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Sébastien Ristori est analyste financier, directeur du groupe Barnes Corse, professeur de finance à l’Université de Corse, auteur et directeur de collection aux éditions Ellipses.   En 2022, Emmanuel Macron a émis le souhait de mettre en œuvre un « dividende salarié ». Cette idée fait déjà sens : les résultats brillants de plusieurs sociétés cotées, et la distribution exceptionnelle de dividendes à l’instar de notre fleuron LVMH, ont donné lieu à de multiples attaques en règle des syndicats des travailleurs et de certaines branches politiques pour dénoncer « l’absence de partage des richesses » entre les travailleurs et les actionnaires. Voici quelques éléments de réflexions !   Le dividende Pour percevoir un dividende, encore faut-il être actionnaire ! Un actionnaire est une personne physique ou morale qui détient un certain nombre d’actions dans une entreprise. Le dividende est un détachement de liquidité sur les résultats de l’entreprise. L’actionnaire perçoit un dividende sur la base des résultats restants à l’entreprise après déduction de l’ensemble des revenus salariaux. L’assemblée générale des actionnaires de l’entreprise décide du versement d’un dividende par action à l’ensemble des actionnaires. Un « taux de distribution » est appliqué au bénéfice net par action pour estimer le montant à verser aux investisseurs. Bien évidemment, plus une personne détient d’action, plus elle obtiendra une somme élevée en retour.   Le dividende ne rémunère pas un travail Le dividende n’enrichit pas un actionnaire. Ce propos qui fait bondir ceux qui n’ont jamais suivi un cours de finance peut être vérifié à l’œil nu : à chaque versement de dividende, le cours de l’action chute du même montant. Autrement dit, le détenteur d’une action d’une valeur de 90 euros qui recevrait un dividende de 7 euros disposera alors de 7 euros de liquidité sur son compte bancaire et d’une action d’une valeur de 83 euros. Sa richesse globale est inchangée (83 + 7 = 90). C’est un transfert de valeur. La création de valeur s’obtient sur la valeur globale de l’entreprise, c’est-à-dire sur la capacité d’une société à obtenir des rentabilités largement au-dessus des rentabilités exigées sur le marché. Les flux de trésorerie sont donc excédentaires ! L’actionnaire court à plein le risque de l’entreprise et la valeur de son titre de propriété –l’action – fluctue au gré des performances de la société. Ces performances sont modélisées dans un calcul de flux de trésorerie prévisionnels. La valeur de l’action n’est donc pas garantie à vie ! Un quidam qui possédait en janvier 2022 une action Orpea à 88€ et qui se serait endormi toute une année se réveillerait en janvier 2023 avec une action qui cote à 6,8€*. Ainsi, le dividende est une maigre consolation en liquide pour transférer un peu de la valeur perçue dans son porte-monnaie. L’actionnaire court plusieurs risques : celui de l’activité économique et celui de la structure financière de l’entreprise (l’endettement). Beaucoup d’économistes viennent pointer du doigt que les actionnaires préfèrent verser des dividendes que de réinvestir dans l’outil productif ou dans le capital humain. D’abord, le versement du dividende est un signal au marché : Il informe de la santé financière de l’entreprise et il permet de restituer un peu de création de valeur sous la forme de liquidité. Prenons l’exemple de LVMH dont la valeur de l’action est de 800€. La société va verser un dividende de 12€ par action… soit un taux d’intérêt de 1,5% de la valeur. Avec cet angle de vue, même le livret A rémunère désormais mieux son détenteur, avec un taux de 3%, pour une prise de risque nulle, puisque la valeur du placement ne chute pas. Un actionnaire serait donc bien sot de faire du dividende une rémunération. Ensuite, sachant que l’actionnaire peut faire croître la valeur de l’entreprise qu’à la condition de performances long terme, il choisira de privilégier l’affectation des liquidités à l’investissement productif plutôt qu’au dividende à outrance. Autrement dit, si l’on fait du dividende l’outil d’enrichissement de l’actionnaire, c’est ne rien comprendre. En prenant cet angle d’attaque, les détracteurs du dividende mélangent tout : un actionnaire n’est pas un puits sans fond, il a besoin de se voir restituer de l’argent pour lui-même et pour le réinjecter dans d’autres projets d’investissement.   Le salaire rémunère le travail Selon les données de la DARES**, l’intéressement et la participation ont grimpé de 34% entre 2006 et 2019. En tenant compte des abondements dans les plans d’épargnes entreprises et les plans d’épargne retraite, soit une augmentation de près de 38% sur la même période, pour près de 20 255M€ en 2019 pour 7,2M de personnes (50% des salariés), ce qui équivaut à 2 660 euros par salarié par an. Ces dispositifs sont-ils suffisants ? Les réponses sont partagées. Pour une partie des syndicats patronaux, le dividende rémunère le risque et le salaire rémunère un travail. La rémunération salariale est basée sur la valeur ajoutée de l’entreprise***. L’intéressement et la participation – obligatoires pour les entreprises de plus de 50 salariés –peuvent faire l’objet d’accord d’entreprise pour les TPE. Elles sont déductibles du résultat courant. La rémunération salariale est traditionnellement liée aux primes sur objectifs et augmentation de salaire. Elle peut être complétée de la prime de partage de la valeur (anciennement prime Macron). Toutefois, l’ensemble des dispositifs apparaissent insuffisants au regard des conditions de rémunération de certaines catégories de travailleurs.   Le « dividende salarié » est-il une solution pour répondre au besoin de partage de la valeur ? Le terme de « dividende salarié » est dès lors impropre puisqu’un dividende n’est pas une rémunération. Le salarié n’est pas propriétaire de l’entreprise. La naissance d’une nouvelle rémunération a bien évidemment du sens dans le contexte sociétal et de progrès actuel où la participation de l’ensemble des parties prenantes à la création de valeur doit être rémunérée. Plusieurs solutions sont envisageables par le gouvernement : la création d’une super participation dès lors que les dividendes versés des 5 dernières années sont supérieures de 20% en moyenne ;  repenser l’intéressement et la participation, en liant la prime de partage sur la valeur sur les résultats opérationnels de l’entreprise. Ces dispositifs pourraient en effet mieux rémunérer la contribution effective des uns et des autres. Toutefois, si l’on souhaite rester conforme aux théories financières et à l’égalité actionnaire – salarié, il n’y a qu’un pas à franchir : la souscription d’action. Le salarié actionnaire qui serait rémunéré en actions gratuites dans son entreprise aurait alors le mérite de corréler la valeur de son action aux performances de la société. Il toucherait les dividendes comme l’ensemble des actionnaires, mais il serait soumis au même risque de la valeur. Par ailleurs, il devrait à son tour diversifier son portefeuille (et ne pas mettre tous les œufs dans le même panier… en cas de faillite, perdre son emploi et observer la disparition de la valeur de ses actions fait beaucoup en une seule fois !). Il existe de beaux exemples : en 2014, les salariés de La Redoute étaient invités à participer à la restructuration de l’entreprise en achetant des actions. Des actions dont la valeur à l’occasion du rachat en 2023 a bondi jusqu’à 625 fois la valeur d’acquisition… Un actionnaire salarié qui a placé tout juste 160 euros par action en 2014 a de quoi être heureux en ce début d’année !   *La restructuration financière de Orpea a conduit à une conversion de dettes en capitaux propres. Les projections de flux de trésorerie instantanée malgré les flux de trésorerie n’ont pas permis de calculer un prix qui laisse entrevoir de belles perspectives pour la société. L’actionnaire prend le risque. **DARES : Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques. ***La valeur ajoutée est calculée comme la différence entre le chiffre d’affaires de l’entreprise et les dépenses d’exploitation courante telles que les achats de matières et de marchandises des produits vendus et des charges externes de l’entreprise.   Rien ne va plus ou presque. Les tribunaux de commerce sont révélateurs d’un constat inquiétant. Aucun secteur n’est épargné. Si l’artisanat est frappé de plein fouet, pour la première fois les structures employant plus de dix salariés sont aussi lourdement impactées. Ce marasme ampute en corolaire l’emploi productif, contribue à cristalliser le chômage et conforte le spectre de la paupérisation. Ainsi l’économie rejoint le social et des voix s’élèvent, comme à la CFDT, pour revendiquer un autre modèle de société. Par Jean Poletti         L’économie insulaire est atone. Pis encore elle se dégrade inexorablement. Si sous les cieux hexagonaux la situation n’est pas florissante, des secteurs divers et variés tirent cependant leur épingle du jeu. Mais chez nous la débâcle est générale. Nul domaine n’échappe à la crise. Certaines causes sont objectives. Parmi elles, la présence majoritaire de ce que l’on nomme les très petites entreprises moins résistantes au rétrécissement de la demande. Ou encore une économie qualifiée de captive liée à l’étroitesse d’un marché. Ces contraintes structurantes, qui s’ajoutent et se superposent à celui de l’insularité, ne sont pourtant pas suffisantes pour expliquer un brutal décrochage. Il se concrétise par de nombreux propriétaires qui baissent leurs rideaux, tandis que ceux qui persistent déplorent des trésoreries à la limite de la défaillance. Au-delà des analyses décharnées, qui par essence et définition ne révèlent pas le vécu, il convient sans verser dans l’exagération de souligner les répercussions sur l’emploi. L’artisan qui renonce devient chômeur. Ceux qui avaient un ou deux employés s’en séparent faute de recettes suffisantes, les contraignant à grossir les rangs de Pôle Emploi. D’autres ne parviennent plus à honorer les dettes à leurs fournisseurs, à leur tour fragilisés. Voilà le constat. Il éclaire d’éclatante manière la corrélation entre monde entrepreneurial et salariés dans une île où les opportunités de retrouver un travail ne court pas les boutiques. En incidence, s’il fallait encore alimenter une triste réalité, retenons en substance que le commerçant du coin frappé par la mévente réduira drastiquement ses dépenses courantes, participant ainsi à l’étiolement général. Il rechigne à se rendre au restaurant, renonce à l’achat d’un bien de consommation et diffère aux calendes grecques une dépense plus onéreuse. « Je rogne sur tout », confie un professionnel de l’habillement implanté cours Napoléon à Ajaccio. En forme d’amère boutade, il indique qu’il repousse le changement des pneus passablement usagés de son véhicule. Un choix parmi d’autres pour cette personne qui avoue ne pas pouvoir se dégager un salaire depuis plusieurs mois.   Paupérisation ambiante Telle est la réalité sans fards qu’assombrit, si besoin était, le monde salarial frappé d’une double peine. Celle des salaires globalement moins élevés que la moyenne nationale, tandis que les dépenses contraintes sont plus conséquentes. Dès lors parler de décrochage économique et d’une paupérisation du monde du travail ne semble pas usurpé pour définir une situation qui terrasse notre région. Elle se concrétise par de douloureux effets alliant notamment endémique chômage et emplois précaires, tandis que se déchire et s’étiole le tissu de l’entreprise qui chez nous n’a aucune parenté avec les multinationales et autres habitués du Cac 40 ! Ce bilan qui sclérose et sacrifie une île sur l’autel du mal-vivre porte en germe un sentiment d’injustice et l’impression diffuse ou affirmée d’être laissée-pour-compte. Elle se dit victime d’un retard structurellement historique qui ne décille pas les yeux de la puissance étatique. De tels griefs sont recevables. Pour autant ne doit-on pas faire ici une part du chemin afin de tenter de s’extirper de l’ornière ? N’est-il pas temps de réfléchir à un autre modèle de société ? Certes, il ne s’agira pas de faire table rase du passé, mais à tout le moins effectuer une sorte de révolution de velours qui donne de nouveaux repères et une claire lisibilité d’un avenir source d’essor partagé ? Nul ne conteste l’importance du tourisme. Pour autant miser sur une monoactivité, au demeurant plus subie que maîtrisée, n’équivaut pas à se reposer sur des fragiles lauriers qui risquent de se faner au gré des fluctuations de la conjoncture ?   Dynamisme illusoire Par ailleurs est-il sain que l’île soit si nantie au niveau du tertiaire et des services ? Dans ce domaine force est de reconnaître qu’on se bouscule au portillon. Et sature la demande qui se heurte à la faible démographie, faisant chanceler la viabilité de l’édifice. Nulle volonté de jeter la pierre mais rien n’interdit par exemple de noter que les boutiques dites d’habillement sont pléthoriques. Dans ce domaine comme dans bien d’autres les statisticiens relèvent régulièrement le nombre conséquent de créations. Une lecture superficielle conduirait à évoquer d’emblée le dynamisme. Mais cette lecture liminaire et superficielle est malheureusement contredite par le taux rapide et très élevé de la disparition de ces structures qui n’ont pas pu accéder à la rentabilité. Voilà le revers de la médaille qui convoque l’évidence. Faute d’une économie aux piliers fiables, de surcroît tributaire de la saisonnalité, d’aucuns tentent l’aventure commerciale. Mirage qui tourne court, tant la concurrence est exacerbée dans un marché restreint et une population au pouvoir d’achat qui se réduit comme peau de chagrin. Mais il est aussi des facteurs pénalisants nés d’un libéralisme à tout crin qu’il conviendra de juguler dans une démarche volontariste d’assainissement. Ainsi comme le souligne en leitmotiv la CFDT-Corsica « Le boom incontrôlé des locations estivales a entraîné une très forte spéculation immobilière qui va empêcher pour longtemps une grande partie de la population notamment les jeunes de se loger décemment, faute de logements sociaux suffisants. » Ou encore la difficile mobilité des salariés vers les lieux de travail en regard du manque de transport collectif, et le prix des carburants. Mais pour ce syndicat une zone d’ombre est prégnante. « Le dialogue social est quasi inexistant au vu de la petite taille des entreprises qui n’hésitent pas à scinder artificiellement leur entité pour ne pas franchir les seuils d’effectifs déclenchant la mise en place de l’instance de représentation du personnel. »   Hécatombe commerciale Tous ces éléments disparates et parfois antinomiques se superposent et s’imbriquent pour creuser le sillon du non-développement. Il cristallise un cercle vicieux n’épargnant pas, tant sans faut, les « patrons ». Les tribunaux de commerce sont le pouls et les révélateurs d’un mal qui s’accentue. Ainsi les juges consulaires de Bastia ont formulé près de huit cents injonctions à payer, soit une hausse de près de quarante pour cent par rapport à l’année précédente. Un chiffre qui indique mieux que longues digressions que nombre de débiteurs ne peuvent plus honorer leurs dettes envers leurs fournisseurs, l’Urssaf ou les organismes de retraite. Voilà qui reflète l’ampleur des trésoreries défaillantes. Pour Jules Filippi président de la juridiction « Un plafond de verre a été franchi avec plus de soixante-six pour cent d’ouvertures de redressements et de liquidations judiciaires entre 2O20 et 2022. » Pis encore. Au-delà du nombre, la structure des établissements concernée interpelle. Désormais ce ne sont plus les très petites entreprises qui sont terrassées, mais également celles qui comptent dix salariés ou davantage. Un signe patent et inexorable signifiant que le marasme s’étend et touche maintenant des établissements qui jusqu’à présent étaient quelque peu épargnés. Du côté d’Ajaccio, l’attrait de l’auto-entreprise paraît en trompe-l’œil, eu égard là aussi à l’augmentation sensible du nombre d’injonctions à payer. Tel est le verdict du président Frédéric Benedetti. Et si le nombre de procédures collectives stagne voire diminue, il concerne comme en Haute-Corse des entités employant plus de salariés. Un phénomène nouveau qui impacte de concert l’en deçà et l’au-delà des monts, dénotant que des structures jusque-là peu ou prou préservées sont à leur tour prises dans la spirale des difficultés. Une hypothèse teintée de lucidité qui n’échappe nullement à Frédéric Benedetti.   Noirs horizons D‘ailleurs de part et d’autre de Vizzavona les prévisions s’ourlent de nuages noirs. Les remboursements des fameux prêts garantis par l’État viennent à échéance. Si l’on en croit les propos qui bruissent, nombreux sont ceux qui ne possèdent pas la trésorerie suffisante pour honorer cette dette. Un cycle de turbulences s’annonce, avec en filigrane le spectre de nombreuses faillites, et en résonance d’inéluctables licenciements. La suite de cet article est à retrouver dans Paroles de Corse #118 mars 2023 en vente ici   Les barrages hydrauliques sont des installations importantes pour produire de l’énergie électrique, stocker de l’eau pour l’irrigation et la consommation humaine, réguler le débit des rivières, contrôler les crues et prévenir les inondations. Cependant, il existe des idées reçues ou des préjugés qui leur sont associés, notamment en ce qui concerne les risques d’inondations. EDF, gestionnaire du barrage de Tolla construit sur le Prunelli, dans les années 60, est la cible à chaque crue dans la vallée, et plus particulièrement depuis celle de décembre 2019, d’accusations de délestage. Les rumeurs ont la vie dure d’autant plus qu’elles se répandent parmi des populations menacées de catastrophe à chaque fois qu’une pluie abondante survient. Une réunion sur site en janvier a permis aux équipes du service de production d’EDF de faire preuve de pédagogie et de donner toutes les informations disponibles sur la gestion du niveau d’eau contenue grâce au barrage. Bienvenue sur le site de Tolla. Par Anne-Catherine Mendez Première des énergies renouvelables en Corse, l’hydroélectricité est un élément essentiel de la production d’électricité sur l’île. Respectueuse de l’environnement, elle ne participe ni à l’augmentation de l’effet de serre ni à la pollution de l’air, et n’émet pas de CO2 ni de gaz polluants. Avec un total de 199 mégawatts de puissance installée, l’hydroélectricité en Corse est au cœur des enjeux sociaux, économiques et environnementaux. Au quotidien, il s’agit de concilier énergie et partage de l’eau, comme l’eau potable, l’irrigation des terres agricoles, le respect de l’environnement, et les activités de loisirs sans jamais générer de danger à l’aval des installations. « Jamais, absolument jamais, nous n’avons déversé en aval du barrage un seul mètre cube de plus que ce que les intempéries déchargent dans le lac. En épisode de crue, le mot d’ordre auquel on ne déroge jamais, c’est de ne pas aggraver le phénomène », assure Thierry Dufour, chef de service production à EDF Corse. Ainsi, gérées de manière saisonnière, les retenues des grands barrages permettent de fournir une production élevée d’électricité en période de forte consommation, essentiellement en hiver. Les usines hydrauliques sont mobilisables très rapidement. Lorsque la consommation d’électricité augmente, par exemple, elles peuvent produire de l’électricité deux à trois minutes après l’ordre de démarrage. Les usines apportent également différents services au système électrique comme le réglage de fréquence et de tension, le démarrage rapide en cas de perte d’un autre moyen de production.   L’aménagement hydroélectrique du Prunelli Construit au début des années soixante, l’aménagement hydroélectrique du Prunelli est le plus ancien de Corse. D’une puissance globale de 44 MW, l’ensemble du dispositif comprend le lac de Tolla, d’une capacité de 32,5 millions de m³, formé par le barrage haut de 88 mètres. Il occupe une superficie de 115 hectares. C’est la plus grande retenue d’eau de Corse. Plus en aval se trouve l’usine souterraine de Tolla (20 MW), la retenue intermédiaire d’Ocana, formée par un barrage maçonné de 7 mètres, l’usine d’Ocana (16 MW) et enfin le bassin de Pont de la Vanna, qui appartient à l’Office hydraulique et l’usine de Pont de la Vanna (8 MW). Ainsi, l’eau stockée par le barrage de Tolla est turbinée 3 fois, successivement dans les usines de Tolla, d’Ocana et de Pont de la Vanna avant d’être restituée dans le cours d’eau. Le fonctionnement de l’hydroélectricité s’appuie sur le cycle naturel de l’eau (précipitations, fonte des neiges, torrents, rivières). Les barrages retiennent l’eau issue des apports naturels, formant alors des lacs artificiels. La retenue ou bassin supérieur constitue la réserve en eau, donc en énergie. L’eau est ensuite utilisée à la demande pour faire tourner des turbines et produire du courant électrique avant d’être intégralement restituée dans le cours d’eau. En période de production maximale, le débit de l’équipement est de 11m3/seconde. La structure est complétée par un déversoir avec un débit d’évacuation de 815 m³/seconde, qui passe à côté du barrage, et se déverse directement sur la falaise. Il est peu probable que cette capacité maximale soit dépassée, le débit d’une crue millénale est évalué en effet à 625 m3/seconde. Par exemple, en décembre 2019, lors de la tempête Fabien, le débit entrant a été mesuré à 425 m3/seconde.   Une seule vanne sur le barrage de Tolla Une seule vanne est utilisée sur le barrage de Tolla, une vanne de fonds, dont le débit est de 80 m3/seconde. Elle n’est utilisée que dans des cas exceptionnels, le dernier remonte à 2014. « Il n’y a jamais eu plus de 1 m³ de déversement qui a pénétré dans le barrage, explique Daniel Salini, adjoint au chef du Groupement hydraulique Ocana-Rizzanese. Il n’y a jamais eu de crue engendrée par le barrage car notre objectif et notre obligation est de ne pas aggraver le phénomène naturel. » Les phénomènes orageux se font plus rares mais plus violents, ce qui explique souvent les crues surprenantes dans la vallée. Les prévisions sont fiables mais la quantité d’eau dépend tellement de plusieurs facteurs, que parfois il pleut en aval mais pas en amont. « En anticipation des alertes, on abaisse donc la retenue. On turbine au maximum pour baisser la cote du barrage, c’est-à-dire le volume d’eau stocké. Sans le savoir, les gens ont pris l’habitude de l’effort tampon du barrage. »    Le partage de l’eau au service du territoire Au-delà de sa dimension énergétique, l’aménagement hydroélectrique du Prunelli joue un rôle essentiel pour la région. Par convention avec l’Office d’Équipement Hydraulique de Corse et la CAPA, plus de 13 millions de m3 d’eau de la retenue de Tolla sont réservés chaque année pour l’alimentation en eau potable, en eau brute et pour l’irrigation de terres agricoles. EDF Corse travaille en concertation avec les acteurs locaux au partage et au juste usage de la ressource en eau, avec le souci constant de protéger les milieux afférents. La retenue de Tolla, via la prise d’eau située au niveau du bassin de compensation de Pont de la Vanna, alimente en eau potable et en eau brute la majeure partie du bassin ajaccien ; soit près de 90 000 personnes. 80% de la production d’eau de la CAPA provient de la retenue de Tolla.     Pourquoi le niveau d’un barrage varie-t-il selon les périodes ? Plusieurs facteurs sont responsables de la variation du niveau de l’eau d’un barrage : L’hydrologie naturelle : la pluie, la fonte des neiges ou encore les périodes de sécheresse ont un impact sur le niveau d’eau d’un barrage. En début d’été, EDF Corse veille au remplissage maximal de ses barrages pour constituer des réserves d’eau, tandis qu’elle abaisse les retenues avant la fonte des neiges qui, elle, contribue naturellement au remplissage des barrages.     Peut-on vider le barrage avant une crue ? Dès réception des alertes météo, EDF Corse turbine au maximum pour déstocker autant que possible la retenue et limiter des déversements, qui représentent par ailleurs des pertes de production hydroélectrique renouvelable. Mais lorsque les débits entrants deviennent très supérieurs au débit turbiné, le niveau de la retenue augmente inexorablement. Selon le niveau initial de la retenue, la crue peut être absorbée totalement ou partiellement.   Le 9 février avait lieu un webinaire (c’est ainsi que l’on nomme une réunion à plusieurs par internet, le web), vocabulaire nouveau apparut grâce au Coronavirus. La pandémie a révolutionné les rapports sociaux. Désormais, le présentiel en réunion est presque devenu une exception. On se parle de plus en plus par écran interposé. Par Pierre-Louis Alessandi * Ce webinaire, animé par la directrice générale de l’ARS (Agence régionale de Santé), avait pour but la restitution en Corse du conseil national de la refondation lancé le 8 septembre 2022 par Emmanuel Macron. Une refondation « au plus près des citoyens pour construire des solutions concrètes sur les grandes transformations à venir ». Une sorte de consultation directe, de référendum au rabais qui n’engage vraiment pas celui ou ceux qui l’ont voulu. Exercice sans grand danger donc pour les pouvoirs publics, mais qui a quand même réuni en Corse dans le domaine de la santé 200 élus, professionnels et usagers du 17 novembre au 5 décembre. Un travail sérieux qui a abouti à la présentation de plusieurs projets pour notre île. Comme celui du SSR (rééducation) en cardiologie de l’hôpital de Bastia qui vise à rapprocher le patient du service, par rapport à son domicile pour effectuer sa rééducation. Une sorte d’itinérance, d’éclatement géographique de ce service. Je cite à dessein ce projet car c’est le seul qu’a nommé le ministre de la Santé qui a conclu (par internet) la restitution. Une conclusion au discours emphatique ponctué de citations sur la Corse de Paul Valéry, de la poétesse De Cuttoli et même d’un proverbe du cru. Et la sempiternelle sérénade sur les corses dynamiques, etc., etc.   Assourdissant silence Rien sur le financement des hôpitaux de Corse qui sont exsangues, rien sur la construction indispensable d’un nouvel hôpital à Bastia, projet défendu par l’ARS, rien sur le projet de CHU et presque rien sur les projets issus de l’exercice refondation en Corse. Silence sur le handicap ! Pourtant le gouvernement par l’intermédiaire du ministère délégué aux personnes handicapées avait donné des instructions aux ARS et préfectures sur tout le territoire, pour célébrer le samedi 11 février, les 18 ans de la loi du 11 février 2005 sur « l’égalité des droits et des chances, la participation, la citoyenneté des personnes handicapées ». Diverses manifestations ont été organisées, à Ajaccio et Bastia avec le concours des associations, même si le délai pour la préparation a été court ce qui laissait penser à un coup de com orchestré par le ministère. Des associations étaient présentes aux Cannes à Ajaccio et à Biguglia pour Bastia. Les services de l’ARS, malgré le temps contraint, s’étaient mobilisés pour donner à ces manifestations une tenue à la mesure de l’importance de cette loi qui a créé le droit à compensation du handicap et permis aux personnes handicapées de sortir, pour organiser leur vie, d’un esprit caritatif, paternaliste de la part des pouvoirs publics et des élus, pour favoriser une promotion citoyenne.   Loi détricotée Depuis 2005, les personnes en situation de handicap peuvent faire valoir ce droit pour construire leur vie et non plus quémander une aide extra-légale accordée ou pas. Hélas ! C’était trop beau. Les premiers à détricoter la loi et affaiblir ce nouveau droit ont été les gouvernements successifs et celui d’Emmanuel Macron a encore aggravé la situation, avec des attaques sur l’AAH (Allocation adulte handicapé), la PCH (prestation de compensation), le remboursement des fauteuils roulants, la baisse du pourcentage obligatoire d’aménagement des logements, les dérogations accordées pour l’accessibilité des ERP (établissements recevant du public)… la liste est longue. L’observatoire national des droits de l’APF France handicap note « que les personnes handicapées et leurs familles se heurtent à des droits bafoués et à de graves cas de discrimination ».   Enjeu citoyen Les personnes handicapées, les associations présentes à Ajaccio et Bastia dans les manifestations de célébration de la loi de 2005 ont saisi l’occasion pour exprimer en direct leurs attentes, le besoin d’une refondation afin que leurs droits soient consolidés, que leurs applications soient conformes à l’esprit et à la lettre de la loi pour une complète citoyenneté et une entière participation. La Corse, dont la situation des personnes handicapées reste par plusieurs aspects précaire, a besoin, plus que toute autre, de cette refondation. *Représentant régional pour la Corse de l’APF France handicap. exergue « Les personnes handicapées et leurs familles se heurtent à des droits bafoués et à de graves cas de discrimination. » exergue « Le gouvernement Macron a encore aggravé la situation avec entre autres des attaques sur l’allocation adulte handicapé et la prestation de compensation. »