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Le second souffle de la «Micheline »

À la une Le train semblait remisé dans la gare des souvenirs. Pittoresque et carte postale touristique, il était sur la voie de la léthargie. Mais augmentation des prix du carburant aidant, nombreux délaissent leurs voitures pour emprunter u trinighellu bien plus économique. Ce nouvel attrait instaurera-t-il des habitudes qui s’inscriront dans le temps ? Les gestionnaires des Chemins de fer de la Corse l’espèrent. Par Jean Poletti Signe des temps ? Un important projet de rénovation de la gare de Vizzavona est sur les rails. Il est même question d’ouvrir à proximité un musée dédié à l’histoire des cheminots et de leurs machines. Faire ressurgir le passé coïncide avec un spectaculaire regain d’affluence sur des quais longtemps désertés. L’engouement n’est nullement l’attrait de la nostalgie ou une prise de conscience écologique liée aux « déplacements propres ». Mais une volonté sonnante et trébuchante de voyager à moindre coût. Martin, qui travaille à Ajaccio, se rend chaque fin de semaine à Bastia où réside sa famille. « En voiture, le trajet me revenait à environ quarante euros. C’était trop. Alors j’ai opté pour le train. Certes la durée du trajet est plus importante, mais le bénéfice pécuniaire atténue ce petit désagrément. »Comme lui des particuliers optent désormais pour ce transport collectif. Si certains vont d’un terminus à l’autre, il en est aussi qui préfèrent les fameuses lignes périurbaines. Là aussi il s’agit de ménager le portefeuille, mais aussi ne plus connaître les affres des embouteillages et la quête d’une place de stationnement relevant parfois de la gageure. Pour répondre à la demande, vingt-trois allers-retours quotidiens ont été instaurés sur les lignes de la microrégion bastiaise. Elles desservent Casamozza, Borgo, Furiani et Tragone. Victimes de leur succès, ces lignes sont parfois saturées, comme peut l’être le métro parisien à certains moments. Et ce malgré l’offre substantielle de quatre cents places aux heures de pointe. Accroître davantage encore les potentialités. Voilà l’enjeu surprenant auquel s’attache à répondre Hyacinthe Vanni le président des Chemins de fer de Corse.   Parfois saturés Du jamais vu ! Sur les quais et dans les rames parfois la grogne des usagers se fait entendre, faute de places. Mais les gestionnaires ne se plaignent pas que la mariée soit trop belle. Sous la houlette de l’efficient directeur général Jacques Chibaudel, et d’une équipe soudée dans les bureaux et sur le terrain, ils vont accroître les capacités. Et ainsi poursuivre le grand bond en avant de l’institution. Car des signes diffus ou explicites indiquent que ce regain n’est pas une simple péripétie. Elle pourrait bien s’inscrire dans un nouveau mode de déplacement. Àpreuve la multiplication des abonnements en tout genre. Ainsi pour le seul secteur dit des travailleurs, le nombre est passé de quatre-vingt à plus de deux cents. Et la hausse se poursuit. À cela s’ajoutent les mille cinq cents abonnés étudiants ou écoliers, tandis que des conventions avec plusieurs entreprises sont dans les cartons. Dans le même temps une réflexion, déjà bien avancée, est engagée sur l’élaboration d’un tarif social, afin d’ouvrir grand l’accès des moins nantis à la Micheline sacrément revigorée. Un revers de conjoncture, l’inflation, et autres éléments économiques contraignants, ont comme conséquence la résurrection du train. Il ne sortait de son hibernation qu’à la saison estivale pour la plus grande joie des visiteurs, en quête d’insolite. Il devient un moyen de locomotion pour les résidents.   Retour gagnant Dans ce droit fil, l’hôpital de Falconaja s’apprête à finaliser une enquête sur l’opportunité de permettre à ses salariés d’en être eux aussi des usagers réguliers. Il faut raison garder. Cela n’est pas une révolution de palais. Ni pour ainsi dire une nouvelle bataille du rail. Cependant u trinighellu, que certains vouaient aux gémonies et voulaient le remiser dans le tiroir aux oubliettes au nom de la modernité, recommence selon l’expression consacrée à siffler trois fois. L’opportunité est flagrante pour ceux qui en ont la charge de ne pas se reposer sur ces premiers lauriers. Mais à l’inverse pousser les feux comme on dit dans le jargon cheminot pour moderniser et optimiser un réseau et ses dessertes. Afin qu’à l’avenir dans un confort accru et une célérité plus grande, le train sillonne allègrement divers points de l’île, avec une clientèle importante et fidélisée.   Aller plus loin ? Serait-il utopique de demander que soit rouverte la destination de Tallone, et pourquoi pas la desserte de Porto-Vecchio. Ces lignes, respectivement inaugurées en 1888 et 1935, furent fermées dans les années cinquante, tant elles avaient été endommagées par des bombardements de la Deuxièmes Guerre mondiale. Vœu pieu ? Aide de l’Europe ? Et si on en parlait aussi dans le cadre de l’espace de dialogue ouvert avec Darmanin sur l’avenir de notre île ? Comme le clamaient les soixante-huitards : « Soyons réalistes demandons l’impossible ! »  

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