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  Explosion des gestes suicidaires des adolescentes lors de l’épidémie de Covid-19, sans équivalent chez les garçons et hommes jeunes et sans augmentation pour autant des « suicides aboutis », semblant sur ce dernier point plaider en faveur de l’efficacité de la mise en place de dispositifs d’écoute et de prévention. Par Charles Marcellesi, médecin GESTES SUICIDAIRES DES ADOLESCENTES LIÉS À LA COVID-19 Le journal Libération a publié une synthèse d’études scientifiques réalisées dans de multiples pays de plusieurs continents*, avec une discussion méthodologique sur ce qui a été statistiquement mesuré (âge, existence ou non du confinement, tentatives de suicide, gestes auto-infligés, idées suicidaires), concluant à une explosion de gestes suicidaires chez les seules adolescentes et femmes jeunes de 10 à 19 ans à l’origine d’une augmentation significative des hospitalisations : +27,7% en France entre septembre 2020 et août 2021. La même tendance n’a pas été observée chez les adolescents et les jeunes adultes hommes ; quant au taux de suicides « aboutis », il n’a pas varié sur la période considérée, quelle que soit la catégorie de personnes.   LA FRAGILITÉ DE LA FEMME JEUNE FACE À LA COVID-19 La pandémie de Covid-19 a eu une incidence immédiate pour les adolescents dans trois domaines : elle a bouleversé les rythmes vitaux (diminution du sommeil, changement dans la routine quotidienne et scolaire, difficulté à suivre les cours en ligne), elle a modifié et restreint les interactions sociales (diminution des contacts avec les amis, avec les autres adolescentes, avec les enseignants qui assurent le soutien technique ou adulte) et entraîné soit la diminution des échanges avec les membres de la famille par téléphone ou au contraire intensification des liens lors des périodes de confinement y compris lorsqu’ils sont toxiques et pathogènes. Àcela s’ajoutait l’angoisse de contracter une maladie aux effets mal connus et potentiellement mortelle. La vulnérabilité féminine peut alors se comprendre en regard de deux considérations : 1/ le moment du développement psychosexuel, l’adolescence, et le vécu subjectif de sa sexuation ; 2/ la plus grande sensibilité des femmes que les hommes à ce qui existe, le réel du quotidien, de la physiologie du corps, comme celui de la maladie.   ADOLESCENCE ET IDENTIFICATION L’adolescence pour les deux sexes est le moment où le sujet doit se reconnaître dans une nouvelle image de lui-même, et plus exactement image de soi sexuée. Ce processus se fait sur une période de transformation du corps durant plusieurs mois et années avec l’apparition des caractères sexuels dits secondaires : pilosité, chez la femme seins, hanches, silhouette « ganoïde ». Cette identification, transitive, à l’image de soi, se fait grâce à la présence d’adolescentes du même âge ayant une image comparable à ce reflet. Ce partage d’expérience d’identification souligne le caractère crucial des interactions sociales à cet âge à l’origine d’amitiés souvent indéfectibles. L’épidémie a donc contrarié en profondeur ce processus d’identification à l’image de soi et transitivement à celle des filles du même âge.   SEXUATION FÉMININE ET MODALITÉ DE JOUISSANCE Mais la sexuation féminine ne tient pas qu’à l’image : il y a également identification, cette fois-ci intransitive, des rôles symboliques qui attendent la jeune femme comme partenaire sexuelle adulte et surtout comme mère. Ce deuxième processus d’identification, cette fois-ci symbolique, est corrélé à un réel, perçu dans le corps sous la forme de l’apparition cyclique des règles et la promesse de la grossesse ; avec l’angoisse que cela peut générer chez l’adolescente, sous la forme parfois retrouvée dans la clinique des anorexies mentales (refus des transformations sexuées du corps, aménorrhée), ou encore dans la boulimie (vécu dépressif de la peur de la grossesse). C’est ce réel, spécifique à la femme, qui est de même nature que la préoccupation féminine qui rend les femmes aptes à s’occuper de ceux qui ne parlent pas pour signaler qu’ils sont en souffrance, comme les nourrissons, et décide des vocations de puéricultrice ou d’infirmières pour les grands malades, métiers à prévalence féminine. C’est cela qui forge la perception féminine aigüe de la maladie – comme la Covid-19 – ou du bien-être, une des modalités que la théorie de la psychanalyse appellera avec Lacan « jouissance féminine », c’est-à-dire induisant angoisse ou désir, sans indexation à la pratique sexuelle qui reste l’apanage du sexe mâle même si les femmes y sont forcément intéressées dans leur rapport aux hommes.   PRÉVENTION Quant au constat heureux que l’explosion des gestes suicidaires féminins lors de l’épidémie de la Covid ne se traduit pas pour autant en augmentation de suicides aboutis, les spécialistes de la santé mentale l’attribuent en grande partie à l’existence de dispositifs d’écoute et de consultations spécialisées : en Corse il s’agit du 3114, écoute professionnelle et confidentielle 24h/24 et 7/7, ou encore le dispositif Vigilan S Corse , du lundi au vendredi, n° vert 0801 907 944 de 9h à 17h du lundi au vendredi , appliqué pour toute la Corse par le Centre hospitalier de Castelluccio.   *France, Angleterre, Autriche, Suisse, Slovénie, Espagne, Estonie, USA, Canada, Australie, Hong Kong, Corée du Sud, ONU femmes, Japon…     Laurent Silvani est un artiste ajaccien qu’il est difficile d’enfermer dans un style ou dans un courant particulier. Il aime se définir lui-même comme créateur, peintre, sculpteur à l’univers original, très pop art, mais pas que. Son travail s’inspire de son époque et des techniques graphiques de son temps. Son Napoléon Bonaparte, dit « Napo », fait aujourd’hui partie de sa signature artistique. Le succès est au rendez-vous, au-delà du territoire insulaire tant le personnage historique s’insère avec ferveur dans notre monde contemporain. Laurent comme tous les artistes est réservé et parle avec humilité de sa créativité, mais ses yeux brillent avec passion dès que l’on évoque le monde de l’art et les artistes qui ont accompagné son évolution artistique. Rencontre avec le créateur de « Napo » Par Anne Catherine Mendez Quel est votre parcours ? Je suis issu, comme beaucoup d’Ajacciens, du lycée Fesch. Je suis ensuite parti à Aix-en-Provence, suivre des études d’arts plastiques, puis j’ai présenté le concours de l’école Boulle. J’ai suivi une formation de design industriel mobilier, au sein du lycée professionnel de l’école, pendant environ trois ans. Très vite je me suis à peindre, à exposer avec d’autres étudiants. J’ai rencontré Pierre Farel, qui par exemple m’a poussé à faire la foire d’art contemporain de Bastille et bien d’autres encore. Je m’exprimais enfin en tant qu’artiste, et Pierre à qui je dois beaucoup a été le chef de file de ces jeunes artistes qui partaient leurs toiles sous les bras dans le métro pour exposer leurs œuvres dans de nombreuses galeries parisiennes. Je suis rentré à Ajaccio, et je n’ai jamais cessé de produire. Mes parents m’ont toujours soutenu, mon père, qui au début était mon seul mécène, nous a toujours mon frère et moi permis de fréquenter le monde de l’art, à travers les voyages, les visites de musées, de lieux sacrés. Ma mère, qui sculpte et qui peint aussi, m’a certainement transmis ses prédispositions artistiques. J’aime à dire que je me suis forgé avec le don de ma mère et la culture de mon père.   Et depuis, votre vie en tant qu’artiste ? Depuis mon retour, j’ai la chance d’avoir mon atelier, où je me retrouve face à moi-même, près du lycée Laetitia. Je le partage régulièrement avec d’autres artistes, peintres, photographes, plasticiens, comme par exemple Erick Larrieu, qui m’a initié au numérique, aux techniques de découpes plus modernes. Pour moi, l’échange entre artistes est important, il permet de prendre du recul dans son propre travail, de se nourrir et de nourrir le travail des autres. J’ai fait également de nombreuses expositions, festivals, salons avec un réseau de galeries qui connaissaient bien mon travail. J’ai eu beaucoup de chance, car aller toi-même démarcher les galeries, c’est plus compliqué. Mais plus tu prends de l’âge, plus tu as envie de te vendre toi-même (rire).   Enfin Napoléon ? J’aime travailler la sculpture et le volume. Je travaille pendant longtemps une même pièce, ensuite je passe à autre chose, comme si j’en avais fait le tour. Réaliser un personnage récurrent nourrit mon obsession de la même ligne directrice. Napoléon est arrivé naturellement et pour un Ajaccien, le sujet est trop tentant. Je continue à créer d’autres œuvres, mais il prend beaucoup de place, j’ai du mal à l’enfermer dans mes cartons ! C’est une passion. Je découvre grâce à lui, le monde du volume, la recherche de la texture, le toucher. Je ne suis pas sculpteur, j’ai trop de respect pour la discipline, mais j’avais besoin de créer quelque chose que je puisse toucher. J’ai une intelligence de la main.   Quel est le message de votre « Napo » ? Je voulais réinventer le personnage, fidèle au message qu’il véhicule. Même si nous sommes proches du cliché, c’est néanmoins un chef, ancré dans le sol, le regard anxieux. Et paradoxalement, c’est un personnage pop ! La difficulté essentielle est de ne pas le caricaturer tout en gardant cette imagerie napoléonienne, qui s’impose quand on est ajaccien. Je vis depuis longtemps avec Internet, avec l’impression et la diffusion d’images multiples. Mais il faut nourrir ce monde avec de la nouveauté. J’essaie en tant qu’artiste pop, s’il faut me définir, de créer mes propres images et de ne pas reprendre une image, un personnage existant, déjà créé par un autre artiste. Pourquoi vous sentez-vous pop ? Je me sens pop car je me sers des outils de mon époque, c’est notre culture, du moins la mienne.   Vos projets ? Je vais poursuivre ma production. « Napo » a du monde autour de lui, Joséphine, les grognards, les chefs militaires… J’ai envie de créer une marque NAPO, également plus abordable. L’œuvre d’art reste intime, confidentielle. Pleins de personnages sont encore dans mon laboratoire d’expérimentation. Ma rencontre avec Mathieu Bertrand-Venturini et Luce Leca a été déterminante. La galerie et la boutique de produits culturels Contami, dans la rue Fesch, créées par ce couple, ont permis de donner un nouvel essor à ma carrière. Un artiste par essence ne sait pas se vendre, il a besoin de partenaires et c’est précieux de trouver ceux qui deviennent de véritables collaborateurs.   Vos échecs ? Ce sont tous les après d’une exposition, tu ne vends jamais ce que tu veux… Un artiste est toujours un éternel insatisfait. Après le succès d’estime, il faut savoir se renouveler, rebondir. C’est dur la vie d’artiste, tu perds, tu prends, jusqu’à la victoire. (sourire)   Votre fierté ? Ne pas avoir renoncé, il faut savoir accepter la notion de temps dans l’art, dans ton travail. Je pense avoir su gérer cela.   Votre devise ? « Les hommes de génie sont des météores destinés à brûler pour éclairer leur siècle. » Napoléon, évidemment.       Encadré : Contami, raconte-moi l’histoire de la Corse Une boutique d’édition de produits culturels et de souvenirs   Quand Mathieu Bertrand-Venturini a décidé, avec sa compagne Luce Leca, de créer Contami, ils sont partis du constat que le marché du souvenir en Corse, se limitait à des flopées de boutiques accolées les unes aux autres, présentant des porte-clés, des tee-shirts ou des boules de neige similaires, fabriqués en Asie pour la plupart et vendus de façon identique dans tous les magasins insulaires. La notoriété de la Corse, selon leur analyse s’étiolait à travers une imagerie restrictive, mer, soleil, plage, associée au patrimoine naturel seulement. « Napoléon, par exemple, précise Mathieu, était très peu exploité en Corse, c’est pourtant une réelle opportunité de marché pour implanter et décliner de nouveaux produits, sur l’île mais pas que. La découverte d’autres univers notamment ceux liés à la culture, au patrimoine historique, aux événements patrimoniaux, sont autant d’éléments qu’il faut valoriser de façon originale et surtout différente. Nous avons voulu créer une boutique musée hors les murs, semblable à n’importe quelle boutique que vous trouvez à la sortie d’un espace culturel et dans lequel vous pouvez acheter un produit d’une valeur de 2 € ou de 10 000 €. » Contami se positionne en effet sur deux marchés complémentaires, celui de la galerie d’art, et celui du produit culturel. Sa collaboration avec plusieurs artistes locaux permet au fil des saisons de construire une gamme de produits, de collections capsules autour de thématiques insulaires, entre art, patrimoine et culture. « Ce ne sont pas des produits dérivés, nous essayons de créer nos propres identifiants, des lignes qui nous soient propres, même si vous retrouvez dans la boutique le Playmobil Napoléon créé récemment, qui fait figure de produits d’appel. Nous voulons raconter l’histoire de la Corse et reconnecter notre héritage avec le monde entier. Notre collaboration intensive avec Laurent Silvani, nous permet de mettre en avant une œuvre d’art sous les traits de Napoléon à la portée universelle. Mais d’autres personnages comme Pascal Paoli sont à l’étude. En filigrane, nous voulons faire rayonner des valeurs comme la liberté, la fraternité, qui sont plus que jamais une force dans le contexte actuel et qui selon nous forgent notre identité. »   À 21 ans, Jean-Thomas Delsol est un jeune réalisateur ajaccien tout juste sorti du Conservatoire libre du cinéma français de Paris. Sans long métrage à son actif, mais avec beaucoup d’idées en tête, ce passionné de cinéma s’apprête à présenter au grand public et à ses pairs Nemetta son dernier court métrage réalisé dans le cadre de sa dernière année d’études. Il espère que son film fera son chemin sur les écrans pour lui ouvrir les portes de la profession et la voie vers de nouveaux projets. Portrait ` Par Karine Casalta C’est devant le grand écran que pour lui tout a commencé. Nourri de films de tous genres depuis l’enfance, Jean-Thomas a très vite eu l’envie de raconter à son tour des histoires. « Depuis tout petit je suis beaucoup allé au cinéma où j’ai découvert de nombreux films, des films d’aventures, d’action, des thrillers, des comédies, qui pouvaient faire rire ou pleurer, et de nombreux réalisateurs. » Si Tarantino, Scorsese ou David Fisher suscitent très tôt son intérêt – poussé par l’envie d’accéder à des images pas toujours autorisé au vu de son âge – il découvre aussi peu à peu, sur les conseils du vidéo club où il s’alimente en film chaque samedi, le cinéma asiatique et français et se forge au fil du temps une vraie culture cinématographique. Il se découvre une sensibilité pour un cinéma plutôt réaliste, porté par des cinéastes tels que Maurice Pialat, Abdellatif Kechiche, mais aussi Kim Chapiron ou Romain Gavras, dans les traces desquels il aimerait bien marcher aujourd’hui. « Vers 11/12 ans, j’ai commencé à m’intéresser à ce métier. Je voulais comprendre comment un réalisateur derrière sa caméra pouvait parvenir à faire passer toutes sortes d’émotions. J’ai commencé regarder des making-of, à m’intéresser à la fabrication des films, aux différents corps de métier. » Cela le conduit à développer une vraie passion pour les métiers du cinéma. Il se lance alors à cette même époque, avec son meilleur ami, dans la réalisation de petits films, en autodidacte. « De 12 à 18 ans on a ainsi commencé avec un ami, passionné lui aussi, à faire de petits films avec les copains. Lui s’occupait du montage, moi j’étais plutôt derrière la caméra. On a commencé avec une petite caméra, puis petit à petit on a investi dans le son, la lumière… Ce n’était pas toujours réussi mais ça nous apprenait peu à peu les règles de base. Des petites choses qui m’ont finalement beaucoup servi. » Choisir cette voie s’est alors imposé comme une évidence après son baccalauréat. « Ma passion pour les métiers du cinéma m’a conduit à envisager une carrière professionnelle dans ce domaine. » Désireux d’intégrer une filière audiovisuelle pour apprendre « pour de vrai » le cinéma, il part ainsi à Paris suivre les cours de la Mancav, une classe préparatoire aux métiers du cinéma qui lui permet d’en découvrir plus précisément les différentes facettes. Une première étape formatrice où il touche tant à la technique qu’à l’assistanat en réalisation, avant de poursuivre en BTS « images ». Mais rapidement, après une première année de cet apprentissage très technique, qui ne répond pas à ses attentes artistiques, il se détourne de cette formation pour tenter le concours du Conservatoire libre du cinéma français. Admis directement en 2eannée, il choisit alors de se tourner vers la mise en scène et la réalisation, poussé par l’envie de créer par lui-même. « Ce qui me tient à cœur, c’est de raconter des histoires. » Plus qu’une solide formation, qui lui fait découvrir les arcanes de la réalisation, il va gagner sur les bancs de l’école l’apprentissage de l’exigence. Il effectue ainsi ses premiers pas de cinéaste avec Les poings serrés, un premier court métrage écrit et réalisé dans le cadre de sa troisième année d’études. Le petit film de 6 min fait dans des conditions d’école, dans un temps très limité, évoque l’histoire d’une boxeuse : « Dans les vestiaires d’une arène, Sarah Nemetta, une boxeuse atteinte d’une maladie héréditaire qui lui fera perdre l’usage de ses jambes, se voit proposer une énorme somme d’argent contre sa défaite au second round. Elle souhaite l’accepter, mais son coach Mika va le pousser à se battre jusqu’au bout. » Le jeune réalisateur y teste sa patte artistique en exploitant des thèmes qui lui sont chers comme la boxe, tout d’abord, qu’il a beaucoup pratiqué durant sa jeunesse à Ajaccio, mais aussi des valeurs connexes que ce sport véhicule tels que le dépassement de soi, la volonté d’avancer malgré les coups, qu’il s’est intéressé à traiter. « Je trouve par ailleurs que la boxe est très cinématographique à filmer, avec de très belles images à faire des entraînements, des combats. Mais c’est aussi tout ce que ça apporte dans la vie, l’environnement social, tout ce qu’il y a autour qui est intéressant à traiter. Et puis ma rencontre avec mon actrice, Léopoldine Dauzier, qui jouait déjà dans Les poings serrés, qui est elle-même boxeuse et a en grande partie inspiré le personnage qu’elle incarne y est aussi pour beaucoup. » Sur la lancée de son apprentissage, il poursuit avec Nemetta, un second court métrage réalisé avec la même équipe dans des conditions professionnelles dans le cadre de sa dernière année d’études. Suite des Poings serrés, il a pu bénéficier pour sa réalisation de moyens techniques plus importants, qui lui ont permis d’aller plus loin narrativement sur le sujet. Plus long et plus élaboré, dit-il, il a pu ainsi avec Nemetta, approfondir les personnages et réaliser un film formellement plus grand et plus fort. Le film raconte l’histoire de Sarah Nemetta, une entraîneuse de boxe qui s’est blessée et qui comble sa frustration de ne plus boxer dans des combats de rues clandestins organisés par Sandro. Emma, l’une de ses élèves, va la suivre dans ses dérives. Sarah va-t-elle enseigner à son élève l’art noble de la boxe ou la violence de la rue ? Plus qu’un film de fin d’étude, ce court métrage représente en quelque sorte une note d’intention en vue de projets plus ambitieux dans le futur. Il aimerait bien en effet se faire remarquer en tant que réalisateur grâce à lui. Actuellement soumis à plusieurs festivals, Jean-Thomas espère que son film sera retenu pour y être présenté. Une étape indispensable pour le jeune réalisateur qui espère ainsi gagner en visibilité, et pouvoir rencontrer des partenaires potentiels, indispensables à la mise en œuvre d’un premier long métrage quireprendrait l’histoire de Nemetta. Une réalisation qui impliquerait la mise en œuvre de moyens nettement plus importants et de fait la nécessité de répondre à un besoin de financement. « C’est mon souhait le plus cher et j’aimerais partager cette aventure avec la même équipe. » Un réseau de collaborateurs et amis avec lesquels il aimerait continuer son chemin. Jamais loin des plateaux, il travaille régulièrement en tant que technicien, qui lui permet de toujours mieux approfondir sa connaissance de l’univers de la réalisation. Ainsi, entre exigence artistique et soif de reconnaissance, le jeune cinéaste construit pas à pas son parcours qui le mènera, il espère, à pouvoir vivre un jour de sa passion.   VALURIZÀ I SCARTI DI TRASCELTA DI A FILIERA DI L’AGRUMI NUSTRALI, ECCU U SO SCOPU. STALLATU IN PIAGHJA URIENTALE, SI STRUTTUREGHJA L’ATELLU CORSU FRUTTI È LEGUMI. HÈ PURTATU DA DUIE URGANIZAZIONI CUMPIGLIENDU INSEME 100 PRUDUTTORI, TRÀ L’OPAC È AGRUCORSE, ASSUCIATE DINÒ À L’INDUSTRIALE RUPTA 576. HÀ LANCIATU L’IMPRESA A SO PROPRIA MARCA DI BEIENDE È DI SUCHJI CHJAMATI « LA CORSICA ». UN’ANDATURA GIRATA VERSU U RICICULU È CONTR’À U GUASTIZIU. CI LA FACE À SALVÀ TUTTI L’ANNI PIÙ DI 2 000 TUNNELLATE D’AGRUMI DI I QUALI ÙN LI PERMETTIANU L’ESTETICU È A CALIBRERA UNA VENDITA IND’A GRANDE DISTRIBUZIONE. PER SAPÈ NE DI PIÙ NANT’À STU PRUGETTU MAIÒ, SIMU ANDATI À U SCUNTRÀ DI JEAN-DOMINIQUE VALENTINI, DIRETTORE DI L’ATELLU CORSU FRUTTI È LEGUMI.   Propos recueillis par Petru Altiani     Jean-Dominique Valentini, qu’est-ce qui a présidé à la création de l’Atelier Corse Fruits et Légumes ? L’Atelier Corse Fruits et Légumes est juridiquement né en avril 2021. Ceci dit, nous avons en 2018 commencé l’activité de transformation pour apporter au marché la meilleure expression du terroir corse dans des produits transformés et des ingrédients. Quel a été votre parcours à ce jour ? Nous avons eu, dès le début, une excellente réceptivité du marché qui se caractérise par une volonté pour les acteurs de l’agro-industrie française de se sourcer sur des filières françaises. Nous sommes passés d’une dizaine de tonnes de produits transformés à plus de 1 000 tonnes, trois ans après.   Votre usine modèle est-elle un projet fédérateur ? Nous sommes particulièrement contents de fédérer des producteurs et des organisations de producteurs autour de l’Atelier Corse qui coche toutes les cases des enjeux actuels de résilience alimentaire, d’économie circulaire, de diminution de nos impacts environnementaux et la création de la valeur sur le territoire. C’est très important que l’on puisse créer et partager la valeur sur le territoire et notamment aux racines de la filière et pour cela nous rapatrions notre outil de transformation sur la Corse.   Où en êtes-vous de la réalisation de ce projet ? Où l’usine est-elle implantée et quand sera-t-elle opérationnelle ? Avec quels équipements ? Nous avons débuté les travaux en septembre, sur un terrain localisé sur la commune de Linguizzetta. Sur une surface de 2 500 m2, la structure prévoit des espaces de transformation, de surgélation et de stockage. La prévision d’achèvement des travaux est pour janvier 2023. Le choix d’utiliser des technologies autour du froid et de la surgélation nous permet de garder un maximum d’authenticité. Nous voulons apporter aux clients le goût du fruit dans son état originel.   Sur quel partenariat avez-vous pu vous appuyer ? Je pense que notre projet s’inscrit pleinement dans une stratégie nationale pour répondre à l’évolution de la demande des Français pour des produits transformés locaux. Pour cela, nous avons trouvé un fort écho auprès de l’administration publique notamment la préfecture et ses services, mais aussi de la région Corse par le biais de l’Odarc, qui nous soutient financièrement, afin de développer la croissance et la compétitivité de la filière fruits et légumes de Corse dans la perspective d’une économie à faible impact environnemental et durable. Et encore auprès de la municipalité de Linguizzetta qui, dès la première heure, à accompagner notre projet.   Valoriser les écarts de tri, c’est-à-dire utiliser les fruits qui devaient finir à la poubelle, c’est un vrai enjeu économique et écologique pour un producteur comme vous ? Valoriser les surplus, les invendus, les écarts de tri des chaînes, ce qui, d’une part, évite le gaspillage et, d’autre part, apporte un revenu supplémentaire aux producteurs. Oui c’est un vrai enjeu, pour un producteur comme moi, mais plus encore pour une planète qui doit trouver un nouveau modèle de développement et si d’une manière ou d’une autre nous pouvons diminuer notre impact négatif, c’est déjà une avancée.   Chaque année, combien représentaient en chiffres ces fruits moches ou mal calibrés dans votre production ? Si nous prenons comme référence la filière agrumicole corse et en fonction des saisons, nous avons de 15 à 20% d’écart de production. Cela représente autour de 6 000 tonnes de fruits. Pour quelles raisons avez-vous également une reconnaissance en travaillant avec les plus grands de l’agroalimentaire français et mondial comme Danone et Andros ? Nous sommes passionnés dans ce que nous faisons et surtout le fait d’affirmer notre identité corse. Pas pour dire que nous sommes meilleurs ou pires qu’une autre, mais que nous sommes différents et cette différence nous voulons la partager. Oui, nous avons pu mettre en valeur notre terroir corse avec des marques nationales, notamment dans des laits à boire et des yaourts, mais la passion et le partage de notre terroir on les retrouve aussi auprès de produits d’artisans et d’entreprises locales qui subliment nos produits.   Quels sont vos projets ? Maintenant, toute l’énergie est allouée à faire que l’Atelier Corse site de Linguizzetta soit prêt en janvier. Après, on verra, je peux vous dire qu’il ne manque pas d’idée et de volonté !     Savoir + www.ateliercorse.fr Cette semaine, Caroline Ettori accueille Michel Barat et Laurent Dominati pour débattre de l’actualité insulaire.

À peine quelques fractions de seconde. Dans une situation de grand stress, tout peut basculer et c’est précisément ce moment suspendu et les décisions prises dans ce laps de temps par les professionnels de lenvironnement et de la sécurité que l’Université de Corse et la T3 Team vont étudier. Des choix qui, sur le terrain, peuvent s’avérer capitaux.

C’est un projet très particulier qui mûrit depuis maintenant plusieurs mois au sein de la FRES, la Fédération de Recherche Environnement et Société de l’université de Corse, dirigée par Don Mathieu Santini. Un projet atypique, transdisciplinaire initié par la T3 Team Tactical Training et soutenu par Jean-Louis Rossi, maître de conférences à l’université, spécialiste des feux de forêts et du risque incendie qui revient sur ce programme : « Il s’agit de traiter de la capacité à prendre des décisions sous stress avancé ou mal géré. Le but est de tester scientifiquement une méthode que les instructeurs de la T3 Team en tant que professionnels du risque ont développé pour voir s’il existe une corrélation entre capacité physique, répétition des gestes et stress. L’objet est de l’appliquer à deux corps de métier : les pompiers et les forces de l’ordre. Cette étude aura un impact fort en local d’autant plus que nous serons accompagnés par les opérationnels des SDIS 2A, 2B et le CNFPT. »

Les jambes… mais surtout la tête

Jean-Paul Jauffret est instructeur et expert international en krav maga. Depuis 24 ans, en tant que spécialiste de la protection rapprochée et consultant tactique pour la police, l’armée et la lutte contre le terrorisme, Jean-Paul forme les différents corps des forces de l’ordre tels que le 2e Régiment étranger de parachutistes de Calvi ou encore la police municipale d’Ajaccio.

Passé par Israël, le Canada et les États-Unis, ce professionnel de la sécurité s’appuie sur le krav maga pour optimiser ses entraînements. « Le krav maga n’est pas un art martial, c’est un système dont le principal objectif est l’efficacité. Créé pour l’armée, il s’est par la suite étendu au civil comme une technique de combat pour tout ce qui peut arriver dans la rue. Il n’y a pas de règle, pas de limite. Entre l’autodéfense et le combat, c’est plus un combat. L’aspect psychologique est aussi fondamental. Nous ne sommes pas habitués à la violence. On nous a appris que socialement, la violence n’est pas acceptable. Pourtant, il peut nous arriver d’y être confronté, il faut dans ce cas savoir comment réagir.  Pour moi, l’anticipation est la clé. Quand psychologiquement on est prêt, on peut enclencher la désescalade et l’agresseur aura moins de chance de prendre le dessus. »

C’est justement cet aspect, plus psychologique, plus cérébral du krav maga qui poussera Jean-Paul Jauffret a entamé une démarche scientifique. L’instructeur n’en est pas à son coup d’essai. « J’ai collaboré avec la New York University et les forces de l’ordre autour du coup de poing. En cas d’altercation, le policier n’a pas un round de trois minutes comme en boxe pour maîtriser son assaillant. Il ne dispose souvent que d’un seul coup. Nous avons travaillé sur la meilleure façon de l’asséner sous stress et sous contrainte. »

Bien sûr, les armes à feu font également partie de la réflexion de l’instructeur. Elles font partie intégrantes de l’environnement et de l’équipement des forces de l’ordre mais s’en servir n’est jamais anodin : « Le policier qui pense utiliser son arme, pense aussi au danger quil affronte, à la loi, à sa famille, aux conséquences administratives, à une peine de prison éventuelle, à sa vie, à la vie de la personne ou des personnes en face de lui. En moins d’une seconde, que doit-il faire ? Quelle est la bonne décision à prendre ? »

Les forces de l’ordre ne sont pas les seules concernées par ce type de questionnement ou plutôt cette avalanche de questions : « Une situation de stress intense, une décision qui peut s’avérer décisive, vitale, c’est aussi le quotidien des chirurgiens, des médecins urgentistes ou encore des pompiers. Il faut savoir maîtriser ses émotions pour pouvoir faire son métier correctement. Et quel est le meilleur entraînement pour y arriver ? »

Un entraînement hors norme

Cette question est au cœur de la recherche présentée à l’université de Corse. « La T3 Team a mis en place une méthode empirique et l’Université apportera son expertise scientifique pour confirmer ou infirmer ce protocole », souligne Jean-Louis Rossi. Un programme qui pourrait à termes intégrer les centres de formation des pompiers et du CNFPT. Un travail de longue haleine débuté il y a un peu plus d’un an et où si peu sera laissé au hasard. « Les premières discussions remontent à 18 mois. Jean-Paul Jauffret et son associé Stéphane Chatton étaient déjà en contact avec les Canadiens sur ces problématiques mais préféraient que le projet prenne corps ici, en Corse. J’en ai parlé à Don Mathieu Santini, directeur de la FRES qui s’est tout de suite montré intéressé voire intrigué : comment le krav maga pouvait intégrer une recherche universitaire ? Les discussions, passionnantes, se sont poursuivies avec la T3 Team, et très vite nous avons parlé des feux de forêts, des feux de fortes puissances et des moyens de lutte contre ces incendies. Le rapprochement entre entraînement physique, préparation psychologique et prise de décision s’est fait naturellement. » Le projet d’étude est alors validé par l’université et sera porté via une thèse par le commandant du SDIS 2B en charge de la formation Frédéric-Antoine Santoni.

Plus largement, l’objectif de cette étude est d’établir une base commune de gestion de stress et la spécialiser en fonction des besoins notamment pour les forces de l’ordre. « Pour élaborer ce socle commun, chacun fera sa partie : technique, médicale, intelligence artificielle, la partie psychologique sera assurée par un professeur de Montpellier. Tout sera décortiqué : le stress, le pouls, les réactions… », précise Jean-Louis Rossi. Une étude transversale, lauréate du prix PaolInnov 2.0 et qui s’étirera sur cinq ans. « Si cette méthode non conventionnelle est validée, nous pourrons la faire breveter et décliner les situations auxquelles les professionnels de terrain sont confrontés. »

« Chaque pas sera bénéfique », assure Jean-Paul Jauffret. Nous avons déjà rédigé des scenarii de stress qui seront testés sur des professionnels expérimentés et d’autres non expérimentés. Les vidéos et questionnaires seront analysés par des psychologues et chercheurs. Cela permettra de créer un simulateur et un parcours scientifique. Encore une fois, nous sommes persuadés que nos techniques d’entraînement sont efficaces, ce sera l’occasion de le prouver. » Et pourquoi pas d’imposer l’université de Corse comme un acteur majeur de la sécurité en Méditerranée.

Premier rappeur bilingue français et corse, l’artiste ACP nous offre en cette rentrée un nouvel album et un nouveau clip à découvrir sans tarder. Après un premier album intitulé « Chjama » sorti en 2020 qui faisait déjà preuve d’un éclectisme et d’une capacité artistique inédite de grande qualité, le rappeur corse ACP – de son vrai nom Anthoni Conti a sorti fin septembre un nouvel album intitulé « Rispondi ».   Composé de 15 titres dont 1 bonus, l’artiste corse a mis à profit les deux ans qui ont séparé « Rispondi » du premier album « Chjama », pour aiguiser ses lyrics et nous revenir avec un rap encore plus tranchant et percutant. Il confirme avec ce deuxième album son ascension, avec un rap corse, vrai et authentique prêt à se frotter aux autres scènes sans complexes.   Un nouvel album qui coïncide avec la sortie du clip du titre Populu, cofinancé par la Collectivité de Corse. Issu de son deuxième album, Populu se veut être une élévation lyrique et visuelle sublimant la beauté de la montagne et des villages, et plaidoyer pour la reconnaissance du peuple corse.   De Tralonca à Venzulascu , en passant par Corti , Ponte Novu , Rusazia , Lama , Loretu-di-Casinca, Sant’Antoninu, ACP se distingue par un texte fort et mobilisateur empreint de fierté et de valeurs. Mêlant rap et paghjella, il porte haut et loin des valeurs universelles et l’amour de sa terre.   Album  » et Clip disponible sur https://li.sten.to/rispondi         Si vous deviez décrire votre dernier album en deux mots ? Un album mélodieusement entraînant et percutant. Les thèmes qui vous inspirent ? L’humanité et la société. Les musiques qui vous font vibrer ? Sting « Shape of my Heart » ; Mobb Deep « Survival of the Fittest » ; I Surghjenti « Fora di » ; Diana di l’Alba « Sartè » ; Francis Cabrel « Les murs de poussière ».   Votre meilleur souvenir musical ? Carmen « Time To Move » – Louise Attaque « J’t’emmène au vent ». Une rencontre qui vous a marqué ? Il n’y a aucune rencontre qui m’a réellement marqué. Ce qui m’a surtout marqué c’est les grandes qualités et aussi les grands défauts de l’humain. J’ai appris beaucoup de choses et malgré que l’on ne vive qu’une fois, on ne peut pas se permettre de tout laisser passer car l’honneur et la dignité ne s’achètent pas. Ne surtout jamais oublier de vivre d’amour et de joie, c’est le plus important. Un lieu qui vous ressemble ?  La montagne. Le casting d’un dîner idéal chez vous ? Etchebest et Maïté en cuisine, Cyril Lignac en train de préparer le dessert. En attendant leur bonne création, Eddie Murphy, Jean-Claude Van Damme, Alain Delon, Éric Cantona, Florence Foresti et moi-même en train de leur lancer des macagna. Vos autres passions en dehors de la musique ? Le sport en général (natation, boxe, rugby, foot…). Votre madeleine de Proust ? L’odeur du maquis un matin de printemps.    

« Repérer, protéger accompagner ». À travers la première édition de l’Agora de la Santé, l’ARS de Corse a organisé tout au long du mois d’octobre, sur l’ensemble du territoire, une série d’événements autour d’un thème cruellement d’actualité : les violences et leurs conséquences sur la santé.

Par Caroline Ettori

Un mois pour ouvrir le dialogue, un espace de réflexion, croiser les regards et pourquoi pas, changer les choses. Violences faites aux femmes, violences conjugales, enfants maltraités, cyber-harcèlement, agressions sexuelles, discriminations, homophobie… Parce que la violence, ou plutôt, les violences touchent toutes les couches de la société, parce quelles affectent nos vies, à lécole ou en famille, dans les établissements de santé, au sein des entreprises, dans la rue ou sur les réseaux sociaux ; parce quelles sexercent tant sur des individus isolés que sur des groupes, elles génèrent de multiples dommages physiques et psychologiques, voire des traumatismes. Elles constituent un facteur de risque de maladies, daddictions, de suicide et une menace pour la cohésion sociale. Phénomène pluriel redéfini par la transformation des normes morales et sociales, pas un jour ne passe sans qu’une forme de violences ne fasse la une des médias gonflant un peu plus le nombre de victimes. En octobre, le site féminicides.fr dénombrait 89 décès. La dernière victime connue, une jeune femme de 23 ans poignardée par son ex-compagnon, à Ajaccio.

En octobre, le site féminicides.fr dénombrait 89 décès. La dernière victime connue, une jeune femme de 23 ans poignardée par son ex-compagnon, à Ajaccio.

 

En Corse, même combat

La Corse, comme les autres territoires, n’est pas épargnée. En témoignent les fortes mobilisations sociales et féministes de ces dernières années à l’image des I Was Corsica et Zitelle in Zerga dénonçant les violences sexuelles et sexistes, le nombre des enfants signalés auprès des services spécialisés, laugmentation sensible du nombre de dépôts de plaintes pour violences conjugales, les violences économiques en lien avec la précarité et la pauvreté. Désormais reconnue comme un enjeu de santé publique, la violence fait l’objet d’une lutte alliant dispositifs institutionnels et initiatives associatives. L’enjeu ? Favoriser les échanges danalyses et de pratiques pour mieux comprendre ces violences, leur impact sur la santé et agir ensemble pour les prévenir et accompagner les victimes.

La santé ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. La société doit s’emparer des questions liées aux violences dans une approche complexe et contextualisée.

Ainsi, l’ARS de Corse a souhaité réunir un ensemble de partenaires autour de limpact des violences sur la santé. Conférences, tables rondes, projections de films, rencontres destinées aux acteurs institutionnels, professionnels et bénévoles ont rythmé ce mois d’octobre. Une mobilisation des mondes de la santé, de l’éducation, de la justice, de la sécurité, de la protection de la jeunesse, du médico-social, du social dans l’objectif de réfléchir, débattre et agir contre ces violences.

« Penser ensemble » violences et santé

Car « penser ensemble » violences et santé, c’est reconnaître l’impact de ces violences sur la santé, telle que définie par l’OMS comme un état complet de bien-être physique, mental et social. En ce sens, la santé ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. La société doit s’emparer des questions liées aux violences dans une approche complexe et contextualisée qui nécessite de confronter découverte théorique et exploration pratique, sur les plans sanitaires, des sciences humaines et sociales et à laune des expériences professionnelles.

Une démarche ambitieuse qui vise à cerner les violences dans leurs multiples expressions afin de repérer, accompagner et proposer des soins aux victimes et aux auteurs de violences.

Grâce à ces angles dapproche et ces savoirs différents, grâce aussi aux dispositifs issus des institutions comme aux expériences associatives en cours, lAgora de la Santé a souhaité réunir et fédérer l’ensemble des acteurs pour une coopération active, capable d’orchestrer une prévention efficace et une riposte effective contre les violences.

Cette semaine, Caroline Ettori accueille Michel Barat, Laurent Dominati et François Casasoprana pour débattre de l’actualité insulaire.

Arnesi novi, numerich, dizziunari

 

 

Depuis que les dictionnaires des langues existent, il suffisait d’en ouvrir un pour chercher un mot dans une autre langue et connaître la traduction. Ou aujourd’hui taper dans un moteur de recherches via un ordinateur avec des traducteurs disponibles en version numériques. Ou encore par le truchement des applications sur nos smartphones, comme celui de l’Adecec et son célèbre Infcor, banque de données. Et aussi de Parlami Corsu instauré par la ville d’Aiacciu.

 

Par Vannina Angelini-Buresi

Soyons sérieux et objectifs : chercher des mots et les trouver ne permet pas de savoir sexprimer et encore moins de pouvoir communiquer, en revanche cela permet dacquérir du vocabulaire mais il faut savoir faire des phrases. L’école ne suffit pas non plus et si on est adulte ? Comment fait-on pour apprendre une langue ? Il ny a pas d’âge pour cela et encore moins aujourdhui avec tous les dispositifs mis en place…

Proposer des dictionnaires et des traductions, cest très bien et surtout très utile, mais créer des espaces où lon peut apprendre de façon ludique et moins scolaire pour ainsi dire en immersion, est à présent accessible à tous. De nombreux lieux accueillent du public, avec des intervenants, des animateurs dateliers et des professeurs de langue, qui se mettent à la portée de chacun, pour lapprentissage dune langue qui devient alors plus concret. Lorsquon décide dapprendre une langue, le but étant de pouvoir sen servir au quotidien si besoin ! Et pouvoir communiquer en société.

Avec ces nouveaux espaces, il est possible de se réunir et échanger en lingua corsa, cela favorise son usage, comme en Cismonte avec Pratica Lingua et A Casa di a lingua AIO qui proposent différents cours et ateliers, ou plus récemment à Aiacciu Passioni Associu, rue de lAssomption ou lAttellu CRALC (Cuncolta pè u Riacquistu di a lingua Corsa) qui suggèrent des moments partagés uniquement en langue corse à lAttellu de théâtre de Livia Stromboni.

Une floraison de méthodes

Des cours sont dispensés depuis plus longtemps à Locu teatrale et à Filu dAmparera où lon a la possibilité de participer à des ateliers pour adultes et pour enfants via le théâtre, le chant, la musique et autres et assister à de véritables cours aussi. Des espaces dédiés aux quatre coins de l’île comme à A Scola di Zia Peppe à Purtivechju qui organise entre autres des stages et des ateliers. Là, autour dune table ou encore par le biais dun loisir ou dune passion on peut pratiquer la langue. Mieux, si on ne peut pas ou on n’a pas le temps de se déplacer, il est possible dapprendre et de se familiariser à distance. Depuis peu, en effet, le numérique est en pleine expansion avec toujours de nombreux ateliers et cours en langue corse qui sont notamment accessibles en visioconférence.

Ainsi, Aiò a Casa di a Lingua qui poursuit ses moments d’échanges en présentiel sur différents sites comme celui de Baleone, le Valincu, en FiumOrbu, et un nouveau site sur Aiacciu, boulevard Louis Campi, sadresse au plus grand nombre en proposant les mêmes contenus en ligne avec A Casa Numerica. Ce qui permet aux Corses, non Corses et ceux qui ne peuvent pas se déplacer (continent, étranger et même dans les régions de l’île les plus reculées), de bénéficier de ces moments dapprentissage. Des conférences en plein air et traduites en simultané en français ont été organisées en sortie de Covid, après le confinement. Cycle de conférence et journées en immersion prévus dans toute la Corse sont chaque année organisés.

 

Offre sans cesse enrichie

Des initiatives s’adressant aux enfants et adultes, débutants et confirmés. Une ambiance immersive en présentiel, comme en ligne, pour conserver un des aspects les plus cruciaux. Sa finalité ? Maintenir voire recréer le lien social y compris et surtout pour ceux qui justement résident dans le rural, dans certains villages parfois isolés. Ces rendez-vous d’une à deux fois par semaine leur permettent de se retrouver autour de thématiques bien définies et in lingua nustrale et pouvoir ainsi échanger. Cela concerne tous les publics, adultes en activité, retraités et enseignants qui désirent passer lhabilitation en langue corse, puisque des cours spécifiques leur sont également proposés.

La direction dAflokkat, qui abrite A Casa di a Lingua Aiò et son directeur Gilbert Reboli réfléchissent et repensent sans cesse le catalogue proposé, en sadaptant aux horaires demandés et aux activités adaptées. Ainsi chacun peut y trouver ce qui lui convient le mieux.

Une autre méthode a vu le jour dernièrement en Corse, elle est complètement immersive, cest la méthode SLT de Stéphane Bassani qui permet dapprendre à parler le corse, et même dautres langues, en quelques mois avec des cours particuliers. Ce procédé consiste à communiquer par téléphone avec des corsophones sur nimporte quel sujet.

Ces différents moyens de transmission permettent à la langue enseignée, de façon pédagogique et scolaire, de passer de la langue objet à celle d’outil de communication !

Remettre la langue corse au cœur de la transmission, cest aussi le pari du Sirviziu di a Lingua Corsa di a merria dAiacciu.

Christophe Mondoloni, élu en charge de la langue et la culture corses de la ville dAiacciu, a également porté avec sa double casquette la charge du numérique de la Ville, avec ses services évidemment, le projet de réactualiser le site et lapplication dédiés à la langue corse « Parlami Corsu ». Avec en filigrane, la volonté affichée de le rendre plus adapté aux besoins. Objectivement, ce pari est plutôt bien réussi.

À destination des familles

Le site et lapplication « Parlami Corsu » étaient devenus obsolètes, ils avaient été crées en 2011 par le service de A Lingua Corsa dAiacciu. Il a été repensé avec une nouvelle application, car à sa création, il était essentiellement tourné vers E ciucciaghje. Aujourd’hui, il s’adresse sans exclusive aux familles.

Par ailleurs, un dictionnaire est toujours accessible avec 35 000 mots. Il est réactualisé régulièrement en fonction des recherches par le service lingua Corsa de la ville dAiacciu, avec un « cunghjucatore » qui propose 900 verbes conjugués. Un site évolutif, nourri en permanence, « les familles peuvent sen servir également pour aider leurs enfants à leurs devoirs, dernièrement un père me confiait qu’il avait visionné une vidéo en ligne sur le site, sur le château de la Punta pour aider sa fille qui avait une recherche à faire », se félicite Christophe Mondoloni.

En corollaire, les maisons de productions telles que Novita Prod, Intirvista Prod la chaîne ViaStella et la radio RCFM permettent gracieusement de diffuser leurs émissions culturelles en langue corse. Le site Canopé diffuse leurs contenus vidéo sur lhistoire de la ville et ses sites patrimoniaux. De nombreux podcasts audio et vidéo sur lhistoire, le patrimoine, la cuisine et la culture, sont présents sous différents onglets.

Radio, télé et Éducation nationale ont contribué à sa réalisation. Une plateforme innovante avec une nouvelle application à télécharger depuis le 17 septembre et disponible via nos smartphones.

Cette plateforme sattache aussi à se réapproprier la mémoire de la ville avec la mise en ligne du livre de Roger Miniconi de A Parlata Aiaccina.

Concrètement ? Des heures denregistrement podcastées issues dune enquête orale sur la mémoire des anciens de la ville aujourdhui pour certains disparus. Ils racontent le mode de vie dans certains quartiers, et ouvrent une page di à vita citadina di tandu. Seront également bientôt disponibles des jeux et un quizz qui variera tous les mois avec un nouvel onglet Storia, issus des émissions podcastées de RCFM.

Briser la spirale

Induve pudemu amparà à parlà corsu ? Voilà une question récurrente qui est posée au service de la Ville dAiacciu. Celui-ci renseigne évidemment et systématiquement sur les espaces déjà en place et qui allient facilité d’accès et efficience. L’élu en charge de la langue a décidé de d’enrichir dès l’an prochain le site en rajoutant un onglet « Scola ». Il dispensera un cours de langue sur des leçons enregistrées dans une salle de classe.

Le site « Parlami Corsu », loin d’être figé, est évolutif à souhait. Répondant en permanence à des besoins et des demandes. Résultat ? Depuis le 17 septembre, le site a considérablement augmenté ses visites et lapplication a également eu des téléchargements records ! Les ressources disponibles, qu’elles soient sonores ou visuelles, enrichissent le site pour cultiver et amplifier son offre. Avec notamment des cours gratuits de langue bientôt opérationnels.

Un constat s’impose. La langue recule dans les foyers et au sein de la société alors que tous les moyens sont mis en œuvre de la part des différents services dédiés à la langue corse par les différentes collectivités quelles soient municipale ou territoriale.

Ces dispositifs sont à présent à la portée de tous grâce à des associations et des centres de formations qui œuvrent pour proposer des activités innovantes à travers desquelles la transmission sera assurée.

 

Luce di sperenza

Spirale inévitable de l’étiolement du parler nustrale malgré les prestations diverses et variées qui en permettent l’apprentissage ? Le croire équivaudrait à verser dans le fatalisme source de renoncement d’un ciment qui forge l’identité et le particularisme.

Et pourtant… Una luce di sperenza schiarisce ogni volta chellu ci hè un prughjettu realisatu, avà tocca à tutti dimpegnassi è di fà u sforzu chì sellu sì vole sì pò, basta à vulella chì torna una volta i mezzi è i spazzii ci sò…