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LE MOIS DERNIER, NOUS AVONS ÉVOQUÉ LA FAIBLESSE DU MARCHÉ DE LA REPRISE D’ENTREPRISE QUI POUR DE NOMBREUX SPÉCIALISTES DEMEURE LE PROBLÈME MAJEUR DE L’ÉCONOMIE CORSE. RAPPELONS POUR MÉMOIRE QU’UN TIERS DES ENTREPRISES SERONT À CÉDER DANS LES DIX PROCHAINES ANNÉES. Par Jean Andre Miniconi, président de la CPME-Corsica Pourquoi la relève se fait-elle tellement attendre ? Au-delà des difficultés économiques, n’assiste-t-on pas à une véritable crise des vocations des métiers de l’entreprenariat ? Pour cette interrogation, il faut tout d’abord s’intéresser à l’étymologie du mot «entreprendre». Celui-ci vient du latin prehendere qui veut dire prendre entre ses mains. Plus tard, au xvie siècle, ce mot sera synonyme de prise de risque. On voit que l’idée sous-jacente est bien celle de prendre, d’avancer, de créer. Ainsi pour l’Insee les principales raisons qui incitent à devenir entrepreneur sont pêle- mêle la volonté d’être indépendant. La possibilité de gérer comme on l’entend son entreprise, de prendre des décisions et d’en voir leurs effets. Le goût d’entreprendre, l’envie de relever de nouveaux défis. À ces considérations s’accroît le souhait de travailler plus pour gagner plus. Généralement, un chef d’entreprise s’investit pleinement dans son projet et travaille plus que la moyenne De plus, sa caution personnelle est toujours requise par la banque chaque fois qu’un prêt est accordé. Au rythme de travail s’ajoute ainsi le risque patrimonial. Nous rentrons là dans le cœur de la théorie financière. Le risque encouru est indissociable de la rémunération espérée. Aussi plus le risque augmente, plus la rémunération devra être importante. C’est pour cela que l’on dit souvent que les entrepreneurs aiment prendre des risques. LA PREUVE PAR CINQ  En contrepoint, quels sont les obstacles à cette vocation? Au rang des principales difficultés on peut évoquer: – Les problèmes pour rechercher des financements malgré les diverses entités mises en place pour accompagner les jeunes entrepreneurs; – Le changement de mode de vie qui résulte de l’augmentation de l’intensité du travail, surtout dans les premières années; – Un carcan administratif qui est une véritable barrière à l’entreprenariat. Les démarches sont bien souvent fastidieuses aussi bien lors de la création de l’activité que tout au long de la vie de l’entreprise. De manière générale, les rapports avec les différentes administrations se révèlent être compliqués; – La peur du risque, phénomène bien français, qui empêche d’aller de l’avant. D’autant plus que bien souvent, le candidat entrepreneur considèrera que le jeu n’en vaut pas la chandelle au regard du niveau hypothétique de la rémunération et de l’investissement en temps de travail. En Corse, on peut ajouter que ce phénomène est exacerbé par une appétence accrue pour faire carrière dans l’administration. Les salaires en particulier dans les collectivités territoriales sont souvent en moyenne plus élevés que dans le privé et il n’est pas rare d’y voir des revenus bien au-dessus de ce que pourrait gagner un entrepreneur individuel qui plus est sans prise de risque. CHANGER DE PARADIGME  Face à ces postulations comment promouvoir l’entreprenariat? Le plus important est de changer les mentalités. Et pour ce faire, c’est bien l’appareil d’État qui doit montrer l’exemple. La France s’est distinguée par une très forte désindustrialisation à partir des années 1970. C’est le pays européen qui a subi la plus forte baisse. L’industrie ne pèse plus que 13,42% du PIB en 2021 contre 16% en moyenne dans la zone euro. On évoque souvent et à juste titre le coût des salaires et le niveau élevé des impôts à la production comme explications aux délocalisations, mais on pourrait y ajouter aussi, le manque de soutien aux PME/PMI qui produisent sur place contrairement aux multinationales. C’est bien pour cela que l’on a découvert que l’on ne produisait pas de masques en France lors de l’épisode de la Covid ! Le plan France Relance initié en 2020 et le chantier de la transition écologique doivent pouvoir permettre de relancer la machine et de susciter de nouvelles vocations entrepreneuriales. En Corse, la production de l’énergie décarbonée et le retraitement des déchets seront créateurs de richesses dans les prochaines années. C’est un terrain fertile pour la création d’entreprises à condition que l’onarriveàformerunenouvellegénération d’entrepreneurs. C’est là que les filières doivent se mettre en place, de la planification à l’accompagnement des projets en passant par la formation. LES CHEMINS DE LA MUTATION Il n’y a pas de générations spontanées d’entrepreneurs. Les choses doivent s’organiser et se planifier. L’État et les collectivités doivent donner le la. Si l’on doit prendre un exemple, c’est bien celui d’Israël qui ressort. Ce pays surnommé «Start-up Nation» a mené une politique volontariste qui a vu l’éclosion de milliers de startups. Je conseille d’ailleurs à ceux qui sont de passage à Tel Aviv de visiter le musée Shimon-Peres pour la paix et l’innovation. En Corse, le «Yes, we can» doit résonner dans la tête de nos futurs chefs d’entreprise, à condition que nos dirigeants soient persuadés de la nécessité de faire confiance au secteur privé. Cette semaine, Michel Barat et Laurent Dominati aux côtés de Caroline Ettori reviennent sur les événements marquants de ce début d’année 2023. C’EST UN PASSAGE DE L’HIVER AU PRINTEMPS BIEN PARTICULIER, CELUI DE L’ANNÉE DERNIÈRE. DEUX MOIS PASSÉS À L’ÉTAT SAUVAGE SOUS LE SILENCE ET LA BRUTALITÉ D’UNE TROISIÈME VAGUE LIÉE À LA PANDÉMIE, ONT INSPIRÉ NAZANIN POUYANDEH, UNE ARTISTE IRANIENNE QUI CONNAISSAIT POURTANT BIEN LA CORSE MAIS QUI LA DÉCOUVRAIT DIFFÉREMMENT. ET LUI PERMET D’OFFRIR SES CRÉATIONS PICTURALES QUI AJOUTENT AU TALENT UN SUPPLÉMENT D’ÂME QUE PRODIGUE L’AUTHENTICITÉ. Par Vanina Angelini-Buresi Nazanin Pouyandeh expose, depuis un mois à la galerie Sator à Romainville, un travail réalisé lors d’une résidence à Casell’Arte A fabrica Culturale à Venacu dans le décor magique de l’hôtel des Caselle. Un décor qui l’a inspirée autrement. Nazanin vient pourtant en Corse depuis de nombreuses années. Travailler en résidence, c’est une expérience qu’elle a déjà vécue ailleurs comme en Afrique, au Bénin mais les conditions du confinement et l’ambiance naturelle du lieu lui auront permis de faire évoluer sa technique. Si l’artiste native de Téhéran fait osciller un sentiment profond de liberté entre païen et religieux avec son pinceau, le lieu mythique des Caselle n’y est pas totalement étranger. Quand Paul et Jean, propriétaires de cet endroit atypique, lui ont proposé de venir en résidence à Casell’Arte, ce fut pour elle à l’époque un moyen de s’échapper de son atelier parisien et surtout de cette nouvelle période d’enfermement profondément liée au confinement. « C’est bien tombé, c’est arrivé quand j’en avais besoin », confie-t-elle. Elle se promenait chaque jour dans les sentiers environnants, découvrait ce qui entourait les caselli, l’hôtel et la demeure de ses hôtes. « Cette nature m’appartenait d’une certaine manière, loin de toute civilisation, de tout bruit, cette montagne à l’horizon, le bruit de la rivière, loin de toute socialisation aussi car l’hôtel était fermé. J’avais besoin de cette oxygénation, de ce maquis et ça s’est ressenti dans mon travail. Cette invitation était comme un miracle je suis arrivée au paradis. »
L’île en partage  Depuis une quinzaine d’années, Nazanin visite la Corse durant les vacances et a séjourné dans de nombreuses régions. Mais cette fois le contexte était particulier, elle était face à cette nature environnante, nature qu’elle a placée d’ailleurs au cœur de sa série « Kallisté », « habituellement c’est l’humain qui est au centre de mon travail, c’est le sujet principal, alors que dans la série corse, la nature a pris autant de place que l’être humain ». L’artiste peintre travaille toujours à partir de clichés qu’elle prend avec son appareil, c’est ainsi qu’elle a procédé durant deux mois à Venacu. Elle a réalisé un certain nombre de photographies, une fois rentrée à Paris elle les a perpétuées sur ses toiles. Cet environnement et cette ambiance en toile de fond elle les a reproduits à l’identique. Les feuilles, les arbres, le ciel, leur forme et leur couleur. Ces paysages, elle a l’habitude de les imaginer, de les inventer dans son atelier autour et derrière les personnes qu’elle met en scène « cette fois la nature est plus réaliste, je la peignais jusqu’ici de façon universelle, le traitement de cette nature, la lumière, l’atmosphère a énormément changé ma technique ». Aux confins de la mythologie  Pour la première fois, Nazanin Pouyandeh dépeint les couleurs, les feuillages tels qu’elle les a vus et respirés dans les moindres détails « le travail qui a suivi cette résidence est le reflet de ce que j’ai vécu pendant deux mois en Corse ». En deux mois, on ne peut tout produire et s’en est suivi un an et demi de travail à Paris dans son atelier avec l’aide de ces photos et ses mises en scène réalisées depuis Venacu au début du printemps 2021. Tout ce qu’elle a rapporté dans son esprit et son cœur, ce dont elle s’est nourri à Casell’Arte, vibre encore en elle. « C’est un travail très détaillé que j’ai poursuivi après cette résidence, ce qui m’a fasciné, c’est l’état vierge du lieu, c’est assez violent, ce paysage que l’on n’a pas encore touché, c’est quelque chose de mythologique, de très puissant. » Ressenti très palpable quand on parcourt cette exposition. Au nom de la cohérence Cette façon de construire son travail diffère de ses précédentes expositions. Différent également dans la restitution des résidences passées. L’artiste expose depuis le 6 novembre dernier « Kallisté » composée d’une dizaine de toiles. « Je n’avais pas eu envie jusqu’ici de faire de série, pour moi chaque tableau était une expérience à part. Mais progressivement, cette série de peintures est apparue comme évidente car elle est finalement très cohérente. » Encore une étape nouvelle dans sa façon de peindre. Si dans chaque toile est exprimé quelque chose d’unique, il y a un message particulier quand on les observe toutes et sont de fait liées entre elles. Il y a l’histoire contée à travers les différentes peintures et il y a l’histoire que l’exposition dans son ensemble, nous raconte. Observer, interpréter une œuvre, c’est s’émouvoir devant elle, la peintre n’a nul besoin de nous l’expliquer avec des mots pour nous en parler, elle le fait avec sa propre émotion, ses tripes et son pinceau, sa technique et son don.
Elle préfère, car ce n’est pas le but d’une toile « je sais expliquer mais le but d’une toile c’est d’évoquer, d’émouvoir, pas forcément de façon rationnelle avec des mots dans le langage courant ». Civilisation et histoire  Des tableaux indépendants et si dépendants pourtant les uns des autres. Des tableaux qui nous évoquent ce territoire qui nous appartient, et qui un temps a appartenu à l’artiste. Si la nature sauvage est si bien reflétée, Nazanin y a exprimé une culture nourrie de rites et empreinte de tradition. La verdure du lieu est extraite et les pierres sont vivantes, celles qui sont là naturellement et celles que l’homme a posé et assemblé. C’est une civilisation et une histoire qu’elle a retranscrites à travers chacune de ces œuvres venacaises. Les cérémonies dites étranges comme dans « L’Alliance » ou « Venaco » font écho à une culture oubliée et à la fois à de célèbres tableaux qu’elle a étudiés et dont elle est influencée de fait, « mon travail est basé sur l’héritage visuel, de ce que l’homme a déjà inventé, je me sers en permanence de l’histoire de l’art et de toute la banque d’images qui existe sans hiérarchie ». Inventer sa voie tout en étant complètement influencée par toute l’histoire de l’image est naturel chez elle. « Ce n’est pas quelque chose de décidé, c’est juste le travail qui fait ça. Je décide juste de m’inspirer de l’histoire de l’art et de plein d’autres images et d’en faire autre chose. » Pari réussi par la talentueuse Nazanin Pouyandeh. Artiste militante  L’inspiration personnelle transpire à travers l’ensemble de son œuvre. Elle entre en résonance avec son histoire qui est aussi un combat. Après l’assassinat politique de son père, écrivain, traducteur, membre actif de l’Association des écrivains iraniens et défenseur des droits de l’homme, Nazanin arrive en France à l’âge de 18 ans. Durant sa courte vie, son père a milité pour l’égalité des sexes et a consacré tout son temps à traduire en persan depuis le français de nombreux articles sur le sujet. La traduction de la déclaration universelle des droits de l’homme en persan fut publiée une semaine après sa mort. Il était persuadé que le peuple iranien accèderait à sa liberté par la conscience, par l’évolution culturelle et sociale. Petite, l’artiste peintre s’est imprégnée de la pensée révolutionnaire militante de son père, elle a rejeté très tôt le voile qu’elle était obligée de porter comme les autres petites filles pour lui couvrir la tête. Bien qu’exilée à Paris après l’exécution de son père, elle continue aujourd’hui à se battre à travers sa peinture. Elle refuse qu’on réduise son art à une peinture féminine parce qu’elle met très souvent en scène des femmes nues, alors que d’où elle vient elles sont voilées par force. Elle peint des femmes libres parce qu’elles doivent l’être, comme elle, elle l’est aujourd’hui. Et dans l’exposition réalisée dans l’atelier de A Fabrica Culturale, elles ne sont pas absentes, elles sont nues, dévêtues voire habillées comme le montre sa création L’étang de Diane. Sur ce tableau, comme dans d’autres de cette série, elle utilise une forme originale, elle met en scène. Plus que juxtaposées, les informations sont nombreuses, diverses mais toujours liées entre elles. Dans cet élan créateur, des peintures religieuses autour de rites païens, des références à la mythologie. Bref, un panel riche et varié qui touche le cœur er séduit l’esprit. La voie de l’inspiration  D’aucuns décèleront des similitudes avec telles cultures anciennes qui ont su évoluer ici mais qui restent trop enracinées et archaïques dans son pays d’origine. Une cristallisation dont ne s’affranchit pas, bien au contraire, l’artiste Pouyandeh. Culture qu’il faudrait moderniser en s’attachant à la condition de chacun et à sa liberté. Cultures à faire évoluer certes en prenant garde de ne trop les diluer. Savoir conserver valeur et identité. Doser, rejeter le nocif et conserver le positif. Savoir se libérer de ses chaînes comme Nazanin. Créer sa propre identité, sa couleur, sa différence en oubliant ce qui la nourrit malgré elle, ses références, ses influences, son vécu, ses études, tout ce qui a fait d’elle un être à part. La Corse d’aujourd’hui pourrait s’en inspirer pour savoir elle aussi se réinventer, se construire. Un ringraziu à Paul Rognoni è à Jean-Emmanuel Pagni par stu locu magicu è puru, par Casell’Arte, A fabrica culturale, chì parmette à artisti di quì è d’altrò di travaglià in un locu guasgi sacru è di pudè inventà. Avec un physique qui n’est pas sans rappeler Whitney Houston et un timbre naturel au charme troublant, Emily Johnson a l’art de faire vibrer les mélodies jazzy. Auteure, compositrice et interprète, l’artiste multiculturelle, qui vit désormais en Corse, prépare actuellement l’enregistrement de son prochain album. Un nouvel opus aux couleurs acid jazz avec lequel elle compte bien nous embarquer dans l’intimité de son univers musical empreint d’émotion.  Par Karine Casalta Issue d’une famille cosmopolite, Emily a grandi en Bulgarie entre un père avocat d’affaires internationales d’origine nigérienne élevé à Londres et une mère bulgare électricienne. Un univers loin de la scène et du monde artistique. Et un métissage qui lui vaut, dans la Bulgarie communiste de son enfance de se sentir différente des autres enfants de son âge. Ce qui la pousse sans doute dès le plus jeune âge à trouver sa place en cherchant à se faire remarquer « J’étais un peu le clown de la famille, sans cesse en mouvement, je ne tenais pas en place. J’aimais danser, chanter devant la famille, les amis… » Et si c’est plutôt la danse qu’elle pratique alors avec assiduité, la musique fait aussi déjà partie de sa vie. La petite fille est imprégnée des rythmes de Boney M., de d’Earth Wind & Fire, et de bien d’autres musiques américaines qu’on écoutait chez elle, à l’encontre de l’orthodoxie culturelle qui régnait dans le pays.   L’appel de la scène C’est dans ce foisonnement musical anglo-saxon qu’elle découvre un jour Michael Jackson, et l’album « Thriller », qui sera pour elle une véritable révélation. « Le chant, la danse, la couleur de peau… Michael Jackson a tout de suite représenté pour moi un repère. C’est réellement lui qui m’a donné envie d’être un jour sur scène. » De fait, après des études de danse et de cinéma, elle intègre quelques années plus tard la troupe « Diva Dance » le plus grand ballet du pays. S’en suivront alors de multiples expériences dans la publicité, le cinéma, le théâtre et la télévision où elle anime une émission sur le 7e art. Devenue une sorte de « star » locale, cette image ne la satisfaisait pourtant pas et elle a du mal à trouver sa place dans cet environnement où elle se sent à l’étroit et se heurte régulièrement aux limites posées par la couleur de sa peau. Décidée à prendre en main sa destinée et de tenter sa chance à l’étranger, elle va alors choisir la France pour poursuivre sa carrière avec d’autres ambitions. Débarquée sur la Côte d’Azur pour se produire en duo avec une amie, c’est là que peu à peu l’idée de faire carrière dans la musique va s’imposer.   De belles rencontres Mais pas à n’importe quel prix cependant, car l’artiste est éprise de sincérité et ne veut pas se renier pour y arriver. C’est ainsi qu’elle renoncera à un contrat avec la Star Academy qui l’avait retenue pour ne pas perdre sa liberté. Une heureuse rencontre avec le chanteur américain Fat Cat Hackett, qui se produit régulièrement dans la région, va cependant lui ouvrir des portes et l’aider à travailler. « Ça a été une chance pour moi de le rencontrer. Professionnellement, il m’a fait grandir et progresser. Il m’a entre autres appris à gérer ma présence seule sur scène et à entraîner le public. » Travailleuse acharnée, elle commence alors à se produire régulièrement devant le public pour des concerts et des galas privés, ce qui la conduira quelques années plus tard à monter sa propre société « Events With Joy ». Des prestations qui lui offrent aussi de proposer ses propres chansons qu’elle se plaît à écrire et composer, dans un univers musical inspiré d’artistes comme Whitney Houston, Mickael Jackson, Stevie Wonder, Gregory Porter, ou encore le groupe Incognito. Et c’est à l’occasion d’une de ces prestations, que les bonnes fées du jazz, de la soul et du R’n’B vont une nouvelle fois se pencher sur son destin, plaçant sur sa route le guitariste anglais John McLaughlin, une légende dans le monde de la musique ! Le musicien, qui a joué aux côtés de Bowie, des Rolling Stones, de Carlos Santana, Miles Davis ou encore Jeff Beck, a en effet brillé au firmament du jazz-rock, et écrit quelques-unes des plus belles pages de la world music avec Mahavishnu Orchestra et Shakti, les deux groupes qu’il a fondés. Totalement séduit par sa voix et par l’émotion qu’elle sait susciter, il va très vite la prendre sous son aile. C’est alors qu’avec lui, tout va alors s’accélérer…   Le premier album Jugeant le talent d’Emily hors du commun, il va œuvrer à la propulser sur le devant de la scène, lui offrant de partager les spotlights d’un grand gala de charité monégasque. Mais surtout, il va la faire partir aux USA pour rencontrer Narada Michael Walden, sûr que son ancien batteur au sein du Mahavishnu Orchestra, devenu depuis l’un des grands producteurs américains, pourra lui faire franchir un cap. En effet, compositeur et producteur américain, Narada a travaillé aux côtés de Diana Ross, Aretha Franklin, Sister Sledge, Mariah Carey, Al Jarreau et, surtout, Whitney Houston dont il fut l’un des principaux producteurs. « Lorsque j’ai débarqué dans ses studios, raconte Emily, j’ai cru m’évanouir devant les murs tapissés des disques d’or de célébrités que j’admirais depuis toujours. J’ai fondu en larmes tellement il me paraissait incroyable d’être là ! » Elle enregistrera ainsi son premier album « Open Your Heart » qui tire son nom du titre phare de l’album, une chanson qu’elle avait écrite en 2007 que Narada va mettre en musique. Un titre qui parle de guerre, de racisme et de haine, pour porter des valeurs qui la touchent. « J’ai moi-même souffert de discriminations, et c’est important pour moi de faire passer un message d’espoir, de tolérance et de paix. »   Rester fidèle à ses aspirations L’album sorti en 2018 dans le monde entier propose ainsi plusieurs titres composés par Narada, auxquels s’ajoutent des morceaux plus personnels, joués et arrangés par de grands professionnels des studios d’Outre-Atlantique. « J’ai été impressionnée par le travail, l’efficacité et la rapidité de sa mise en œuvre », dit-elle. Marketé par cette industrie du disque à l’américaine, cela donnera un album à la couleur très saoul et R’n’B, qui s’éloigne toutefois du répertoire jazz et acid jazz vers lequel l’artiste tend plus naturellement. Car c’est dans le monde du jazz que la chanteuse souhaite trouver sa place, désireuse de rester fidèle à sa personnalité. Profondément sincère, elle refuse de sacrifier sa carrière de chanteuse de jazz au profit d’une autre plus commerciale. Et c’est bien ce vers quoi elle tend aujourd’hui avec son nouvel album en préparation, dont elle signe paroles et musiques, qu’elle partira enregistrer à Détroit au début de l’année. En incubation depuis plusieurs mois mais mis en pause en raison de la crise du Covid, l’album devrait sortir au mois de mai prochain. Toujours animée d’une fervente passion pour la musique, elle continue aussi à se produire régulièrement sur les scènes de festivals comme : Jazz à Juan, Jammin’, Cannizzaro, Saint-Raphaël et Red Sea Jazz Festival, soit à l’occasion d’événements privés d’envergure, où elle se donne à son public avec une rare générosité et sincérité qui la caractérisent. Un engagement sans retenue pour donner toujours plus d’émotions au détour de ses notes et de ses mots. NATA IND’U 2018, HÈ PURTATA ST’ANDATURA DA UN BABBU È U SO FIGLIOLU. ARRADICATI CH’ELLI SÒ À A SO TERRA CASTINFICA, JEAN-FRANÇOIS È PIERRE-LOUIS ANTONIOTTI ANU DECISU DI SUMINÀ A MURZA CUM’È U ROSUMARINU È DI PRODUCE I SO PROPII OLII ESSENZIALI, IDROLATI, BALSAMI, SERI, SAPONI O SCIAMPÙ, CÙ VIRTÙ SENZ’ALTRU NANT’À U BENESSE È L’URGANISIMU. ÙN MANCANU I PRUGETTI PER « TESORU DI MACHJA », SEMPRE CÙ STINTU, PASSIONE È RISPETTU DI A NATURA. Par Petru Altiani C’est dans un écrin de nature sauvage que prend racine l’aventure « Tesoru di Machja ». Située à Castifau, l’exploitation agricole familiale a vu le jour en 2019. « Nous avons commencé à y réfléchir au printemps, et à l’automne on attaquait la plantation », explique Pierre-Louis Antoniotti, 28 ans. Si pour ce dernier la voie agricole pouvait sonner comme une évidence, son choix s’était porté, dans un premier temps, sur des études en langue corse qui devaient le conduire à exercer le métier d’enseignant ou de journaliste bilingue. Cependant, une fois ses diplômes en poche, le jeune homme a été rappelé par l’amour de la terre avec l’envie de donner corps à une discussion avec son père, remontant à quelques années en arrière. « Nous sommes issus d’une famille de bergers, depuis plus de 6 générations. Il y a toujours eu une activité agro-pastorale, que ce soit des brebis, des vaches, du fourrage, des oliviers. Nous avons avec mon père cette passion commune de la nature, des plantes, de la toponymie de notre village aussi, et on avait à cœur de faire un projet ensemble, sur les terres de nos anciens. »   Mettre à l’honneur la flore insulaire L’activité de Tesoru di Machja est tournée vers la plantation, la récolte, et la distillation de plantes aromatiques endémiques comme « l’Hélichryse italienne et le Romarin à verbénone, en culture comme en récolte sauvage… », précise Pierre-Louis Antoniotti. « Nous disposons pour l’instant de 20 hectares plantés, et réfléchissons à nous diversifier en cultivant d’autres plantes. » « Pour la commande des plants d’immortelles, nous avons choisi de travailler avec la famille Crispi, spécialiste en plantes à parfum aromatiques et médicinales et reconnue pour son sérieux. Les graines d’Hélichryse ont été prélevées à proximité de l’exploitation dans le Centre-Corse, elles ont été méticuleusement sélectionnées. » Et d’ajouter : « Nous avons la volonté de distiller d’autres plantes, et de ne pas nous cantonner à l’Immortelle ou au Romarin. Nous sommes en plein maquis, on est entourés de Lentisque, de Carottes sauvages. Nous avons aussi à proximité du Genévrier, du Myrte et du Pin Lariciu. Ce qui signifie qu’entre le lieu de récolte et la distillerie, le végétal garde sa fraîcheur. Pour la distillerie, nous avons fait appel à la société Tournaire, basée à Grasse, c’est une référence mondiale dans ce domaine. » Une exigence est omniprésente. « Nous avons la volonté de mettre à l’honneur la flore du maquis insulaire. Nous souhaitons également partager notre passion pour la nature. » Pierre-Louis Antoniotti a obtenu son Brevet Professionnel Responsable d’Exploitation Agricole au mois de février et est sur le point de conclure son installation. « C’est un métier aux multiples facettes puisqu’en plus de l’agriculture, il y a aussi de la commercialisation, de l’administratif, il faut savoir maîtriser la communication, et il est même nécessaire d’avoir quelques notions de comptabilité aussi », dit-il.   Certification bio et respect de l’environnement Vivant avec son temps, Tesoru di Machja développe activement le réseau de distribution de ses produits, en privilégiant le circuit court. « Nous proposons de l’huile essentielle d’Immortelle, en deux flacons différents, 2,5 et 5 ml, de l’huile essentielle de Romarin, ainsi que leurs hydrolats », souligne Pierre-Louis Antoniotti. « Ces produits sont la base d’une gamme de produits cosmétiques que nous avons imaginée, parmi lesquels on peut trouver : un baume réparateur à l’Immortelle, un sérum aux huiles d’Immortelle, de Citron et de Romarin, un shampoing solide, et des savons. Ils sont principalement disponibles en pharmacie et parapharmacie, ou dans les magasins BIO, à travers toute la Corse. » Le respect de la nature est un principe fondamental pour le dynamique producteur et fondateur de Tesoru di Machja. « Nos huiles essentielles sont 100% pures et naturelles et certifiées BIO, elles sont chémotypées, c’est-à-dire qu’elles correspondent au profil type des huiles corses d’Immortelle et de Romarin. On essaye aussi de pratiquer des distillations d’environ 3 heures et demie de manière à avoir un spectre de molécules le plus large possible », indique-t-il. « Bien entendu, dès notre installation, nous avons fait les démarches pour être certifiés en Agriculture Biologique. » Cette politique se matérialise dans plusieurs choix opérés par l’entreprise familiale : « Nous enrichissons nos sols en utilisant l’amendement BIO de la marque Bacteriosol. C’est un engrais reconnu et primé pour son utilité face au réchauffement climatique. Il permet, notamment de fixer 5 tonnes de carbone à l’hectare par an, et de le retransmettre dans le sol sous forme de matière organique. » Tesoru di Machja a également mis en place un système de circulation d’eau de refroidissement en circuit fermé, permettant d’économiser l’eau. « La matière distillée a une autre vie, on l’utilise en compost dans nos cultures », poursuit Pierre-Louis Antoniotti.   Des vertus sans pareil Pour le fondateur de Tesoru di Machja, « l’Immortelle est principalement réputée pour ses vertus relatives aux soins de la peau, ses propriétés circulatoires et cicatrisantes, et également apaisantes. Le climat, l’ensoleillement, la composition organique de nos sols donnent à l’huile essentielle d’Hélichryse une qualité sans pareil. Cette qualité se retrouve dans les bulletins d’analyses. » « Le Romarin a plutôt des propriétés assainissantes et possède également des propriétés détoxifiantes en interne. En revanche, il faut toujours demander l’avis d’un professionnel de santé avant l’usage d’une huile essentielle (voie d’administration, posologie…) », rappelle Pierre-Louis Antoniotti. Selon lui, « les Corses connaissent les huiles essentielles issues de plantes endémiques, telles que l’Immortelle bien entendu, ou encore le Romarin, ils en sont friands ». « Pour les autres huiles, cela dépend, c’est en train de rentrer dans les mœurs… Il y a bien entendu des inconditionnels d’aromathérapie ou de cosmétique, mais ce n’est pas encore aussi répandu que sur le continent par exemple, même si cela tend à changer au regard des nombreuses marques de cosmétiques insulaires. » Parmi les projets, outre la distillation et la plantation de nouvelles essences naturelles, Tesoru di Machja souhaite prendre part à la démarche de structuration engagée en faveur de la filière des plantes aromatiques et médicinales de Corse.   Cultiver l’avenir « Depuis à peu près un an, les professionnels de cette filière se regroupent pour débattre des problématiques que l’on peut rencontrer telles que celles portant sur la sécheresse, ou la concurrence d’autres pays de l’Union européenne. L’objectif du groupement est la création d’une Indication géographique protégée (IGP) pour protéger l’Immortelle de Corse et son huile essentielle », conclut Pierre-Louis Antoniotti, le regard droit vers l’avenir…   Savoir + : Tesoru di Machja Tél. 06 08 88 49 69 www.immortellecorsebio.com
LES GRANDES FIGURES HISTORIQUES
DE LA CORSE : ENTRE HISTOIRE ET RÉCIT
VIENT DE PARAÎTRE, AUX ÉDITIONS PIAZZOLA, UN OUVRAGE COLLECTIF DU LABORATOIRE CNRS LISA DE L’UNIVERSITÉ DE CORSE INTITULÉ HÉROS DE PLUTARQUE. LES GRANDES FIGURES DE LA CORSE: HISTOIRE, MÉMOIRES ET RÉCITS. NOUS AVONS DEMANDÉ À JEAN-GUY TALAMONI, QUI EN A ASSURÉ LA DIRECTION SCIENTIFIQUE, DE NOUS LE PRÉSENTER
Que signifie au juste ce titre «Héros de Plutarque » ?
L’intitulé est une allusion à une œuvre célèbre de l’Antiquité: Vies des hommes illustres ou Vies parallèles de Plutarque. Au xviiie siècle, en Corsecommeailleurs,Plutarqueconstituait une référence incontournable lorsque l’on voulait comparer un contemporain aux grandes figures de l’histoire. Ça a notamment été le cas de Pasquale Paoli et de Napoléon Bonaparte…
Ces personnages historiques sont présentés sous plusieurs angles… Effectivement, ce livre mobilise de multiples disciplines: de l’histoire à la philosophie politique, en passant par le droit constitutionnel ou la littérature… Cet aspect transdisciplinaire caractérise d’ailleurs le projet global «Paoli-Napoléon», ainsi que la chaire UNESCO «Devenirs en Méditerranée » dans le cadre desquels le livre est publié. Par exemple, le regard d’écrivains étrangers sur Paoli, Napoléon ou Gaffori est particulièrement intéressant pour nous, par la diversité et l’éloignement des regards portés sur l’histoire qui est la nôtre.
Ces personnages et leur histoire ont-ils encore une actualité ? Certainement. Leur époque est celle des Lumières, des révolutions et des constitutions. C’est le moment où les pensées politiques française, italienne, américaine se sont cristallisées. La tradition politique corse également. Nos conceptions sur des thématiques très actuelles comme la laïcité, la démocratie ou l’importance de l’éducation continuent à être influencées par cette période de l’histoire. Nos imaginaires également…
Quels prolongements pour ces travaux ?
Aujourd’hui il y a déjà, en cours d’élaboration à l’université, quatre thèses dans le cadre du projet «Paoli-Napoléon-Révolution de Corse». Par ailleurs, une revue numérique scientifique, «LUMI», verra le jour dans quelques semaines. Elle sera consacrée à l’âge des Lumières et des révolutions, ainsi qu’à leur postérité, et sera rattachée à la Médiathèque Culturelle de la Corse et des Corses (M3C). De nouveaux colloques sont en cours de préparation, toujours dans un esprit collectif et transdisciplinaire.
TOUS LES ACTEURS DIRECTS ET SURTOUT INDIRECTS AINSI QUE LES COMMENTATEURS PLUS OU MOINS SPÉCIALISÉS SE SONT D’ABORD ÉMUS DES RÉSULTATS POUR LE MOINS MÉDIOCRES DANS LES CLASSEMENTS INTERNATIONAUX DES ÉLÈVES FRANÇAIS EN MATHÉMATIQUES. Par Michel Barat, ancien recteur de l’Académie de Corse La réponse politique fut de revenir à leur enseignement pour tous les élèves et toutes les classes de lycée. Il n’est pas certain que cela améliorera les choses, il est même possible que cela pourrait les aggraver. Nul ne peut douter que les mathématiques sont  une discipline essentielle et d’abord intellectuellement et culturellement. On pourrait donc applaudir à cette décision. Mais s’il est vrai qu’il serait ridicule d’envisager une scolarité sans mathématiques, c’est une autre chose que de les imposer pour toute une scolarité et plus particulièrement en première et seconde où se construit en deux ans l’obtention du baccalauréat. Ainsi des élèves qui, au sortir du secondaire, n’auront plus jamais affaire aux mathématiques y compris dans des études brillantes subiront leur enseignement comme une contrainte pénible. En 1966, on pouvait fort bien passer un baccalauréat sans épreuve de mathématiques. C’est le cas de l’auteur de ces lignes qui les a redécouvertes avec plaisir au cours de ses études de philosophie au point d’en devenir un épistémologue. Les inconnues d’une équation La vraie question est comment améliorer la situation et surtout comment en redonner ou en donner le goût aux jeunes gens, plus particulièrement aux jeunes filles qui statistiquement ont les meilleurs résultats scolaires. Pire, les mathématiques devenant le principal et parfois le seul outil de sélection, le pays se prive de talents. Le professeur Jean Bernard ne serait jamais devenu le très grand médecin qu’il fut. Pire encore, l’enseignement des mathématiques est devenu l’une des causes principales de l’échec scolaire. La répétition des mauvaises notes d’une manière massive et non pas pour un  petit nombre en a transformé le dégoût en une rébellion et en un refus de tout le système. La solution classique pour remédier à cet échec est d’augmenter les horaires de mathématiques : vous avez de très mauvaises notes en maths, vous aurez encore plus d’occasions d’en avoir. Cette nouvelle généralisation de leur enseignement est un peu du même ordre. La multiplication de leurs horaires est vécue comme une mesure punitive. Les professeurs de mathématiques ne doivent pas imiter certains écologistes dont les discours et les actions sont ressentis par une grande part de la population comme des punitions les éloignant d’impératifs vitaux. Réviser l’enseignement Si on ne veut pas précipiter encore plus d’élèves dans le dégoût et le refus de cette discipline, c’est d’abord leur enseignement pour tous qui doit être révisé. Il faut cesser de confondre l’excellence mathématique, qui est une grande tradition française, avec les mathématiques pour tous. Mieux encore, une telle rénovation pourra sauver des cohortes d’élèves de la nullité en maths et de l’échec scolaire massif, mais permettra en même temps de recréer les classes d’excellence en mathématiques qu’étaient les terminales C. Faire des mathématiques une discipline comme les autres en refera une discipline d’excellence. D’un scandale, l’autre Il est sans doute plus scandaleux de ne plus faire de français en terminale et d’avoir étouffé la culture littéraire que de cesser de faire des mathématiques surtout quand la grande majorité des élèves, même ceux qui ont des résultats corrects voire bons, se révèle n’avoir pas de vraie culture mathématique.