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Par Anne-Catherine Mendez

Diplômée de l’ESAA Duperré à Paris et formée chez Chantal Thomass et au Politecnico di Milano, Cécile Casabianca fonde sa propre marque à Propriano en 2009, avec une volonté de transmettre et valoriser le savoir-faire artisanal. La poursuite de son cursus auprès du maître tailleur Jacques Le Garrec enrichit ses techniques, tandis que ses créations s’inspirent des années folles et de l’émancipation féminine.

Sous la griffe Cécile Casabianca, l’artisanat du mariage devient au fil des années une passion. Elle passe alors à Ajaccio trois ans en couveuse d’entreprise auprès de la M3E, service de la CAPA lié au développement de nouvelles structures et de leur implantation, afin de valider son projet de maison de couture. Elle obtient en 2019, le prix Creazione, donne naissance à des jumeaux en 2022, et s’installe en 2024 dans son nouvelle atelier, rue des 3 Marie à Ajaccio. 

Quel est votre processus créatif pour fusionner toutes vos influences ?

Je suis une créatrice dont l’histoire est tissée avec des liens familiaux profonds et viscéraux, notamment avec mes deux grands-mères. Félicie, une Corse, qui incarne pour moi la robustesse, le travail acharné et l’austérité, travaillant comme pompiste et représentant une forte figure rustique. À l’opposé, il y a Brigitte, originaire de Lille, qui est un mannequin raffiné et précieux, et dont la garde-robe sert de point de départ à l’univers de la marque. La dualité entre ces deux mondes définit l’ADN de la marque Cécile Casabianca.

Je puise également mon inspiration en Corse, une île forte et identitaire, imprégnée d’une éternelle mémoire. Cette terre représente un mode de vie authentique, solennel et empreint de valeurs où chaque action est réalisée avec amour et respect pour le travail et les traditions. En filigrane, la marque porte l’image de la femme corse d’antan, une femme à l’apparence parfois monacale, mais qui surprend par sa force de caractère mêlée de douceur.

Dans mon atelier d’Ajaccio, je conçois des pièces précieuses et uniques, façonnées sur-mesure pour chaque mariée. Le processus de création commence dans un univers confidentiel, où le modèle se dessine et se façonne, alliant je l’espère beauté, justesse et harmonie. L’accompagnement personnalisé, du choix du tissu au conseil sur le port, assure un équilibre parfait pour que chaque femme rayonne le jour de son mariage, avec une robe qui capture l’essence de sa personnalité et de son émotion.

Comment est venue l’idée d’une collection de prêt-à-porter ? 

L’envie est venue de créer des pièces pour le quotidien, enfin un quotidien festif, une soirée, une cérémonie, un évènement… J’ai envie de créer des vêtements féminins qui s’adaptent à nos modes de vie. J’ai imaginé des tenues classiques mais jamais ennuyeuses, élégantes et décontractées, imprégnées des codes de la mode tout en portant mes aspirations de « tailleur pour femmes ».

La ligne de prêt-à-porter prend son inspiration dans le tissu, les silhouettes et les usages. Les pièces telles que les blouses et les jupes plissées intègrent des détails origami rappelant le glamour des années folles. Les décolletés sont à la fois audacieux et pudiques, les longueurs vibrantes. Des tailleurs pantalons arborent des lignes graphiques épurées adoucies par la chute du tissu. Chaque pièce peut être assemblée pour refléter la personnalité de celle qui la porte. 

Je pense que la dualité de mon style se retrouve dans cette ligne, mêlant élégance et confort, chic et audace, sobriété et originalité.

Vous avez un détail iconique dans beaucoup de vos créations, lequel ?

La tresse est ma signature emblématique, elle se décline en ceinture, manche, col ou accessoire, elle incarne mon identité.

Ensuite, j’essaie de bâtir une silhouette, sobre et épurée à la base, qui dévoile subtilement un côté audacieux par touches. Une fente osée dans une jupe ou une ouverture discrète dans le dos distillent le caractère provocateur de la marque. Les épaules sont marquées pour donner au buste une allure franche et rigoureuse, tandis que les décolletés sont souvent suggestifs, soulignant les courbes du corps avec subtilité. La taille est soulignée, voire dessinée, pour des proportions optimisées.

Les tissus, nobles et issus des grandes maisons de couture, sont principalement du crêpe de soie pour des silhouettes franches et géométriques. La mousseline et le satin de soie apportent légèreté et luminosité, tandis que le tulle offre un aspect aérien et des jeux de transparence.

Comment définissez-vous la femme Cécile Casabianca ?

La femme Cécile Casabianca incarne une amazone féminine, à la fois délicate mais forte, belle dans son imperfection. Elle mélange les styles, créant sa propre tendance en associant les pièces de la marque à des accessoires selon ses envies. Décontractée et rayonnante le jour, sensuelle et envoûtante le soir.

L’État nous mène en bateau 

Comment résoudre le handicap de l’insularité dans les transports ? L’ancien préfet Jean-Étienne Riolacci répondit au lendemain des événements d’Aléria par la création du concept de continuité territoriale. De tempêtes en ressacs, du regard sourcilleux de Bruxelles aux récriminations de Paris, la fameuse enveloppe financière quitta progressivement les rivages du remède miracle. Actuellement, le système est confronté à une lame de fond qui risque de l’emporter.

Par Jean Poletti 

Aligner les tarifs maritimes avec ceux du rail. Telle était la philosophie voilà cinquante ans de la continuité territoriale. Plus tard l’aérien fut intégré à cette mesure. Avec à la clé un chèque annuel aujourd’hui de cent quatre-vingt-dix millions d’euros dont cent quinze pour financer le service public des bateaux depuis Marseille. En incidence seize millions devaient être consacrés à ce qui fut nommé l’aide aux passagers concernant les rotations entre l’île, Nice et Toulon. Cette subvention provoqua d’ailleurs une vive réaction des opérateurs opérant depuis la cité phocéenne qui par là même réfutait de fait toute ombre de concurrence. 

Mais initialement l’État ouvrit sans réticence son portefeuille aux exigences de la compagnie nationale SNCM. Sans doute pour éviter les vagues habillées de conflits sociaux. Le pacte non écrit consistait pour les gouvernements d’alors de combler pertes et déficits, d’entraver toute adversité commerciale. Mais en contrepartie qu’il n’y ait pas de rupture du trafic par des revendications intempestives aboutissant à des grèves. La réalité fut radicalement différente. Dans une stratégie du « toujours plus », les tenants du monopole exclusif multiplièrent les exigences salariales sous l’œil, sinon complice, à tout le moins passif de l’État-patron. Fréquemment, à l’orée des saisons estivales les navires demeuraient à quai tant que les doléances diverses et variées n’étaient pas acceptées. Anecdotes significatives, un préavis de débrayage pour empêcher un marin de changer de poste, un autre car le bleu des uniformes ne convenait pas. Ubu roi !

La croisière s’amuse 

À cette époque, certains s’en souviennent, les usagers insulaires affichaient leur courroux. Tandis que les transporteurs n’hésitaient pas à bloquer les navires quand ils n’affrontaient pas physiquement les dockers et marins cégétistes sur le port de la Joliette. Malgré ces aléas la puissance étatique maugréait mais ne coupait nullement les vivres. Pis encore pour satisfaire le lobby marseillais, elle commandait aux chantiers de la Ciotat ou de la Seyne-sur-Mer des car-ferries toujours plus luxueux, naviguant quasiment à vide en dehors de la période estivale, et souvent inadaptés au bord à bord. Avait-on besoin de piscine et autres prestations pour des traversées si brèves. Certes, il avait été envisagé durant l’hiver de les employer ponctuellement pour des croisières. L’idée tomba à l’eau. La raison ? Les concepteurs avaient installé des réservoirs de carburant sous-dimensionnés pour voguer en des lieux touristiques, mais démunis d’infrastructures pour se ravitailler. Et que dire de cette gabegie industrielle concernant les navires à grande vitesse ? Non seulement ils ne pouvaient pas appareiller si la mer n’était pas d’huile. Mais une étude préalable avait conclu que même naviguant avec le plein de passagers, ils ne pouvaient pas être rentables. Ils finirent vendus au prix de la ferraille. Ou comme l’Asco cédé à un pays africain. 

Nous n’aurons pas la cruauté de rappeler en incidence que l’enveloppe fut même utilisée pour contribuer à la réfection des digues portuaires de Nice détruites par une tempête ! À juste titre, les Corses criaient à la forfaiture devant ces pratiques exclusivement bénéfiques aux activités continentales tandis qu’ils continuaient à payer au prix fort des prestations aléatoires et sous l’épée de Damoclès des mouvements sociaux. 

Désastreuse privatisation 

Acculé et noyé, le pouvoir opta pour le désengagement afin de tenter de briser la maléfique spirale dont il était coupable. Elle le fit en 2005 dans la précipitation et sans véritable prospective sous la houlette de Dominique de Villepin. L’État perdit dans l’opération près de cinq cents millions d’euros. La commission d’enquête parlementaire n’eut pas de mots assez durs, parlant de « gâchis épouvantable ». En effet, Butler Capital Partners réalisa une plus-value de soixante millions d’euros en prenant 38% puis en cédant rapidement sa participation à Veolia qui possédait déjà 28% du capital. Cette multinationale, qui n’avait guère d’expérience dans le maritime, promettait l’excellence et de redresser la barre, a finalement effroyablement mal géré. Ajoutant à l’amateurisme une approche strictement capitalistique. Telles furent les conclusions du rapporteur de la commission, un certain Paul Giacobbi. Et dans le même temps la SNCM devait sur une décision de Bruxelles rembourser quatre cent quarante millions d’euros. Parfum de connivence ? Cadeaux offerts en haut-lieu à des sociétés amies ? Sans doute. Mais les investigations engagées ne purent le prouver. Empêchant toute action en justice. À l’évidence nul ne disconviendra que le coût abyssal pour l’État eut en contrepoint un enrichissement de privés sans l’esquisse d’un remède. 

Les corsaires du Pascal Paoli

Cette transformation bâclée, aux aspects de pillage financier, s’accompagna de tempêtes sociales. Avec en point d’orgue le détournement du cargo-mixte Pascal Paoli par le syndicat STC. Et la spectaculaire intervention en pleine mer du commando Hubert. 

Dans ce droit fil, une grève de vingt-quatre jours des personnels paralysa l’ensemble des rotations. Ce ne sont là que quelques épisodes d’un scénario qui s’étira en longueur. Il marquait un double divorce. D’une part des usagers avec la compagnie. De l’autre des marins avec l’autorité de tutelle. 

L’eau coula sous les ponts dans une nébuleuse où la compagnie nationale moribonde fut cédée par l’éphémère propriétaire. La vente s’effectua, sous l’égide du tribunal de commerce, à un entrepreneur qui se désengagea rapidement au profit d’un consortium local. Avant de tomber dans l’escarcelle d’un armateur à l’envergure internationale. 

la suite de cet article est à retrouver dans Paroles de Corse #132 -juin 2024 en vente ici

Humeur

Par nathalie Coulon

Ah ! La cerise sur le gâteau…
J’aime beaucoup cette expression, grandiose, majestueuse et cynique. 
La cerise sur le sundae parfois pour son petit snobisme anglais, pour sa définition : « le détail qui met la touche finale à une entreprise ou à une situation ». Elle est utilisée de façon ironique pour exprimer le fait qu’une chose détériore une situation ou qu’elle la rend invraisemblable ou, au contraire, qu’elle la termine en beauté.
La cerise, ce fruit d’été, gourmand et juteux, sucré sauf quand le mauvais temps s’en mêle. La grêle qui littéralement l’explose, la pluie qui la gorge d’eau. 
Les cerises, ses particularités : 
Les bigarreaux, les griottes, les amarelles. 
Et ses desserts.
Du clafoutis à l’amarena (cette glace italienne).
Que ça sent l’été tout ça, le panier qui sent bon le basilic, la lavande, le thym. 
Et si on partait déjà en vacances, comme ça sur un malentendu, on ne se pointerait pas au travail, la valise serait déjà bouclée, le billet d’avion prêt à être checké et hop, la belle cerise sur le gâteau : un bungalow en première ligne de mer sans personne pour coller sa serviette à côté de la tienne. 
Prendre enfin son temps, toute l’année nous sommes sollicités, pas un seul moment pour enfin se poser. On dilapide notre tonus en courant de gauche à droite et de droite à gauche. 
Et si cette fois, on apprenait à ralentir sans aucune forme de culpabilité. 
Le bonheur ça se gagne aussi. 
Il est peut-être même déjà l’heure de creuser plus profond et de trouver son animal totem (ce sera peut-être même le sujet de la chronique à venir). Dans l’hémisphère nord où nous vivons, le mois de juin est le mois où les jours sont les plus longs de l’année. On apprendrait à prendre son temps aux aurores en prenant tranquillement son café tout en admirant le soleil qui se lève de l’autre côté de la montagne, on se baladerait paisiblement dans le maquis en fleurs, on se baignerait au clair de lune dans la mer immense. On serait ancré en communion avec ce qui nous entoure juste un moment. On aura ainsi zappé les actus sinistres du journal télévisé, oui pauvres pêcheurs que nous sommes, éteindre le poste de télévision ! 
Ça y est, je crois bien qu’on y est, on a laissé derrière nous un énième hiver et le soleil pointe désormais son nez pour quelques mois, on espère qu’il ne sera pas trop brûlant pour nous épargner de la canicule ambiante et des incendies ravageurs. Alors, cet été prenez soin de vous à la Nietzsche, profitez, profitez, soyez des étoiles dansantes dans ce chaos, la face cachée du cosmos, il y a des milliers de galaxies naissantes d’après la NASA. 
Tout sera plus beau. Je crois bien qu’il paraît…

SOURIEZ, PARTAGEZ !

Popp!n’on est une expérience unique consacrée à l’image et à la photographie. Un parcours à partager entre amis ou en famille et pourquoi pas, à diffuser sur les réseaux sociaux. Johan Pinna revient sur cette aventure haute en couleurs.

Par Caroline Ettori

Décors colorés, ambiances originales et ludiques, espaces thématiques le parcours de Popp!n’on a de quoi ravir les visiteurs. Petits et grands. Les sourires sont là, une belle récompense, la plus belle, pour Johan Pinna et ses associées qui n’ont jamais renoncé à leur projet malgré les difficultés. Réunis au sein de

l’agence de communication Sò Addicte, Marie-Pierre Andrei, Marie Orsini et Johan Pinna décident de créer l’événement en Corse autour de la photo et du désormais légendaire « J’y étais ». En effet, les trois jeunes gens ont repéré cette tendance du cliché-témoin devenue incontournable pour assurer de sa présence dans une ville, dans un musée, à un événement. Photo qui sera la plupart du temps partagée sur les réseaux sociaux. Photo qui par ailleurs ne devra rien au hasard car capturée dans un coin instagrammable «typique» qu’il soit naturel ou artificiel. Marie-Pierre Andrei a pu le constater lors de ses voyages et les trois communicants proposent régulièrement cette prestation à leurs clients.

INSPIRATIONS ET INNOVATION

« En faisant des recherches, on a vu qu’aux États-Unis existent depuis maintenant 6 ans, des musées du selfie où les gens vont pour se prendre en photo, en vidéo dans plein de décors différents. En poussant un peu les recherches, on a découvert qu’en Belgique il y avait également un Smile Safari, le premier en Europe.» Intrigués par le phénomène, les associés prennent la décision de partir pour le Plat Pays. Après un week-end à collecter toutes les informations, la décision d’importer le concept en Corse est prise. « Là où ça a été le plus compliqué, c’est que le projet était

nouveau.» Pas de base en architecture ni en design d’intérieur, pas de lieu pour débuter, les novices à force de travail voient malgré tout leur projet «fou» prendre forme. Bien sûr, il faudra compter sur quelques tracasseries à gérer comme un changement de lieu de dernière minute, l’événement aura finalement lieu à Furiani, il faudra également beaucoup d’audace pour convaincre les investisseurs, privés et publics comme le Crédit Mutuel, l’Adec, Capi qui accompagneront les jeunes gens. Plus d’un an de préparation, d’inspirations, de contretemps en tout genre pour offrir deux mois de séances photos en rafale !

UNE EXPÉRIENCE ENRICHISSANTE

À quelques jours de la fermeture de cet espace éphémère, on sent un léger pincement au cœur chez le jeune homme. «Pour nous, c’est assez frustrant parce que les retours sont tous excellents. Les gens nous disent qu’on a réussi quelque chose d’incroyable. Et que ça s’arrête aussi vite, c’est dommage. Nous avons envie de lancer un appel aux personnes intéressées par notre concept. Si elles souhaitent l’accueillir, nous sommes prêts.»

Johan mesure le chemin parcouru et les bonnes volontés qui les ont aidés, lui, Marie et Marie-Pierre: «Si je devais retenir une chose c’est qu’en tant qu’entrepreneur, il faut se constituer un réseau parce qu’il y a cette solidarité qui permet d’avancer. Surtout quand on a des gros projets. On est toujours tombé sur des personnes qui nous ont bien accompagnés et qui ont été très compréhensives. Les pompiers, le personnel administratif, les financeurs, notre menuisier, Blaise Dispenseri, les amis, la famille, tous ont permis de laisser vivre ce projet. Popp!n’on c’est vraiment une expérience entrepreneuriale mais aussi humaine parce que chaque personne qu’on a rencontrée, chaque personne qui a travaillé avec nous a vraiment sa part d’importance. Sans elles, nous n’y serions jamais arrivés. »

La dette française est devenue catastrophique à en croire non seulement toute l’opposition, mais encore quasiment tous les experts financiers, les médias et même certains membres de la majorité. Cette alarme répétitive, du fait même de sa répétition, n’est pas entendue et est couverte par le bruit des demandes sociales. 

Par Michel Barat, ancien recteur de lAcadémie de Corse 

Aucun responsable, surtout au pouvoir, n’osera aujourd’hui parler de rigueur, terme qui aux oreilles populaires et à celles des électeurs, ne nomme pas une sage vertu mais désigne une horrible punition. Si on était un peu ironique, il ne serait pas interdit de dire que le populisme a gagné les responsables, fussent-ils financiers, avant de s’emparer de la conscience citoyenne et de l’électorat.

Pourtant le montant atteint est effectivement alarmant car il dépasse trois mille cent milliards d’euros et atteint les 100% du produit intérieur brut de la France. 

Le déficit budgétaire et la dette pulvérisent les normes européennes qui sont pour le déficit budgétaire de 3% du PIB et de 60% pour la dette. Il est vrai que ces règles ont été suspendues entre 2020 et 2023 du fait de l’épidémie de Covid et de la guerre d’Ukraine. Cela dit, on entend de partout sonner le tocsin. Nul ne saurait contester que continuer sur une telle pente, plus que de poser un grave problème financier ou comptable, finirait par remettre sérieusement en cause la souveraineté nationale. 

Moralité et solidarité

La question n’est pas comptable mais politique voire morale. Bien entendu tous déplorent qu’on laisse aux générations futures un héritage négatif qui hypothèque leur avenir. Mais en réalité le contribuable moyen ne se comporte pas vraiment en « bon père de famille » mais choisit comme devise « après moi le déluge ». La seule question est de connaître les raisons d’une telle dette surtout en comparaison de nos voisins européens. La réponse est aisée : la France a une culture de services publics et une tradition sociale forte. Ainsi la dépense sociale est la plus importante du budget national.

La dette française n’est pas immorale mais bien plutôt elle se multiplie par moralité et solidarité. Notre philosophie morale collective n’est pas comme la Nordique, l’Anglo-Saxonne ou l’Américaine, libérale, elle est sociale voire socialiste. Elle l’est tellement que rares sont les politiques de droite qui malgré leurs discours veulent vraiment y renoncer. 

« La seule question est de connaître les raisons d’une telle dette surtout en comparaison de nos voisins européens »

Fait culturel

Aussi la dette a continué de se creuser sous les gouvernements dits de droite. Il s’agit ici d’un fait culturel sans doute parce que la France est un vieux pays catholique pour qui la réussite économique et financière n’est absolument pas comprise comme une bénédiction divine mais est au contraire soupçonnée d’être le fruit de quelques péchés. 

La France aujourd’hui majoritairement agnostique voire athée continue de penser qu’il est plus difficile « pour un riche d’accéder au Royaume de Dieu qu’à un chameau de passer par le chas d’une aiguille ». Sa foi catholique s’est mutée en foi sociale pour ne pas dire socialiste. Ainsi elle est souvent réprouvée par le Nord protestant qui la juge bien souvent arrogante dans sa philosophie politique. Même aujourd’hui et malgré les apparences et ses votes, le peuple français a conservé son caractère révolutionnaire. L’article un de la Constitution le redit : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. »

On comprend alors pourquoi le mot « rigueur » ne renvoie pas en politique à une vertu mais à une plaie ou à un échec alors que dans les pays de protestantisme elle est la marque d’une réussite vertueuse. Cependant laisser filer la dette conduira à rendre impossible la vocation sociale de la République française et la détruira. 

Vital remède

Y a-t-il une possibilité de surmonter cette contradiction : peut-être en cessant de penser en termes de comptable et de rigueur mais de politique et de développement. Pour que la dette n’étouffe pas la vocation sociale de la République, il serait peut-être plus efficace d’augmenter sa richesse. Autrement nous finirons à notre tour à rejoindre les pays frugaux et rigoureux au risque de faire croître sans scrupule la pauvreté.

10 g de levure de boulanger

60 cl de petit lait ou d’eau tiède

400 g de farine 

800 g de brocciu

1œuf 

5 cl de lait 

Erba barona ou nepita 

Préparation :

Délayez 10 g de levure de boulanger avec 60 cl de petit lait ou d’eau tiède et versez petit à petit sur 400 g de farine additionnée d’une pincée de sel, en mélangeant bien avec une cuillère en bois jusqu’à obtention d’une pâte souple.

Coupez en gros dés 800 g de brocciu et incorporez-les à la pâte. 

Laissez reposer 2 h à température ambiante. Préchauffez le four à 250°C (th. 8-9). 

Disposez-les par trois sur une poêle et cuire avec un peu d’huile d’olive. 

Dans un bol, fouettez l’œuf avec 5 cl de lait et du sel, dorez les migliacci au pinceau avec ce mélange. 

Parsemez d’erba barona ou de fleur de thym. 

Dégustez chaud ou tiède, avec une salade d’herbes amères et d’agrumes. 

L’arc existentiel de Rita Hayworth est tendu entre les trois situations de victime de l’inceste, d’une brillante carrière d’actrice et de danseuse dont le ressort de la séduction fut l’érotisme et à la fin, l’épreuve de la maladie d’Alzheimer. 

Par Charles Marcellesi, médecin

L’INCESTE 

L’inceste père-fille dont fut victime Rita Hayworth de façon répétée à partir de l’âge de 13 ans survint dans les circonstances suivantes : née à Brooklyn d’un père issu d’une famille de danseurs de flamenco d’origine sévillane, les Cansino, et d’une mère également danseuse, fille d’acteurs anglo-irlandais, les Hayworth, Rita suit les tournées de ses parents, et ses débuts sont illuminés par une première prestation, à 4 ans, au Carnegie Hall de New York ; l’arrivée du cinéma parlant oblige toute la famille à chercher fortune ailleurs en rejoignant Hollywood, en roulotte, et une première installation réussie avec la création d’une école familiale de danse est contrariée par le krach boursier de 1929. Au prix d’un travail acharné, Rita a poursuivi sa formation de danseuse et à 13 ans son père la prend comme partenaire exclusive, pour des shows de versions modernes de tango et de boléro qui rencontrent un grand succès : malheureusement c’est à partir de ce moment que cet homme violent et alcoolique la contraint au rôle d’épouse de substitution, comme elle le confiera à l’un de ses maris, Orson Welles. L’adolescente développera en réaction une timidité maladive et des comportements d’inhibition mais conservera la possibilité de se libérer avec une grâce naturelle et éblouissante dès qu’elle se produisait comme danseuse. 

Ce type d’inceste père-fille est statistiquement le plus fréquent (95%) parmi les cas peu nombreux que traite la justice, mais dans les faits beaucoup plus répandu puisque l’on estime par exemple qu’en France 9% des femmes sont « survivantes » d’inceste. Aux Etats-Unis, ces cas d’inceste réels serviront d’angle d’attaque du bien fondé de la théorie de la psychanalyse et de l’œuvre de Freud lorsque celui-ci postule le développement psycho sexuel de l’enfant à partir de l’acquisition du langage avec l’énamoration du petit enfant pour le parent de sexe opposé et la rivalité avec le parent de même sexe, avant que l’enfant n’y renonce de peur de représailles imaginaires (complexe de castration) ; il était surtout reproché à Freud, dans la théorie complotiste de Jeffrey Moussaieff Masson (1980), d’avoir repéré les développements de ce complexe chez des sujets adultes (le plus souvent féminins) qui avaient avec de faux souvenirs reconstruit leur désir d’enfant pour le parent de sexe opposé au leur en lui substituant un fantasme d’actes de séduction n’ayant jamais eu lieu la part de l’adulte à leur égard. Selon ses contempteurs, Freud aurait ainsi banalisé et masqué les cas d’inceste réels. Cette polémique contribua néanmoins la ruine de l’influence de la psychanalyse aux USA.

UN MYTHE CINÉMATOGRAPHIQUE DE LA SÉDUCTION

Résolue à une carrière dans le cinéma, dont elle parcourra toutes les étapes depuis la figuration et le statut de starlette jusqu’à celui de star consacrée, actrice et danseuse, « sex-symbol » de son temps, Rita a réussi à retourner comme un gant sa posture victimaire vis-à-vis de l’inceste, et l’on évoquera ici comme en résonance une des images clefs de sa carrière, sa façon de retirer ses gants dans le film Gildaqui pour les critiques vaut tous les strip-teasesQue ce soit en privé ou au plan professionnel, c’est comme si le traumatisme secret de l’inceste était retourné à son avantage avec le choix de protecteurs et de maris plus âgés (Edward C. Judson, Harry Cohn), véritables pygmalions qui lui feront remodeler l’ovale de son visage parachevant ainsi pour l’époque l’image féminine parfaite.

On remarque que s’il n’existe pas de mythe d’inceste père-fille, il existe par contre des mythes dans lesquels c’est la fille qui séduit le père (chez les anciens grecs et Ovide : Myrrha) en ayant recours notamment au mouvement à des fins de magie érotique : c’est l’iunx des Grecs, à la fois « oiseau du délire » (le torcol) à la mobilité incessante, mais aussi l’instrument de séduction créé par Aphrodite sous forme de rouelle vrombissante, ou encore désignant une magicienne préparant des filtres ; ce fut en grande partie grâce à sa technique de danseuse, qui en fit une partenaire très appréciée de Fred Astaire, qu’elle prit l’ascendant sur le public… et sur les hommes : considérée comme la plus belle femme d’Amérique, elle épousera successivement l’artiste intellectuel, Orson Welles, et l’Aga Khan, richissime dignitaire religieux.

L’ÉPREUVE DE LA MALADIE

Au cours des années 60 apparaissent chez l’actrice des modifications caractérielles, des troubles de la mémoire l’empêchant de mémoriser les dialogues, premiers signes d’une forme précoce de la Maladie d’Alzheimer qui ne commença à être vraiment connue que vers la fin des années 1980 (identification des plaques séniles et des dégénérescences neurofibrillaires dues à deux protéines anormales). Rita connaîtra cependant encore de beaux succès (Le plus grand cirque du monde) mais doit renoncer à Applause. 

Elle décède en 1987. Les causes de la maladie sont encore mal connues et les traits liés au traumatisme psychique sont fréquemment observés, au rang desquels a figuré sans doute pour elle l’inceste.

La 31e Conférence des médias audiovisuels publics de Méditerranée s’est tenue à Naples les 18 et 19 avril derniers. Deux jours consacrés au dialogue et à la circulation des idées dans un espace marqué par les guerres et traversé par les crises. Deux jours et un objectif : éduquer les plus jeunes à l’information à l’ère numérique. Un défi que les médias se doivent de relever. 

Par Caroline Ettori

Fondée au Caire en 1996, la Copeam regroupe aujourd’hui près de 70 organisations de 25 pays d’Europe, des Balkans, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient dont 33 radios et télévisions publiques parmi lesquelles RCFM et France 3 Corse ViaStella. À travers ses différentes commissions, 7 au total, la Copeam encourage entre autres la coopération des acteurs du secteur audiovisuel, participe à leur formation, promeut les jeunes talents du bassin méditerranéen. Depuis sa création, l’organisation a toujours su se saisir des grands sujets qui transforment nos sociétés et interroger sur le rôle des médias. Après les questions environnementales et religieuses, l’égalité des genres, la diversité, cette année, la Conférence s’est penchée sur la nouvelle génération et son esprit critique. 

L’info à l’ère numérique

À l’ère numérique et son flot continu « d’informations », comment sensibiliser les jeunes aux dangers de la propagande et des fake news, comment encourager les bonnes pratiques ? Et dans ce contexte, quelle est la responsabilité des médias ? Le cadre est posé par Claudio Cappon, secrétaire général de la Copeam et ancien président de la Rai. À la tribune, Sylvie Coudray directrice du département Liberté d’expression, Développement des médias et Maîtrise des médias et de l’information à l’Unesco, l’enseignant-chercheur à l’université de Bologne Alessandro Soriani dont les sujets d’études vont de la citoyenneté digitale aux jeux vidéos en passant par l’influence de la technologie dans les systèmes éducatifs traditionnels. Enfin, Jad Melki professeur associé à l’université libano-américaine de Beyrouth intervenait en visioconférence sur l’impact des réseaux sociaux. 

Un problème global, des solutions locales

Si tous s’accordent à dire que l’heure est grave, chacun dans son domaine de compétences lutte, « résiste » comme le souligne Jad Melki pour faire entendre toutes les voix, toutes les opinions, pour rappeler tous les faits afin de proposer une information complète, juste, précise. 

Ainsi, l’Unesco a développé un programme contre la désinformation, plusieurs formations en ligne (Mooc) et s’est rapproché d’influenceurs afin qu’ils soient formés aux techniques journalistiques. Et que par ailleurs, les journalistes puissent exploiter les codes des réseaux sociaux.

Les influenceurs désormais incontournables sont encouragés à donner leur avis sur des créations qui montrent la réalité et la complexité du monde aux plus jeunes. C’est le cas de « Bury me, my love » développé par les Français de The Pixel Hunt. L’histoire suit un couple syrien Nour et Majd. Nour tente de fuir la guerre civile qui ravage son pays pour rejoindre son mari en Europe. Ce roman visuel inspiré d’une histoire vraie nous plonge au cœur du conflit syrien. Les joueurs sont responsables du sort de Nour qui évoluera en fonction des conseils de Majd. Les personnages communiquent par l’application de messagerie WhatsApp et pas moins de 19 fins ont été envisagées. « Bury me, my love » est un exemple de ces nouveaux jeux qui de manière plus directe, plus concrète qu’un article ou un reportage permettent aux plus jeunes de capter l’essence d’un conflit. 

De conflit, il en a été question avec Jad Melki, bloqué à Beyrouth par les troubles entre le Liban, Israël et le Hamas. D’ailleurs, certains représentants de la rive sud et des médias palestiniens n’ont pas pu participer à cette édition. Pour le professeur en journalisme et études des médias, il est urgent que le sud global crée ses propres héros, sa propre narration y compris sur les réseaux sociaux qui sont pilotés essentiellement depuis l’Occident et les États-Unis en particulier. Selon lui, ce monde unipolaire empêche la diversité des points de vue et réduit de fait la pensée. Une seule voix encouragée par les algorithmes qui passent sous silence ou rendent invisibles certains messages. De quoi relativiser les notions d’espace de liberté et de liberté d’expression volontiers associées aux réseaux sociaux. De même, l’intelligence artificielle qui se nourrit des contenus disponibles sur le web aura ses connaissances biaisées. 

Le moment est donc idéal pour renouer le dialogue. De penser à des outils globaux adaptés au contexte local. Guide de bonnes pratiques, éducation aux compétences digitales, programmes scolaires adaptés, ateliers pour enfants et adolescents, collaboration étroite avec les enseignants, mise en place d’une citoyenneté digitale… Toutes ces initiatives ont un socle commun : la culture démocratique.

L’information n’est pas un produit. Ce n’est pas non plus une donnée, une data brute, un contenu créé pour des besoins marketing. L’information autant que l’instruction et l’éducation sert à élever de jeunes citoyens, de les éclairer, de leur donner les clés de compréhension d’un monde qui va parfois beaucoup trop vite. Les « vieux » médias ont tout autant la responsabilité de décrypter ce phénomène et d’anticiper les prochaines évolutions. Peut-on arrêter cette course folle ? Non. Peut-on prendre le temps de l’expliquer ? Oui, impérativement. 

ENCADRE : La puissance de l’art 

Inter-Rives fête ses 10 éditions. Mené en collaboration avec l’ASBU (Union des radiotélévisions des états arabes), le programme a pour objectif de mettre en lumière des histoires puissantes d’artistes de la région méditerranéenne qui utilisent leur créativité pour remettre en cause les stéréotypes et favoriser un changement positif en abordant d’importants sujets tels que l’égalité des genres, l’inclusion des minorités ou la protection de l’environnement. France 3 Corse ViaStella fait partie de la sélection. La chaîne présentera un documentaire de 13 minutes, projection prévue à Tunis en février 2025. 

Par Jean-Pierre Nucci

S’il est permis de critiquer Orelsan sans que cela fasse débat, il semble exclu de le faire pour Aya Nakamura. Pourquoi ? Parce que le premier n’est pas issu de l’immigration récente, la seconde oui. C’est une réalité que l’on ne peut que déplorer. Chacun doit rester libre d’apprécier ou de mépriser une œuvre artistique quelconque. Et l’on en vient à se demander s’il existe encore un droit d’opinion dans ce pays. Pourtant, la nomination de la chanteuse ne devrait pas faire polémique. Elle interprétera sans doute La Marseillaise le jour de l’inauguration des Jeux olympiques. Les partisans d’une certaine idée de la France ont dévoyé le débat au profit de l’infâme. Il n’est question pour eux que de dénoncer une dérive identitaire mal perçue. La jeune femme exprime pourtant la diversité française. Sa popularité est indéniable. Personne ne peut la contester, le chiffre des ventes de ses albums en atteste. Pour les réfractaires à toutes évolutions, la question porte sur la symbolique. En d’autres termes, elle ne serait pas la mieux placée pour représenter la chanson française ? Arrête d’écouter CNews !

La musique parle à tout le monde. C’est l’art suprême, quelques notes bien enchaînées, et l’émotion nous étreint. Nul n’y échappe, à moins d’être obtus, renfermé sur soi-même, insensible à la beauté. Bien des genres musicaux coexistent pour notre plus grand bonheur. La musique classique à l’influence omniprésente se faufile dans les compositions des autres genres comme le jazz issu de la banlieue new-yorkaise, le rock anglais qui a tant donné, les Beatles, les Stones, David Bowie, la pop avec ses stars, Michael Jackson, Madonna, l’électronique avec le duo Air, Daft Punk, le hip-hop, le rap… Au milieu de cette foison, se trouve un genre particulier : la Chanson Française : « On te voit venir avec tes gros sabots, arrête d’écouter CNews ! »Elle célèbre à travers ses auteurs la langue de Molière. Ceux-là la manient avec habileté (Delanoë, Étienne Roda-Gil…). Ce talent ne s’est pas éteint. Beaucoup d’artistes contemporains usent des voyelles et consonnes comme le faisaient leurs prédécesseurs jadis. Albin de la Simone, Benjamin Biolay, Emma Peters, Hoshi et bien d’autres vocalisent chacun dans leur style à merveille. À en croire les détracteurs d’Aya Nakamura, ses compositions se perdent dans un magma de sonorités agressives où la composition semble avoir été oubliée : « CNews je te dis !!! » Il n’y a là rien de choquant. C’est une opinion que l’on est en droit d’exprimer comme on pourrait le faire pour Orelsan.

Il est toujours heureux d’entendre des compositions aux textes bien ciselés caresser nos oreilles de leurs douces mélodies. Jacques Brel, animal sauvage, aimait la langue de Molière. Ses mots guidés par un idéal de beauté ne démentaient pas son amour pour la poésie :

Moi, je t’offrirai

Des perles de pluie

Venues de pays

Où il ne pleut pas

Je creuserai la terre

Jusqu’après ma mort

Pour couvrir ton corps

D’or et de lumière.

Ne me quitte pas.

Jacques Brel

Et que dire d’Aznavour ? Cet immigré arménien ciselait ses textes jusqu’à la perfection. Pas une faute de style, pas une faute grammaire, pas une faute de syntaxe ne ternissait son verbe :

Emmenez-moi au bout de la terre

Emmenez-moi au pays des merveilles

Il me semble que la misère

Serait moins pénible au soleil.

Serges Reggiani, immigré italien dont la voix suave exultait les paroles écrites par Georges Moustaki, Giuseppe Mustacchi de son vrai nom, un juif grec qui jouait à merveille avec l’alphabet :

Avec ma gueule de métèque, de juif errant de pâtre grec et mes cheveux aux quatre vents.

Avec mes yeux tout délavés qui me donne l’air de rêver, moi qui ne rêve plus souvent.

Avec mes mains de maraudeur, de musicien et de rôdeur, qui ont pillé tant de jardins.

Avec ma bouche qui a bu, qui a embrassé et mordu, sans jamais assouvir sa faim.

À l’âge de l’intransigeance, les intéressés dont je faisais partie, critiquaient de manière idiote la Chanson Française des années soixante-dix, surtout la variété. Ils s’enfermaient dans une forme de mépris qui les rendait aveugles, incapables d’apprécier d’autres genres musicaux que le rock ou la pop. Ce temps a bien changé. Avec l’âge, la raison s’est imposée à l’esprit. Et voilà qu’ils apprécient les textes d’interprètes honnis au temps de leurs jeunes années.

Il y avait à la mairie le jour de la kermesse

Une photo de Jean Jaurès

Et chaque verre de vin était un diamant rose

Posé sur fond de silicose

Ils parlaient de 36 et des coups de grisou

Des accidents du fond du trou

Ils aimaient leur métier comme on aime un pays.

Et c’est avec eux que j’ai compris

Au nord, c’étaient les corons.

Pierre Bachelet

En 1994, Youssouf N’Dour et Neneh Cherry évoquent dans le morceau « 7 seconds », les sept premières secondes positives de la vie d’un nouveau-né qui ne connaît pas encore les problèmes et la violence de notre monde :

Boul ma sene

Boul ma guiss madi re nga folkni mane.

Khamouna li neka this ama souf ak thi guinaw

Bad to the bone

Battle is not over

Even when it’s won

J’assume les raisons qui nous poussent de changer tout,

J’aimerais qu’on oublie leur couleur pour qu’ils espèrent.

Beaucoup de sentiments de race qui font qu’ils désespèrent.

« 7 seconds » est une chanson multiethnique, chantée en trois langues (wolof, anglais et français) par le chanteur, compositeur et musicien sénégalais Youssouf N’Dour et la chanteuse suédoise d’origine africaine Neneh Cherry. Tous deux ont célébré à leur manière la chanson française à l’instar d’Aya Nakamura aujourd’hui. Il faut s’en féliciter plutôt que de le regretter. Cette inclinaison pour les sonorités africaines répond à l’évolution des cultures européennes. Les jeunes l’apprécient en masse. C’est un autre chemin, pas absolu pour autant. Des artistes de renom, on l’a vu, consacrent la langue française d’une manière traditionnelle comme Brel ou Nougaro. Chacun peut y trouver son compte. Mais tous ces artistes aux styles différents répondent aux exigences du dictionnaire. Ils nous bercent avec leurs mots, d’histoires censées éveiller nos esprits repliés. Elles réchauffent de leur prose les cœurs refroidis, et nourrissent la réflexion de pensées romantiques. Ils parlent d’amour, de désamour, de souffrance, de joie, de voyages : « Arrête d’écouter CNews ! »

Il a la dick facile, j’suis une hit machine

Pas une fille facile, j’me donne dix sur dix

Hit machine, j’suis une hit machine

Pas une fille facile, j’me donne dix sur dix.

Hypé.

Aya Nakamura