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LA MÉTÉO CONTRE LES SONDAGES !

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QUAND L’EXÉCUTIF A LES YEUX RIVÉS SUR LES PRÉVISIONS MÉTÉO PLUS QUE SUR LES SONDAGES, C’EST QUE L’HEURE EST GRAVE! DÉJÀ LORS DE LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE, L’INDICATEUR LE PLUS SURVEILLÉ N’ÉTAIT PAS LA DERNIÈRE INTENTION DE VOTE MAIS BEL ET BIEN LE BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE. DANS LES MINISTÈRES, ON REDOUTAIT DÉJÀ IL Y A UN AN, UNE VAGUE DE FROID, METTANT LES RÉSEAUX D’ÉNERGIE SOUS TENSION ET CONDUISANT À DES COUPURES LOCALISÉES D’ÉLECTRICITÉ. PAS TRÈS BON À QUELQUES MOIS D’UN SCRUTIN AUSSI IMPORTANT!

Par Vincent de Bernardi
Finalement, l’hiver a été doux, le Président a été réélu, les prix du gaz et de l’électricité ont continué de grimper. Un nouvel hiver approche, et avec lui le spectre de potentielles coupures. Après avoir appelé à la sobriété, le gouvernement a commencé à préparer les esprits à cette hypothèse, laissant penser que la France entière était vulnérable au point d’inciter les Français à envisager de constituer des stocks de bougies! Tous les médias se sont jetés sur ce risque, multipliant les témoignages d’experts et les reportages, au risque d’alimenter l’angoisse collective. Jusqu’à ce que le président de la République lui-même finisse par siffler la fin de ce « scénario de la peur». En réalité, tout a été une question de dosage et de temporalité. On aurait bien entendu reproché au gouvernement de ne pas anticiper, de ne pas se préparer à des cas extrêmes. En revanche, on pourra contester une communication mal calibrée, mal coordonnée, obligeant, à raison, le chef de l’État à taper du poing sur la table. Pendant qu’Emmanuel Macron parcourait la planète, de la COP 27 en Égypte, à la visite d’État aux États-Unis, son gouvernement s’est pris les pieds dans le tapis de la crise énergétique, alors que les enquêtes d’opinion soulignaient l’inquiétude grandissante des Français face au risque de « black-out ». Au lieu de rassurer, il a accentué l’inquiétude.
Communication alarmiste
Début novembre, un sondage Elabe pour l’Institut Montaigne, montrait que 45% des personnes interrogées redoutaient des coupures d’électricité cet hiver. Un mois plus tard, une enquête d’Odoxa pour Le Figaro soulignait que 6 Français sur 10 pensaient connaître des coupures d’électricité chez eux cet hiver. Ces enquêtes ont-elles échappé à la vigilance de l’exécutif? Les résultats auraient dû alerter les stratèges en communication à tempérer les messages alarmistes. D’autant plus, qu’elles renseignent sur le degré de compréhension de l’opinion sur ce sujet de l’énergie. Pour eux, la crise est multifactorielle. Elle est d’abord la conséquence d’un manque d’investissements dans les centrales nucléaires, mais aussi dans les énergies renouvelables. Elle est ensuite aggravée par la guerre en Ukraine et l’arrêt de l’approvisionnement de l’Europe en gaz russe. Dernier élément éclairant (!), les Français ne veulent pas recevoir de leçons. Une majorité estime que les messages de recommandations du gouvernement les appelant à plus de sobriété sont infantilisants. Résultat, ils sont 53% à ne pas avoir confiance dans l’action de l’exécutif pour assurer l’approvisionnement en gaz et en électricité du pays dans les prochains mois. Pire, 66% ne lui font pas confiance pour protéger leur pouvoir d’achat face à la hausse des prix.
Pas de vision politique
À force de trop regarder la météo, à trop penser à «se couvrir», on en oublie des indicateurs utiles pour calibrer les bons messages au bon moment. Tout est d’abord une affaire de mots. Ce sont eux qui donnent ou non, la tonalité du traitement et le relief du sujet. Chacun y est allé de son commentaire, déroulant des éléments de langage sans réelle vision politique, alimentant une machine médiatique avide d’informations alarmistes. À longueur d’interviews, ils ont laissé penser que les coupures étaient inéluctables et que demain une partie du pays allait être plongée dans le noir, que des entreprises allaient devoir arrêter leur production, que des malades sous respirateurs artificiels pourraient être menacés. Et il a fallu l’intervention du président de la République pour mettre un terme à cet emballement délirant.
Brèche préfabriquée
C’est ensuite, une question d’organisation et de coordination des prises de paroles. À force de trop parler, on finit par créer des phénomènes de panique mais aussi décrédibiliser la parole publique. C’est précisément ce qui s’est passé en l’espèce. Le Président a dû désavouer son propre gouvernement. Sans doute, aurait-il fallu prendre davantage le temps de l’analyse, placer le sujet sur le terrain du débat politique, c’est-à-dire au Parlement dont le rôle est de contrôler l’action du gouvernement et résister à la pression des médias qui se sont engouffrés logiquement dans une brèche préfabriquée !
 

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