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José Santoni, laisse béton

À la une     Inamovible secrétaire général du syndicat du Corse-du-Sud du Bâtiment et Travaux publics, il fit récemment valoir selon une formule consacrée ses droits à la retraite. Rien que de plus légitime après une longue carrière marquée du sceau de la compétence. Mais derrière le miroir d’un salarié aux insignes qualités se reflète aussi l’image d’une personne alliant empathie et humanisme. Par Jean Poletti   José Santoni ? Une connaissance aiguë des multiples problématiques du secteur de la construction. Lors de conférences de presse, réunions officielles ou discussions informelles, il avait cette aptitude peu commune de camper réalités et perspectives. Conceptualiser un dossier, théoriser une situation. Il fut, une quarantaine d’années durant, un allié fidèle et compétent de quatre présidents successifs. De Raymond Talbot à Jean-François Luciani en passant par François et Antony Perrino, il sut apporter son expertise et ses conseils éclairés. Et poser un diagnostic lucide, transcendant les périodes de quiétude ou empreintes de morosité. Car ici, plus qu’ailleurs sans doute, le secteur du Bâtiment et des Travaux publics n’est pas un chantier de tout repos. Marché étriqué, fluctuations économiques, ondes de choc politiques. Des contingences factuelles ou structurelles qui sont autant d’ondes de choc que José Santoni sut intégrer dans sa réflexion et la livrer à une corporation qui put en faire son miel. À l’évidence ses compétences l’amenèrent naturellement à épouser les multiples facettes qui édifient une profession. Conseiller prud’homal, membre de diverses commissions dont celle de la qualification des entreprises, ou du Conseil régional de perfectionnement du Centre des formations des apprentis universitaires.   Reflets d’une personnalité Voilà quelques-unes de ses fonctions annexes à sa fonction, témoignant mieux que longues digressions de son amplitude professionnelle. Dans ce droit fil, on pourrait égrener à l’envi les missions qui lui furent proposées. Toutes s’inscrivaient dans la reconnaissance de son ouverture d’esprit au service d’une communauté de bâtisseurs. Sans verser dans une énumération à la Prévert citons notamment, pour fixer les esprits un siège au conseil d’administrateur de l’Office de l’habitat. Ou encore sa participation au comité de pilotage des conventions régionales pour le développement de la formation dans le BTP. Et en filigrane son efficiente implication dans le congrès de la Fédération française du bâtiment qui se tint voilà six ans au Casone, sous le regard de l’Empereur, regroupant quelque sept cents participants représentant toutes les régions rassemblées autour des partenaires locaux. José Santoni c’est tout cela, mais aussi bien d’autres reflets de son personnage. L’intelligence à fleur de propos. Une empathie qui forge d’authentiques amitiés. Et au risque de choquer sa modestie naturelle disons qu’il porte en bandoulière un humanisme nullement feint, sans doute puisé dans ses origines rurales ou la solidarité résiste à l’épreuve du temps. Originaire de Sari d’Orcino, il sut en effet conjuguer à l’envi le sens du partage dans son existence ajaccienne où il construisit sa vie.   Le salon où l’on cause La retraite synonyme de farniente ? Nullement. Une existence différente tout simplement. Rien ne l’empêchera de poser un regard lucide sur les événements insulaires, tant il est citoyen de cœur et d’esprit. Ou encore, au hasard de sollicitations, dire son sentiment à l’égard d’une profession qu’il sut servir et animer avec un dynamisme et une constance sans faille. Au programme sans doute quelques voyages au parfum de découvertes. De fréquentes escapades au village. Et en toile de fond des rendez-vous récurrents à la Conca d’Oro, brasserie de la cité impériale, où on partage le verre de l’amitié en refaisant le monde. Mais où les échanges et points de vue n’ont pas toujours, tant s’en faut, le sérieux et l’austérité qui prévalent dans les conclaves. Des journées sans contraintes qu’imposait un agenda lié à un métier. Nulle obligation d’honorer rendez-vous de travail, débats, assemblées générales. Épilogue aussi de déplacements à Paris et ailleurs. Voilà campée à grands traits la fin d’un chapitre et l’ouverture d’un nouveau. Il sera sans conteste une sorte de changement dans la continuité pour José Santoni, avec toujours chevillé, comme une seconde nature, le sens de la camaraderie, propice à de joyeuses agapes ou l’humour ne joue pas l’Arlésienne.   La balle au bond L’impétrant, disions-nous, a plusieurs violons d’Ingres, ou cordes à son arc. Sans pour autant révéler un grand secret, soulignons qu’il est aussi un passionné de padel, qu’il pratique assidument. Ce sport dérivé du tennis, joué en double, est-il aux antipodes de l’image classique que l’on peut se faire d’un spécialiste qui évolua dans le domaine des chantiers, dut résoudre équations professionnelles, commerciales, sociales et entrepreneunariales ? À cela le sociologue Edgard Morin rétorquerait « que seule la diversité fait l’unité d’un homme ». José Santoni, avec le sens de la dérision qui le caractérise, ajouterait vraisemblablement un opportun laisse béton cimenté d’un sourire…  

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