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Le sexe et la sexualité, deux notions très différentes, seraient partout. Dans nos esprits autant que dans nos vies qu’elles soient physiques ou virtuelles. « Tout » nous ramènerait à « ça ». Pour autant, doit-on considérer que la parole est libre ou même libérée dans l’espace public ? Qu’elle participe à créer une société plus tolérante ? Pas sûr. Ces derniers mois, la Corse a su prêter l’oreille à de nouvelles voix. Des voix de femmes qui parlent et font parler de sexualité autrement.

Par Caroline Ettori

Ce sont de nouvelles plateformes, de nouveaux espaces d’expression qui font désormais le lien entre les jeunes et les acteurs publics de la santé sexuelle.

Audrey Royer est l’une des fondatrices de l’association Podcastu Sexistu créée en 2021. En une année, la jeune femme a co-développé deux plateformes consacrées aux questions de genre et à la sexualité, Podcastu Sexistu et Sx by Step. Aujourd’hui, elle est accompagnée au quotidien par deux alternants et peut s’appuyer sur un réseau de partenaires, privés et institutionnels.

« Podcastu Sexistu est le premier podcast insulaire qui traite des questions de genre. Avec une approche pluridisciplinaire, chaque épisode va tenter de repérer, comprendre et déconstruire les stéréotypes qui entourent ces questions. Au fil des saisons, différent.es intervenant.es viendront apporter leur expertise sur les problématiques abordées et présenter leur point de vue. Cest un appel à la réflexion, une sensibilisation autour de sujets divers et transversaux. » Les deux premières saisons comptent déjà plus d’une vingtaine d’épisodes qui traite autant de la santé mentale que de l’influence qu’exerce la société sur le corps en passant par les liens entre couple, genre et sexualité.

« Ça a beaucoup parlé et bougé dès le début. Très vite, j’ai été en contact avec Vanina Saget, la directrice régionale aux droits des femmes et à l’égalité. Nous avons eu envie de collaborer avec La Maison des Adolescents Sud Corse et sa responsable, la psychologue Sophie Ettori ainsi qu’avec Marie-Ange Filippi la créatrice du programme Au Fond des Choses, pour proposer un nouveau média à destination des jeunes, fait par des jeunes. » Le projet voit le jour sur Instagram en décembre dernier. Sx by Step est un programme court réalisé sous la forme d’un micro-trottoir qui reprend les questions abordées lors des Love Talk organisés par Sophie Ettori à la Maison des Adolescents. Une parole pertinente et libre autour des premières expériences intimes et amoureuses. « Ces jeunes sont âgés de 11 à 18 ans et ne sont pas si timides que ça. L’effet de groupe peut être déstabilisant mais aussi moteur. Ils se questionnent les uns les autres, la discussion se crée. C’est plutôt lorsqu’on les approche seuls qu’ils refusent de s’exprimer. D’une manière générale, nous avons été surprises par leur connaissance, leur bienveillance et leur inclusion. Ces notions sont rarement abordées même chez les adultes. » Une relation de confiance entre l’intervieweuse et ses sujets qui permet aussi de faire tomber quelques idées reçues. Oui, le sexe est partout et surtout sur les écrans mais non, tous les jeunes ne sont pas scotchés devant YouPorn et autres sites spécialisés, certains même font la différence entre ce qu’ils regardent et la réalité des rapports intimes. Consentement inclus. Toutefois, tout n’est pas gagné. Loin de là. « A contrario, les idées fausses sont bien ancrées. Il est difficile voire impossible de les faire changer d’avis. Dans ce cas, seul un ami ou des personnes de leur âge peuvent les convaincre. Les médias traditionnels et les institutions ont moins d’influence. »

Déborah Moracchini, chargée de mission santé sexuelle à l’ARS, précise quelques données objectives et chiffrées de la situation en Corse ainsi que sur le territoire national. « La santé sexuelle est un enjeu de santé publique. La Corse présente le taux d’IVG le plus élevé de France pour les mineures âgées de 15 à 17 ans avec 9,5 cas sur 1 000 contre 5,4 sur 1 000 en moyenne nationale. En 2020 en France, sur 1 000 femmes en âge de procréer, 15 ont eu recours à l’IVG. Un taux élevé par rapport aux pays voisins tels que les Pays-Bas, l’Allemagne ou encore la Belgique qui présentent une moyenne de moins de 10 cas sur 1 000. »

Une différence qui s’explique en partie par, dans la pratique, un accès facilité à la contraception durgence ainsi qu’une politique de prévention et de sensibilisation active des plus jeunes à travers des cours d’éducation sexuelle systématiques à l’école. « Une approche décomplexée », précise Déborah Moracchini. Ce qui ne semble pas être le cas en France alors que cet enseignement a été rendu obligatoire par la loi de 2001.

D’après une enquête réalisée par le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) en 2016, 25% des écoles élémentaires, 11% des lycées et 4% des collèges déclarent n’avoir mis en place aucune action ou séance d’éducation sexuelle. L’étude rapporte également que 84% des filles de 13 ans ne savent pas comment représenter leur sexe alors que 53% d’entre elles savent représenter le sexe masculin.

Paule Maerten, animatrice territoriale au sein de l’Enipse en Corse et du Corevih Paca Ouest Corse, revient sur cette problématique. « Nous avons effectivement quelques difficultés à entrer dans les classes. C’est bloquant pour la jeunesse d’autant plus que nous sommes devant deux réalités qui s’opposent. On ne va pas pouvoir parler aux enfants dans des termes choisis en fonction de leur âge et de leur maturité alors que la génération de leurs parents est inscrite sur des sites et applications équivoques. Il y a quand même des questions à se poser. Plus les jeunes sont avertis, plus ils se protègeront par la suite. Et je rappelle que la santé sexuelle touche aussi à la santé mentale.

La suite de cet article est à retrouver dans Paroles de Corse #112 du mois de juillet en vente ici

 
Il y a plus de deux siècles naissait à Ajaccio celui qui allait changer le destin de l’Europe. Génie militaire, et formidable stratège, Napoléon Bonaparte fut aussi un brillant homme d’État qui a incontestablement façonné la France d’aujourd’hui. Du Code civil au baccalauréat en passant par les préfectures et la Banque de France, l’héritage napoléonien est immense et reste extraordinairement présent. Sa contribution politique a fait école aux quatre coins du monde et a traversé les siècles pour s’ancrer durablement dans le fonctionnement de nos sociétés contemporaines.   Dans son dernier ouvrage, Le rayonnement des institutions napoléoniennes à travers le monde, Daniel Polverelli se propose ainsi de visiter les organisations institutionnelles et juridiques de diverses contrées des cinq continents, pour y recenser la présence de concepts napoléoniens structurants. De nombreux pays soumis à des bouleversements géopolitiques aux xixe et xxe siècles les ont en effet adoptés et érigés en système stabilisateur et fédérateur. D’autres s’en sont incontestablement inspirés de manière plus anecdotique. L’auteur, docteur en droit, chargé d’enseignement à l’Université de Corse, et membre associé de l’équipe méditerranéenne de recherche juridique, dresse ainsi un constat sans appel. À l’image des grands génies de l’humanité, Napoléon Bonaparte a légué au monde une œuvre inédite au caractère universel et intemporel. Vectrices d’acculturation, parfois profondément civilisatrices, les institutions napoléoniennes ont ainsi puissamment servi le rayonnement de la France dans le monde. Et elles en demeurent aujourd’hui l’un des plus prestigieux ambassadeurs.     Si vous deviez décrire votre dernier ouvrage en deux phrases ? L’œuvre institutionnelle de Napoléon Bonaparte est colossale. Elle se caractérise aussi bien par son exceptionnelle pérennité que par le rayonnement planétaire des concepts qui la compose. Le concept hérité de Napoléon que vous admirez le plus ?  La pluridisciplinarité. Votre héros/héroïne de fiction ou dans la vie réelle préféré(e) ? Le Petit Prince. Les lectures qui vous permettent de vous évader ? Les romans d’anticipation se référant à l’iconographie animalière de Bernard Werber (la trilogie des chats, les fourmis…). Sur un registre plus classique les ouvrages de Romain Gary. Le livre que vous auriez aimé signer ? Un ouvrage de Saint-Exupéry Terre des hommes ou de Montesquieu De l’esprit des lois. Les thèmes qui vous inspirent/Vos sujets de prédilection ? Sur le plan sociétal, je suis très attentif aux enjeux environnementaux ainsi qu’aux contextes géopolitiques qui menacent la survie même de l’humanité. Sur le plan culturel, je suis un grand passionné de cinéma et de sport. Le casting d’un dîner idéal chez vous ? Réel ou imaginaire. En abolissant les barrières linguistiques, je confronterais volontiers, lors d’un dîner, deux monuments sacrés du cinéma à Jean Tulard, maître incontesté de l’historiographie napoléonienne mais également éminent spécialiste du septième art : le réalisateur Ridley Scott, et son incarnation à l’écran de l’Empereur des Français, Joaquin Phoenix. Votre meilleur souvenir de lecture ? C’est probablement les livres de vacances de mon enfance qui ont suscité mon intérêt futur pour la lecture : je retiens notamment L’Île au trésor de Stevenson et l’œuvre de Jules Verne. Un lieu qui vous ressemble ? Qui me ressemble… je ne sais pas, mais que je contemplerais sans modération : la plage d’argent sur la rive sud du golfe d’Ajaccio. Votre madeleine de Proust ? Je garde en ma mémoire le souvenir nostalgique de la « torta » à la farine de châtaigne de ma grand-mère.   Daniel Polverelli, Le rayonnement des institutions napoléoniennes à travers le monde, éditions L’Harmattan, collection Droit comparé.    

Voilà un an, la maison d’édition Òmara voyait le jour in Purtivechju. Elle se complétait par la revue Litteratura. Deux initiatives voulues et réalisées par Marcu Biancarelli associé à Jérôme Luciani. Elles enrichissent singulièrement le domaine culturel insulaire. D’autant qu’elles contribuent à défricher les chemins d’une littérature corse.

Par Vannina Angelini-Buresi

C’est en sa qualité d’auteur et son expérience professionnelle que Marcu Biancarelli, publié par de nombreux éditeurs en Corse mais également par une grande maison d’édition sur le continent, a eu besoin de créer sa propre maison d’édition.

Il sait que ce n’est pas toujours facile d’exister en tant qu’auteur à l’échelle insulaire. Ce constat et son parcours personnel lui ont permis de lancer cette nouvelle activité. « Ce que je voulais c’est une maison d’édition qui ait ma griffe qui me corresponde, jai besoin d’être autonome. » Avec Òmara, il a voulu apporter un certain savoir-faire surtout au niveau du travail éditorial d’écriture « japporte aux auteurs un vrai regard professionnel sur ce qu’ils font et ensuite ma vision particulière et celle de Jérôme, de lesthétique dun livre, de ce que doit être un espace littéraire, une édition qui se voue spécialement à la littérature ».

Cest dans la continuité logique du travail initié notamment, par l’édition associative de Tonu è Timpesta, et c’est ce travail d’équipe qui a motivé Marcu. « Cest ce qui me plaît ! après chacun fait sa route aussi et chacun a sa singularité mais beaucoup de maisons d’édition en Corse ne se vouent pas à la littérature et moi javais envie de me consacrer à la littérature et c’est l’accomplissement de tout ce travail que jai pu faire en amont avec les blogs et les différentes équipes que jai côtoyées. » Ce n’est pas spécialement les ateliers littéraires, ce sont tous les acteurs de ces aventures littéraires auxquelles il a participé qui ont suscité ce désir. L’auteur de Murtoriu a pensé qu’il avait la maturité nécessaire pour envisager de créer sa propre maison d’édition. Une édition dédiée à l’émergence de nouveaux talents, qui puissent aussi servir peut-être de pouponnière pour des maisons d’édition plus prestigieuses un jour, sans pour autant se considérer inférieur à ces dernières. « À moment donné on doit traiter la littérature en Corse avec les mêmes égards qu’elle est traitée ailleurs et si on a des plumes confirmées qui arrivent chez nous on va les éditer aussi. En sachant que notre territoire de prédilection cest la Corse et pas ailleurs mais on veut offrir la possibilité aux lecteurs extérieurs aussi de découvrir nos livres, non pas par une distribution sur le continent, cela est impossible, mais par la commande, et par un site quon a créé et qui suscite déjà pas mal d’engouement. » Ici, l’édition Òmara essaye d’être présente dans tous les points de vente où cela a du sens, les librairies et tous les acteurs de la littérature en Corse.

 

Créateurs pas épiciers

L’objectif est de couvrir d’abord le territoire, ce n’est pas en termes de rentabilité que les éditeurs réfléchissent, ils se veulent être créateurs et artistes avant tout et non pas épiciers ? « Ce qui m’intéresse je le dis franchement cest que les auteurs y trouvent leur compte, le plus de livres vendus le plus de lectorat possible. » Il ajoute « on attend toujours que les gens soient reconnus de lextérieur pour considérer qu’on leur doit des égards, on a tort, dabord on sinfériorise, on ne vise pas la qualité chez nous en faisant comme ça on se dit que ce qui sort de chez nous n’est pas de qualité alors que cest de qualité. C’est ce quil faut démontrer, il faut faire vivre les livres et traiter les auteurs avec tout le respect qu’il leur est dû ». Cette maison d’édition ambitieuse est toutefois consciente qu’il n’y a pas de marché du livre en Corse et veut privilégier la qualité et non pas la quantité, c’est un travail à faire en amont afin de pouvoir tirer le livre vers le haut. C’est aussi un travail de réflexion pour savoir quand un livre doit sortir, à quelle période et en combien d’exemplaires « On n’est pas Gallimard, on n’est pas Actes Sud, il ne faut pas se prendre pour d’autres. » Pour autant Òmara ne veut pas être une maison d’édition de complaisance mais aspire à respecter les exigences et objectifs qu’elle s’est fixés.

Au nom du talent

Les ateliers littéraires, animés par celui qui compte aujourd’hui trois signatures chez Actes Sud, lui ont permis de découvrir de nouvelles pépites in i so lochi comme Nicolas Rey et de les accompagner dans leur écriture. Les conseiller, les former aussi grâce à ces ateliers notamment sur Purtivechju. Dire une fois de plus que cette maison d’édition est la somme de tout ce travail mené en transversalité par un groupe constitué au début des années 2010, qui a grandi chemin faisant, s’est enrichi et nourri de ces rencontres faites et de jeunes talents aussi, qui sont venus les côtoyer. Jeunes talents ou plumes confirmées comme celui qui fera l’actualité littéraire à la rentrée, Jean-Michel Neri en proposant une œuvre bilingue. Nicolas Rey avant de signer son recueil de nouvelles Utah dans la cité du sel en avait déjà publié quelques-unes via le blog Tonu è Timpesta. Des nouvelles que les éditeurs ont longtemps envisagé de proposer en version bilingue parce que Nicolas a aussi écrit en corse. Mais c’était fastidieux il aurait fallu beaucoup trop d’implication et de travail sur la durée, au moins deux ans pour le traduire. L’édition ne se privera pas un jour de faire paraître un ouvrage en corse uniquement. Lunivers de Nicolas est très axé sur la littérature anglo-saxonne moderne, sur des écrivains qui sont vraiment le must de la littérature américaine daujourdhui. Il traite beaucoup daventures, dhistoire, de voyage de dépaysement et dune condition humaine assez désespérante où la violence est quasiment toujours présente. Nicolas écrit sur les anti-héros. C’est ce qui a fasciné l’auteur d’Orphelins de Dieu et qu’il avait très tôt perçu chez lui.

 

Passeport pour le renom

Mais la formation des bonnes écoles des ateliers d’écriture ne s’arrêtent pas à Purtivechju. Le centre culturel de l’université de Corti en anime aussi depuis de nombreuses années et collaborent d’ailleurs avec les éditions Albiana pour rendre public le travail mené et permettre aux jeunes participants de se faire connaître. C’est le cas pour Philippa Santoni qui avait déjà publié deux recueils de nouvelles avant de sortir son premier roman cette année chez Òmara. Marcu Biancarelli est boulimique de travail et ses multiples activités lui permettent de rencontrer de nouveaux écrivains. C’est sur le plateau de « Libraria », émission qu’il présente sur France 3 Corse ViaStella, qu’il proposera à Philippa de publier le manuscrit rédigé au cours du confinement. « Je lavais découverte à travers ses ouvrages précédents, elle avait déjà édité deux bouquins, jai compris que l’on avait ici une écrivaine naissante et que ce qu’elle proposait était intéressant, ce qu’elle confirme avec son premier roman. Ce n’est pas seulement la thématique abordée par notre jeune écrivaine qui a séduit l’édition porto-vecchiaise mais aussi la force de l’écriture. Ça débordait du cadre corse, on n’était pas dans de louvrage provocateur ni dans un ouvrage militant, cest dabord un texte qui parle damour, de la complexité à tous égards du rapport amoureux. » Marcu est évidemment satisfait de ses découvertes et d’avoir à ses côtés ces talents naissants mais il est cependant conscient qu’il y a des activités qu’il ne pourra pas multiplier à l’infini comme le rythme soutenu des ateliers littéraires. « Il faut qu’on ait du temps pour poser les bases dun grand projet de maison d’édition à vocation littéraire Je suis content déjà de notre première année mais on est réaliste cest-à-dire qu’on rêve les pieds sur terre. » Élargir le cercle, étoffer l’équipe mais l’affiner toujours. Tel est leur credo. Agréger des personnes de qualité passés ou pas par les ateliers ou rencontrés via le plateau de « Libraria ».

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  Rita Beveraggi est une des figures de proue du commerce en centre-ville d’Ajaccio. Femme de conviction, de passion, d’action, elle a su imposer l’enseigne qu’elle a créée, il y a plus de 20 ans, comme une référence de la mode féminine insulaire. Lorsqu’elle vous reçoit dans son boudoir, aux allures d’une grande maison de couture, cette entrepreneuse au sourire désarmant ne laisse rien au hasard. Elle prodigue ses conseils personnalisés pour que chaque femme se sente unique. Rita Beveraggi demeure l’une de ses personnalités au parcours les plus inspirants. Portrait ! Par Anne-Catherine Mendez Rita, parlez-nous de vos débuts ? J’ai eu mon bac à 17 ans. Je me rêvais indépendante rapidement, m’extraire du cocon familiale, être libre. Je suis partie à Aix-en-Provence, suivre un BTS secrétariat bilingue que j’ai obtenu à l’âge de 19 ans. Quand je suis rentrée à Ajaccio, pour les vacances d’été, j’ai souhaité travailler. Je ne savais pas encore quel serait mon avenir professionnel, une saison, un peu d’argent de poche me laissaient le temps de réfléchir jusqu’à la rentrée. Maman était vendeuse retoucheuse, dans un commerce d’un quartier populaire d’Ajaccio, la boutique « Cousette ». Je suis rentrée dans ce magasin de prêt à porter pour femme, et j’ai eu littéralement un coup de foudre pour cette activité. J’ai mis mes compétences au service de l’entreprise, créé un fichier client, opté pour une stratégie marketing plus efficace etc. Au bout de trois mois, madame Poggioli, la propriétaire, m’a fait la proposition de rester, alors que je m’apprêtais à dispatcher CV et lettre de motivation. J’ai accepté au grand dam de mon père, et j’ai commencé à gérer entièrement l’entreprise, la comptabilité, les commandes, le merchandising, la communication. Ce fut une expérience fabuleuse qui a duré 18 ans.   Vous avez décidé de voler de vos propres ailes ? En effet, j’étais arrivé à un âge, où j’avais besoin de changement, tout était encore possible. Madame Poggioli, ma « maman professionnelle » a toujours souhaité installer un deuxième établissement en centre-ville. Elle m’a confié son projet, en me laissant partir avec le nom de certaines maisons. Je me suis lancée, seule mais expérimentée, épaulée, sous le patronyme de Dona Ferentes, il y a aujourd’hui 23 ans.   Quelles sont les grandes étapes d’une carrière comme la vôtre, qui sont nécessairement liées à l’évolution du commerce de proximité ? La première étape pour moi est celle liée à l’année 1999, la sortie de la crise économique. J’avais su anticiper ce rebond économique, et cela m’a permis de vivre les années 2000 avec dynamisme. La rue Fesch était une rue vivante, très fréquentée par les Ajacciens mais également par les touristes. Une artère au savant mélange de belles boutiques et de vieux commerces, une réelle vie de quartier. En 2008, nouvelle crise économique. Les effets en 2009 sont lourds de conséquences pour le commerce, accentuées par une vague de travaux de la gare à la place du Diamant et une absence totale d’espaces de stationnement. Le centre-ville affronte une désaffection, un désamour, une perte d’attractivité. À l’époque, je me suis beaucoup battue, nous nous sommes organisés en association. Nous avons tenté de trouver des solutions, de nous faire entendre auprès de nos interlocuteurs publics. La braderie du centre-ville par exemple a été organisée à cette époque, elle s’est pérennisée depuis, en ce qui concerne le parking, nous sommes toujours dans l’attente… (sourire)   Et aujourd’hui Rita, quelle est votre position vis-à-vis de cet engagement au service de vos pairs ? Aujourd’hui, j’ai décidé de me mettre en retrait de l’engagement associatif. Le confinement, en particulier, m’a fait beaucoup réfléchir. J’ai décidé de me recentrer sur ma propre boutique. De mettre ma créativité au service de mon entreprise. Le combat associatif de défense de notre profession est chronophage, on délaisse souvent ses propres affaires.   Quels sont les principaux changements de nos modes de consommation ? Les principaux changements s’illustrent à travers la part grandissante que l’on consacre aujourd’hui à d’autres activités, le shopping n’est plus une priorité Aujourd’hui, la femme active fait du sport, voyage… Les budgets consacrés à l’habillement s’amenuisent. Internet, les franchises ont été également une révolution en matière de consommation. C’est l’apogée du self shopping, de la fast fashion ! Face à ces mutations, je me suis sentie un temps obsolète, je me suis sincèrement remise en question, est-ce que mon métier avait de l’avenir ? C’est à cette période également que ma vie personnelle a évolué, moi la grande adolescente de 40 ans, j’étais amoureuse et à 45 ans, j’ai réalisé que j’avais un bébé de un an, dont il fallait à présent s’occuper. Aujourd’hui, on observe un nouveau bouleversement dans nos modes d’achat. Les consommateurs reviennent à une relation de proximité, beaucoup sont sensibles à une production plus équitable.   Et vous Rita, avez-vous fait votre propre révolution ? Je ne sais pas si j’ai fait la révolution mais la période que nous avons traversée face à la crise sanitaire, moi, m’a sauvé la vie. Le confinement a suspendu le temps, j’ai remis tout en perspective. J’ai repris goût à mon métier et à la philosophie essentielle que je me suis fixée depuis toujours : mettre des paillettes dans la vie de mes clientes (éclat de rire). J’ai envie comme elles de moments festifs, de légèreté. J’ai relancé mon site Internet, je suis présente sur les réseaux sociaux, je fais participer mes clientes à mes shootings, pas de papier glacé mais des scènes du quotidien dans lesquelles elles se sentent elles-mêmes. Elles sont au cœur de mon métier, j’aime les chouchouter, les conseiller, les guider. Je suis pour chacune d’entre elles, leur personnal shopper, j’aime cetterelation intime.   Avez-vous dû faire face à l’échec ? L’association des commerçants que j’ai présidée pendant quelques années avec un sincère engagement a été pour moi une grande source de frustration. Des actions, dans lesquelles nous avons mis toute notre énergie et qui n’ont pas pu avoir lieu, sont des constats d’échecs. Je me suis rendu compte que je ne maîtrisais rien. La Corse est un iceberg, avec un underground puissant.   De quoi êtes-vous fière ? Je suis fière de ma fille et de la confiance de mes clientes.   Votre devise ? Patience et longueur de temps font plus que force et courage.     Dona Ferentes 35, rue Cardinal Fesch www.donaferentes.com

Après dix-sept saisons, passé sur les terrains, le milieu défensif Yannick Cahuzac a mis un point final à sa carrière en mai dernier. Joueur pour le moins déterminé, homme discret et pudique, celui qui ne se destinait pas au monde professionnel est aujourd’hui un exemple de longévité et de loyauté dans un sport qui semble avoir perdu ses repères. Pour Paroles de Corse, il revient sur son parcours et envisage la suite de sa carrière. Yannick Cahuzac joue les prolongations. Et c’est tant mieux.

Par Caroline Ettori

Depuis l’annonce de l’arrêt de votre carrière, comment passez-vous vos journées de jeune retraité des terrains ?

Je profite de mes vacances, je me ressource en famille et avec mes amis. Dans un premier temps, je souhaitais couper complètement mais l’adrénaline et surtout le sport me manquaient. Alors je cours pour me dépenser, je joue aussi au footy et au final, cet été ressemble beaucoup aux étés précédents.

Avez-vous quitté Lens avec le sentiment du devoir accompli ? Vous étiez le capitaine d’une équipe qui a fini à la 7e place du classement de Ligue 1 cette saison.

Oui et cela va même au-delà de mes espérances. Quand j’ai quitté Toulouse pour le RC Lens, l’objectif du club était la montée en L1. Cela fait maintenant deux ans que nous avons été promus et en toute logique, notre principal objectif reste le maintien. Avoir frôlé la qualification en coupe d’Europe cette saison, c’est assez exceptionnel.

Que vous ont apporté les clubs successifs pour lesquels vous avez joué du GFCA au Toulouse FC en passant par le SCB ?

Chaque club m’a apporté des choses très différentes. J’ai découvert ce sport au « Gaz » et j’y ai vécu mes premières sensations. Le Sporting m’a façonné sur le plan professionnel mais aussi sur le plan humain. J’ai intégré le centre de formation à 15 ans et le club a fini de parfaire mon éducation. J’y ai grandi en tant qu’homme et en tant que joueur. C’est tellement fort… C’est même trop ! Enfin, Toulouse et Lens m’ont permis de voir ce qui se faisait ailleurs et de manière plus personnelle, ça a été aussi une aventure familiale puisque nous sommes partis avec ma femme et mes deux enfants.

Avez-vous un regret dans votre carrière ? Vous mentionnez souvent vos cartons rouges…

Je n’ai pas de regret. Je ne pensais pas avoir une carrière professionnelle et vivre autant d’émotions. Et concernant les cartons rouges… Je ne m’en vante pas mais ça fait partie du joueur que j’ai été. Je me pénalisais, je pénalisais mon équipe, ce n’était pas facile à vivre.

Un bon souvenir ou le meilleur souvenir ?

C’est compliqué, il y en a tellement ! Les montées avec le SCB, de National en Ligue 2 puis de Ligue 2 en Ligue 1, la finale, même perdue, de la Coupe de la Ligue face au PSG en 2015 au Stade de France et les près de 40 000 Corses dans les tribunes, mon premier match en Ligue 1 contre Reims, battre Paris à domicile… C’est fou !

Vous avez parlé d’une « petite mort » en référence à l’arrêt de votre carrière, c’est un terme très fort…

C’est vrai, c’est mon ressenti. J’ai commencé à l’âge de 4 ans et prendre la décision d’arrêter n’a pas été facile. La peur du vide, ne pas savoir vers quoi me tourner, c’est troublant. J’ai conscience d’être un privilégié, d’avoir été chanceux de faire de ma passion, mon métier. D’autant plus que je n’ai jamais pensé devenir professionnel. Ce désir n’est venu que très tard. Une fois arrivé en CFA, je me suis dit qu’il ne me restait plus que cette marche à atteindre, qu’il fallait y aller. En cela, ma carrière n’est pas due au hasard. Je n’ai jamais vécu sur mes acquis et j’ai toujours voulu aller plus loin. Mon parcours s’est construit ainsi et aujourd’hui encore, je suis résolument le chemin que j’ai envie de prendre.

Est-ce qu’on arrête d’être le joueur qu’on a été, un sportif de haut-niveau, juste en le décidant ?

C’est dur de passer du tout au rien. Psychologiquement, il y a un relâchement évident, il faut intégrer la notion de plaisir, savoir apprécier les écarts qui sont plus fréquents. Jusqu’à présent, avant même le début de la saison, je devais me tenir prêt physiquement et j’arrivais à me « faire mal » pour maintenir ce niveau d’exigence. Dernièrement, c’est devenu plus difficile. Ma décision d’arrêter est essentiellement liée à la contrainte physique. Même si j’avais le mental pour continuer, il ne fallait pas se mentir et risquer de faire l’année de trop. Je l’aurais mal vécue.

Qu’est-ce que vous aimez dans le foot encore aujourd’hui ?

C’est un milieu réputé malsain perverti par l’argent. La cohésion sur le terrain et dans les vestiaires est rare mais quand elle est là, c’est extraordinaire. Elle nous permet de vivre des moments magiques. Ce sport et son environnement ont beaucoup changé depuis mes débuts. À l’image de notre société. Le foot et les mentalités évoluent de la même manière. Dans le bon sens ou pas, je ne sais pas…

Vous envisagez de devenir entraîneur, comme votre grand-père ?

Tout à fait. Je reprends le flambeau ! Quand je me pose la question de savoir ce que j’ai envie de faire, la réponse est évidente : le foot, cest toute ma vie. Et cela fait un moment que j’ai basculé en abordant l’entraînement différemment. Je cherche à comprendre le comment du pourquoi d’une séance, à la fois le côté physique et stratégique. Je m’inscris dans cette réflexion et j’aborde cette étape comme un nouveau défi. J’ai envie de me donner les chances d’y arriver. Je passe mes formations et Lens m’a proposé d’intégrer son staff technique en tant qu’entraîneur adjoint.

Vous avez conscience d’être un modèle pour les jeunes joueurs et sportifs insulaires ?

On me le dit mais j’ai encore du mal à l’accepter. Ça me touche.

Humeur Par Nathalie Coulon « … Je sais, dit ce petit : c’est du wasabi ! » « Ce sont des noix mon coco, sò noce ! » Quelle imagination ces enfants ou quelle méconnaissance totale du terrain, de la nature, de la forêt, du grand air. On lui pardonnera du haut de ses 7 ans, l’âge de raison ! Pour le reste du foutoir ambiant, on notera les insultes et les invectives de lycéens enragés, envoyées via les réseaux sociaux à Sylvie Germain qui est l’auteur(e)-trice, écrivaine (vous noterez la sémantique du foutoir linguistique aussi !) du passage tiré de son livre Jours de colère. Les rageux n’ont qu’à bien se tenir tellement la méthode est pitoyablement navrante et leur peu de culture avec ! On va essayer de croire à des jours meilleurs et à une jeunesse cultivée, culturelle et engagée et oui ça existe aussi. Alléluia ! Pour le reste du foutoir ambiant, nous avons Libé qui titre « La gifle » après la défaite de la macronie, la gauche qui a réussi son challenge et une poussée du RN qui en dit long sur le mal être général. On ne parle même plus du prix de l’essence qui ne cesse de gonfler, de l’inflation permanente de tout, de tout, ici avec l’élection des députés faut espérer une remise en question du pouvoir d’achat sur l’île et ses spécificités. On restera dubitatif sur le monde fou qui a déjà commencé à envahir l’île sur le moindre rocher et notre capacité économique et écologique à accueillir toute cette population ! La fumée des bateaux qui nous embaume jusqu’à notre dernier souffle et l’épidémie de Covid qui repart de plus belle. Une petite variole du singe détectée sur l’île de Beauté… Youpi ! Youpi c’est l’été ! De l’autre côté de l’Océan, les États-Unis excellent dans le puritanisme malveillant et remettent en question des années de combat pour la liberté des femmes, la loi sur l’IVG vient d’être révoquée. Je plains le peuple américain qui continue à lutter contre cette droite extrême et réac, des relents de KKK qui plane sur la grande Amérique pensante. « Interruption Volontaire de Grande Liberté », piqué aux sœurs Sammarcelli pour l’Indéprimeuse (studio d’incidences créatives), résume la suffocation générale des femmes de cette terre. Merci Felicia et Davina pour les mots imprimés ici-bas et l’encre qui coule pour oxygéner nos êtres. Devrions-nous en 2022 continuer à boire le calice jusqu’à la lie. Quelle folie ! Les températures matinales excessives qui avoisinent les 30° à 5 heures du mat nous font suer plus que nous donner des frissons… Devrions-nous monter le son et nous enivrer dans les festivals qui vont réjouir notre été. Belle sélection musicale, l’été certes sera chaud mais beau. Femu e corne : on va chasser les risques d’incendies, hum ! Les cours d’eau sont à sec, le maquis niveau sécheresse bat son plein, on va chasser les esprits malins à colpi d’occhju et de festins. On va se sentir liberi, sani è sereni du coucher de soleil sur la plage de Capo di Feno à l’aube rose et mordorée du soleil levant sur l’île de Montecristo. Ballate, cantate semu furtunati hè ghjuntu l’estate !!!   Depuis mars 2020, les établissements de santé publics ont été mis à rude épreuve. Ils ont pris en charge 85% des patients atteints de la Covid-19. Mais selon les soignants, la pandémie n’a fait qu’accentuer les maux de l’hôpital.   Par Emmanuelle de Gentili   Trois grandes réformes permettent de comprendre la crise : T2A (tarification à l’activité), Ondam (Objectif national de dépenses d’assurance maladie) et HPST (Hôpital, patients, santé et territoires). Le récent Ségur de la santé, avec 10 milliards d’€ pour les salaires et 19 pour l’investissement n’a pu renverser cette tendance. La T2A est une tarification qui répartit les moyens en fonction de l’activité, mais certains établissements se sont lancés dans une course aux interventions chirurgicales qui rapportaient, laissant la médecine sans chirurgie, plus difficile et plus longue, aux hôpitaux. La loi HPST instaure un pouvoir administratif (au travers des agences régionales de santé) qui multiplie les mécanismes de régulation, les contraintes normatives et énormément de bureaucratie. Le sigle Ondam est le synonyme de la lente cure d’austérité imposée aux établissements de santé. Pierre-Louis Bras, ancien directeur de la Sécurité sociale et enseignant du supérieur, estime que l’on est allé bien au-delà de ce qui était soutenable, en instaurant un effet ciseau. En effet, depuis 2010, le système de santé est autorisé à dépenser 2 à 3% de plus par an, alors que ses besoins sont estimés à 4 ou 5%, aggravant chaque année la pénurie. Sur la décennie écoulée, la production de soins s’est accrue de 19% tandis que les effectifs ont augmenté de moins de 4%. Il y a certes eu des améliorations de méthodes, des nouvelles technologies. Mais il y a eu surtout une augmentation de l’intensité de travail et une dégradation des conditions de travail, amplifiée par le gel de l’indice des salaires.   Fatal diagnostic La tension sur les hôpitaux publics a été accentuée par l’évolution des places entre public et privé. Ainsi, entre 2010 et 2019, le nombre de lits a diminué de 80 000 lits (243 300 à 313 300) dans le public et de 23 000 dans le privé (175 400 à 152 400), soit respectivement -26% et -13%*. L’explication par l’augmentation des places en ambulatoire, en Ehpad et en hospitalisation à domicile, en explique une partie, mais masque une diminution nette des lits et donc des effectifs. Sur la décennie, le personnel médical (médecins, chirurgiens) a augmenté, mais le nombre d’infirmiers et d’aides-soignants a diminué. La Fédération hospitalière de France estime d’ailleurs qu’il en manque 25 000 en 2021. Cela signifie qu’en plus de la baisse de leur pouvoir d’achat par le gel des salaires, que la charge de travail individuelle de ces personnels a augmenté. La conséquence est rude : faute de personnel, près de 120 services d’urgences sont forcés de limiter leur activité ou s’y préparent, selon le décompte effectué fin mai 2022, par l’association Samu-Urgences de France. Il y a le feu au lac !   Cautère sur jambe de bois Le gouvernement pare au plus pressé, annonçant pour cet été que les heures supplémentaires seront payées double, que les élèves infirmiers employables sans attendre la remise du diplôme et lance un appel aux retraités volontaires. Notre quotidien régional s’inquiétait, avec raison, en son édition du 7 juin 2022, que le système hospitalier de l’île risquait de connaître un été difficile, en raison des difficultés de recrutement pour pallier les congés et de la surfréquentation estivale. Pour en mesurer les conséquences, il faut savoir qu’il y a 74 000 séjours dans les établissements de l’île. Source : https://www.scansante.fr/applications/analyse-activite-regionale. L’hôpital d’Ajaccio, Clinisud et la clinique de Porto-Vecchio en réalisent 44%. L’hôpital de Bastia, la clinique Maymard, celle de Furiani et la clinique Filippi en réalisent 51%. Ensemble, ils réalisent 95% des séjours totaux. Pour avoir une idée palpable de cette réalité, cela correspond à 22% de la population (340 000) qui effectue un séjour en établissement de santé. Or, comme chaque été la population croîtra de 300 000 personnes, pour passer à 640 000 personnes.   Chaud devant ! À supposer que seuls 10% de cette population effectue un séjour, il y aura 30 000 séjours de plus, soit plus de 100 000 séjours au lieu de 74 000, alors qu’une partie des personnels sera en congé (ils le méritent) et que l’hôpital connaît la crise généralisée, décrite ci-dessus. Quelles mesures sont prévues pour l’île ? Il serait temps que les autorités communiquent en la matière. Ou alors, comme le suggéreraient nos humoristes, que les résidents et les touristes évitent d’avoir besoin de soins !           *Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/4277748?sommaire=4318291 Il arrive parfois que dans un pied de nez involontaire le passé romancé entre quelque peu en résonance avec l’actualité. Une sorte de clin d’œil du présent au passé. Voilà quelque deux siècles, Napoléon est à la croisée des chemins. Sous son regard, un régime politique en mutation. Certes aujourd’hui la République ne bascule pas vers le Consulat, mais une situation parlementaire et gouvernementale insolite donne parfois à l’imaginaire d’un auteur les atours d’une actualité brûlante. Par Vincent de Bernardi   Il est sans doute l’un des auteurs les plus prolifiques de Corse. Récits ou romans, il vient de publier son 7e ouvrage en 12 ans. Jean-Pierre Nucci est un auteur atypique. Coach sportif, il remet ses clients en forme, auteur, il stimule l’imagination de ses lecteurs à travers ses livres. Son dernier opus, Le choix du sabre, paru aux éditions Erick Bonnier en juin dernier, nous emmène de la Haute-Égypte à Marengo. Bonaparte tisse sa légende. Il s’inscrit dans la suite du précédent Le désert sans la gloire, racontant la bataille des pyramides d’Égypte. Jean-Pierre Nucci fabrique des fictions avec un matériau historique dont il a la passion. En bon ajaccien, l’épopée impériale est sa toile de fond. C’est un voyage du Caire à Gênes, en passant par Milan et San Giuliano, jusqu’à Marengo que nous fait vivre l’auteur. En moins d’une année, le destin de Bonaparte se forge. La France bascule de la République au Consulat, avec l’avènement de l’Empire en ligne de mire. Sans être historien, ni expert militaire, il plante son décor avec une précision stupéfiante, insérant ses personnages dans un univers où l’analyse politique sous-tend le récit. Car il faut bien l’avouer, Jean-Pierre Nucci est aussi un passionné de politique. Avec ses deux romans, à travers ses personnages, il raconte une France qui bascule, qui se redresse en devenant conquérante. Corse ambivalente Préfacé par le Prince Joachim Murat, ce miracle de Marengo n’est pas réservé qu’aux amateurs de récits historiques, de tactique militaire, d’épopées napoléoniennes. C’est aussi un roman pour ceux qui aiment l’aventure, avec ses héros, impétueux, intrépides, conscients de vivre l’Histoire en train de se faire. Dans ses précédents romans, Monteggiani, La Guardiola et Bastarda, il racontait des destins familiaux dans une Corse décrite avec un brin de nostalgie. Mais là aussi, la politique est présente, en arrière-plan. Davantage l’histoire sociale d’une Corse sclérosée par ses traditions, tiraillée entre son identité et sa tentation d’être arrimée à la République. C’est un trait commun dans l’œuvre de Jean-Pierre Nucci. Dans chacun de ses personnages, il y a un « sujet » politique, inséré dans un contexte historique. Mais à chaque fois, cela nous dit, un petit bout, de ce que nous sommes aujourd’hui. C’est une préoccupation forte chez lui. Son regard sur la Corse d’aujourd’hui en est empreint. Jamais avare de discussions, il aime la controverse dès lors qu’elle fait progresser le débat. Discuter un soir d’élection avec Jean-Pierre Nucci promet toujours une longue séance d’échanges stimulants.   Hier et aujourd’hui En vrai démocrate, il s’interroge, questionne, propose, fait des liens entre le passé et le présent. Il a cette conscience aiguë que sans responsabilité individuelle, point de salut. C’est d’ailleurs ce qui explique son parcours si singulier, toujours sabre au clair ! On pourrait dire que pour lui, le corps et l’esprit sont inséparables. Mens sana in coproresano colle assez avec sa philosophie de vie. Bourreau de travail, jamais à sec d’une idée, il prépare son prochain ouvrage. Et on se plaît à rêver qu’une telle saga napoléonienne se traduise en série télévisée. Le choix du sabre, Le miracle de Marengo, éditions Erick Bonnier, 2022

 

« Gauche, droite », disent-ils pour rythmer la vie politique comme l’adjudant de compagnie crie « Une, deux » pour cadencer le pas des jeunes recrues faisant des tours de place d’armes pour apprendre la discipline militaire.

Par Michel Barat, ancien recteur de lAcadémie de Corse

Ces deux interjections, qui commandent le mouvement mais un mouvement ordonné plus ou moins rapide, ne sont pas si éloignées du slogan politique et militant au point que les commentateurs semblent croire à la débandade quand « gauche et droite » cessent d’être des repères absolus de la vie politique. On n’entend plus cette injonction : perdu et sans repères faciles, l’électeur s’abstient massivement et les journalistes politiques sont contraints à dire tout et son contraire lors des soirées électorales. Ils semblent passer de l’analyse stéréotypée, proche de la langue de bois, au discours abondant mais vide, signe du désarroi de ne plus savoir.

Cette métaphore militaire n’est ni un caprice ni fortuite car pour paraphraser Clausewitz pour qui « la guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens », il ne serait pas faux avec Michel Foucault dans son cours au Collège de France de 1976 d’inverser la proposition et d’affirmer que c’est la politique qui continue la guerre car le pouvoir est d’abord un rapport de force. L’exercice politique substituerait la civilisation à la sauvagerie de la guerre civile : le débat plus ou moins éclairé, courtois de préférence mais souvent injurieux vaut quand même mieux que l’affrontement qui se termine dans la rue.

 

Vision illusoire

Nombreux sont ceux qui regrettent le confort de l’opposition entre la gauche et la droite, opposition qui procurait, avouons-le, un certain confort intellectuel confinant parfois à la paresse. Savoir que l’alternance est le propre de la démocratie rassurait au point de ne pas prendre à bras-le-corps la réalité : l’alternance réglera les problèmes qu’on n’a pas résolus et permettra le retour au pouvoir.

Nous touchons peut-être à la fin d’une vision irénique et illusoire du politique croyant pouvoir changer la réalité. Tant que le peuple faisait de cette vision sa croyance, il se laissait séduire par la politique et prenait plaisir à ses jeux. La désillusion a succédé à cette béatitude. Il n’y a pas de jeux et la réalité est souvent tragique. Ne trouvant plus goût aux joutes politiques, les gens finissent alors par s’adonner aux joies de la consommation au point de rêver à une extension sans limites du pouvoir d’achat. En fait, on ne fait que d’aller d’une illusion à une autre voire d’une horreur à une autre, celle du grand soir qui n’a jamais d’autre matin que le totalitarisme à celle de la jouissance consommatrice qui ne peut que se révéler aliénation de l’esprit voire de la personne entière.

Géants romantiques

C’est ainsi que les lumières s’éteignent, que la raison tranquille s’efface pour avoir trop cru aux éclairs et orages de la passion romantique. N’oublions jamais que c’est le romantisme qui a toujours porté les politiques extrêmes qui sont indistinctement de droite et de gauche au point que l’une et l’autre se confondent comme Doriot, le communiste, et Laval, le socialiste, finissent par soutenir en collaborant la folie nazie nourrie de tout le romantisme allemand. Seuls deux géants romantiques peuvent nous instruire pour éviter le désastre de la libération du sentiment et de l’exaltation de la passion : un Allemand, Goethe et un Français, Hugo car l’un et l’autre savent que dans la littérature du rêve romantique l’ironie est maîtresse. Goethe regrettera d’avoir écrit Les Souffrances du jeune Werther et son second Faust est un retour à la Grèce antique. Quant à Hugo qui voulait « être Chateaubriand ou rien », le républicain qu’il était comprit bien vite combien le romantisme de son premier modèle était porteur de malheurs.

L’ironie et le rire de Voltaire peuvent faire grincer des dents mais si les Rêveries de Jean-Jacques Rousseau préparent le romantisme, sa grande pensée politique, celle de son Contrat social, ouvre la voie à la Terreur de Robespierre et aux totalitarismes futurs. Pour que les vieux démons ne renaissent pas, il nous faut revenir à la raison tranquille des Lumières, tant celles d’un Montesquieu que d’un Condorcet pour lutter contre le retour de l’obscurantisme et ne plus oublier que la pensée libérale est d’abord une pensée politique avant d’être économique.

Monstres politiques

Certes, cette pensée ne soulève pas de grands rêves que ce soit ceux de la grandeur de la Nation ou de ceux des lendemains qui chantent de la Révolution. Rêve de grandeur et illusion de la Révolution en se rejoignant donnent naissance à des monstres politiques comme le russe Poutine pour qui l’injonction « gauche, droite » est celle du pas cadencé du « une, deux » militaire.

Cette semaine, Caroline Ettori reçoit Michel Barat, François Casasoprana et Laurent Dominati pour une analyse des résultats du second tour des élections législatives. Les débatteurs seront rejoints, dans la deuxième partie de l’émission, par Daniel Polverelli, auteur de l’ouvrage « Le rayonnement des institutions napoléoniennes à travers le monde » aux éditions L’Harmattan.