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Rita Beveraggi : « La vie a plus d’imagination que nous »

À la une   Rita Beveraggi est une des figures de proue du commerce en centre-ville d’Ajaccio. Femme de conviction, de passion, d’action, elle a su imposer l’enseigne qu’elle a créée, il y a plus de 20 ans, comme une référence de la mode féminine insulaire. Lorsqu’elle vous reçoit dans son boudoir, aux allures d’une grande maison de couture, cette entrepreneuse au sourire désarmant ne laisse rien au hasard. Elle prodigue ses conseils personnalisés pour que chaque femme se sente unique. Rita Beveraggi demeure l’une de ses personnalités au parcours les plus inspirants. Portrait ! Par Anne-Catherine Mendez Rita, parlez-nous de vos débuts ? J’ai eu mon bac à 17 ans. Je me rêvais indépendante rapidement, m’extraire du cocon familiale, être libre. Je suis partie à Aix-en-Provence, suivre un BTS secrétariat bilingue que j’ai obtenu à l’âge de 19 ans. Quand je suis rentrée à Ajaccio, pour les vacances d’été, j’ai souhaité travailler. Je ne savais pas encore quel serait mon avenir professionnel, une saison, un peu d’argent de poche me laissaient le temps de réfléchir jusqu’à la rentrée. Maman était vendeuse retoucheuse, dans un commerce d’un quartier populaire d’Ajaccio, la boutique « Cousette ». Je suis rentrée dans ce magasin de prêt à porter pour femme, et j’ai eu littéralement un coup de foudre pour cette activité. J’ai mis mes compétences au service de l’entreprise, créé un fichier client, opté pour une stratégie marketing plus efficace etc. Au bout de trois mois, madame Poggioli, la propriétaire, m’a fait la proposition de rester, alors que je m’apprêtais à dispatcher CV et lettre de motivation. J’ai accepté au grand dam de mon père, et j’ai commencé à gérer entièrement l’entreprise, la comptabilité, les commandes, le merchandising, la communication. Ce fut une expérience fabuleuse qui a duré 18 ans.   Vous avez décidé de voler de vos propres ailes ? En effet, j’étais arrivé à un âge, où j’avais besoin de changement, tout était encore possible. Madame Poggioli, ma « maman professionnelle » a toujours souhaité installer un deuxième établissement en centre-ville. Elle m’a confié son projet, en me laissant partir avec le nom de certaines maisons. Je me suis lancée, seule mais expérimentée, épaulée, sous le patronyme de Dona Ferentes, il y a aujourd’hui 23 ans.   Quelles sont les grandes étapes d’une carrière comme la vôtre, qui sont nécessairement liées à l’évolution du commerce de proximité ? La première étape pour moi est celle liée à l’année 1999, la sortie de la crise économique. J’avais su anticiper ce rebond économique, et cela m’a permis de vivre les années 2000 avec dynamisme. La rue Fesch était une rue vivante, très fréquentée par les Ajacciens mais également par les touristes. Une artère au savant mélange de belles boutiques et de vieux commerces, une réelle vie de quartier. En 2008, nouvelle crise économique. Les effets en 2009 sont lourds de conséquences pour le commerce, accentuées par une vague de travaux de la gare à la place du Diamant et une absence totale d’espaces de stationnement. Le centre-ville affronte une désaffection, un désamour, une perte d’attractivité. À l’époque, je me suis beaucoup battue, nous nous sommes organisés en association. Nous avons tenté de trouver des solutions, de nous faire entendre auprès de nos interlocuteurs publics. La braderie du centre-ville par exemple a été organisée à cette époque, elle s’est pérennisée depuis, en ce qui concerne le parking, nous sommes toujours dans l’attente… (sourire)   Et aujourd’hui Rita, quelle est votre position vis-à-vis de cet engagement au service de vos pairs ? Aujourd’hui, j’ai décidé de me mettre en retrait de l’engagement associatif. Le confinement, en particulier, m’a fait beaucoup réfléchir. J’ai décidé de me recentrer sur ma propre boutique. De mettre ma créativité au service de mon entreprise. Le combat associatif de défense de notre profession est chronophage, on délaisse souvent ses propres affaires.   Quels sont les principaux changements de nos modes de consommation ? Les principaux changements s’illustrent à travers la part grandissante que l’on consacre aujourd’hui à d’autres activités, le shopping n’est plus une priorité Aujourd’hui, la femme active fait du sport, voyage… Les budgets consacrés à l’habillement s’amenuisent. Internet, les franchises ont été également une révolution en matière de consommation. C’est l’apogée du self shopping, de la fast fashion ! Face à ces mutations, je me suis sentie un temps obsolète, je me suis sincèrement remise en question, est-ce que mon métier avait de l’avenir ? C’est à cette période également que ma vie personnelle a évolué, moi la grande adolescente de 40 ans, j’étais amoureuse et à 45 ans, j’ai réalisé que j’avais un bébé de un an, dont il fallait à présent s’occuper. Aujourd’hui, on observe un nouveau bouleversement dans nos modes d’achat. Les consommateurs reviennent à une relation de proximité, beaucoup sont sensibles à une production plus équitable.   Et vous Rita, avez-vous fait votre propre révolution ? Je ne sais pas si j’ai fait la révolution mais la période que nous avons traversée face à la crise sanitaire, moi, m’a sauvé la vie. Le confinement a suspendu le temps, j’ai remis tout en perspective. J’ai repris goût à mon métier et à la philosophie essentielle que je me suis fixée depuis toujours : mettre des paillettes dans la vie de mes clientes (éclat de rire). J’ai envie comme elles de moments festifs, de légèreté. J’ai relancé mon site Internet, je suis présente sur les réseaux sociaux, je fais participer mes clientes à mes shootings, pas de papier glacé mais des scènes du quotidien dans lesquelles elles se sentent elles-mêmes. Elles sont au cœur de mon métier, j’aime les chouchouter, les conseiller, les guider. Je suis pour chacune d’entre elles, leur personnal shopper, j’aime cetterelation intime.   Avez-vous dû faire face à l’échec ? L’association des commerçants que j’ai présidée pendant quelques années avec un sincère engagement a été pour moi une grande source de frustration. Des actions, dans lesquelles nous avons mis toute notre énergie et qui n’ont pas pu avoir lieu, sont des constats d’échecs. Je me suis rendu compte que je ne maîtrisais rien. La Corse est un iceberg, avec un underground puissant.   De quoi êtes-vous fière ? Je suis fière de ma fille et de la confiance de mes clientes.   Votre devise ? Patience et longueur de temps font plus que force et courage.     Dona Ferentes 35, rue Cardinal Fesch www.donaferentes.com

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