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Jeunes cherchent emplois désespérément 

À la une   Des pâles embellies passagères aux constats récurrents, les chiffres donnent le vertige. Une étude de 2018 suffit à fixer les esprits. 11 000 jeunes de 16 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en formation en Corse. Cela représente près d’un quart de cette tranche d’âge : 47 000 personnes (14% de la population de l’île). Additionnés aux 8% de la population active au chômage, soit 12 000 personnes, ils sont 23 000 personnes sans emploi : plus que la population de l’extrême sud ! Par Emmanuelle de Gentili Par-delà ces 47 000 personnes, l’île compte 59 000 de moins de 16 ans (17%), 154 000 entre 30 et 64 ans (45%) et 79 000 de plus de 65 ans (23%), soit un total de 339 000 habitants en 2018. Pour ces jeunes, la sortie du système scolaire est difficile : peu ou pas de qualification, alternance de périodes d’emploi et de chômage. Ces Jeunes non scolarisés, Inactifs ou au Chômage (JIC), sont la cible des politiques publiques de lutte contre le décrochage scolaire et pour l’insertion et de chômage. Ces Jeunes non scolarisés, Inactifs ou au Chômage (JIC), sont la cible des politiques publiques de lutte contre le décrochage scolaire et pour l’insertion. L’île se distingue par une proportion de JIC plus importante qu’en moyenne métropolitaine (23% soit 4 points de plus). Elle se situe au 2e rang après les Hauts-de-France (24%). Ces deux régions ont les taux de pauvreté les plus importants de France métropolitaine et des taux d’activité plus faibles, notamment chez les femmes. Certes, pour une partie de la jeunesse, le chômage est fréquent entre la fin des études et l’obtention d’un emploi stable. Toutefois en Corse, ils sont moins nombreux à se déclarer chômeurs qu’au niveau national (55% contre 68%) car plus souvent au foyer (12% contre 8%) ou dans une autre situation d’inactivité (33% contre 24%). Le foyer protecteur est donc encore présent dans l’île.   Le poids des saisonniers La part de JIC est plus importante dans les zones d’emploi de Porto-Vecchio (32%) Propriano (30%) et Ghisonaccia (28%), avec une surreprésentation de femmes au foyer et d’étrangers. Ce sont des territoires éloignés des pôles de formation et les emplois y sont plus souvent saisonniers. Ces chiffres ont une explication : près de 28 000 emplois sont saisonniers en Corse, soit 19% de l’emploi salarié annuel hors agriculture. Cette part, six fois plus importante qu’au niveau national, génère ce sous-emploi massif, car la saison écoulée, les emplois disparaissent. Ces salariés sont jeunes, la moitié a moins de 30 ans et un quart réside hors de Corse, expliquant en partie l’instabilité de ce marché et la constance des JIC. De plus les entreprises n’arrivent pas à les fidéliser : seuls 3/10 ont travaillé dans le même établissement l’année précédente. Les conditions de travail, le niveau de salaire et le manque de perspective y concourent : les CDD sont de moins de 4 mois et le salaire horaire est 20% en deçà de celui des permanents. Le taux de chômage, stable depuis une décennie (9% en 2010 pour 8% en 2021), indique que le marché absorbe une part importante de nouveaux venus depuis 2009 (+ 4 100 par an), y compris dans la tranche des 16-29 ans.   Ubérisation de la société Mais il reste encore, hors période saisonnière, 23 000 inactifs. Cela signifie que les demandeurs d’emploi ne peuvent pas occuper les postes vacants car ils n’y sont pas formés, où qu’ils ne le veulent pas, ce qui pose des problèmes de niveau de rémunération, d’acceptabilité des tâches, et que le marché ne permet pas de création suffisante d’entreprises. Que faire, d’autant que le phénomène est national ? Certes le taux de chômage en France a reculé à 7,4% de la population active. Mais le taux de chômage des jeunes est trois fois plus élevé que le taux de chômage des 50 ans ou plus. Il traduit aussi l’ubérisation de la société. Ainsi, en Corse, de 2021 à 2022, 55% des entreprises créées sont des micro-entreprises, dont le statut est connu pour son instabilité (1/3 survit au bout de cinq ans), sa faible rémunération (environ 600 €/mois en moyenne) et sa vulnérabilité. Il y a donc deux problèmes à résoudre pour tous les acteurs du marché du travail (État, collectivités, chambres consulaires, entreprises, représentation syndicale, salariés) : adapter les formations existantes aux besoins du marché et examiner les niveaux de rémunération et d’acceptabilité des emplois offerts.   Conférence sociale insulaire Le contexte international aggrave notre situation, car la guerre en Ukraine s’installe dans la durée avec la livraison d’armes par les pays occidentaux, de sorte que les prix des matières premières et de l’énergie ne seront pas à leur niveau d’avant crise avant 2025, estime la Banque de France, qui prévoit un PIB légèrement supérieur à 1% en 2024, soit un seuil inférieur à celui qui permet la création d’emploi : 1,5%. La vision politicienne du marché du travail est dépassée par l’ampleur de la tâche ! Raison de plus pour exhorter tous les acteurs de ce marché à se retrouver au sein d’une conférence sociale insulaire !  

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