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  Laurent Silvani est un artiste ajaccien qu’il est difficile d’enfermer dans un style ou dans un courant particulier. Il aime se définir lui-même comme créateur, peintre, sculpteur à l’univers original, très pop art, mais pas que. Son travail s’inspire de son époque et des techniques graphiques de son temps. Son Napoléon Bonaparte, dit « Napo », fait aujourd’hui partie de sa signature artistique. Le succès est au rendez-vous, au-delà du territoire insulaire tant le personnage historique s’insère avec ferveur dans notre monde contemporain. Laurent comme tous les artistes est réservé et parle avec humilité de sa créativité, mais ses yeux brillent avec passion dès que l’on évoque le monde de l’art et les artistes qui ont accompagné son évolution artistique. Rencontre avec le créateur de « Napo » Par Anne Catherine Mendez Quel est votre parcours ? Je suis issu, comme beaucoup d’Ajacciens, du lycée Fesch. Je suis ensuite parti à Aix-en-Provence, suivre des études d’arts plastiques, puis j’ai présenté le concours de l’école Boulle. J’ai suivi une formation de design industriel mobilier, au sein du lycée professionnel de l’école, pendant environ trois ans. Très vite je me suis à peindre, à exposer avec d’autres étudiants. J’ai rencontré Pierre Farel, qui par exemple m’a poussé à faire la foire d’art contemporain de Bastille et bien d’autres encore. Je m’exprimais enfin en tant qu’artiste, et Pierre à qui je dois beaucoup a été le chef de file de ces jeunes artistes qui partaient leurs toiles sous les bras dans le métro pour exposer leurs œuvres dans de nombreuses galeries parisiennes. Je suis rentré à Ajaccio, et je n’ai jamais cessé de produire. Mes parents m’ont toujours soutenu, mon père, qui au début était mon seul mécène, nous a toujours mon frère et moi permis de fréquenter le monde de l’art, à travers les voyages, les visites de musées, de lieux sacrés. Ma mère, qui sculpte et qui peint aussi, m’a certainement transmis ses prédispositions artistiques. J’aime à dire que je me suis forgé avec le don de ma mère et la culture de mon père.   Et depuis, votre vie en tant qu’artiste ? Depuis mon retour, j’ai la chance d’avoir mon atelier, où je me retrouve face à moi-même, près du lycée Laetitia. Je le partage régulièrement avec d’autres artistes, peintres, photographes, plasticiens, comme par exemple Erick Larrieu, qui m’a initié au numérique, aux techniques de découpes plus modernes. Pour moi, l’échange entre artistes est important, il permet de prendre du recul dans son propre travail, de se nourrir et de nourrir le travail des autres. J’ai fait également de nombreuses expositions, festivals, salons avec un réseau de galeries qui connaissaient bien mon travail. J’ai eu beaucoup de chance, car aller toi-même démarcher les galeries, c’est plus compliqué. Mais plus tu prends de l’âge, plus tu as envie de te vendre toi-même (rire).   Enfin Napoléon ? J’aime travailler la sculpture et le volume. Je travaille pendant longtemps une même pièce, ensuite je passe à autre chose, comme si j’en avais fait le tour. Réaliser un personnage récurrent nourrit mon obsession de la même ligne directrice. Napoléon est arrivé naturellement et pour un Ajaccien, le sujet est trop tentant. Je continue à créer d’autres œuvres, mais il prend beaucoup de place, j’ai du mal à l’enfermer dans mes cartons ! C’est une passion. Je découvre grâce à lui, le monde du volume, la recherche de la texture, le toucher. Je ne suis pas sculpteur, j’ai trop de respect pour la discipline, mais j’avais besoin de créer quelque chose que je puisse toucher. J’ai une intelligence de la main.   Quel est le message de votre « Napo » ? Je voulais réinventer le personnage, fidèle au message qu’il véhicule. Même si nous sommes proches du cliché, c’est néanmoins un chef, ancré dans le sol, le regard anxieux. Et paradoxalement, c’est un personnage pop ! La difficulté essentielle est de ne pas le caricaturer tout en gardant cette imagerie napoléonienne, qui s’impose quand on est ajaccien. Je vis depuis longtemps avec Internet, avec l’impression et la diffusion d’images multiples. Mais il faut nourrir ce monde avec de la nouveauté. J’essaie en tant qu’artiste pop, s’il faut me définir, de créer mes propres images et de ne pas reprendre une image, un personnage existant, déjà créé par un autre artiste. Pourquoi vous sentez-vous pop ? Je me sens pop car je me sers des outils de mon époque, c’est notre culture, du moins la mienne.   Vos projets ? Je vais poursuivre ma production. « Napo » a du monde autour de lui, Joséphine, les grognards, les chefs militaires… J’ai envie de créer une marque NAPO, également plus abordable. L’œuvre d’art reste intime, confidentielle. Pleins de personnages sont encore dans mon laboratoire d’expérimentation. Ma rencontre avec Mathieu Bertrand-Venturini et Luce Leca a été déterminante. La galerie et la boutique de produits culturels Contami, dans la rue Fesch, créées par ce couple, ont permis de donner un nouvel essor à ma carrière. Un artiste par essence ne sait pas se vendre, il a besoin de partenaires et c’est précieux de trouver ceux qui deviennent de véritables collaborateurs.   Vos échecs ? Ce sont tous les après d’une exposition, tu ne vends jamais ce que tu veux… Un artiste est toujours un éternel insatisfait. Après le succès d’estime, il faut savoir se renouveler, rebondir. C’est dur la vie d’artiste, tu perds, tu prends, jusqu’à la victoire. (sourire)   Votre fierté ? Ne pas avoir renoncé, il faut savoir accepter la notion de temps dans l’art, dans ton travail. Je pense avoir su gérer cela.   Votre devise ? « Les hommes de génie sont des météores destinés à brûler pour éclairer leur siècle. » Napoléon, évidemment.       Encadré : Contami, raconte-moi l’histoire de la Corse Une boutique d’édition de produits culturels et de souvenirs   Quand Mathieu Bertrand-Venturini a décidé, avec sa compagne Luce Leca, de créer Contami, ils sont partis du constat que le marché du souvenir en Corse, se limitait à des flopées de boutiques accolées les unes aux autres, présentant des porte-clés, des tee-shirts ou des boules de neige similaires, fabriqués en Asie pour la plupart et vendus de façon identique dans tous les magasins insulaires. La notoriété de la Corse, selon leur analyse s’étiolait à travers une imagerie restrictive, mer, soleil, plage, associée au patrimoine naturel seulement. « Napoléon, par exemple, précise Mathieu, était très peu exploité en Corse, c’est pourtant une réelle opportunité de marché pour implanter et décliner de nouveaux produits, sur l’île mais pas que. La découverte d’autres univers notamment ceux liés à la culture, au patrimoine historique, aux événements patrimoniaux, sont autant d’éléments qu’il faut valoriser de façon originale et surtout différente. Nous avons voulu créer une boutique musée hors les murs, semblable à n’importe quelle boutique que vous trouvez à la sortie d’un espace culturel et dans lequel vous pouvez acheter un produit d’une valeur de 2 € ou de 10 000 €. » Contami se positionne en effet sur deux marchés complémentaires, celui de la galerie d’art, et celui du produit culturel. Sa collaboration avec plusieurs artistes locaux permet au fil des saisons de construire une gamme de produits, de collections capsules autour de thématiques insulaires, entre art, patrimoine et culture. « Ce ne sont pas des produits dérivés, nous essayons de créer nos propres identifiants, des lignes qui nous soient propres, même si vous retrouvez dans la boutique le Playmobil Napoléon créé récemment, qui fait figure de produits d’appel. Nous voulons raconter l’histoire de la Corse et reconnecter notre héritage avec le monde entier. Notre collaboration intensive avec Laurent Silvani, nous permet de mettre en avant une œuvre d’art sous les traits de Napoléon à la portée universelle. Mais d’autres personnages comme Pascal Paoli sont à l’étude. En filigrane, nous voulons faire rayonner des valeurs comme la liberté, la fraternité, qui sont plus que jamais une force dans le contexte actuel et qui selon nous forgent notre identité. »   Précipitations irrégulières et réparties de façon inégale sur le territoire, avant-goût de l’été un peu trop précoce. La sécheresse gagne du terrain à l’échelon insulaire. Décryptage d’une tendance de plus en plus préoccupante et qui pourrait bien annoncer un véritable bouleversement climatique inscrits dans le temps. Il aurait de graves conséquences économiques, mais aussi sociales et pour tout dire sociétales. Par Véronique Emmanuelli   Faut-il s’attendre à une sécheresse plus marquée cet été ? Il est encore trop tôt pour l’affirmer même si plusieurs éléments orientent le scénario en ce sens. À commencer par une saison « de recharge en eau » largement déficitaire. « Durant cette période qui s’étend, en l’occurrence de septembre 2021 à mars 2022 inclus, le cumul des précipitations n’atteint que 75% de la normale », résume Patrick Rebillout, directeur du centre Météo France d’Ajaccio. En outre, la répartition des pluies dans le temps a de quoi inquiéter selon le météorologue. « Le seul mois excédentaire de cette saison de recharge 2021/2022 est novembre. Tous les mois suivant ont affiché une pluviométrie bien en deçà des normales. Janvier et février ont été très secs sur l’ensemble de la région. » Ce qui aboutit à une conjoncture météo particulièrement remarquable selon lui. « Il faut remonter à 2002 pour trouver des mois si peu arrosés. Le record date de 1989. À l’époque, il n’était tombé que 60% des précipitations attendues », rappelle-t-il. Le niveau d’enneigement très modeste est un autre fait notable. « Le manteau neigeux n’a pas réussi à se constituer compte tenu de la faiblesse des chutes de neige. Il n’y a quasiment pas de stockage d’eau sous forme de neige cette année. Le 1er mai, il ne restait plus rien de disponible », constate le directeur. En parallèle, les disparités territoriales sont fortes, durant ces mois propices à la reconstitution des nappes phréatiques. « Il y a une nette différence entre l’est et l’ouest de l’île. En effet, c’est cette seconde portion du territoire avec la zone montagneuse qui ont été véritablement concernées par le manque d’eau, l’équivalent de 40 à 50% des cumuls attendus. Le Fiumorbu, la Plaine orientale, en revanche, présentaient des cumuls à peu près corrects, poursuit le responsable. Autant dire que l’île était plutôt mal en point. »   Pluie d’avril À partir de mi-mars toutefois, le ciel se couvrira de quelques nuages noirs bienvenus. De quoi redresser à la marge au moins, la situation. « Fort heureusement, nous avons eu à ce moment-là quelques précipitations qui ont arrosé la Plaine orientale et l’ensemble de l’île. Sans cela, le bilan aurait été bien pire. Le temps vire à la pluie en avril aussi. Nous avons eu pas mal de chance car il a beaucoup plu. Sur le relief, nous avons reçu jusqu’à 200 mm de pluie, ce qui représente 200 litres d’eau au m2 », commente Patrick Rebillout. Il y a une bonne nouvelle puis une mauvaise. Sur le littoral, les gouttes sont rares et le déficit de précipitation s’accentue ; 60% de la normale. La tendance est comparable en mai. Elle inclut une perturbation d’envergure lors de la première semaine du mois, des orages en montagne, et « toujours sur le relief, on récupère entre 60 et 80 mm de pluie ». Sur le littoral ouest en particulier, le ciel reste lumineux la plupart du temps. « Ce secteur va recevoir 20 mm de pluie ce qui est loin d’être suffisant afin de combler un déficit qui se construit depuis 9 mois ». Le début de printemps pluvieux, au-delà de la moyenne cette fois, apportera une légère amélioration. « Entre septembre et mai, nous avons recueilli 630 mm ce qui représente 80% de la normale attendue sur cette période, moyennée sur l’année »,observe le spécialiste. Dans l’intervalle, les températures se sont aussi adoucies, excepté en octobre et mars mais dans l’intérieur de l’île seulement. Sur le littoral, il a toujours fait plus chaud que la normale. En février, l’évolution équivaut à 2°C de plus que la moyenne. Ces observations vont de pair avec un indice d’humidité des sols très hétérogène. « S’agissant du relief et de l’intérieur de l’île, nous pouvons poser un diagnostic relativement correct à ce stade de l’année. Même si les choses changent rapidement parce que compte tenu de la chaleur, l’humidité s’évapore très vite »,avertit le responsable Météo France. Niveau « Vigilance » Autre lieu, autre ambiance et sols qui commencent déjà à se craqueler. Sur le littoral jusqu’à 300 m d’altitude, de la Balagne à la Plaine orientale en passant par la façade ouest de l’île et le Cap Corse, le « diagnostic est sévère », selon Météo France. Ce qui correspond tout à la fois à une sécheresse « dite agricole », à l’activation par les préfectures de Corse-du-Sud et de Haute-Corse d’un niveau « de vigilance défini dans le plan de gestion des épisodes de pénurie d’eau. Cette décision a pour objectif un suivi de la ressource et un renforcement de la sensibilisation du grand public et des professionnels afin de promouvoir un usage économe permettant d’éviter des mesures restrictives sur la consommation de l’eau », indiquent les services de l’État. D’autant que les prévisions saisonnières pour juin et juillet anticipent des températures élevées et un temps sec. « Il faut toutefois rester prudent. La Corse est un relief. Par conséquent, ces projections peuvent être déjouées par des orages et des précipitations de nature à atténuer la sécheresse estivale qui est en train de s’installer », prévient-on tout en plaçant au centre des préoccupations un avant-goût d’été, un peu trop précoce. « Chaque année, on se demande s’il a assez plu ou pas. Je pense que le point le plus préoccupant renvoie à l’aridité estivale à laquelle nous sommes habitués mais qui se manifeste désormais avec un temps d’avance. Dans les années 1980-2010, elle débutait au 15 juin et s’achevait au 15 octobre. Si on va vers un réchauffement climatique à plus de 2°C les aridités estivales pourraient d’ici 2040 aller du 25 mai au 25 octobre et à la fin du siècle du 15 mai au 15 novembre. L’indice d’humidité est ce qui va poser le plus de problème s’agissant de l’agriculture, de la ressource en eau », analyse Patrick Rebillout. Antoine Orsini, hydrobiologiste, maître de conférences à l’université de Corse, membre de différents conseils scientifiques et élu municipal, tire la sonnette d’alarme. La vulnérabilité de la Corse face au réchauffement climatique n’a plus rien d’abstrait depuis plusieurs années tandis qu’alternent à un rythme toujours plus soutenu, « les événements extrêmes tels que sécheresse inondation, vague de chaleur et vague de froid », note-t-il. La relation avec la hausse des températures est établie de longue date encore. « En l’espace de 40 ans, la température moyenne de l’air a enregistré une hausse de 1,4°C en plaine, de 3,3°C à 1 000 mètres d’altitude et de 5,2°C à 2 000 mètres. Tous les dix ans, on compte 8 journées estivales de plus », énumère-t-il.   Maladies hydriques Dans sa ligne de mire figurent, entre autres, « des pluies extrêmes dont l’intensité ne cesse d’augmenter », un phénomène « d’évapotranspiration » accru et une sécheresse aux multiples facettes, dans le détail, « la sécheresse météorologique qui se traduit par un déficit de précipitations, la sécheresse édaphique ou sécheresse des sols ou agricole compatible avec un risque incendie élevé »,énumère-t-il. À cela vient s’ajouter des sécheresses hydrologique et géotechnique illustrées respectivement par un étiage – ou période de basses eaux- sévère et un risque de mouvement de terrain. » Les cours d’eau insulaires sont très sensibles aussi au dérèglement climatique. « L’eau disponible dans les cours d’eau a diminué de 20 à 30%. Le régime hydrologique de ceux-ci, de type pluvio-nival-méditerranéen, est modifié à cause de la raréfaction de la neige. » Le réchauffement des eaux « non seulement stagnantes mais aussi courantes » est un autre effet palpable susceptible de transformer le ruisseau ou la fleuve en bouillon de culture. L’hydrobiologiste est formel, « la hausse de la température de l’eau favorise la prolifération de micro-organismes responsables de maladies d’origine hydrique. Ces affections qui touchent en priorité des populations vivant sur le continent africain menacent de se propager dans les pays du sud de l’Europe ». La preuve par la bilharziose uro-génitale, présente dans les zones tropicales et intertropicales de l’Afrique à l’Asie et diagnostiquée dans l’île. Parmi les grandes menaces sanitaires, le paludisme, chikungunya, dengue, zika… ainsi que les différentes pathologies d’origine hydriques.   L’eau à prix d’or À l’heure du réchauffement climatique, le moustique tigre a pris ses aises dans l’île et même un peu de hauteur, jusqu’à 800 mètres d’altitude. De leur côté, les parasites tels que puces et tiques survivent de mieux en mieux aux hivers insulaires. Selon Antoine Orsini, la notion de réchauffement climatique doit être intégrée à la problématique énergétique ne serait-ce que parce que « le faible taux de remplissage des retenues gérées par EDF hypothèque le mix énergétique ou l’hydroélectricité représente 22% de la production électrique insulaire ». La raréfaction observée et annoncée de la ressource soulève, selon lui, des interrogations variées au sujet du prix de l’eau domestique et agricole ainsi que des aliments, d’une possible fracture hydrique sur fond d’inégalités sociales et tarification de l’eau ou encore de la biodiversité et de la résistance des espèces. Chaque jour, ces questions se font plus pressantes aux dires du chercheur. Car on peut envisager pire à brève échéance. « En 2030, le climat de la Corse sera comparable à celui de Cagliari et d’ici 2070 à celui de Tunis », appuie-t-il. Dans ces conditions, il est urgent de « lutter contre les causes du réchauffement climatique afin d’en atténuer les conséquences ».   Une autre gestion La résistance climatique s’organise en « réduisant l’utilisation des combustibles fossiles au profit des énergies renouvelables », en « stoppant net la déforestation », en « réduisant le risque incendie » et en « plantant des arbres ». La résilience, l’adaptation, la solidarité constituent des principes majeurs appliqués tout à la fois aux « personnes, collectivités, écosystèmes, infrastructures, économie ». La sécheresse présente et à venir se conjugue encore avec une autre gestion de l’eau. De l’avis d’Antoine Orsini, elle met en jeu, entre autres, une consommation d’eau réduite, la réutilisation des eaux usées traitées notamment pour l’irrigation et la recharge des nappes, le stockage de la ressource, la culture d’espèces méditerranéennes, des cultures en sec, de nouvelles formes d’irrigation et une implication des populations locales dans la gouvernance. Sans doute parce qu’il en va de la survie de tous. « L’eau est le facteur primordial dans le développement des îles méditerranéennes. De grandes civilisations florissantes se sont développées dans les vallées de grands fleuves. La plupart des grandes civilisations anciennes sont qualifiées de “civilisations hydrauliques”. Leur niveau de développement est directement lié à leur degré de maîtrise dans la gestion de l’eau. Inversement, l’affaiblissement de cette maîtrise sociale de l’eau a automatiquement entraîné leur décadence et leur disparition. » À méditer. La suite de cet article est à retrouver dans Paroles de Corse #111 du mois de juin en vente ici  

C’est en 1774 que les Bastiais découvraient leur tout premier théâtre « place de la Comédie », aujourd’hui appelée place du Marché. Trois ans après, on en construisait un autre à proximité. Un siècle plus tard, on érigeait le théâtre municipal actuel. Si à Bastia la proximité avec l’Italie, la richesse culturelle et la densité de son bassin de population contribue à développer un engouement pour le bel Canto dans la culture populaire, il n’en reste pas moins qu’à Aiacciu aussi, le goût pour l’opéra irradiera la capitale régionale.

Par Vannina Angelini-Buresi

C’est au début du xixe siècle, en 1830, qu’à Aiacciu le théâtre Saint-Gabriel ouvrira ses portes, baptisé en l’honneur du préfet Gabriel Lantivy instigateur entre autre, de cet édifice architectural. La population ajaccienne avide d’airs populaires, passionnée de chants, connue et reconnue pour ses puissantes et mélodieuses voix, participait régulièrement à la programmation culturelle de la cité.

Se déployait en Corse un véritable enthousiasme autour de la culture italienne, et pour l’opéra. Comme à Bastia, ils allaient tous écouter Bellini, Donizetti, Rossini et d’autres. Ce n’est qu’à la fin du xixe qu’en Corse, on commence à apprécier l’opéra français tel que Bizet ou Gounod. C’est Napoléon qui initiera les Français à la culture de l’opéra italien, au théâtre mais également dans les salons de la noblesse de l’Empire parisien, où l’on fait venir des ténors avec des extraits d’opéra et des romances, des harpistes et des pianistes notamment chez les sœurs de Napoléon, Élisa et Pauline.

À Bastia, après le romantisme, on découvre une autre expression, c’est l’arrivée du vérisme, influencé par le réalisme dans le chant, c’est quelque chose de plus immense très lyrique et plus exacerbé dans les émotions à la fin du xixe. Les Corses s’emparent de certains chants, l’opéra est chantonné dans la rue, ils se l’approprient, ça fait partie de leur patrimoine. L’immigration des Napolitains et des Siciliens apportent d’autres mélodies aussi. Des chants assez vocaux qui demandent une tessiture assez élargie.

 

Ténors et riaquistu

Dès la fin du xixe et le début xxe siècle, les opéras français commencent à attirer du monde et la Corse connaît le plus grand vivier de chanteurs lyriques. Notamment avec César Vezzani et sa compagne Agnès Borgo, Martha Angelici soprano, Isabelle Andreani mezzo soprano, Gaston Micheletti ténor ajaccien qui obtient des rôles à l’opéra comique et José Luccioni qui viendra clôturer l’âge d’or. Un coup d’arrêt se produisit, le théâtre de Bastia, véritable référence, une sorte de mini Scala, subit des dommages causés par les bombardements, quant à celui d’Aiacciu, il fut la proie les flammes. Cependant, la culture de l’opéra est toujours présente et ses airs imprégnés dans la mémoire des Corses. Après la guerre, on retrouve toujours Martha Angelici, Micheletti, Vezzani, Tibère Raffali et en même temps Tino Rossi. Il est classé dans la catégorie « Ténorino » chanteur d’opérette, archétype de la culture populaire, influencé et nourrit par les nombreux opéras qu’il a découverts au cours de son enfance et de sa jeunesse au théâtre Saint-Gabriel d’Aiacciu.

Les années 50 sont l’époque des ritournelles, des sérénades et des cabarets. Le Riacquistu dans les années 70 s’attèlera à réhabiliter le chant en « Paghjelle » dit traditionnel et celui du « Cantu Sacru », les autres genres seront délaissés un temps voire décriés comme le cabaret et le « Bel Canto ». Dans les années 80, seul Tibère Raffali fait carrière ailleurs et obtient le prix Pavarotti à New York. Il faudra attendre les années 90 pour voir percer une chanteuse lyrique bastiaise Michèle Canniccioni, une soprano qui aura une carrière internationale comme Martha Angelici, quarante ans auparavant. « Par ma volonté et mon travail, j’ai persévéré et percé. Sans connaître personne sans avoir aucun soutien, à une époque où c’était le néant à Bastia et ailleurs en Corse. »

 

Latout corsophone

Michèle s’est produite au Japon, au Brésil, en Russie et à Milan bien sûr. Au début des années 2000, pour des raisons de santé, elle met fin à sa carrière mais se consacre aujourd’hui à la transmission car elle donne des cours particuliers. Ce n’est pas en France qu’elle estime que l’on fait carrière mais à l’étranger. D’ailleurs le fait d’être corsophone, « car la langue corse ouvre au portugais, à l’italien »favorise la pratique du chant. « Au niveau de l’aptitude du langage, le positionnement vocal de la voix parlée en corse est très rond comme le russe, d’ailleurs je chantais très bien en russe. »

Jean-Jacques Ottaviani, ténor bastiais, insiste lui aussi sur la maîtrise de la langue corse comme un avantage dans la pratique du chant lyrique « avec ce phrasé long que l’on a et ses fioritures, en plus de la facilité que l’on peut avoir par la richesse de la langue à avoir des harmoniques que d’autres n’ont pas en France par exemple ; Ce n’est pas anodin que dans le classement des cent ténors mondiaux du xxe siècle, il y ait quatre Corses : Vezzani, Micheletti, Luccioni et Tino Rossi. Nous avons aujourd’hui un foisonnement de chanteurs à voix, ténor, soprano, mezzo soprano, que l’on doit en partie au conservatoire Henri-Tomasi et ses deux antennes à Aiacciu et Bastia. De nombreux Corses font leurs premières armes ici et partent par la suite se perfectionner sur le continent ou à l’étranger et entament des grandes carrières comme Amélie Tatti ténor et Eléonore Pangrazi mezzo soprano ou Jean-François Marras ténor aussi qui mène une carrière à Paris et à l’étranger et encore la soprano Julia Knecht qui mène elle, une carrière ici. A leva nova marchent sur les pas de Michèle Canniccioni qui a ouvert la voix à cette nouvelle génération,certains d’entre eux reviennent régulièrement se produire sur la scène corse comme récemment au palais des Congrès d’Aiacciu. Le mois dernier pour la première édition d’« Avant-Scène » Opus Corsica, son président Xavier Torre et la concertiste directrice artistique de cette association, Laura Sibella, réunissaient de grands artistes lyriques et classiques corses et internationaux, afin quils travaillent ensemble pour offrir un concert dexception mettant en avant de jeunes talents insulaires.

 

Musiques en harmonie

Pour Laura, la musique classique fait partie de la culture populaire, « La musique classique présentée comme la Grande Musique, ou la musique dite savante, est souvent opposée aux musiques populaires que lon nomme maintenant musiques traditionnelles. Elles ne sont pas plus simples que les autres ne sont sérieuses. Ce qui les différencie, mais ne les oppose pas, cest que lune est de tradition écrite, préservée sous la forme dune notation musicale alors que lautre est transmise oralement. »

La suite de cet article est à retrouver dans Paroles de Corse #111  – juin
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  « Una volta ci era un rè » (Il était une fois un roi) Qui n’a pas entendu ce refrain en corse : « Una volta ci era un rè, Figlioli n’avia trè… » Ce refrain populaire répété et appris en classe de dégénération en génération ! Una volta, il était une fois. Il était une fois un roi. Il était une fois mille et une belles choses qui finissaient bien, toujours bien. Dans la légende populaire, elles se devaient de bien finir pour ne pas effrayer les enfants sages. Désormais, les enfants ne sont plus vraiment si sages et les histoires finissent plutôt mal enfin presque ! La légende urbaine voudrait que les enfants soient devenus des monstres et les adultes démissionnaires mais pas seulement. En même temps, je vous raconte tout ça mais le sujet du mois c’est quand même le remaniement ministériel, les législatives qui approchent et la campagne qui bat son plein. La chaleur de juin et le climat qui ressemble à celui d’un mois d’août bien centrafricain. Il fait déjà très chaud, très humide, on connaît depuis plusieurs années deux saisons : l’hiver et hop l’été où sont donc passés l’automne et le printemps, point d’interrogation. C’est le temps de la fin de l’année scolaire, le début des oraux du baccalauréat et les projets des parents pour loger leurs enfants qui rentreront à l’université. Certains franchiront la mer pour s’installer sur le continent et d’autres franchiront le col de Vizzavona ou la Plaine orientale pour suivre leur formation dans la cité paolina. Forza Ghjuventù Chi l’avvene si tù ! L’Assemblée de Corse a élu ses députés juniors et on veut croire à cet élan de la jeunesse pour défendre les grands travaux et les sujets d’actualité en suspens. À l’ordre du jour également, des questions orales sur le prix de l’essence, les flux migratoires, la spéculation foncière, la mobilité aérienne, le contentieux avec la Corsica Ferries, la précarité étudiante, le développement économique… Et deux propositions : un Numeribus et una Carta di residenza. Beaux projets bien méritants. Seront-ils entendus? La jeunesse corse dans la rue ces derniers mois a quand même fait écho jusque dans les couloirs de Matignon, ne l’oublions pas. La colère vient de la rue mais dans les rangs cette fois d’étudiants, lycéens et collégiens. La suite de l’histoire nous le dira. Au milieu de tout ça,  il nous reste la fraîcheur des herbes hautes et vertes pour apporter un peu de fraîcheur même si le démaquisage en cette saison aride est fortement recommandé. Un peu d’herbe haute et verte pour nous laisser vivre en liberté et la fin de notre chanson populaire cette fois que je vous laisse fredonner : « Una volta ci era un rè, unu di i so figlioli dicia O Bà, u mondu u vogliu girà »… Les histoires c’est fait pour rêver, je vous en raconte une dernière : au cours de mes balades pédagogiques dans une forêt au beau milieu de l’île, un petit garçon me dit « tu sais, je cherche des ossements de dinosaures, plus tard je serai paléontologue, et toi tu feras quoi quand tu seras grande ?!!! » Moi, je lui ai répondu que je raconterais des histoires aux grands pour qu’ils redeviennent des enfants. Dans tout ce marasme préoccupant, on n’a rien inventé de mieux que d’être un enfant heureux. Enfin, je crois !     Cette semaine Caroline Ettori reçoit l’ancien recteur de l’académie de Corse Michel Barat, l’éditeur et président de l’association « Sauver la Méditerranée » Laurent Dominati et Patrick Rebillout, chef du centre météorologique d’Ajaccio et référent territorial de Météo-France pour un numéro consacré à l’environnement.

« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ». Spiderman ? Oui mais pas seulement. La morale de l’Homme-Araignée pourrait être aussi celle de la nouvelle promotion d’ambassadrices et ambassadeurs du sport de la Corse. Une équipe sélectionnée par la Collectivité de Corse et ses partenaires, mobilisée autour d’un double objectif : promouvoir la pratique et les valeurs du sport sur l’île et représenter la Corse au plus haut niveau. 

Par Caroline Ettori

Athletic girl finishes a run in the mountains at sunset. Sport tight clothes. Intentional motion blur.

Le 27 janvier dernier, l’Assemblée de Corse adoptait à l’unanimité le rapport relatif à la nomination des 13 ambassadrices et ambassadeurs du sport pour les deux prochaines années. Au-delà de leur mission de représentation de la Collectivité de Corse, ils assureront la promotion de la pratique sportive et incarneront ses valeurs auprès des différents publics, des scolaires aux seniors d’autant plus énergiquement que la crise sanitaire n’aura pas été sans conséquence sur le secteur.

Lauda Guidicelli-Sbraggia, conseillère exécutive en charge des sports, fixe le cap de ce dispositif : « Notre objectif est d’encourager une ré-adhésion au sport et montrer qu’en Corse, on peut réussir en tant que jeune sportif. » Et si la pratique est importante, elle ne fait pas tout. La conseillère exécutive reprend : « De la même manière, il s’agit de promouvoir un parcours de vie avec ses victoires mais aussi ses échecs et la manière dont on les surmonte. L’humilité, l’abnégation, la résilience, la persévérance sont au cœur du programme. Valoriser cette jeunesse-là comme modèle à suivre, transmettre un message d’espoir et de réussite est essentiel. Et grâce à eux, c’est une image positive de la Corse qui est portée au plus haut niveau. »

Élite insulaire 

Et pour cause, cette équipe d’élite a fait l’objet d’une sélection drastique. Christophe Gianni, chef de service « développement de la pratique sportive » au sein de la Collectivité de Corse en précise les étapes. « Un appel à projet a été lancé en fin d’année dernière. Nous avons reçu 36 dossiers et 26 postulants ont été auditionnés. Une présentation de 5 minutes suivie d’un échange avec le jury composé de la conseillère exécutive en charge du sport, du vice-président et du directeur du Centre du Sport et de la Jeunesse Corse, d’un représentant de la Direction des Sports de la Collectivité de Corse et d’un journaliste sportif membre de l’Union nationale des journalistes sportifs ont permis d’arrêter les nominations. » Témoin privilégié de ces rencontres, Christophe Gianni retient la qualité des interventions. « Le choix a été compliqué. Le niveau des candidats, leur préparation et leur volonté de s’engager ont convaincu les membres de jury de passer finalement de 8 à 13 ambassadrices et ambassadeurs. »

Parmi eux, le jeune Antonin Romieu. À 15 ans, l’adolescent est élève en classe de première au lycée Émile-Zola d’Aix-en-Provence. Originaire de Monticello en Balagne, il a quitté la Corse en septembre pour intégrer le Pôle Espoir PACA section squash. « Le sport a toujours fait partie de ma vie. J’ai pratiqué le foot, le hand, la course à pied mais le squash reste ma passion. » Précoce, Antonin fait ses débuts sur les courts à l’âge de 3 ans, encouragé par son père, entraîneur du club de L’Île-Rousse. Très vite, il enchaîne les tournois et compétitions et ses performances retiennent l’attention des coachs de l’équipe de France qui lui offriront une première sélection à 12 ans. Désormais sportif de haut niveau espoir, Antonin a dû s’adapter à sa nouvelle vie : « J’ai eu un peu de mal à la rentrée mais je n’ai jamais oublié pourquoi j’étais là et ce que je devais faire pour progresser. » École le matin, sport l’après-midi, entraînement le soir, un programme millimétré qui apporte une rigueur et un sérieux nécessaires au jeune athlète. « Mon objectif est d’aller le plus loin possible et d’être un jour champion du monde. Ce sera long et pas forcément facile mais je m’entraîne tous les jours avec des joueurs de 18, 19 ans et je ne suis pas loin d’eux. Alors je sais que c’est possible. » En devenant ambassadeur du sport, c’est un peu de son expérience, de sa confiance qu’Antonin va partager avec ses interlocuteurs. « J’échange déjà beaucoup avec les enfants du club où je donne beaucoup d’informations sur le squash. En tant qu’ambassadeur, je souhaite être le meilleur exemple possible et j’imagine les interventions dans les écoles ou auprès de personnes plus âgées comme des moments privilégiés autour du sport et de son développement. » Un discours bien pensé, des ambitions claires, le goût de l’effort, il est certain que ce futur ingénieur en Formule 1, son autre passion, est un atout indéniable pour la Collectivité de Corse. 

Une compétition contre soi-même 

Autre profil mais motivation égale et détermination à toute épreuve : Juliette Lepage. Étudiante en troisième année d’italien et Lettres Modernes à l’université de Corse, Juliette est avant tout une femme de défi. « Je suis triple AAA pour Asthmatique, Aveugle, Asperger et j’aime le sport à ma façon, versatile, volatile. J’ai pratiqué plein d’activités, je ne m’interdis rien : judo, équitation, triathlon, saut en parachute, ski… Le plus important pour moi est de me lancer des défis. » En toute logique donc, Juliette fête ses 18 ans sur les pistes du GR20 pour se dépasser bien sûr mais aussi pour sensibiliser le grand public à l’arthrite juvénile. En 2021, elle fait du désert marocain son terrain de jeu en participant au Rallye Aïcha des Gazelles. Et 2023 la fera pédaler. « Beaucoup ! ». Son rôle d’ambassadrice, Juliette l’envisage comme une opportunité d’apporter une autre vision du sport : il est bien à la portée de tous. « Il n’y a pas de petits exploits, chacun doit être fier de ce qu’il réalise que cela soit aux échecs, au rugby ou en breakdance… Tout le monde doit pouvoir connaître les joies et le plaisir du sport. C’est ce que je souhaite défendre. »

Alors oui, la jeune femme admet que tout n’est pas parfait notamment sur les questions d’accessibilité mais ce n’est pas une raison pour abandonner. « J’ai envie d’aller échanger avec les acteurs du secteur qui pourraient être frileux par rapport à l’handisport pour leur montrer que c’est faisable. De tout façon, la vie est une compétition. Je suis en compétition constante contre moi-même. Alors le fait d’atteindre un objectif, quel qu’il soit, c’est un vrai bonheur. » Même si elle ne conçoit pas les choses de cette manière, Juliette est un véritable exemple à suivre pour les aspirants sportifs et les autres. « Je préfère ne pas y penser. Je n’ai pas envie de donner des leçons. Je veux simplement être moi et laisser un souvenir en tant que Juliette et non comme la “petite aveugle”. Là, j’aurais tout gagné. » En attendant, la jeune aventurière entend bien continuer à suivre ses envies : créer, écrire, composer, traduire, échanger, transmettre et représenter la Corse sur l’île et même un peu plus loin. Sans limite, Juliette, qui a d’ailleurs participé le 20 février dernier à une marche organisée en parallèle du Foyal Urban Trail en Martinique.

Question de volonté 

Pour mener à bien leur mission et en contrepartie de leur engagement, les ambassadrices et ambassadeurs du sport bénéficieront d’une bourse de 4 000 euros annuels pour leur mandat de deux ans avec une évaluation du dispositif au bout d’un an. « Ils sont invités à se dépasser encore plus et pas uniquement sur le terrain de jeu », relève Lauda Guidicelli-Sbraggia. C’est l’occasion pour eux de se confronter à un autre environnement. Nous attendons beaucoup de ces jeunes gens qui doivent refléter les valeurs de la charte du sport : l’entraide, le fairplay, le respect des règles, s’investir dans la lutte contre les discriminations, l’homophobie… Ils peuvent être également force de propositions. Plus qu’un investissement sportif, il s’agit d’un engagement citoyen, politique au sens noble du terme, au service de quelque chose de plus grand. » On vous avait prévenu : le pouvoir et les responsabilités vont de pair. 

Et ne disparaissent pas une fois le mandat achevé. En effet, le dispositif a été présenté et adopté pour la première fois par l’assemblée de Corse en juillet 2019. Une première génération d’ambassadeurs qui a dû assurer durant les deux ans de crise sanitaire. « Malgré un contexte difficile, nous avons organisé plus de 80 interventions dans les écoles, au CSJC, à l’université, auprès d’associations », précise Christophe Gianni qui salue particulièrement le travail des athlètes handisport Thierry Corbalan et Bastien Caraccioli sans oublier le parcours olympique de la karatéka Alexandra Feracci. « Ils ont pris leur fonction très à cœur et resteront ambassadeurs à vie. »

Deux promotions, deux générations et un passage de témoin pour amener le plus grand nombre à la pratique sportive, provoquer un déclic chez les plus jeunes : « Quand les enfants voient arriver les ambassadrices et ambassadeurs à l’école, ils les regardent avec des étoiles plein les yeux. L’idée est de faire de la Corse une terre de sport et que même dans les endroits plus isolés avec peu de moyens et de structures adaptées, on se dit qu’on peut arriver à faire des choses, à performer à l’instar du vice-champion du monde de VTT enduro cap-corsin Ceccè Camoin », commente le chef du développement de la pratique sportive. 

« La Collectivité de Corse a alloué une enveloppe de 8 millions d’euros au sport comprenant investissement et fonctionnement pour accompagner les collectivités, les associations et les sportifs », rappelle Lauda Guidicelli-Sbraggia.  Nous avons conscience que le budget est contraint mais notre politique est volontariste avec une approche basée sur l’intelligence collective qui passe par la sensibilisation des acteurs et la connaissance de leurs besoins, le maillage territorial ainsi que par l’organisation d’événements comme I Scontri di u Sportu. La politique sportive doit être une politique vectrice de lien social, de prévention, d’intégration. Il est de notre responsabilité en tant que femmes et hommes politiques d’être connectés à la réalité et de donner les moyens d’agir à cette jeunesse pour elle et son avenir. » Une ambition qui sonne comme un impératif. 

Les Ambassadrices et Ambassadeurs Sportifs de Corse 2022-2024 Catégorie des 15-18 ans : 

Lisa ARNEAUD (Athlétisme) 
Lisandru BERTINI (VTT Enduro) 
Paul-Antoine LANFRANCHI (Kick Bocking) 
Thomas PINA (Futsal) 
Antonin ROMIEU (Squash) 


Catégorie des 18-30 ans : 
Victoria BINET (Athlétisme) 
Hugo BOIGEOL (MMA et Kick-Boxing) 

Catégorie Handisport : 
Juliette LEPAGE (Défi sportif) 
Kevin ROUSTAND (Sport automobile) 
Mathieu SANTONI (Motocross) 

Catégorie Juge et Arbitre : 

Élodie ARDILOUZE (Rugby) 
Jean-Baptiste DAU (Karaté) 

La décision de Total-France d’une ristourne durant un trimestre de dix centimes d’euros par litre de carburant est en saine logique appréciée par les consommateurs. En contrepoint, elle met à mal les concurrents insulaires, qui n’ayant pas la même surface financières et une logistique similaire, ne peuvent suivre cette guerre des prix. À terme, le risque est patent pour l’organisation de la distribution locale, avec en corollaire la fermeture de nombreuses stations-service dites de proximité.

Par Jean Poletti 

Les automobilistes sont légitimement ravis de cet effet d’aubaine. Jusqu’en mai, ils pourront se ravitailler à moindre frais dans l’un des cinquante points de vente à l’enseigne Total. Revers de la médaille, l’opération du grand trust, qui a engrangé quelque seize milliards de bénéfices, ne grèvera nullement ses comptes. Il en va différemment, ici plus qu’ailleurs, pour les concurrents n’ayant pas la même amplitude logistique et une trésorerie plus modeste. Sans entrer dans l’énumération exhaustive, on peut citer Vito-Corse et Ferrandi-Esso. Ils ne pourront pas suivre cette offre commerciale, qu’ils apparentent à une déclaration hostile teintée de concurrence déloyale. 

À l’évidence cette opération, limitée dans le temps, pourrait bien déréguler le marché insulaire contraint. Et désarçonner ainsi, les distributeurs et détaillants moins nantis. Avec les conséquences sociales et du maillage territorial qui en découleraient. Sans préjuger de la faillite des pompistes indépendants, ou gérants d’enseignes modestes. 

Au-delà du factuel qui tel Janus a deux visages, il convient de noter que l’opération « guerre des prix » qui ne dit pas son nom porte le sceau des dérives d’un libéralisme exacerbé. Il s’engouffre dans les carences de la puissance publique.

La campagne des cent jours

Car sauf à être un béotien perpétuel, rien n’interdit de penser que la philanthropie n’est pas le carburant principal du puissant groupe pétrolier qui a initié une stratégie du coup de pompe. D’aucuns sont fondés à imaginer que sa perspective nourrit aussi l’espoir à terme de fidéliser une nouvelle clientèle, qui durant cent jours aura pris l’habitude de converger vers ses enseignes. 

La pratique n’est pas nouvelle. Elle procède d’une stratégie valable dans ce domaine comme dans bien d’autres. En bannissant tout procès d’intention, rien ne fait obstacle dans certains esprits de penser que derrière l’altruisme sommeille la quête de futurs profits. 

Dans l’intervalle des labels écartés à leur corps défendant se trouvent au pied du mur. Dans l’impossibilité de faire sinon plus, à tout le moins autant, sans risquer de fragiliser leurs trésoreries. Ils seront les témoins impuissants de l’exode des usagers traditionnels vers d’autres offres plus alléchantes du ravitaillement en or noir. 

Cela peut engendrer de fâcheuses conséquences. Notamment des détaillants, propriétaires ou gérants contraints de mettre la clé sous la porte, laissant sur le carreau nombre de salariés. Combien en effet auront les possibilités financières et budgétaires de tenir un trimestre avec des ventes en deuil du gas-oil ou de l’essence ? D’autant que ces produits, sans être d’appel, permettent en corollaire du plein d’un réservoir d’acheter divers articles qui trônent désormais sur les présentoirs de toutes les stations. Rurales ou citadines. Un manque à gagner d’envergure. Une double peine pour ceux dont la marge bénéficiaire des carburants n’excède fréquemment pas en net deux ou trois centimes du litre. 

Le sommeil de l’État

Voilà qui nous conduit inévitablement au nœud gordien de la problématique. Sur un plan général, il conviendrait une fois pour toutes de tordre la fausse vérité d’un prix du baril onéreux. Dans notre pays les taxes représentent, au bas mot, la moitié du prix que doit acquitter l’automobiliste. Dans ce droit fil par quelle curieuse alchimie dans l’île faut-il débourser davantage que sur le continent malgré une fiscalité avantageuse ? 

Un groupe spécialement constitué analyse et cogite sur ce mystère. Gageons qu’il fera mentir Clemenceau qui disait fréquemment que pour enterrer un problème il fallait créer une commission !

Mais a-t-on besoin de tout ce docte aréopage ? Par quel obscur cheminement intellectuel, ce qui est en vigueur en Outre-mer ne peut l’être chez nous ? Là-bas, les prix sont bloqués dans le cadre du décret Lurel, du nom de ce parlementaire de Guadeloupe. Mais dans une sorte de distorsion politique, ce qui est évidence dans certains territoires devient utopie dans d’autres. 

L’inertie de la puissance étatique, sa lecture divergente au gré des situations laisse le marché agir à sa guise. L’exemple des carburants est un authentique cas d’école. Sans jeter la pierre à la firme Total, il serait sain de s’interroger, sans fards ni atermoiements, sur la chronique des déboires annoncés pour ceux qui tout au long de la filière subiront de plein fouet un dispositif passager. 

Le coup de grâce 

D’un mal peut émerger un bien. Le temps n’est-il pas venu pour que Bercy et autres ministères concernés prennent les mesures qui s’imposent afin la Corse ne soit plus un dindon d’une farce qui n’a que trop duré. Prêtant le flanc à des initiatives éphémères, adoubées par les automobilistes, mais qui ne sont que vains palliatifs et cautères sur jambe de bois. Sans extrapoler outre mesure les fâcheuses conséquences économiques et sociales et la plausible disparition des stations de proximité, qui tentent de survivre contre vents et marées. Mais pourraient cette fois elles aussi connaître le coup de grâce. 

Stella, héroïne éco-responsable

La création littéraire et l’imagination participent à l’éducation à l’environnement. C’est la conviction de Jean-Louis Pieraggi, agent au sein de l’Office de l’environnement de la Corse et désormais aussi conteur. Pour le plaisir des jeunes et des moins jeunes aussi.

Par Véronique Emmanuelli 

Jean-Louis Pieraggi, agent au sein de l’Office de l’environnement de la Corse passe une part de son temps à sensibiliser les plus jeunes, à la beauté et à la préservation de la faune, de la flore, et aux défis d’un monde que les générations précédentes n’imaginaient pas ; le réchauffement climatique, les épisodes météo extrêmes, l’épuisement des ressources naturelles. Parce que la sauvegarde de l’environnement est aussi une question d’éducation. On détruit, on pollue, le plus souvent par ignorance. 

De toute évidence, les enfants représentent, en plus, un excellent public. Ils montrent l’exemple, portent le débat à la maison, en attendant d’être des adultes demain. Pour éveiller les curiosités, susciter des engagements, l’agent de l’ONF a établi un nouveau plan d’action en s’orientant vers la création littéraire et en se mettant dans la peau du conteur.

C’est ainsi que l’éducation à l’environnement est devenue Les enfants de Pandora, L’étoile et la mer, publié aux éditions Albiana. Cette fois Jean-Louis Pieraggi privilégie la fantaisie, sollicite les imaginaires tout en campant dans un décor qui ressemble à bien des égards au nôtre. Car d’entrée, l’intrigue embrasse une multitude de thématiques ; les embardées climatiques, les lanceurs d’alerte, les incendies géants, la destruction massive des espèces, les dérèglements sanitaires avec, en toile de fond, l’émergence d’épidémies nouvelles, ou encore l’aveuglement des hommes. 

Nocturne en mer

Dans ce paysage où les embûches se succèdent, l’auteur a inséré Stella, la jeune étudiante en « sciences de la nature » à l’université de Corse, mélange de puissance et de fragilité, d’évanescence et de présence. Son énergie, son enthousiasme, sont palpables à chaque instant, au point de transformer chaque journée en une fresque virevoltante. Mais le dynamisme dont elle a le secret, son intuition aiguë agissent de drôle de façon dès que l’obscurité l’emporte. « Elle fait des rêves très étranges la nuit qui la conduisent à vivre des aventures exceptionnelles », confie l’auteur. 

À son programme nocturne, figure une escapade en mer assortie d’une rencontre pour le moins surprenante avec un petit groupe de dauphins, un face-à-face avec une meute de chiens et une horde de loups au fin fond de la montagne. Les nuits de Stella mènent encore à de gigantesques oiseaux, à des hommes qui portent des enfants dans les bras ou à un berger qui presse un peu trop le pas à travers la forêt. Les équilibres qui vacillent génèrent de l’angoisse, de l’excitation mais aussi une envie de comprendre un peu mieux ce que l’on croit voir.

Berger solitaire 

Stella, toute en tensions, sent des instants propices, inéluctables encore, afin de saisir des enjeux planétaires. Au fil des pages, certains sentiments mystérieux, tenaces sont distillés par Mattea, la tante, « veuve depuis de longues années » et qui « gardait dans son regard un léger voile de tristesse qui n’arrivait pas, toutefois, à ternir sa gaîté naturelle ».

Elle tient l’auberge familiale au bord de la rivière dans la vallée de la Restonica. Elle a la particularité de « communiquer avec les arbres et les animaux ». Sur la trajectoire de l’étudiante se greffe encore le visage de Baptiste, le berger, dont la vie est réglée par la montagne, la solitude ou encore une belle flambée dans la cheminée de sa maisonnette, au milieu de nulle part. Sa conception du cours des choses. Il en est sûr, « il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ». Il a sans doute aussi quelques messages à délivrer. Son histoire personnelle suffirait d’ailleurs, à elle seule, à nourrir bien des fantasmes. 

Enjeux de notre temps 

Au fil des pages, l’étudiante chemine toujours aux côtés du professeur San Marco. De Corte, à la Restonica, en passant par Ninu, les Pozzine, et jusqu’au rivage. L’enseignant est âgé. Il est connu pour être passionné par son sujet ; « les symbioses », autrement dit, « cette incroyable association entre deux espèces différentes très répandue chez les animaux comme chez les végétaux ». 

À certains moments, le savant dira son regret d’avoir entraîné l’étudiante « dans une drôle d’aventure ». Mais les peurs, le découragement et les épreuves n’ont qu’un temps. En l’occurrence ce sont les animaux, et en particulier deux cachalots, qui rendent accessible de nouveaux horizons.

Un récit qui flirte avec le fantastique tout en intégrant des éléments scientifiques précis et des enjeux de notre époque. À lire sans modération. 

Les enfants de Pandora, L’étoile à la mer, Jean-Louis Pieraggi, aux Éditions Albiana

 

AVIA U PRUGETTU DI PARTE IN SVIZZERA DA TRAVAGLIÀ PER UN GRANDE GRUPPU ORILLOGIAIU, MA A PANDEMIA DI COVID-19 HÀ CAMBIATU UN POCU STA VIA. TANDU, À 25 ANNI, JEAN-DOMINIQUE LE MEUR HÀ DECISU DI FRANCÀ U PASSU : METTE IN BALLU A SO PROPRIA ATTIVITÀ IND’U SO PAESE D’A SULINZARA, « A SO PICCULA IMPRESA », CUM’ELLU A DICE ELLU. HÀ VULSUTU FÀ E COSE BÈ, RIPIGLIENDU ANCU STUDII DI GESTIONE D’IMPRESA À L’IAE, IN CORTI, ALLORA CH’ELLU VENIA D’ACQUISTÀ U SO DIPLOMA IN ORILLUGERIA. SENZA PRUVÀ ÙN SI PÒ RIESCE, QUESSA L’HÀ CAPITA STU GIUVANOTTU AGGALABATU È PASSIUNATU ASSAI DA U SO MISTIERU. DI A SO CAMERA ZITELLINA NE HÀ FATTU U SO ATTELLU INDUV’ELLE SÒ NATE E SO PRIME CREAZIONI. SEMPRE À L’ORA, HÀ RISPOSTU À E NOSTRE DUMANDE, À U FILU D’UN BELLU SCONTRU…

Prupositi racolti da Petru Altiani

Jean-Dominique Le Meur, qu’est-ce qui vous a incité à vous former à l’horlogerie ? 

J’avais 11 ou 12 ans quand je suis tombé amoureux de l’horlogerie. Je ne comprenais pas pourquoi certaines montres étaient des objets de valeur sans être en métaux précieux, et j’ai appris que ces dernières n’avaient pas besoin de piles pour fonctionner. Ça m’a interpellé et j’ai fait mes petites recherches, j’ai alors découvert ce qu’était un mouvement (mécanisme, ndlr) de montre, c’est là que j’ai mis le doigt dans l’engrenage.

Mon parcours de formation est assez atypique : j’étais à l’internat pour un Bac STI Électronique au lycée Paul-Vincensini à Montesoru, et puis j’ai découvert un cursus de Bachelor en Ingénierie Micromécanique Horlogère à la Haute-École Arc de Neuchâtel. J’ai passé le concours d’entrée et j’étais retenu sous réserve d’obtention de mon baccalauréat. 

À 17 ans, je suis donc parti en Suisse pour cette formation et me suis rendu compte que j’allais finir derrière un ordinateur avec assez peu de pratique à la clé. Je me suis alors réorienté vers un cursus de Bachelor en Conservation des biens du patrimoine, avec une spécialisation pour les objets techniques, scientifiques et horloger, et enfin un Master en Conservation-Restauration des Biens du Patrimoine Horloger toujours à la Haute-École Arc de Neuchâtel, en Suisse ; cette formation comporte une plus grande partie pratique qui a mieux satisfait mon besoin de « mettre les mains dedans ».

En rentrant de Suisse, j’ai fait une formation professionnalisante en Horlogerie au centre P2R Formations à Besançon, pour vraiment compléter mon profil et repartir travailler en Suisse.

À 25 ans, comment avez-vous eu le déclic pour créer votre propre activité ?

Finalement, c’est le Covid-19 qui a tout bousculé, puisque je n’ai pas pu repartir en Suisse à cause de cela. Comme tout le monde, je pensais que ça serait l’histoire de trois mois et me suis dit que j’avais alors le temps pour travailler sur un projet qui me tenait à cœur.

Au début, j’ai simplement dessiné les cadrans, la montre, etc. 

J’ai trouvé les dessins tellement beaux que je me suis dit qu’il fallait que je tente d’en obtenir un produit fini.

J’ai alors commencé à réaliser les dessins techniques, à rechercher les industriels pour me fournir les pièces détachées et produire le cadran selon mes plans et codes Pantone. Finalement, mon projet m’a pris plus de temps que prévu et au bout de six mois environ, j’assemblais la première montre Chronograph Regatta.

Vers novembre, j’ai eu la chance d’être assez médiatisé sur mon projet et tous les chronographes de Régate ont trouvé preneur. J’ai fait le choix de ne pas me rémunérer et d’investir l’intégralité de ce que j’avais pu gagner dans de l’équipement afin de pouvoir lancer ma propre marque de montres : les montres LE MEUR.

En quoi était-ce important pour vous de vous installer dans votre village de Sari Solenzara ?

Au-delà de l’attachement viscéral que je peux avoir pour mon village, il faut savoir que le choix ne m’était pas laissé dans la mesure où, mon activité ne me permettant pas dans l’immédiat d’avoir mon propre local, j’ai simplement fermé et aménagé la terrasse de ma chambre d’enfant en un atelier de création horlogère.

Mais je trouverais magnifique de pouvoir vivre de ma passion ici, et de ne plus avoir besoin de choisir entre ma passion qui m’avait amené à partir en Suisse et ma famille et amis ici en Corse.

Quels types de montres fabriquez-vous ?

La première collection était composée de chronographes de Régate en édition limitée. Aujourd’hui, j’ai déposé la marque Le Meur et j’espère lancer chaque année un nouveau modèle pour enrichir ma gamme.

Chacune des montres Le Meur a été dessinée par mes soins, des premiers prototypes imprimés en 3D jusqu’au dessin technique final de pré-production. J’assure également la réalisation des cadrans ici à Solenzara et les mouvements (mécanismes horlogers, ndlr) sont, pour leur part, suisses.

Chaque montre est assemblée, réglée et testée par mes soins, et chacune est numérotée et garantie 2 ans.

Quel est votre produit phare et ses spécificités ? 

Le produit phare des montres Le Meur cette année, c’est le modèle A PrimaCette première née des montres Le Meur est un modèle élégant et polyvalent, proposé en 4 coloris et animé par un mouvement suisse. Le cadran réalisé par mes soins est abrité dans un boîtier en acier inoxydable étanche à 100 mètres et protégé par un verre saphir très résistant aux rayures. 

L’idée est de proposer une montre originale et durable, le tout à partir de 1 495€. D’ailleurs, j’offre également la possibilité de personnaliser les montres, aussi bien au niveau de la couleur et des inscriptions du cadran, qu’au niveau du dos de la montre grâce à une gravure laser de haute précision. Ainsi, pour moins de 2 000€ on peut obtenir une montre unique et porteuse de sens, que ce soit pour satisfaire ses goûts ou pour marquer une grande occasion.

Il y a également une version ultra premium de ce modèle A Prima…

Combien mettez-vous de temps pour fabriquer un exemplaire de ce produit phare ?

D’abord, il y a des mois de travail acharné en pré-production, c’est-à-dire toute la partie conception, dessin technique, design, recherche de méthodes de réalisation, perfectionnement des techniques afin d’obtenir le résultat recherché. À dire vrai, je suis dessus jour et nuit depuis décembre.

Ensuite, la partie réalisation du cadran, de la gravure, assemblage, réglage, tests, prend une quinzaine de jours entre la première étape et l’obtention d’un produit fini. J’ai estimé ma capacité de production annuelle à environ 60 montres, jusqu’à 80 si je fais de gros sacrifices au niveau de ma vie privée. Mais lancer une activité n’est jamais une chose facile.

Avez-vous à faire à des amateurs, une clientèle locale ou plutôt extérieure à l’île ?

J’ai eu la chance d’être accueilli par le public avec énormément de bienveillance. J’ai reçu beaucoup d’encouragements et de félicitations. Une chose unique était également le fait que j’ai pu rencontrer presque tous mes clients en personne et que cela a été l’occasion pour moi d’échanger avec eux et ainsi d’en apprendre beaucoup sur leurs attentes. Parmi les acheteurs des chronographes de Régate, il y a eu des collectionneurs très avertis, qui possèdent des collections prestigieuses, des personnes qui veulent encourager le « Fattu In Corsica », des parents qui veulent offrir la première « vraie montre » pour les 18 ans ou le Noël de leurs enfants, des gens pour qui cette montre est devenue leur « belle montre », celle que l’on met pour aller au restaurant…

La majorité des montres se trouve sur l’île de Beauté, mais pour une petite vingtaine, elles sont parties aux États-Unis, en Espagne, en Suisse, en France… Ça me fait drôle quand j’y pense. En tout cas, j’ai vraiment été très touché par les nombreux encouragements que j’ai pu recevoir.

Avec quels outils exercez-vous ?

Les outils de l’horloger bien entendu : brucelles, tournevis de précision, soufflette, le fameux Rodico pour ceux qui connaissent, et puis toute la panoplie habituelle qu’il serait trop long de citer ici ; potences à chasser, à river, à sertir, à poser les aiguilles, etc. Et pour la phase de test, il y a le chrono-comparateur, c’est-à-dire l’électrocardiogramme de la montre, et les machines de test d’étanchéité.

L’horlogerie est une discipline formidable dans laquelle quasiment chaque opération nécessite un outil dédié.

Cependant, le fait que je sois la personne qui dessine, réalise et assemble les montres m’amène à utiliser des outils de précision qui ne se retrouvent normalement pas dans un établi d’horloger, par exemple une imprimante 3D résine pour l’impression des prototypes, une graveuse laser de précision pour réaliser les gravures et les plaques de tampographie, une machine de tampographie pour peindre avec précision les cadrans, un aérographe professionnel également pour les cadrans, ou encore une micro-sableuse de précision que j’utilise pour des recherches de textures…

Quelles sont les marques que vous admirez le plus ? 

Je suis bien entendu admiratif des grandes maisons horlogères réputées comme Patek Philippe, Blancpain, Rolex, Oméga… Mais je dois avouer que les maisons horlogères qui m’émerveillent le plus sont un peu plus confidentielles, A. Lange & Söhne, H. Moser & Cie, mais aussi des horlogers incroyables comme Pascal Coyon, Romain Gauthier, Vianney Halter, et également Kari Voutilainen. Leurs pièces sont simplement magnifiques ! On est vraiment dans ce que je considère comme la perfection en termes d’exécution.

Quel est votre regard sur votre secteur d’activité dans l’île et à l’extérieur ?

Aujourd’hui, nous avons une grande communauté de passionnés d’horlogerie en Corse ; la montre est un peu le seul bijou de l’homme de nos jours, et je pense qu’un horloger créateur comme moi peut trouver sa place ici.

Après tout, j’entends souvent une certaine lassitude de la part des amateurs d’horlogerie concernant des montres haut de gamme qui finalement deviennent trop communes car ils en croisent 10 par jour. Les montres Le Meur seraient l’occasion pour eux d’avoir un produit plus exclusif, voire même une pièce unique et personnalisée.

Quels sont vos projets ?

Mes projets finalement sont assez simples : je souhaite que cette première montre LE MEUR, le modèle A Prima, soit disponible au cours de l’été. Si ce modèle est un succès, je souhaiterais quitter ma chambre d’enfant, m’installer dans un local dédié et commencer à vivre de cette activité. Et bien sûr j’aimerais enrichir ma gamme chaque année avec un nouveau modèle pour ainsi proposer toujours plus de choix.

À terme, j’aimerais pouvoir créer de l’emploi avec un horloger à mes côtés ainsi qu’un chargé de communication/marketing. Cela me permettrait de mieux me concentrer sur la partie création horlogère, conception et réalisation des montres et pourquoi pas accueillir des jeunes insulaires passionnés pour des stages, voire même essayer d’être accrédité pour pouvoir accueillir des apprentissages.

Ainsi, les passionnés d’horlogerie pourraient découvrir cet univers sans pour autant avoir à partir à 800 km de chez eux, avec tout le pendant émotionnel, logistique et financier que cela implique.

Per sapè ne di più : www.montreslemeur.com 

Quatre ans seulement après avoir été rétrogradé en N3, le SCB retrouvera la ligue 2 dans quelques semaines. Un retour gagnant et un titre de champion de National largement mérités, résultat d’une mobilisation sans failles et d’un remaniement en profondeur du fonctionnement du club. Le match ne fait que commencer. 

Il y a d’abord la joie, que l’on imagine immense mais que le président du SCB Claude Ferrandi veut contenue. « Bien sûr que nous sommes heureux de ces résultats. C’est la satisfaction du travail accompli, de l’engagement de toute une équipe récompensée même si on sait que ce n’est pas une finalité en soi. Le chemin est encore long. » Réaliste, pragmatique, sans surprise, l’entrepreneur se dit fier aujourd’hui d’avoir initié une construction. De nouvelles bases pour un club qui n’a eu de cesse de jouer avec les nerfs de ses supporters, et pas seulement sur le terrain sportif. 

« L’arrivée dans le monde professionnel va être compliqué. Tout ce qu’on a vécu jusqu’à présent a été très compliqué. Donc nous nous préparons comme si le plus dur restait à faire. » Pourtant, le club a entamé sa mue y compris et peut-être même surtout concernant l’assainissement de son fonctionnement et de ses finances. L’idée fixe est de ne surtout pas reproduire les errements du passé. « L’important aujourd’hui est d’apporter une stabilité au club. Et d’apprendre de nos erreurs. En ce sens, nous souhaitons une étroite collaboration avec l’ensemble des composantes du club avec au-delà du consensus, une gouvernance plus réfléchie et partagée. » Une gestion vertueuse qui passe en partie par la création d’une société commerciale avec pour objet l’intérêt collectif (SCIC) dans laquelle 1 personne égale 1 voix en assemblée générale. Au sein de la SCIC, 5 collèges réunissent les différents « membres » du club : fondateurs, acteurs économiques, supporters, salariés et anciens licenciés et collectivités avec un droit de vote et un capital bien distincts. En clair, les droits de vote sont fixes quel que soit l’apport au capital. « Le principe directeur est de redonner confiance à nos partenaires ainsi qu’aux supporters avec une structure qui se veut la plus transparente possible. Nous souhaitons partager la destinée du club avec le plus grand nombre sur un modèle participatif s’agissant des points stratégiques : les finances, la commercialisation, l’exploitation du stade ou encore les aménagements. Le sportif relevant de la seule responsabilité de la direction générale. » Une organisation inédite dans le monde du foot professionnel qui n’est pas sans rappeler le club espagnol du FC Barcelone et de ses très actifs socios. 

Club et associés 

Justement, Anthony Luciani, ancien président des socios, membre fondateur de Testa Mora 92 et initiateur de la webtv Minenfootu revient sur cette évolution. « Sous ma mandature, les supporters ont récolté plus de 230 000 euros pour le club et depuis, l’enveloppe a encore grossi. Nous avons intégré la SCIC et c’est un véritable changement dans la façon même d’appréhender les choses. Un exemple, nous sommes bien plus sereins face à la DNCG, le gendarme financier du foot. Avant, l’angoisse grandissait quand juin arrivait ! » Si la passion est présente depuis toujours, cette parenthèse des quatre ans aura été très particulière pour Anthony. « Retrouver le monde professionnel a été l’essence de notre combat. Certaines grosses villes comme Rouen, Toulon ou Cannes n’ont jamais retrouvé l’élite. Pourtant, je garde des souvenirs magnifiques comme lorsque le Sporting a joué avec le maillot socio pour un match retransmis à la télé. C’était il y a trois ans. J’y ai donné le coup d’envoi devant plus de 10 000 personnes. C’est peut-être l’un des plus beaux jours de ma vie. Il faut dire que l’engouement n’a jamais faibli. En amateur, on jouait devant 5 000 personnes. L’équipe se transcende forcément. Sur le continent, j’ai vu des rencontres réunissant une trentaine de spectateurs… Et puis, il faut aussi rendre hommage aux dirigeants qui ont rendu tout cela possible ; qui ont permis à la SCIC de se créer et de la faire vivre. »

« Nous avons conscience qu’un club n’est pas une entreprise comme les autres. C’est un bien public qui implique de grandes responsabilités. » Une charge qu’endosse également une vingtaine de communes réparties sur l’ensemble du territoire. Chacune ayant souscrit au capital du club de 2 500 à 150 000 euros pour la seule ville de Bastia. « L’engagement ne se résume pas au simple investissement financier. Un programme pédagogique est élaboré avec ces villes notamment à destination des enfants qui peuvent le temps d’un match accompagner les joueurs sur le terrain en tant qu’Escort Kids ou assister à des interventions des membres du Sporting qui déclinent et expliquent les différentes métiers du football », détaille Claude Ferrandi. 

Acteur du changement 

Plus qu’un club de football, le SCB s’impose désormais comme un acteur économique et social de premier plan avec l’ambition de diversifier ses activités. « Nous avons mis en place des activités connexes et quasi-indépendantes du sport. On souhaite que les finances du club puissent être équilibrées sans le poids et l’incertitude des résultats sportifs. Une rétrogradation ou des droits télé au montant encore incertain ne doivent pas impacter le projet qui n’est pas que sportif. C’est un projet de vie. L’histoire du club est faite de difficultés, cycliques, et de moyens limités, c’est pourquoi nous devons enrayer ces montagnes russes et proposer d’autres axes de développement. »

Ces nouvelles pistes passeront par une agence de communication 360, l’organisation de séminaires, en partenariat avec Corse Incentive, le traditionnel merchandising, des relations renforcées avec l’Université de Corse mais aussi avec les anciens joueurs, le projet d’un musée virtuel et le numérique avec une section e-sport. Un secteur en pleine expansion qui séduit au-delà de la planète foot. « Nous voulons engager des équipes de haut niveau estampillées SCB sur différents jeux comme Fortnite ou Fifa pour les puristes… À titre de comparaison, l’industrie du cinéma représente plus de 90 milliards d’euros de recettes mondiales, l’e-sport a déjà atteint les 150 milliards. C’est pour nous une manière d’attirer d’autres sponsors, d’autres profils, d’autres soutiens pour que le club rayonne. »

Et muscle son budget qui oscillerait entre 7,5 et 8 millions d’euros pour cette saison. Sans surprise, le président qui « découvrira » le monde du football professionnel insiste sur l’objectif principal : la stabilité avec une équipe administrative renforcée qui compte désormais une quinzaine de personnes et un effectif de 18 joueurs avec de nouvelles recrues dont le gardien Johny Placide, le défenseur Kylian Kaïboué ou encore l’international gabonais Lloyd Palun. 

Un nouvel élan pour ce club mythique qui ne laisse personne indifférent dans l’île. Et ailleurs. Anthony Luciani, redevenu simple mais toujours aussi fidèle supporter, a peut-être le début d’une explication à cette fièvre bleue. « Le Sporting est une icône de la Corse. Nous venons de célébrer les 40 ans de la Coupe de France avec une incroyable ferveur. Le SCB, c’est la Corse qui gagne, qui nous rend fier. Il y a des choses qu’on ne peut pas réaliser en politique ou en matière économique mais en sport et en l’occurrence en foot, tout est possible. On peut sur un match rivaliser avec les plus grands. On a déjà battu Paris. » L’enthousiasme n’est jamais loin et n’empêche pas le réalisme pour le prochain championnat, rejoignant ainsi le président Claude Ferrandi. « Le club est encore convalescent. L’essentiel est de pérenniser les acquis avant de penser aller plus haut. » Mais rien n’empêche de rêver, non ? 

INFOS + : 

La campagne d’abonnement a débuté le 15 juin dernier. Le club espère fidéliser entre 7 000 et 7 500 personnes sur les 16 000 places que compte le stade Armand-Cesari.