des choix politiques et les philosophies politiques, qui se font à l’idée que l’économie décide en dernier ressort, renonceraient à être des philosophies politiques. C’est peut-être là que se trouve tout le nœud paradoxal de la dernière philosophie de l’histoire qu’est le marxisme. Sa vision rigoureusement économique, pour qui l’accroissement quantitatif continu de la production ne peut que déboucher sur un changement qualitatif améliorant le sort des producteurs, montre totalement sa limite car ce type de révolution prolétarienne ne s’est produit dans aucun des pays les plus développés quantitativement. 

Au point que Lénine pour passer à l’acte et conduire sur ces bases économiques la révolution se résout à supposer une théorie du maillon le plus faible comme la guerre ou la nation. Ainsi il s’interdit une gestion humaniste et transforme l’espoir de la société d’abondance et de liberté en société de misère et de dictature.

Hegel et Marx

Comme quoi Hegel n’avait peut-être pas si tort et n’avait pas besoin d’être remis sur ses pieds comme le souhaitait Marx : l’esclave en usant de technique, c’est-à-dire en travaillant au nom d’une idée qui ne lui appartient pas, pour satisfaire les désirs du maître finit par se libérer de son servage. 

La grande leçon économique est peut-être que l’intendant des bâtiments est plus le moteur de l’histoire que le propriétaire du capital.

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