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Portrait Ornella Nobili

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Catharsis littéraire

 Comme un point final à une quête d’identité, Ornella Nobili partage avec Fanale & Notte, le long cheminement littéraire qui l’a aidée à se construire après le décès de son père, Dédé Nobili, chanteur, poète et auteur-compositeur populaire, disparu il y a maintenant 10 ans. Au-delà d’un échange père-fille, ce livre dialogue édité cette année par les Éditions de l’Indéprimeuse est aussi l’occasion de faire (re)découvrir et perdurer les textes d’un des auteurs les plus talentueux et prolifique du Riacquistu. Par Karine Casalta C’est à la mort de son père, en 2012 alors qu’elle n’est âgée que d’une dizaine d’années, qu’Ornella a commencé à écrire. Bercée par les souvenirs et confrontée à un manque, elle s’est très vite réfugiée dans l’écriture pour soulager sa peine. Désireuse aussi de mieux connaître ce père trop tôt disparu, elle se plonge également bientôt dans ses textes et ses chansons pour le retrouver. Car l’auteur balanin, originaire de Felicito, a laissé une œuvre abondante derrière lui. Fondateur du groupe U Celu, il a collaboré avec bon nombre de groupes comme A Filetta, Canta U Populu Corsu, ou encore Chjami Aghjalesi pour qui il a composé certaines des plus belles chansons du groupe.   Écrire pour se construire Cette écriture inconsciemment thérapeutique est devenue au fil du temps plus construite, pour s’organiser peu à peu en une sorte de dialogue imaginaire. « Au départ, j’écrivais lorsque j’en avais besoin, lorsque j’avais quelque chose à dire. Puis en grandissant, je l’ai cherché dans ses textes, dans ses chansons, pour combler un manque et comprendre qui il était et qui j’étais aussi, prenant conscience de ma filiation par textes interposés. Le début d’une reconstruction. » Un talent pour l’écriture qui fait notamment surface au collège où on la pousse à continuer. Ornella écrit ainsi pendant de nombreuses années, de façon plus ou moins régulière, de petits textes, des réflexions personnelles et intimes. Elle couche sur le papier ses questionnements, ses contradictions, ses peurs, tenant lieu somme toute de thérapie, sans toutefois envisager d’être un jour publiée. Elle gardait cependant en tête le projet qu’avait son père, dont elle avait pris connaissance quelques années plus tôt, de publier avec son compagnon de route Patrick Croce, un recueil de ses textes qui font désormais partie du patrimoine musical insulaire. Elle désirait le mener à bien pour lui rendre hommage, et les 10 ans de sa disparition en était l’occasion. Alors étudiante à Paris, et ne sachant pas trop quelle forme donner à ce projet, il lui vient l’idée de s’adresser à l’Indéprimeuse dont elle apprécie les talents graphique et artistique. « Je suis allée voir les sœurs Sammarcelli, que je ne connaissais pas personnellement, dans leur boutique atelier parisienne pour leur faire part de mon projet. J’ai d’abord rencontré Felicia, et en vingt minutes le feeling est passé. Elle en a parlé à sa sœur, et à partir de là le projet s’est lancé. » Un échange filial par texte interposés Ce projet qui s’est construit en collaboration durant deux ans a fait apparaître un jeu de dialogue entre une fille et son père, entre les vivants et les morts, pour aboutir ainsi à l’idée d’un coffret de deux volumes : Fanale & Notte. L’un proposant les textes du père et l’autre la réponse littéraire de la fille. Un livre objet, métaphore d’un dialogue imaginaire de près de dix ans dont elle n’a réellement pris conscience qu’à la sortie de l’ouvrage.  
« L’Indéprimeuse a vraiment compris mon projet. Leur réussite est d’avoir fait naître un livre objet, le coffret en lui-même est une métaphore de ce dialogue et de ce que j’ai voulu dire. »
      Mais au-delà de ce face-à-face intime, c’est aussi un échange générationnel qui s’incarne, la rencontre de deux époques, deux langues, deux manières de vivre, reflets d’une histoire collective. Témoignage de la période Riacquistu et post-Riacquistu, Fanale parle à une nouvelle génération curieuse de son histoire, qui pourra s’en emparer. Car faire cette anthologie des textes de son père a permis de les faire passer de l’oral à l’écrit et les inscrire dans une mémoire collective pour continuer à les faire vivre. « J’ai ainsi des retours de personnes que je ne connaissais pas, de trentenaires, quadras, qui me disent que ça leur a donné envie de se mettre ou de se remettre au corse pour les lire. Par ailleurs, j’ai des nièces, et j’espère un jour avoir des enfants, ces pages pourront leur permettre aussi de découvrir un jour leur grand-père. » S’autoriser à tourner la page
« Ce Livre désormais publiée, j’accepte enfin que mon père ne soit plus là. Cela m’a permis de m’en libérer et de le laisser partir pour être enfin moi-même. Et paradoxalement, ce coffret permet aussi qu’il ne disparaisse pas totalement. »
  Sur un plan plus personnel, Notte a été pour elle, un exutoire, une façon de dépasser la mort et de passer à autre chose. Mais longtemps elle s’est posé la question de sa légitimité à publier, de la qualité littéraire de ses textes, avant de prendre conscience que là n’était finalement pas la question. Il lui est en effet apparu comme une évidence que cela lui était nécessaire pour s’autoriser à exister par elle-même. « Ce livre désormais publié, j’accepte enfin que mon père ne soit plus là. Cela m’a permis de m’en libérer et de le laisser partir pour être enfin moi-même. Et paradoxalement, ce coffret permet qu’il ne disparaisse pas totalement. La publication du livre m’a vraiment permis d’en prendre conscience. Je suis sortie de cette expérience plus apaisée. Un sentiment que ressent d’ailleurs mon entourage. » Une publication qui a permis également de dévoiler tout le talent de la jeune auteure, récemment désignée par le Jury du Prix du livre Corse parmi les lauréats de l’année 2022. Aujourd’hui étudiante en histoire de l’art en parcours cinéma, elle ne sait pourtant pas si elle continuera à écrire. « J’espère que je reprendrai, car cela me plaît vraiment mais honnêtement pour l’instant je n’en vois pas vraiment l’intérêt. Je n’écris que si j’ai quelque chose à dire, et pour l’instant je n’en ressens pas le besoin. » Une écriture sincère qui donne par là même toute sa force à cet ouvrage.        
   

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