Couvent de Marcassu : Les sœurs du Rosier de l’Annonciation

La charité est inventive à l’infini

Saint Vincent de Paul

Le couvent de Marcassu situé à Cateri a été érigé au début du XVIIe siècle par les frères franciscains, sur les ruines du Castello de Marcasso datant, lui, du Xe siècle. Il abrite depuis 2019 la communauté des sœurs du Rosier de l’Annonciation. Une communauté de femmes consacrées, fondée il y a plus de 10 ans, par sœur Laetitia Tremolet de Villers. Elle s’inscrit dans le sillage de la grande lignée des religieux qui ont fait vivre ce lieu sacré et patrimonial. Auparavant implantées à Lourdes, les sœurs du Rosier de l’Annonciation œuvraient déjà auprès des familles et des enfants. À Marcassu, elles poursuivent ce même service, celui d’aider les femmes en difficulté, les mamans en devenir ou celles déjà mères, autour de leur maternité, à travers un accueil, un accompagnement et une protection.
Par Laura Benedetti

Monument remarquable

Fondé en 1621, il aura fallu deux siècles et des travaux permanents pour achever cet édifice remarquable de plus de 1 500 m2. Il est composé d’environ 40 salles, d’un cloître et d’une église qui fut longtemps l’église paroissiale de Cateri. Ici, reposent deux franciscains importants : le Vénérable Bernardin de Calenzana et le Serviteur de Dieu, le Père Lopez, moins connu. Les deux tombes sont dans l’église. La sacristie, elle, est classée. On n’y vient pas encore en pèlerinage mais ce pourrait devenir un sanctuaire. En 2021, la Mission Patrimoine a permis la restauration des vastes toitures et, ainsi, la sauvegarde de l’édifice. La dernière pièce de la charpente a été posée par la mère supérieure, sœur Laetitia. Après le départ des derniers frères franciscains ayant occupé le couvent, l’arrivée de la nouvelle communauté des Sœurs à Marcassu était très attendue. Le désir de la population des villages alentours était fort et pluriel : maintenir la vie religieuse au sein du couvent, déployer une présence religieuse sur le territoire, répondre à une prière des familles et des habitants des villages de ce micro-territoire de Balagne, avoir une communauté religieuse participer aux fêtes patronales et au catéchisme auprès des plus jeunes. À tout cela, elles y ont répondu très vite et continuent à y répondre dans la joie de leur dévouement, en collaboration avec les prêtres.

Parmi les saints patrons de la Communauté des sœurs du Rosier de l’Annonciation, figure le père des religieuses apostoliques, Saint Vincent de Paul. À l’image de ce dernier, la vocation apostolique des sœurs est pleinement animée par le désir de servir les plus vulnérables. Parmi eux, « Les enfants, qui sont nos premiers maîtres après Dieu », confie sœur Laetitia, fondatrice de la communauté. Les sœurs du Rosier exercent leur vie de charité dans la mission ; auprès de la jeunesse par la transmission de la foi à travers la catéchèse du Bon Pasteur, inspiré de la méthode Montessori ; et aussi, forte singularité de la communauté, via une médiation artistique et universelle qui leur tient à cœur, celle du théâtre, par le biais de laquelle elles prônent la mise en scène des jeunes de la Parole de Dieu. Auprès des femmes, elles s’engagent à les accompagner à approfondir leur recherche de Dieu et de répondre à leur propre appel. En ce sens, le couvent de Marcassu prend la forme d’une Maison de Formation avec l’accueil des sentinelles et des Novices. Parallèlement, la communauté s’attèle à l’ouverture prochaine d’un foyer pour enfants, qu’elle accueille d’ores et déjà le temps des patronages organisé plusieurs fois au cours d’une année ou encore autour des camps. Enfin, les jeunes filles, femmes enceintes et femmes isolées, peuvent bénéficier d’un soutien à leur prise en charge.

« L’Église est une femme, une mère »

Merci à toi, femme, pour le seul fait d’être une femme ! Par la perception propre de ta féminité, tu enrichis la compréhension du monde et tu contribues à la pleine vérité des relations humaines

Lettre du pape Jean-Paul II aux femmes, 29 juin 1995

À la suite de laVierge Marie et des saintes femmes qui suivaient le Christ et les apôtres, sœur Laetitia avait à cœur de mettre ses ressources de femme consacrée au service des besoins de l’Église, particulièrement des femmes en difficulté et des enfants blessés ou délaissés. Proche de la communauté Saint-Martin dans son histoire, la communauté du Rosier de l’Annonciation est aujourd’hui bien ancrée dans le diocèse d’Ajaccio. Elle compte une dizaine de sœurs, auxquelles s’ajoutent dans leur quotidien, les sentinelles ; jeunes femmes désireuses de donner un an de leur vie au Seigneur pour se former et se mettre à l’écoute de la volonté de Dieu, s’accordant au rythme de la vie de prière des sœurs et partageant leurs missions. Avec le désir d’être des femmes de Dieu, enracinées dans la Tradition et à l’écoute de leur époque, les sœurs du Rosier sont appelées à exercer dans leur apostolat une maternité spirituelle, dans une complémentarité avec le prêtre.

Les sœurs du Rosier de l’Annonciation accordent une importance phare à la place spirituelle de Marie dans leurs missions, notamment celles autour de la maternité et de l’accueil de la vie. « Quand on reçoit cet appel, nous dit sœur Laetitia, on a la grâce qui va avec. » Leur vie de femmes consacrées, dont le nom « l’Annonciation », appelé le mystère mère, est le mystère de la vie nouvelle accueillie et donnée par la Femme, la Vierge Marie, à l’humanité. C’est ce mystère de l’Espérance que les sœurs veulent porter. Quant aux roses du Rosier, elles sont aussi un attribut de la Vierge. Les sœurs du Rosier de l’Annonciation porte un habit marron, cette couleur terre qui rappelle notre condition originelle et, en Corse, fait écho à la présence franciscaine sur l’île pendant des siècles. La ceinture est le signe du vœu de chasteté auquel elles s’engagent à la suite du Christ. Le voile blanc représente le baptême qu’elles sont appelées à vivre en plénitude dans leur consécration. La bande dorée sur leur voile est le signe de la Résurrection dont elles veulent témoigner dans l’Espérance partout où le Seigneur les conduit. À l’occasion du mois de mai, le mois associé à Marie, au nom de la mère, à travers les sœurs de Marcassu, s’inaugure la vie.

Laura Benedetti