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Les communes brandissent le bouclier social

À la une Inflation. Récession. Des termes qui qualifient l’actuelle situation qui trouvent aussi une résonance au sein des municipalités insulaires. Certaines offrent d’ores et déjà des aides financières, d’autres engagent une politique de stabilité des prix. Essence, cantines, investissements. L’heure est à la protection des administrés par le redéploiement des budgets locaux. Par Jean Poletti Les fluctuations du prix de l’essence ploient sous un symbolique qui atteste d’un libéralisme échevelé. La récente opération de Total offrant une ristourne aux clients de ses enseignes est certes légitimement appréciée des consommateurs. Elle laisse cependant dans les cartons de l’oubli le fait patent que malgré un différentiel de TVA particulièrement avantageux le produit est plus cher à la pompe que sur le continent. Si un tel écart était appliqué, l’or noir prêterait-il le flanc à des initiatives de certains pétroliers, que les concurrents qualifient sans réticence de concurrence déloyale ? Aurait-on le risque dans un proche avenir de voir la fermeture de stations, notamment dans le rural, et l’avènement d’une position monopolistique d’une marque ? Car les aides actuelles seront limitées dans le temps. Et une fois ce palliatif terminé et la mort de petites structures consommées, il faudra bien que l’on résolve de manière pérenne ce hiatus qui fait payer plus cher à la pompe alors que les taxes sont moindres. Du structurel au factuel, il est de communes qui ne s’interrogent pas plus que de raison. Plutôt que de tirer comme certains des plans sur la comète, se lamenter ou attendre monts et merveilles de la commission des prix, elles agissent dans l’urgence. Ainsi, Antisanti n’a pas fait preuve d’attentisme dans l’espoir d’une normalisation qui prend les traits d’un serpent de mer et de débats stériles. Le maire Anthony Alessandrini et son conseil municipal ont voté une aide de six cents euros annuels pour leurs administrés contraints d’utiliser leurs voitures pour raison professionnelle. Cette subvention dépasse, nul n’en disconvient, le simple chèque carburant. Il participe aussi dans le cadre d’autres mesures à fixer les populations dans les villages. Car prôner ce maintien nécessite des mesures concrètes qui ne se satisfont pas de belles envolées lyriques, prononcées depuis des estrades médiatiques pour donner l’illusion de s’occuper de la ruralité.   Courteline pas mort ! D’autant que chez nous plus qu’ailleurs les tramways se nomment désirs, et les transports collectifs, par route ou rail, ne sillonnent pas les campagnes. Aussi dans ces terres excentrées, le plaidoyer ressassé par les écologistes des villes d’emprunter bus ou métro enregistre un écho mêlant incompréhension et colère. Sans doute ces réfractaires de la voiture n’ont-ils pas lu L’Archipel français, l’éloquent ouvrage de Jérôme Fourquet. En tout cas, en ces terres de haute solitude, le réalisme est de rigueur. Sans ouvrir ici une liste exhaustive, citons le cas de Lugu di Nazza. Le maire, François Benedetti, conscient du surcoût pour remplir les réservoirs, avait projeté lui aussi une aide de six cents euros. Initiative retoquée par les services du contrôle de légalité. L’argument du refus ? L’absence de centre communal d’action sociale. Courteline pas mort. D’autres, devant ce refus similaire baissèrent les bras. Pas lui. Il persista dans sa démarche. Bien lui en prit. Ses tentatives furent enfin couronnées de succès. Dire que la vie des habitants s’est métamorphosée serait sans doute exagéré. En tout cas, elle s’est grandement améliorée. Pas de marchands ambulants, faire des provisions implique de se rendre à Ghisonaccia distant d’une quinzaine de kilomètres. Scénario fréquemment similaire pour aller travailler. D’où cette mesure financière qui met un peu de baume dans les portefeuilles. Elle aurait d’ailleurs pu être encore plus conséquente, mais l’administration fiscale ne le permit pas ! Ici et là, on le voit des actions puisées dans la solidarité se concrétisent. Elles conjuguent efficience et discrétion, ne recherchant pas la publicité outrancière. Contrairement à certains, dont parfois les sollicitations de la presse sont inversement proportionnelles à la réussite prédite. Retrouvez la suite de cet article dans Paroles de Corse #114 en vente ici  

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