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Rencontre: Jean-Philippe Poma

À la une   C’est avec humour que Jean-Philippe Poma se présente : « je suis un produit postal ». À 58 ans, le nouveau directeur régional de La Poste, natif du nord de l’Hérault, a pris ses fonctions au début de l’été, succédant ainsi à Pascal Mariani. Fort de ses 40 ans d’expérience au sein du groupe, dans ses activités tant fonctionnelles (finances, juridiques, ressources humaines), qu’opérationnelles, Jean-Philippe Poma a exercé ses fonctions dans l’ensemble des métiers du groupe La Poste. En prenant les rênes de la direction régionale corse, il souhaite inscrire durablement le groupe dans le développement local et l’attractivité du territoire. Par Anne-Catherine Mendez Parlez-nous de votre parcours ? J’ai suivi un parcours atypique, je n’ai pas fait de hautes études. J’ai démarré ma carrière comme facteur à Paris dans le 17e arrondissement. J’ai gravi les échelons un à un. J’ai occupé ensuite des fonctions d’encadrement au sein de différentes directions financières, juridiques ou de ressources humaines. J’ai organisé ma vie professionnelle en me réinventant tous les cinq ans environ. J’ai été successivement le patron du département des Alpes-de-Haute-Provence, puis de l’ensemble des bureaux de poste des quartiers nord de Marseille, mon dernier poste était celui de directeur régional comprenant 3 départements : la Seine Maritime, l’Eure et l’Eure-et-Loir. Je suis en Corse depuis le 1er avril. La Poste est une entreprise dans laquelle nous pouvons évoluer de façon verticale et horizontale. De nombreuses opportunités sont offertes aux postiers en termes de mobilités géographiques et fonctionnelles qui s’appuient sur des dispositifs d’accompagnement, de promotion et de formation très diversifiés. Le bien-être des collaborateurs est une priorité qui s’inscrit dans le cadre de notre politique de qualité de vie au travail à laquelle le groupe attache une importance prépondérante.   Quel regard portez-vous sur votre propre évolution professionnelle ? Le regard que je porte par-dessus mon épaule est empli de fierté. Je n’ai jamais été attaché à un poste, mais plutôt attaché à vivre des situations, des expériences différentes. Travailler dans les quartiers nord de Marseille, par exemple, fut une des expériences les plus riches en matière de relations humaines. Nous nous sommes attachés à transcender toutes les difficultés sociales, à reconstruire un service commercial qui n’existait plus et à développer la satisfaction de nos clients. Toute cette dimension qui avait disparu de ces quartiers dans lesquels les difficultés du quotidien ternissent la relation humaine. La Poste place cette relation humaine au cœur de ses préoccupations : les postières et postiers sont présents, partout, pour tous (c’est d’ailleurs notre marque corse « Partout, per tutti ») et j’accorde personnellement un sens fort à faire des relations humaines le point d’ancrage de mon quotidien.   Nommé en Corse, quelle est votre feuille de route ? En Corse, le directeur régional a cette particularité de piloter toutes les activités postales présentes dans l’île, courrier, réseau des bureaux de poste et activités bancaires. Cette organisation spécifique a tout son sens, dans une région au territoire réduit mais aux enjeux énormes. Ma mission est de renforcer la coopération entre ces différents secteurs d’activité afin d’ancrer La Poste comme l’acteur de service de proximité privilégié dans l’accompagnement des grandes transitions sociétales qui sont à l’œuvre : transition démographique, numérique, écologique ou encore territoriale. Une des problématiques prioritaires à laquelle nous devons faire face est celle de la dépendance. En Corse, près d’un tiers de la population est âgé de plus de 60 ans. Parmi elle, 30% se trouvent en situation de forte dépendance ou de handicap. À cette spécificité, s’ajoute le fait que beaucoup de seniors résident dans des lieux éloignés voire isolés. Il s’agit d’un enjeu sociétal auquel La Poste doit apporter des réponses. La densité extraordinaire de notre réseau insulaire qui compte près de 190 points de contact et 470 tournées de facteurs est un atout majeur. En renforçant les synergies entre nos métiers et en s’inscrivant comme partenaires des écosystèmes existants ou en devenir, nous pouvons aider à la détection et à l’accompagnement quotidien de ces personnes fragilisées. Le service « veiller sur mes parents », qui peut être souscrit par une collectivité au profit de ses administrés, s’appuie sur la présence quotidienne du facteur pour assurer un service de vigie et d’alerte. La transition numérique est également un enjeu majeur : les 16 France Services que nous hébergeons renforcées de deux conseillers numériques assurent au quotidien l’accompagnement des populations dans la réalisation de leurs démarches administratives. Par ailleurs, La Poste développe de nombreuses solutions favorisant l’inclusion numérique : notamment des tablettes à l’ergonomie adaptée aux élèves ou aux seniors ou encore le coffre-fort numérique Digiposte. En résumé, le groupe doit continuer de s’adapter à un environnement en profonde mutation comme il l’a toujours fait, mais en intégrant les obligations d’accélération et d’irréversibilité. Les flux courrier connaissent une chute drastique, la fréquentation des bureaux de poste est en diminution constante. Il y a 10 ans, en Corse, 13 000 clients en moyenne fréquentaient un bureau de poste, aujourd’hui ils ne sont plus que 6 500. Toutes nos actions s’accompagnent d’une réflexion systématique en termes de dimensions écologique et sociétale, car La Poste restera toujours et avant tout une entreprise de proximité, humaine et digitale, verte et citoyenne. Nous œuvrons notamment à l’inclusion sociale des personnes les plus fragiles en proposant des accompagnements par des médiateurs dans les quartiers prioritaires et je souhaite que ces dispositifs soient confortés voire renforcés. Dans le domaine écologique, nous développons des solutions de recyclage, d’audit de qualité de l’air, de plateforme de vente en circuits-courts et de détection des logements énergivores notamment. Je souligne que 100 véhicules électriques comptent parmi notre flotte. Ma feuille de route est donc de conforter ce qui a été fait par mon prédécesseur et de développer nos activités sur le territoire.   Que représente la Corse pour le groupe La Poste ? La Corse, montagne dans la mer, regroupe sur un territoire restreint, l’ensemble des grands enjeux sociétaux auxquels nous devons faire face sur le plan national. C’est donc pour La Poste un lieu d’expérimentation et d’innovation à privilégier. En ce sens, j’ai à cœur d’y développer des solutions sur mesure qui répondront aux besoins spécifiques de la population et des collectivités. Nous sommes le 1er employeur en tant qu’entreprise avec environ 1 600 agents. Pour le rester, nous devons valoriser nos offres en tant qu’acteur économique tout en continuant d’assurer nos missions de service public. Nous construisons un réseau qui facilite la vie du client dans son usage de La Poste au quotidien. Les services de La Poste sont accessibles via nos 190 bureaux de poste, nos 600 facteurs et également dans nos partenariats avec des mairies ou des commerçants. Notre ambition est de répondre aux besoins de tous nos clients, notamment en développant nos services numériques qui bénéficient de notre reconnaissance en tant que tiers de confiance. La Poste est aujourd’hui le seul opérateur à être certifié pour la proposition gratuite de l’identité numérique qui permet la sécurisation des échanges digitaux.   De quoi êtes-vous fier ? Sur le plan personnel, je suis fier de mes filles qui ont pris toutes les trois des voies très différentes. Elles sont épanouies et je suis toujours sidéré par leur évolution. Sur le plan professionnel, je suis fier d’être postier et j’espère contribuer à rendre fiers mes collaborateurs de l’être également. La Poste est une grande famille, constituée d’hommes et de femmes, de postiers et de postières, investis, passionnés, au service de la population. Je suis heureux d’écrire une nouvelle page de cette belle histoire avec les postiers de Corse.   Dans ce parcours rythmé par la réussite, avez-vous connu l’échec ? L’échec permet de construire les réussites, il faut l’analyser, s’en nourrir et le transformer en situation positive et toujours aller de l’avant.     La Poste en Corse: 1 580 postières et postiers 80 millions d’euros de financement des collectivités locales 43% de la population détient au moins un produit bancaire au sein de La Banque Postale

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