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Implacable constat. De nombreuses microrégions risquent de manquer d’eau. Restrictions. Interdictions.Alertes préfectorales. Éleveurs et agriculteurs soumis à la portion congrue. Handicap d’une saison estivale où l’offre seranotoirement insuffisante.Tous les voyants sont au rouge. Mais accuser le réchauffement climatique comme unique cause de cette pénurie équivaut à ne pas évoquer les erreurs stratégiques passées pour capter et retenir les précipitations dont l’essentiel se perd dans la mer.

Par Jean Poletti

À en croire certains spécialistes, la Corse serait désormais abonnée aux filets d’eau des robinets. Ou aux entraves de la consommation domestique et professionnelle. Nul n’infirme que le climat soit étranger à cette situation. Personne ne réfute l’idée que le réchauffement dénature le cycle de la pluviométrie. Rares sont les voix qui n’en appellent à la parcimonie et au partage d’une richesse naturelle qui se raréfie. Il n’empêche ces explications, pour acceptables qu’elles fussent, oublient que notre île n’est pas dans une situation similaire à celles que rencontrent certaines contrées africaines ou la pluie relève de l’exception. En forçant le trait, ici nous sommes aux antipodes du désert de Gobi. Aussi s’engoncer dans le fatalisme et clamer que cette situation est inéluctable et sans parade relève d’un défaitisme, sinon coupable à tout le moins complice. Les chiffres sont têtus.

Ils battent en brèche la doxa ambiante qui confine à l’impuissance. Chez nous d’une année, l’autre, les précipitations oscillent autour de huit milliards de mètres cubes. La moitié s’infiltre dans le sol. Nul besoin d’être grand spécialiste des équations pour avancer qu’environ quatre milliards sont théoriquement disponibles. Des études montrent en corollaire que trois ou quatre pour cent sont dévolus à l’usage domestique. Et moins d’une centaine de millions utilisés pour la production hydroélectrique. Le reste, soit l’essentiel ou presque, de cette manne céleste se perd dans la mer. Gâchis énorme. Potentiel inutilisable. Richesse stérilisée. Voilà le tableau limpide comme l’eau de source. Selon le célèbre mot de Talleyrand ne pas l’admettre est d’avantage qu’une faute, une erreur.

L’EXEMPLE DE LA SARDAIGNE

Sans remuer le couteau dans la plaie, l’équité commande à dire et souligner que depuis trop longtemps cette problématique ne fut pas anticipée. Tant que les besoins étaient satisfaits, nul ne se préoccupa véritablement d’optimiser et de rentabiliser cette richesse gratuite et osons dire abondante. Qu’elle finisse sa course dans la grande bleue n’interrogeait à l’époque personne ou presque. Désormais, il faut boire la coupe jusqu’à la lie. Le rouge est mis. L’alerte est sonnée. La mobilisation s’impose. Mais là aussi les divergences s’esquissent. Construire des barrages modestes mais en nombre? En édifier peu mais de grande envergure ? Transcendant les arguments des spécialistes et des décideurs politiques une évidence est prégnante. Elle a force de loi. La population n’a qu’une seule et unique préoccupation, celle de ne plus être limitée drastiquement à cause d’une absence de prospective, qui transforme en rareté ce que Jupiter fait tomber chez nous à profusion. Nous n’aurons pas la cruauté de rappeler que dans un passé pas si lointain la Corse avait émis l’idée de vendre son surplus d’eau à la Sardaigne qui en manquait cruellement. Depuis, tandis qu’ici on se reposait sur des lauriers abondement arrosés, là-bas des infrastructures nécessaires étaient réalisées afin de subvenir aux besoins. Révolution copernicienne, surréalisme apparent. En boutade synonyme d’échec patent, il n’est pas utopique de penser que l’île voisine propose à son tour de nous ravitailler Ce serait comme dirait l’autre: une histoire de l’eau de là. Vous avez dit volontarisme qui ici fait défaut et est doctrine ailleurs ? L’exemple d’Israël vaut exemple et leçon. En mémoire de la Shoah, ce pays planta six millions d’arbres dans le désert. Et actuellement les maraîchers font pousser leurs cultures sur des terres arides grâce à un procédé scientifique qui prévoit la quantité nécessaire d’irrigation. Ce pays est aussi parvenu à viabiliser de grandes orangeraies au cœur du Sinaï. À cet égard, une délégation insulaire s’y rendit pour observer des résultats. Et importer ces techniques qui font école en maints pays.

LE TEMPS DES DILEMMES

À l’aune des réalités, il est aisé de percevoir que le débat ne peut être circonscrit au simple constat actuel. Il convient, sans jeter de pavé dans la mare, d’indiquer que les hiatus actuels résultent en grande partie d’une inaction en amont afin d’avoir un horizon dégagé. Ergoter aujourd’hui et tirer des plans sur la comète consistant à partager un potentiel, réduit en maints endroits comme peau de chagrin, montre mieux que longs discours que firent défaut les nécessaires anticipations. Le déplorer ne suffit pas. L’immédiateté commande de faire face avec les moyens du bord. La solution miracle étant exclue, les traditionnels appels à la préservation des ressources devient seul et unique remède pour tenter d’éviter le point de non-retour. Ainsi en Haute-Corse, quelque cent trente-sept communes affichent un déficit hydrologique parfois supérieur à soixante pour cent des valeurs normales. Dans ce droit fil, il est indiqué que les ouvrages de stockage de l’Office d’équipement hydraulique offrent sur l’ensemble du département un taux de remplissage de soixante-treize pour cent. Soit vingt points de moins que l’an dernier à pareille époque. Sans verser dans l’énumération des chiffres, disons simplement pour fixer les esprits, que cela correspond à plus de six millions de mètres cubes. Les services de la préfecture avertissent sans atermoiement. Au regard de ces indicateurs présentant une fragilité significative et des prévisions météorologiques à venir «il convient de préserver les ressources en eau jusqu’à l’automne et la prochaine saison de recharge». La pressante incitation se double d’interdictions imposées par arrêté officiel. Ainsi depuis un mois les microrégions du Nebbiu, Plaine orientale et Cap Corse sont principalement concernées. Tandis qu’en maints autres lieux, arrosages des jardins, espaces arborés, lavages de véhicules et remplissages de piscines sont prohibés. Faisant preuve de responsabilité, le monde agricole a accepté d’instaurer des tours d’eau. Chaque filière observant un tour d’arrêt régulier de vingt-quatre heures.

CRAINTES DU CAP À BONIFACIO

Le tableau sans être identique est toutefois similaire en Corse-du- Sud. Pour l’heure moins touchée que le nord, les risques ne sont nullement exclus. Et les autorités en appellent à une «utilisation raisonnée et économe de l’eau dans une démarche de responsabilité collective ». Sans exclure des restrictions en cas d’aggravation qui n’est pas simple hypothèse d’école. Le constat est inquiétant. Dans ce département aussi il est constaté, à l’orée de la saison touristique, « une nette progression des volumes prélevés pour les usages humains, notamment pour la consommation d’eau potable». Exemple significatif, le volume prélevé en mai dernier s’avérait déjà deux fois plus important que celui de l’année écoulée à pareille époque dans le sud-est du département. Et une fois et demi dans le Pays ajaccien. Le salut ne devrait pas venir du ciel, étant entendu que Météo-France indique pour cet été un niveau de précipitations inférieur à la normale. Bref, sans prédire le pire, nul ne peut décemment l’écarter d’un revers de manche. D’ailleurs dans quelques jours le comité départemental des ressources en eau se réunira pour statuer. La décision? «Des mesures de restrictions seront prises si aucun ralentissement de la tendance de consommation n’est observé d’ici là. »

LES MAIRES SE MOBILISENT

L’Association des maires de Haute-Corse, que préside Ange-Pierre Vivoni, n’a pas (>>>)

La suite de cet article st à retrouver dans Paroles de Corse juillet/aout 2024 en vente ici

Par Caroline Ettori

Littérature, musique, théâtre, dégustations et expositions en tous genres, les acteurs culturels qu’ils soient publics, privés, associatifs proposent chaque été une offre renouvelée. Cette année n’échappera pas à la règle et le panel ne s’y trompe pas. Les personnes interrogées sont 67% à trouver le programme varié, et surtout, 72% en reconnaissent la qualité. Enfin 47% d’entre elles s’accordent pour dire que les prix restent raisonnables.

Pourtant, plus de la moitié du panel affirme qu’elle ne participera à aucun des événements proposés. Pour les plus motivés, la musique convainc 21% du panel, les visites culturelles recueillent 16% des suffrages devant le théâtre et les festivals littéraires qui gardent malgré tout leurs fidèles. Justement côté lecture, l’été semble être une saison propice à l’évasion entre les lignes. Ainsi 61% du panel déclarent lire plus en été que le reste de l’année alors que 33% ne changent rien à leurs habitudes livresques.

Sondage Exclusif Paroles de Corse – Opinion of Corsica – C2C Corse Toute reprise totale ou partielle doit impérativement utiliser la mention complète. Étude réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 505 habitants de Corse âgés de 18 ans et plus. L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d’agglomération et de département de résidence. Pour cette taille d’échantillon, la marge

Par Pascal Zagnoli, doctorant en sciences de gestion et du management à l’Unité Mixte de Recherche « Lieux, Identités, eSpaces, et Activités » et chargé d’enseignement à l’Université de Corse. 

Back side of Young Asian traveling women walking and looking in chatujak weekend walking street market in evening time at Bangkok, Thailand, traveler and tourist,walking street and food market concept

Aux prémices de la saison estivale reviennent les sempiternelles questions liées au tourisme, à notre volonté ou non d’en accueillir ou encore au modèle que nous souhaitons. Ces interrogations, qui peuvent paraître pertinentes, renvoient néanmoins à une forme d’incapacité pour une île, ses décideurs et ses habitants à faire face à un modèle économique basé de longue date sur cette activité. Nous allons donc essayer de faire un tour d’horizon de l’impact de ce secteur et de ses opportunités de développement. 

Le tourisme en chiffres

Les flux touristiques engendrés par la saison impliquent une forte hausse démographique dans notre île, qui compte environ 350 000 habitants hors saison, lorsqu’elle en accueille en moyenne 3,5 millions. Cet apport massif est quantifiable en valeur de dépense et se chiffrerait d’après l’Insee, à environ 39% d’un PIB estimé à 10 milliards d’euros. L’impact de ce secteur sur l’emploi est également important dans la mesure où environ 27 000 emplois sont issus du tourisme (dont un peu moins de la moitié est saisonnier). 

Un secteur transversal…

Pour comprendre réellement l’impact du tourisme sur l’île il faut avoir une vision globale. En effet, ce secteur économique doit être abordé de façon transversale tant il rayonne sur de nombreux secteurs d’activités. Le BTP, notamment, car le tourisme implique des investissements dans la construction bien sûr (hôtellerie, restauration, logements…) mais également dans les infrastructures publiques qui doivent se mettre à niveau : ports, aéroports, infrastructures routières, parkings, réseaux électriques et assainissements. Ces investissements viennent renforcer un peu plus la prépondérance du tourisme, ainsi que ses effets indirects en matière de recettes financières et fiscales. Le tourisme impacte également d’autres secteurs comme celui de l’agriculture et de l’agroalimentaire qui est sollicité pour fournir en produits locaux l’industrie, les hôtels et restaurants qui favorisent les circuits courts. En matière de transports, le tourisme joue un rôle considérable, sur les flux aériens et maritimes, mais pas que. Également sur les transports internes notamment en matière de location de voitures ce qui confronte parfois l’île et ses prestataires à des risques de pénurie. La culture, le patrimoine, les services, l’événementiel, etc., sont autant de secteurs qui en saison sont dopés par la présence touristique. En somme, le tourisme interagit et influe sur une variété de secteurs économiques et sociaux, créant ainsi un réseau d’interdépendances, des logiques de synergie, mais également des défis à résoudre ! 

…pour quels coûts ?

Aborder le tourisme et ses apports nécessite également de parler de l’impact plus négatif que celui-ci peut engendrer. Notamment du point de vue écologique sur nos lacs, nos sentiers, en montagne ou en mer. La présence de plusieurs millions de visiteurs renforce la menace qui plane sur nos écosystèmes, augmente les risques de pollutions et favorise la production de déchets. Dans une île incapable depuis 30 ans de maîtriser sa politique de collecte, de traitement et de valorisation des déchets, la saisonnalité de l’économie ne fait qu’aggraver ce phénomène. De mai à septembre, les collectivités locales doivent assurer et financer le traitement des déchets de plusieurs millions de résidents temporaires à moyens constants. Ce qui s’avère être une équation difficile à résoudre pour nombre d’entre elles… Le tourisme a également un impact sur les infrastructures de santé déjà en deçà des besoins attendus par la population résidente à l’année, ou encore sur les principaux axes routiers qui nécessitent d’être entretenus et rénovés entre chaque saison. Problématique encore plus prégnante : le logement. Le taux de logements vacants consacrés à de la location touristique est encore très important et impacte les Corses qui souhaitent se loger à l’année favorisant une rarification de l’offre et une hausse mécanique des prix. 

Vers un tourisme à développer…

À la conclusion de cet article, l’idée n’est donc pas de savoir si nous sommes pour ou contre le tourisme tant il est important dans notre économie, mais plutôt de réfléchir comment le développer ? En allant sans doute vers un modèle qui privilégie le qualitatif au quantitatif, et vers un tourisme plus durable basé sur d’autres ressources que le littoral. En Europe, de nombreuses initiatives touristiques fonctionnent autour de l’économie thermale ou encore de l’agrotourisme. Ce sont principalement deux pistes qui auraient du sens dans une île comme la nôtre et qui permettraient de développer de nouvelles activités en dehors de la seule saison estivale. Cela nécessiterait une réelle volonté des décideurs publics et les investissements dédiés en matière d’infrastructures et de politique de transports. Mais également d’être capable de flécher des lignes de transports destinées à des populations touristiques mieux ciblées et choisies. Une étude de 2022 de la banque mondiale nous indique que les populations ayant le plus fort pouvoir d’achat sont celles issues du nord de l’Europe. Or, actuellement, elles ne représentent qu’un taux marginal dans l’île. Travailler à un nouveau tourisme nécessite donc des choix en matière d’offres, de cibles mais également un volet formation qui devra y être consacré. En considérant le secteur touristique comme une véritable « industrie », il faut alors créer et penser des formations d’avenir pour former et développer les compétences des ressources humaines mobilisées. Pour ne plus considérer ces emplois comme de simples « jobs saisonniers » mais bel et bien comme des métiers, aux compétences reconnues et rémunérées, intégrés dans un écosystème global créant de la valeur ajoutée pour l’île. 

In cor’di a Tavagna 

DI A SO PASSIONE PER I CAVALLI NE HÀ FATTU U SO MISTIERU. OGNI GHJORNU, LAURA BERNARDINI BATTE I SO LOCHI DI TAVAGNA CH’ELLA FACE SCOPRE À TUTT’OGNUNU, TRÀ MARE È MONTI, MA SOPRATUTTU CÙ UN PIACÈ SENZ’ALTRU.

Par Petru Altiani

Chez Laura Bernardini, la passion équine se cultive au quotidien, les premières graines ont germé dès son plus jeune âge. « Toute petite, j’étais déjà attirée et émerveillée par les chevaux », explique-t-elle. Mon père en possédait, et moi, je les adorais déjà. À l’adolescence, j’ai eu la chance d’évoluer dans un ranch où j’ai tout appris, grâce au propriétaire qui était un vrai passionné et qui m’a beaucoup transmis. » Une expérience qui lui a permis de mettre le pied à l’étrier et susciter une véritable vocation. « J’ai d’abord travaillé dans un tout autre domaine, en milieu scolaire, mais je n’ai pas résisté longtemps avant de passer mon diplôme d’Accompagnatrice de Tourisme Équestre (ATE) avec pour projet de créer mon propre ranch, poursuit-elle. Après la naissance de ma fille, je me suis lancée dans cette folle aventure avec le soutien de mon compagnon et de mes proches. »

D’autant que cette réorientation professionnelle n’a pas été sans défis.

Un challenge très épanouissant

« J’ai pu passer le diplôme à Corte après 6 mois de formation, dit-elle. Ça n’a pas été facile tous les jours car j’ai dû jongler avec les trajets quotidiens, la nounou, le Covid, les chevaux, et les démarches liées à la création du ranch, mais ça a été un challenge très épanouissant. »

Le Ranch Tavagn’À Cavallu jouit d’une localisation idéale. « Il se situe à Talasani, au pied des chemins de randonnée. À partir du ranch, on peut aller aussi bien à la mer qu’à la montagne. C’était pour moi l’endroit parfait pour accompagner des balades. C’est aussi ma région, je suis originaire du village de Tagliu et il me tenait à cœur de la faire découvrir à travers ma passion pour l’équitation », précise la cheffe d’entreprise. L’organisation quotidienne du ranch est basée sur l’interaction aussi bien avec les animaux qu’avec une clientèle à la fois composée de locaux et de touristes. « En pleine saison, on commence par remplir les abreuvoirs et distribuer des granulés. Ensuite, on prodigue les soins aux chevaux si besoin. On les prépare, on accueille les clients, on fait un briefing, on les met en selle. De retour au ranch, on s’occupe des chevaux, soins, douche… On offre l’apéritif à nos cavaliers afin de partager un petit moment avec eux sur leur ressenti après la balade, détaille Laura. « Qu’ils soient débutants, amateurs ou confirmés, une personne seule, une famille ou un groupe d’amis, les balades sont accessibles à tous les niveaux et à tout âge. Quelle que soit la formule choisie, nous nous adaptons pour rendre ce moment des plus magiques et inoubliables. »

De la Costa Verde à la Castagniccia

Le parc de chevaux est diversifié et bien adapté au terrain local. « Nous avons commencé avec trois chevaux et aujourd’hui j’en ai une dizaine. Ce sont plutôt des chevaux polyvalents, robustes, au pied sûr. Nous avons des chevaux de race corse, quarter horse, paint horse, connemara, merens, et des chevaux onc », ajoute Laura qui ne ménage pas son temps ni ses efforts pour la gestion du ranch et ce, depuis le début. « Il faut être vraiment passionné et ne pas compter ses heures. Heureusement, lorsque je me suis lancée, à 25 ans, j’ai été énormément entourée et soutenue ; c’est encore le cas aujourd’hui. Le plus dur a été, au départ, de nettoyer les terrains abandonnés jonchés d’ordures et de ronces, rouvrir des sentiers et parfois même en créer », confie-t-elle. 

« Le projet qui me tient à cœur pour le ranch serait de développer les randonnées itinérantes de la Costa Verde à la Castagniccia »

Partenaires locaux 

« Pour développer notre activité, nous nous appuyons sur des partenariats locaux, notamment avec des fournisseurs d’aliments et de foin pour les chevaux tels que NB diffusion et Bastien Mattei, ce qui facilite la gestion quotidienne du ranch », indique la dynamique jeune femme, mettant en avant la coopération comme un pilier de sa stratégie de développement, comme en témoigne l’accompagnement de groupes effectué auprès des campings de la microrégion, le Village des îles, Albarella, Alba Serena, A Mucchiatana ou encore l’IGESA et le CCAS de Borgo. Elle qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « Le projet qui me tient à cœur pour le ranch serait de développer les randonnées itinérantes de la Costa Verde à la Castagniccia, offrant ainsi une expérience encore plus riche à notre clientèle », projette-t-elle. 

Promouvoir l’équitation 

Les sentiers préférés de Laura offrent non seulement un large panel de paysages de cartes postales, avec souvent des promenades au coucher de soleil, en bord de mer, mais aussi une invitation à découvrir les richesses de la région telle une fenêtre ouverte sur le patrimoine nustrale. 

Parmi les balades phares, le Monte di Tagliu (681 mètres d’altitude) ou encore le village abandonné de Fiuminale. Au-delà de sa profession d’éleveuse et de guide, Laura Bernardini contribue activement à la promotion de l’équitation en tant que moyen de connexion avec la nature et la culture. « C’est l’essence même de ma démarche », conclut-elle.

Contact. Ranch Tavagn’À Cavallu :

Tél. : 06 38 51 25 65

www.lacorseacheval.com

Sébastien Santucci dirige aujourd’hui l’agence AmHappy Corse, en charge d’accompagner les dirigeants d’entreprises dans la valorisation de leur marque employeur, de favoriser le pouvoir d’achat des salariés en Corse, mais aussi de nouer des partenariats locaux afin de contribuer au développement des commerces présents sur notre île. Cette activité peu connue en Corse permet aux salariés de TPE ou de PME de pouvoir accéder aux mêmes avantages que des salariés de grands groupes. Découverte.

Par Anne-Catherine Mendez

Quel est votre parcours ?

Diplômé en économie et gestion à l’Université de Corte, puis en Master Programme Grande École à SKEMA Business School, j’ai évolué pendant 10 ans à Paris, dans le domaine du marketing BtoB (business to business). Je m’y suis spécialisé dans la data et l’accompagnement des annonceurs pour déployer leur stratégie de prospection et la fidélisation de leurs clients. En tant que Directeur Clientèle, j’ai collaboré avec des annonceurs « grands comptes » comme Nespresso, Amazon Business, Edenred, Total… J’ai notamment acquis une forte expertise sur le marché des offres destinées aux CSE (Comité Social et Économique, anciennement appelés Comité d’entreprise) et autres instances représentatives du Personnel, avec comme portefeuille clients : Lindt, Disneyland Paris, Marionnaud, Fnac Darty… Ce sont mes collaborations avec Edenred (acteur majeur dans le secteur des titres restaurant, cadeaux…) ainsi qu’avec ces nombreux annonceurs souhaitant diffuser leurs offres auprès des CSE, qui m’ont poussé à me spécialiser dans les solutions d’avantages aux salariés.

Parlez-moi de votre nouvelle entreprise AmHappy :

AmHappy est une des solutions d’avantages les plus complètes du marché, qui permet d’apporter aux salariés des TPE-PME corses, le même niveau d’avantages que ceux offerts par les grandes entreprises. Cette solution peut aussi être utilisée par les CSE qui souhaitent faire rayonner leurs actions au sein de leur entreprise, grâce à des offres spécialement négociées pour eux.

Comment cela fonctionne ?

Le dirigeant (ou le CSE) souscrit à un abonnement à la plateforme AmHappy pour chacun de ses salariés, afin qu’ils puissent accéder à des offres remisées dans de nombreux secteurs comme la culture, les loisirs, les voyages, les grandes enseignes pour faire son shopping, etc. En règle générale, un adhérent qui utilise fréquemment les remises AmHappy pour ses achats du quotidien ou pour se faire plaisir, pourra économiser en moyenne 1 000€ par an. Pour aller plus loin et optimiser leur stratégie de rémunération, les entreprises pourront accorder à leurs salariés une subvention sous forme de « tirelire », sans charges sociales, qu’ils vont pouvoir dépenser dans le cadre des activités sociales et culturelles définies par l’URSSAF (sport, loisirs, vacances, service à la personne, etc.). AmHappy anime les budgets alloués aux salariés et les remboursements via son module intégré dans la plateforme.

AmHappy propose un accompagnement complet aux dirigeants d’entreprises corses souhaitant offrir des avantages attractifs à leurs salariés et renforcer leur marque employeur. Nous facilitons les commandes de divers avantages tels que les chèques cadeaux, les vacances, les CESU, les cartes restaurant, les prestations de santé, la prévoyance, l’épargne, ainsi que les paniers garnis, le tout à des tarifs avantageux.

Quels sont les avantages pour le salarié et le chef d’entreprise ?

Notre solution est destinée à faire le bonheur des salariés, puisqu’elle va leur permettre de se sentir valorisés dans leur travail et surtout d’augmenter considérablement leur pouvoir d’achat. Ils vont notamment pouvoir réduire leurs dépenses liées aux courses du quotidien grâce à nos partenariats avec les enseignes de la Grande Distribution (Carrefour, Leclerc, Auchan…). AmHappy permet donc aux dirigeants d’entreprises, d’offrir à leurs salariés un moyen concret pour favoriser leur niveau de vie.

Du point de vue des entreprises, il est indéniable que toute décision visant à offrir ces avantages engendre des coûts additionnels, nécessitant une planification budgétaire supplémentaire par rapport aux salaires. Cependant, les répercussions significatives qu’une telle initiative aura sur la vie de leurs employés garantissent un retour sur investissement certain, répondant à plusieurs problématiques cruciales. Pour les entreprises éprouvant des difficultés de recrutement ou envisageant d’augmenter leurs effectifs, l’introduction d’avantages novateurs jouera indéniablement en leur faveur lors du processus de sélection des candidats.Pour les entreprises confrontées à une rotation élevée de leur personnel, offrir ces solutions permettra aux employés de se sentir valorisés et donc plus enclins à rester au sein de l’entreprise sur le long terme. Pour celles cherchant à stimuler l’engagement de leurs équipes, ces avantages peuvent constituer une source de motivation supplémentaire, incitant les employés à donner le meilleur d’eux-mêmes. Enfin pour les structures désireuses d’améliorer la rémunération de leurs employés sans grever leurs ressources, l’option de solutions exemptes de charges sociales et économiquement viables s’offre à elles.


Comment est perçu ce type d’activité en Corse ?

Les avantages accordés aux salariés sont devenus un critère déterminant dans le choix de l’entreprise où ils souhaitent évoluer. 

Je pense donc que pour les salariés comme pour les dirigeants, la solution que je propose est forcément bien perçue. C’est d’ailleurs ce qui me plaît dans mon activité.

La Corse fait face à une situation particulièrement préoccupante en termes de pouvoir d’achat et d’inflation, avec des coûts plus élevés de 7% par rapport aux autres régions de province. Et ces surcoûts sont plus importants encore pour les produits alimentaires.

Certains profils parmi les plus vulnérables sont surreprésentés en Corse (les habitants du rural, les agriculteurs, les ménages modestes, les familles monoparentales…). Cela démontre bien l’importance de mettre en place ce type de solution pour nos salariés insulaires.

Quel est votre propre regard sur les entreprises en Corse ?

Je trouve que l’accès à la main-d’œuvre est de plus en plus difficile. Les entreprises doivent travailler encore plus sur leur attractivité. Les quatre bénéfices, que j’ai cités précédemment, sont connus. Cependant, je constate que beaucoup de dirigeants en Corse n’intègrent pas ce type de solution dans leur politique RH. Je ne pense pas qu’il s’agisse forcément d’un manque de volonté de leur part. Malheureusement, il leur arrive souvent de se sentir contraints de puiser dans leurs ressources, lorsqu’il est question de récompenser leurs salariés à leur juste valeur. Selon moi, en étant à l’écoute de ses salariés et en mettant en place des actions concrètes pour améliorer leur niveau de vie, l’employeur se place dans une démarche innovante et authentique. Il va ainsi créer une image attractive de son entreprise pour fidéliser ses collaborateurs et recruter de futurs talents, ce qui me paraît essentiel pour notre économie.

Quelle est votre plus grande fierté ?

En partant sur le continent pour poursuivre mes études, j’ai toujours souhaité à terme rentrer en Corse pour monter un projet qui me tenait à cœur. Je n’en suis qu’au commencement mais je suis fier d’œuvrer pour le pouvoir d’achat des salariés en Corse, tout en accompagnant les dirigeants d’entreprises dans la valorisation de leur marque employeur. De plus, dans le cadre du développement de l’offre AmHappy, je suis amené à nouer des partenariats avec des acteurs locaux afin de contribuer au développement des commerces présents sur notre île. Cette dimension locale était donc très importante pour moi au sein de ce projet.

Votre devise :

Je ne suis pas animé par une devise en particulier. Ce qui me porte dans la vie, ce sont mes amis et ma famille.

En revanche, nous avons une devise chez AmHappy, qui nous vient de Richard Branson et qui s’adresse aux dirigeants d’entreprises : « Prenez soin de vos employés, ils prendront soin de votre entreprise ». En général, si je me présente devant un dirigeant pour lui présenter la solution, c’est qu’il est déjà en accord avec cette devise et qu’il va dans la bonne direction.

Deux mois à peine après son ouverture, la Maison des Adolescents du Pays Ajaccien se veut un lieu ressource pour les jeunes et leurs familles. Là, ils peuvent se poser, échanger avec des professionnels de santé, être accompagnés dans leur envie de « mieux-être ». À leur rythme. Tout simplement. 

Par Caroline Ettori

Florent attend avec impatience sa prochaine séance de sophrologie. Depuis l’ouverture en avril dernier de la Maison des Adolescents à Ajaccio, le jeune homme, encouragé par sa mère, a choisi de s’adresser aux professionnels de cette nouvelle structure. Son problème : la gestion de la douleur. À 21 ans, Florent moniteur sportif spécialiste de VTT a subi quelques mauvaises chutes. Conséquences : son épaule et ses cervicales lui provoquent de sévères douleurs. Si les blessures ont été rapidement prises en charge, la douleur s’est installée, insupportable, l’empêchant de pratiquer toute activité physique intensive. « Le sport, c’est ma vie, une source d’épanouissement. Si je ne peux plus en faire, je ne peux pas être fier de moi, j’ai du mal à me reconnaître. » C’est dans cet état d’esprit que Florent décide de pousser la porte de la Maison des Adolescents. « J’avais un a priori positif sur la sophrologie mais les débuts ont été un peu compliqués. Quoiqu’il en soit j’ai ressenti très vite un mieux dans ma vie de tous les jours en dehors de ma blessure. »

Cet hyper sensible comme il se définit lui-même « se met beaucoup de pression au quotidien ». « On a travaillé plus largement sur ce qui me tracassait, éliminer les idées négatives par exemple. Ma blessure remonte à un an et cela a pesé sur ma santé physique et mentale. J’avais des ambitions, des objectifs que je n’ai pas pu atteindre. Même si c’est dur à admettre, il faut se concentrer sur le positif. Accepter que tout cela soit un mal pour un bien. »

Au cours de ces séances personnalisées, Florent parle de lui, travaille sur sa respiration, ses émotions pour retrouver un certain équilibre et se rendre compte du chemin parcouru, des progrès réalisés dans d’autres domaines. « J’espère que d’ici cet été, mon rétablissement sera complet mais je ne me mets pas la pression. Je suis maintenant auto-entrepreneur et je profite de ce temps de pause pour communiquer autour de mon activité, élaborer mes prestations et développer mon site Internet. Dès que je sens que lapression est trop lourde, je pratique certains exercices ou j’y pense simplement et ça va mieux. Ce n’est pas magique. Comme pour tout, il faut pratiquer pour que ça fonctionne. »

On se pose et on respire 

Psychologue formée à la sophrologie, c’est d’ailleurs à ce titre qu’elle intervient à la Maison des Adolescents, Marie-Ange Brunelli confirme. Si elle a accepté de s’engager dans cette nouvelle structure, c’est justement pour faire découvrir la sophrologie et ses bienfaits aux plus jeunes. Qu’ils s’emparent de cet outil et qu’ils l’utilisent de manière autonome dans leur vie de tous les jours, à leur rythme et selon leurs besoins. « L’idée est de combiner des exercices de respiration, de visualisation positive ou encore de relaxation dynamique pour retrouver un état de bien-être. »

Pour autant la sophrologie n’est pas uniquement synonyme de détente. « C’est un travail où on prend conscience de soi, de ce qu’on est, de ses forces, des limites que l’on se fixe. Une mallette à outils pour résoudre les conflits à trois niveaux : les pensées, les émotions et le corps. Une pratique régulière permet certaines prises de conscience et de fait, une meilleure connaissance de soi. » De quoi affronter les défis du quotidien avec plus de sérénité. Gestion du stress, des émotions, de la douleur, amélioration de la confiance en soi, de la concentration, en cinq ou six séances, la sophrologie permet de se concentrer sur le côté positif d’une situation et d’en tirer le meilleur. 

Mais attention, Marie-Ange Brunelli tient à préciser : « La sophrologie ne peut en aucun cas se substituer à un suivi psychologique et médical. Elle vient en complément de ce suivi. Toutefois si le patient n’a pas d’autre besoin, elle peut être utilisée comme une thérapie courte et ciblée. » Depuis l’ouverture de la Maison des Adolescents, la sophrologue a dû répondre à différentes demandes. « Les enfants sont stressés par les notes, les examens, par l’image qu’ils renvoient. Ses problématiques arrivent de plus en plus tôt. Ils aspirent à un idéal inatteignable, une image déformée notamment par les réseaux sociaux. Ils s’imaginent ne pas être à la hauteur de ces nouveaux standards de beauté ou de performance sans se rendre compte que ce qu’ils voient n’est pas la réalité. »D’où l’importance de mettre des mots sur leur malaise, de faire un pas de côté pour reprendre son souffle. Littéralement. 

« Il y a plusieurs temps dans une séance. Un temps d’écoute, un temps d’explication des mouvements, un temps pour expérimenter les exercices et enfin, un temps d’échange. Il est important de savoir comment ils ont vécu la séance, ce qu’ils ont ressenti, pour pouvoir avancer en s’adaptant au mieux à leurs besoins. » Leurs besoins, leurs demandes, leur rythme. Même si les jeunes sont accompagnés par leurs parents ou invités à consulter par d’autres professionnels de santé, ils seront reçus en tête à tête par Marie-Ange Brunelli qui respectera leur volonté. Rien ne se fera sans leur accord. Ils sont libres de revenir ou non. « L’écoute de ces jeunes est essentielle. Et il faut les encourager à s’exprimer mais sans les braquer. En ce sens, la Maison des Adolescents est un lieu ressource et de ressources où toutes les questions peuvent être posées, où tout peut être dit sans avoir peur d’être jugé. »

Liberté et bienveillance

Un lieu ouvert à tous, anonyme, confidentiel et gratuit, accessible sans l’aval des parents qui peuvent néanmoins bénéficier d’un accompagnement personnalisé. C’est ainsi que Marie-Pierre Pezzano a imaginé la Maison des Adolescents du Pays Ajaccien. C’est ainsi qu’elle la fait vivre. 

Marie-Pierre Pezzano est éducatrice spécialisée. Après avoir œuvré de nombreuses années dans le secteur de la prévention, elle participe à la suite de la crise du Covid au développement de l’Espace Santé Jeunes. Plus récemment, l’Agence Régionale de Santé lui confie la mission de préfiguration de la Maison des Adolescents. Différents diagnostics et constats sont posés et une conclusion s’impose : une structure entièrement consacrée au bien-être des jeunes animée par des professionnels de santé est plus que nécessaire. 

L’ARS qui a fait de la santé des jeunes une priorité portera le projet alors qu’un groupement d’intérêt public présidé par Hélène Dubreuil Vecchi se met en place pour assurer une partie de son fonctionnement. Ainsi, la Capa, la Collectivité de Corse, la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), la Falep, la CPAM, la mission locale, la MSA et enfin l’Éducation nationale se sont logiquement retrouvées autour de cette initiative. 

Située au 75 cours Napoléon à Ajaccio, la Maison porte bien son nom. Une ambiance cosy, des couleurs apaisantes, un salon, des espaces privés, un coin cuisine… Tout a été pensé pour que les jeunes s’y sentent à l’aise. Un point essentiel pour la désormais directrice Marie-Pierre Pezzano. « Le jeune peut arriver avec ou sans rendez-vous. Nous l’accueillons, nous nous présentons avant de lui faire visiter les lieux, de boire un café, de discuter sans fard. Dans un deuxième temps, nous parlons de nos missions et des professionnels présents pour lui : psychologues, sophrologue, diététicienne. L’évaluation des besoins se fera lors d’un entretien en tête-à-tête dans un petit salon privé. Dans tous les cas, l’adhésion du jeune homme ou de la jeune femme est essentielle. Il n’y a aucune obligation. Il peut s’agir d’un simple rendez-vous ou d’un accompagnement plus long. Nous ne forçons rien. »

Liberté et bienveillance pourrait être la devise de la Maison des Adolescents du Pays Ajaccien qui ouvre ses portes aux jeunes âgés de 11 à 25 ans, sans restriction et sans condition. Tout le monde est le bienvenu y compris les publics plus éloignés qui ne font pas partie de la Capa. Le champs d’action de la MDA couvre en effet tout le territoire de la Corse-du-Sud à l’exception de la région de Porto-Vecchio et Bonifacio qui a déjà sa propre structure. 

Si la Maison est tournée tout entière vers l’accompagnement des jeunes, les parents peuvent aussi être guidés et bénéficier d’un suivi. « Depuis le mois d’avril, nous avons reçu essentiellement des mamans qui rencontrent des difficultés avec leurs enfants, qui ne savent plus comment leur parler. Dans ce cas, nous pouvons proposer une médiation et une prise en charge du parent mais avec un professionnel différent. Le même psychologue par exemple ne suivra pas les parents et leur enfant mais tout sera fait pour renouer le dialogue. » En respectant le choix et les envies des jeunes qui restent au centre de la démarche. Pour Marie-Pierre Pezzano, ils sont le moteur du changement. « Même si tout va bien en apparence, certains jeunes peuvent être porteurs de souffrance. Ils subissent les injonctions de la société, cette obligation d’être physiquement parfait, bon en tout. Cette pression entre autres choses peut être source d’angoisse, de colère, de décrochage scolaire ou encore de troubles alimentaires. Les craintes sont multiples, de la réussite à un examen à l’avenir de la planète ! Il est important qu’ils sachent que quelle que soit la question, quels que soient leurs doutes ou leurs difficultés rien n’est tabou à la MDA. »

S’accepter et retrouver l’équilibre

Y compris lorsqu’il s’agit de parler de sa propre image, de son propre corps. Célia Sarossy, diététicienne nutritionniste, ingénieure agroalimentaire formée à l’hypnose dans le cadre des problématiques nutritionnelles fait partie de l’équipe de la Maison des Adolescents. Sollicitée par Marie-Pierre pour mettre ses compétences à disposition de ce public si spécial, Célia n’a pas hésité : « Les ados me touchent particulièrement, j’aime être à leur écoute d’autant plus qu’il n’y a pas tellement d’espaces où ils peuvent être écoutés et entendus quoi qu’ils aient à dire. Partout il faut aller vite, là non. C’est ouvert, flexible, on peut ralentir les choses. C’est essentiel pour se sentir à l’aise, arriver à une certaine sérénité, pour eux comme pour moi. »

Pulsions alimentaires, boulimie, hyperphagie, anorexie ou « simples » déséquilibres, selon la jeune femme 80% des ados présenteraient des troubles de l’alimentation. « Ces jeunes traversent une période charnière de leur vie où leur corps se transforme sans qu’ils n’aient leur mot à dire. Et en plus, ce corps s’éloigne naturellement des standards insensés promus par les réseaux sociaux. Ils sont paniqués, c’est très perturbant. Mon rôle est de les aider à avoir une relation saine avec l’alimentation et leur physique. Je les encourage à être bienveillants envers ce corps mais c’est très difficile. » La patience est la clé. D’autant plus que les conseils de Célia ne s’arrêtent pas à l’adolescence. « Dans la pratique, il s’agit de trouver le mode alimentaire qui convient à la personne, d’adapter et d’adopter les bons réflexes : c’est quoi une bonne alimentation pour moi ? C’est quoi la faim ? La satiété ? Comment se faire plaisir sans excès ? C’est vraiment une question de bien-être durable. »

À peine opérationnelle, la Maison des Adolescents pense déjà à la suite. Ateliers, projets collectifs autour notamment de l’alimentation, du sport, de l’addiction sont à l’étude. Tout dépendra des demandes émises par les jeunes usagers. De plus, la MDA souhaite jouer pleinement son rôle et contribuer au réseau de professionnels dédié à la santé et à la jeunesse. « Les établissements scolaires, l’ensemble des partenaires sont informés de nos services et de nos missions. Certains, comme la Mission locale, le Centre Intersecteur pour l’Adolescence (Cisa) ou France Addiction viendront chez nous pour présenter leurs actions. Par ailleurs, si la Maison n’a pas les ressources en interne pour répondre à une demande, nous irons chercher un spécialiste qui interviendra directement à la MDA pourne pas que la personne en attente soit obligée de passer d’un bureau à un autre. » Un passage de relais dans un espace protégé. Encore une fois, tout est fait pour faciliter le parcours des jeunes qui décident d’entrer dans cette maison pour le moins atypique avec une équipe qui n’est définitivement pas là par hasard. « Si ça peut permettre à d’autres jeunes d’être aidés, c’est super », souligne Florent qui a tenu à partager son expérience. « En plus c’est gratuit, idéal pour les personnes qui n’ont pas forcément les moyens de payer ces consultations. Et j’ai toujours reçu un très bon accueil, l’équipe est top ! » Parole de jeune. 

Maison des Adolescents du Pays Ajaccien 

75 cours Napoléon – Ajaccio 

Du lundi au vendredi de 12h à 19h

Samedi matin de 9h à 12h

Tel : 04 95 24 39 94

Instagram : @mda_paysajaccien

Un engagement éclairé pour l’autonomie régionale

Professeure agrégée de droit public et constitutionnaliste reconnue, c’est avec un engagement éclairé que Wanda Mastor a embrassé la cause de l’autonomie régionale. Mêlant son expertise juridique et son attachement profond à sa terre natale, la juriste s’est impliquée avec ferveur auprès de l’exécutifinsulaire pour poser les bases d’un texte capable de faire entrer la Corse dans la Constitution.

Portrait

Par Karine Casalta 

Photographe Éric Battistelli

Saluée comme l’une des meilleures spécialistes françaises des questions de constitutionnalité, son expertise lui a en effet valu d’attirer l’attention des acteurs de l’institution insulaire pour travailler sur ce sujet politique hautement sensible. Son analyse méthodique des fondements juridiques pouvant permettre d’inscrire la Corse dans le processus d’autonomie, combinée à la volonté de trouver un équilibre entre les aspirations légitimes d’une grande partie des Corses et les obligations constitutionnelles font d’elle une véritable architecte d’un changement auquel elle aspire elle-même personnellement.

Un attachement profond à ses racines

Née à Ajaccio d’un père ajaccien et d’une mère bonifacienne, l’universitaire qui a quitté l’île à l’âge de 20 ans pour construire sa vie et sa carrière à Toulouse, est toujours demeurée fortement attachée à la Corse. Issue d’un milieu simple, Wanda Mastor a ainsi grandi à Ajaccio, dans le quartier populaire de Saint-Jean, au sein d’une famille largement ouverte sur la culture, le monde des arts et de la musique du côté de sa mère, et des lettres du côté de son père, enseignant à la chambre des métiers, féru d’histoire et de littérature et auteur de plusieurs romans historiques. Élève studieuse et douée, passionnée de danse et de musique, la petite Wanda se rêve alors un avenir

d’archéologue ou d’écrivaine. Envisageant par la suite une carrière dans le domaine des arts pour devenir conservatrice de musée, elle s’inscrit après son bac, décroché avec l’une des rares mentions très bien de l’époque, en hypokhâgne à Bastia. Un cursus qui lui vaudra, dit-elle, une des plus belles années de sa jeunesse, en raison de son goût pour les matières étudiées et la qualité et l’engagement de ses professeurs. Cependant l’obligation de poursuivre ses études sur le continent, car khâgne n’existe pas à Bastia, elle décide finalement de s’inscrire en droit à la faculté d’Aix-en-Provence. Un choix qui s’avérera déterminant pour la suite de sa vie. «Il faut dire que ça n’a pas été facile pour moi. Je me retrouvais loin de chez moi, en première année, avec des gens que je trouvais immatures, qui pour beaucoup ne savaient pas pourquoi ils étaient là. Et je n’aimais pas vraiment le droit que je trouvais “une matière asséchée” au vu de la richesse de mon année d’hypokhâgne. Mais je voulais réussir, par fierté et au risque aussi de perdre ma bourse, alors je travaillais beaucoup. »

Une persévérance inflexible

Car tient-elle à souligner: «J’ai fait toutes mes études en tant que boursière. Je n’ai jamais passé une année sans financement, que ce soit la dotation accordée par José Rossi président du Conseil général de l’époque après ma mention très bien au bac, que mes trois années d’études suivantes en tant que boursière, puis ma bourse au mérite ensuite en maîtrise, et l’allocation accordée en DEA d’où je suis sortie major, qui m’a permis de financer ma thèse ; J’ai toujours travaillé plus que les autres, c’est la grande fierté de ma vie. Je vénère la valeur du travail ! » Ainsi son sens du devoir, son goût du travail et la passion des études font qu’elle s’accroche et se prend de passion pour le droit pénal, pensant se spécialiser pour devenir avocate. Mais une rencontre amoureuse avec un futur agrégé de droit public va la conduire à le suivre dans cette branche du droit. «Là, la rencontre s’est faite avec mon maître Louis Favoreu – spécialiste du droit public et doyen de la faculté – dont la vie décidera qu’il deviendra mon beau-père. C’est lui qui fera naître ma passion folle pour le droit constitutionnel comparé en me sollicitant pour travailler sur le statut de l’embryon dans cinq pays européens et aux États-Unis!» Sa thèse soutenue en 2000 à Aix en Provence, Wanda est alors recrutée par l’Université de Toulouse où elle a construit jusqu’ici toute sa carrière et, maman de deux filles qui ont aujourd’hui pris leur envol, elle a basé son ancrage familial, sans jamais toutefois cesser de rêver de travailler en Corse. Un rêve désormais réalisé puisque mise à disposition de l’Université de Corse depuis septembre 2023, où elle assure depuis cette date la direction des études « Droit des collectivités territoriales », c’est avec une émotion palpable qu’elle a appris récemment sa nomination officielle à l’université de Corte. Une nouvelle étape qui marque pour elle un véritable retour aux sources et un réel changement de vie. « Je vais arrêter les missions à l’étranger.Désormais je veux tout donner à Corte. A mes étudiants, mes collègues. L’université de Corse est une pépite !

Des compétences reconnues pour poser les bases d’un projet d’autonomie pour la Corse

Travailleuse acharnée ses nombreuses publications l’ont ainsi conduit à se pencher au cours de son parcours sur de multiples problématiques liés au droit public, et exercer plusieurs missions pour diverses institutions. Ella a notamment travaillé pour le Conseil constitutionnel, qui lui a permis de rencontrer tous les présidents de la cinquième République encore en vie, ou encore à la commission Jospin pour la rénovation et la déontologie de la vie publique.  En 2013, sa participation à la rédaction du rapport sur l’évolution institutionnelle de la Corse dirigé par Guy Carcassonne à la demande de Paul Giacobbi, lui vaudra ainsi d’être repérée et sollicitée par la présidence de l’Assemblée de Corse pour réaliser un rapport sur le projet d’autonomie. « J’ai travaillé étroitement avec Jean-Guy Talamoni et son cabinet. « C’était un pur bonheur. Et progressivement, J’ai commencé à échanger avec Gilles Simeoni et de nombreux élus de tout bord. C’était une belle époque où tout le monde se parlait ! Même si malheureusement le projet de loi constitutionnelle n’a pas vu le jour » Puis c’est avec Gilles Simeoni, qu’elle reviendra travailler sur ce sujet après l’élection de ce dernier. « Je rends hommage aux trois de m’avoir donné carte blanche au-delà de toute idéologie personnelle, car mes idéaux ne regardent personnes. Je crois à l’autonomie des régions « scientifiquement ». Au fil de ma carrière j’ai créé quatorze doubles diplômes à l’international, chacun dans des états régionaux ou fédéraux, et donc souvent fait cours dans des universités d’états autonomes. Cela m’a permis notamment d’en éprouver les limites et les avantages. »

Une expérience qui conforte de fait son point de vue sur la légitimité d’un statut particulier pour la Corse et la nécessité de voir son autonomie législative, dans au moins les domaines fiscal, foncier, linguistique inscrite dans la Constitution. 

Une analyse juridique rigoureuse 

« Déjà, dans l’ordre des choses, la première raison importante et du ressort du symbole, est que le mot Corse ne figure pas dans la Constitution, alors que l’ile de Clipperton, un simple atoll sans habitants y figure, c’est insultant. Alors même que la Corse est l’une des deux collectivités avec la métropole de Lyon à statut particulier dans république française. Deuxièmement, au-delà du symbole, dans un pays où le Rassemblement National est en tête des sondages pour les élections européennes, on peut craindre que demain, si un tel parti arrive au pouvoir, la Corse perde beaucoup de ses spécificités de collectivité à statut unique et particulier. Devant ce risque potentiel, il vaut donc mieux sanctuariser les choses. Et il est beaucoup plus facile de changer une loi que de changer la constitution. Sans même parler d’autonomie, la Corse dans la constitution permettrait donc protéger notre spécificité institutionnelle ». Et la juriste d’argumenter : « Au deuxième niveau, concernant l’autonomie, l’autonomie de la Corse ne peut pas être consacrée par une simple loi, elle ne peut l’être qu’au niveau constitutionnel. Il est vrai que ce projet d’autonomie fait peur à beaucoup, que ce soit sur le continent ou en Corse. Les continentaux craignent l’effet contagion. Beaucoup pensent que c’est ouvrir une boite de Pandore ! J’ai été auditionné quatre fois sur le sujet par les sénateurs : quid d’autres régions comme le pays basque, de la Bretagne, etc…Mais on peut balayer cet argument, car à ce jour, seuls les électeurs corses ont voté pour l’autonomie en élisant des politiques qui avaient placé ce thème au cœur de leur projet ; Par ailleurs, ces régions ne sont pas des iles. Or, une des raisons de donner plus de pouvoir à la collectivité de Corse, pour qu’elle puisse subvenir le mieux aux besoins qui collent à sa particularité, vient du fait insulaire. C’est vrai dans tous les domaines : économique, foncier, linguistique, etc… Enfin, troisième argument, contrairement aux autres collectivités, nous avons quarante ans de spécificités institutionnelles, sans compter la lutte nationaliste, que je ne prends volontairement pas en compte, pour ne considérer en tant que juriste que les dispositions juridiques. Et sur ce plan, pour moi il n’y a pas d’incompatibilité avec l’indivision de la république. Ce n’est qu’un mode de gouvernance fortement décentralisé. Bien sûr l’autonomie peut être un marche pied vers l’indépendance, il ne faut pas le nier, mais la route est longue ! Et dans tous les cas, il reviendrait alors aux corses de le décider par voie référendaire ! » 

Entre dévouement professionnel et passions artistiques

Et si c’est bien avec une expertise toute scientifique qu’elle s’attache à défendre ce projet d’autonomie qui lui tient à cœur, Wanda Mastor reste tout autant animée d’une fibre artistique qu’elle porte en elle depuis toujours. Passionnée de danse, de poésie et de photographie, elle entretien sa passion pour les arts en famille. Avec l’épouse de son père, notamment, dont elle est très proche, une grande amatrice de photographie, et sa plus grande fille qui excelle dans ce domaine. Mais c’est l’écriture, qui reste, dit-elle, sa passion première. En cours d’écriture d’un « dictionnaire de la Corse constitutionnelle » pour les éditions Albiana qu’elle devrait terminer prochainement, le grand rêve de sa vie serait de publier un roman. « Après le tourbillon d’un parcours fulgurant qui m’a parfois attiré vers les paillettes, j’ai désormais cette envie d’un retour vers l’intime, un besoin de  plus d’authenticité. La Corse m’a manqué toute ma vie, mon seul objectif maintenant est d’être heureuse de choses simples chez moi entre Ajaccio et Corte! » 

» C’est ainsi qu’entre dévouement professionnel passions artistiques, Wanda Mastor aspire désormais à un retour à l’essentiel tout en continuant à influencer les grands débats qui façonnent l’avenir de sa terre.

Par Anne-Catherine Mendez

Diplômée de l’ESAA Duperré à Paris et formée chez Chantal Thomass et au Politecnico di Milano, Cécile Casabianca fonde sa propre marque à Propriano en 2009, avec une volonté de transmettre et valoriser le savoir-faire artisanal. La poursuite de son cursus auprès du maître tailleur Jacques Le Garrec enrichit ses techniques, tandis que ses créations s’inspirent des années folles et de l’émancipation féminine.

Sous la griffe Cécile Casabianca, l’artisanat du mariage devient au fil des années une passion. Elle passe alors à Ajaccio trois ans en couveuse d’entreprise auprès de la M3E, service de la CAPA lié au développement de nouvelles structures et de leur implantation, afin de valider son projet de maison de couture. Elle obtient en 2019, le prix Creazione, donne naissance à des jumeaux en 2022, et s’installe en 2024 dans son nouvelle atelier, rue des 3 Marie à Ajaccio. 

Quel est votre processus créatif pour fusionner toutes vos influences ?

Je suis une créatrice dont l’histoire est tissée avec des liens familiaux profonds et viscéraux, notamment avec mes deux grands-mères. Félicie, une Corse, qui incarne pour moi la robustesse, le travail acharné et l’austérité, travaillant comme pompiste et représentant une forte figure rustique. À l’opposé, il y a Brigitte, originaire de Lille, qui est un mannequin raffiné et précieux, et dont la garde-robe sert de point de départ à l’univers de la marque. La dualité entre ces deux mondes définit l’ADN de la marque Cécile Casabianca.

Je puise également mon inspiration en Corse, une île forte et identitaire, imprégnée d’une éternelle mémoire. Cette terre représente un mode de vie authentique, solennel et empreint de valeurs où chaque action est réalisée avec amour et respect pour le travail et les traditions. En filigrane, la marque porte l’image de la femme corse d’antan, une femme à l’apparence parfois monacale, mais qui surprend par sa force de caractère mêlée de douceur.

Dans mon atelier d’Ajaccio, je conçois des pièces précieuses et uniques, façonnées sur-mesure pour chaque mariée. Le processus de création commence dans un univers confidentiel, où le modèle se dessine et se façonne, alliant je l’espère beauté, justesse et harmonie. L’accompagnement personnalisé, du choix du tissu au conseil sur le port, assure un équilibre parfait pour que chaque femme rayonne le jour de son mariage, avec une robe qui capture l’essence de sa personnalité et de son émotion.

Comment est venue l’idée d’une collection de prêt-à-porter ? 

L’envie est venue de créer des pièces pour le quotidien, enfin un quotidien festif, une soirée, une cérémonie, un évènement… J’ai envie de créer des vêtements féminins qui s’adaptent à nos modes de vie. J’ai imaginé des tenues classiques mais jamais ennuyeuses, élégantes et décontractées, imprégnées des codes de la mode tout en portant mes aspirations de « tailleur pour femmes ».

La ligne de prêt-à-porter prend son inspiration dans le tissu, les silhouettes et les usages. Les pièces telles que les blouses et les jupes plissées intègrent des détails origami rappelant le glamour des années folles. Les décolletés sont à la fois audacieux et pudiques, les longueurs vibrantes. Des tailleurs pantalons arborent des lignes graphiques épurées adoucies par la chute du tissu. Chaque pièce peut être assemblée pour refléter la personnalité de celle qui la porte. 

Je pense que la dualité de mon style se retrouve dans cette ligne, mêlant élégance et confort, chic et audace, sobriété et originalité.

Vous avez un détail iconique dans beaucoup de vos créations, lequel ?

La tresse est ma signature emblématique, elle se décline en ceinture, manche, col ou accessoire, elle incarne mon identité.

Ensuite, j’essaie de bâtir une silhouette, sobre et épurée à la base, qui dévoile subtilement un côté audacieux par touches. Une fente osée dans une jupe ou une ouverture discrète dans le dos distillent le caractère provocateur de la marque. Les épaules sont marquées pour donner au buste une allure franche et rigoureuse, tandis que les décolletés sont souvent suggestifs, soulignant les courbes du corps avec subtilité. La taille est soulignée, voire dessinée, pour des proportions optimisées.

Les tissus, nobles et issus des grandes maisons de couture, sont principalement du crêpe de soie pour des silhouettes franches et géométriques. La mousseline et le satin de soie apportent légèreté et luminosité, tandis que le tulle offre un aspect aérien et des jeux de transparence.

Comment définissez-vous la femme Cécile Casabianca ?

La femme Cécile Casabianca incarne une amazone féminine, à la fois délicate mais forte, belle dans son imperfection. Elle mélange les styles, créant sa propre tendance en associant les pièces de la marque à des accessoires selon ses envies. Décontractée et rayonnante le jour, sensuelle et envoûtante le soir.

L’État nous mène en bateau 

Comment résoudre le handicap de l’insularité dans les transports ? L’ancien préfet Jean-Étienne Riolacci répondit au lendemain des événements d’Aléria par la création du concept de continuité territoriale. De tempêtes en ressacs, du regard sourcilleux de Bruxelles aux récriminations de Paris, la fameuse enveloppe financière quitta progressivement les rivages du remède miracle. Actuellement, le système est confronté à une lame de fond qui risque de l’emporter.

Par Jean Poletti 

Aligner les tarifs maritimes avec ceux du rail. Telle était la philosophie voilà cinquante ans de la continuité territoriale. Plus tard l’aérien fut intégré à cette mesure. Avec à la clé un chèque annuel aujourd’hui de cent quatre-vingt-dix millions d’euros dont cent quinze pour financer le service public des bateaux depuis Marseille. En incidence seize millions devaient être consacrés à ce qui fut nommé l’aide aux passagers concernant les rotations entre l’île, Nice et Toulon. Cette subvention provoqua d’ailleurs une vive réaction des opérateurs opérant depuis la cité phocéenne qui par là même réfutait de fait toute ombre de concurrence. 

Mais initialement l’État ouvrit sans réticence son portefeuille aux exigences de la compagnie nationale SNCM. Sans doute pour éviter les vagues habillées de conflits sociaux. Le pacte non écrit consistait pour les gouvernements d’alors de combler pertes et déficits, d’entraver toute adversité commerciale. Mais en contrepartie qu’il n’y ait pas de rupture du trafic par des revendications intempestives aboutissant à des grèves. La réalité fut radicalement différente. Dans une stratégie du « toujours plus », les tenants du monopole exclusif multiplièrent les exigences salariales sous l’œil, sinon complice, à tout le moins passif de l’État-patron. Fréquemment, à l’orée des saisons estivales les navires demeuraient à quai tant que les doléances diverses et variées n’étaient pas acceptées. Anecdotes significatives, un préavis de débrayage pour empêcher un marin de changer de poste, un autre car le bleu des uniformes ne convenait pas. Ubu roi !

La croisière s’amuse 

À cette époque, certains s’en souviennent, les usagers insulaires affichaient leur courroux. Tandis que les transporteurs n’hésitaient pas à bloquer les navires quand ils n’affrontaient pas physiquement les dockers et marins cégétistes sur le port de la Joliette. Malgré ces aléas la puissance étatique maugréait mais ne coupait nullement les vivres. Pis encore pour satisfaire le lobby marseillais, elle commandait aux chantiers de la Ciotat ou de la Seyne-sur-Mer des car-ferries toujours plus luxueux, naviguant quasiment à vide en dehors de la période estivale, et souvent inadaptés au bord à bord. Avait-on besoin de piscine et autres prestations pour des traversées si brèves. Certes, il avait été envisagé durant l’hiver de les employer ponctuellement pour des croisières. L’idée tomba à l’eau. La raison ? Les concepteurs avaient installé des réservoirs de carburant sous-dimensionnés pour voguer en des lieux touristiques, mais démunis d’infrastructures pour se ravitailler. Et que dire de cette gabegie industrielle concernant les navires à grande vitesse ? Non seulement ils ne pouvaient pas appareiller si la mer n’était pas d’huile. Mais une étude préalable avait conclu que même naviguant avec le plein de passagers, ils ne pouvaient pas être rentables. Ils finirent vendus au prix de la ferraille. Ou comme l’Asco cédé à un pays africain. 

Nous n’aurons pas la cruauté de rappeler en incidence que l’enveloppe fut même utilisée pour contribuer à la réfection des digues portuaires de Nice détruites par une tempête ! À juste titre, les Corses criaient à la forfaiture devant ces pratiques exclusivement bénéfiques aux activités continentales tandis qu’ils continuaient à payer au prix fort des prestations aléatoires et sous l’épée de Damoclès des mouvements sociaux. 

Désastreuse privatisation 

Acculé et noyé, le pouvoir opta pour le désengagement afin de tenter de briser la maléfique spirale dont il était coupable. Elle le fit en 2005 dans la précipitation et sans véritable prospective sous la houlette de Dominique de Villepin. L’État perdit dans l’opération près de cinq cents millions d’euros. La commission d’enquête parlementaire n’eut pas de mots assez durs, parlant de « gâchis épouvantable ». En effet, Butler Capital Partners réalisa une plus-value de soixante millions d’euros en prenant 38% puis en cédant rapidement sa participation à Veolia qui possédait déjà 28% du capital. Cette multinationale, qui n’avait guère d’expérience dans le maritime, promettait l’excellence et de redresser la barre, a finalement effroyablement mal géré. Ajoutant à l’amateurisme une approche strictement capitalistique. Telles furent les conclusions du rapporteur de la commission, un certain Paul Giacobbi. Et dans le même temps la SNCM devait sur une décision de Bruxelles rembourser quatre cent quarante millions d’euros. Parfum de connivence ? Cadeaux offerts en haut-lieu à des sociétés amies ? Sans doute. Mais les investigations engagées ne purent le prouver. Empêchant toute action en justice. À l’évidence nul ne disconviendra que le coût abyssal pour l’État eut en contrepoint un enrichissement de privés sans l’esquisse d’un remède. 

Les corsaires du Pascal Paoli

Cette transformation bâclée, aux aspects de pillage financier, s’accompagna de tempêtes sociales. Avec en point d’orgue le détournement du cargo-mixte Pascal Paoli par le syndicat STC. Et la spectaculaire intervention en pleine mer du commando Hubert. 

Dans ce droit fil, une grève de vingt-quatre jours des personnels paralysa l’ensemble des rotations. Ce ne sont là que quelques épisodes d’un scénario qui s’étira en longueur. Il marquait un double divorce. D’une part des usagers avec la compagnie. De l’autre des marins avec l’autorité de tutelle. 

L’eau coula sous les ponts dans une nébuleuse où la compagnie nationale moribonde fut cédée par l’éphémère propriétaire. La vente s’effectua, sous l’égide du tribunal de commerce, à un entrepreneur qui se désengagea rapidement au profit d’un consortium local. Avant de tomber dans l’escarcelle d’un armateur à l’envergure internationale. 

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