
Un homme engagé

Dans la cité impériale, son visage est bien connu. On le croise, on le salue, on échange volontiers quelques mots. Une poignée de main, un sourire, une présence. Jean-Toussaint Moretti fait partie de ces personnalités solidement ancrées dans leur territoire qui privilégient l’action à la lumière. Du football à la fonction publique en passant par les sentiers de la Gravona, il fonde son engagement sur des valeurs de respect et de partage, au service du collectif.
Par Caroline Ettori
Originaire d’Ajaccio, Jean-Toussaint Moretti passe son enfance entre le quartier Saint-Jean, petit « village » dans la ville et le domaine de Suartello plus proche de la campagne. Très tôt, le football s’impose comme une évidence chez le jeune garçon qui grandit dans une famille de passionnés. Rapidement repéré, il rejoint le centre de formation du Sporting Club de Bastia à l’adolescence. Sous condition. Ses parents acceptent qu’il poursuive sa passion mais sans négliger ses études. Une exigence structurante, qu’il respecte en obtenant son baccalauréat au lycée Jeanne-d’Arc.
Un joueur authentique
Sa trajectoire le mène ensuite au Gazélec d’Ajaccio puis dans le nord de l’Italie, à Varèse, avant un retour sur l’île. Le défenseur découvre alors la Ligue 1 avec l’ACA. « L’un de mes souvenirs les plus marquants reste cette expérience au sein de l’élite avec Ajaccio. Ma première apparition d’abord, à Nancy, et la plus belle, la plus émouvante pour moi, face à Lyon, cette fois à Timizzolu. » Jean-Toussaint Moretti retrouvera par la suite le GFCA pour deux saisons avant de mettre un terme à sa carrière, une décision finalement scellée après un accident de moto.
Nous sommes en 2009, il a 29 ans. « Pour moi, le football a toujours été un plaisir. Je ne l’ai jamais vécu comme un métier. Je voulais jouer avec mes amis, et pour un collectif. » Une manière de voir qui tranche avec les logiques du sport professionnel. Dans un univers dominé par la compétition et les ambitions démesurées, il assume d’avoir fait un autre choix : placer l’humain, l’esprit d’équipe et le jeu tout simplement, au premier plan, quitte à renoncer à certaines opportunités. Des valeurs que beaucoup d’entraîneurs tentent aujourd’hui de faire renaître dans leurs vestiaires. Ce rapport singulier au football, il continue d’ailleurs à le partager régulièrement dans l’émission « Foot è Basta » sur ViaStella, où son expérience nourrit une lecture fine de l’actualité du football insulaire.
Des valeurs comme fil conducteur
Ce cap fixé, il aborde l’après-carrière avec lucidité. Anticipant la reconversion, il obtient ses brevets d’État et intègre la fonction publique. D’abord aux ressources humaines, il ne tarde pas à rejoindre la direction des sports de la Ville d’Ajaccio. Une transition réussie, sans rupture brutale, à l’image d’un parcours toujours maîtrisé.
Que ce soit sur ou en dehors du terrain, le fil conducteur reste le même. Plus que les performances, ce sont des valeurs qui structurent son parcours : le respect, la droiture, la solidarité. Un héritage familial qu’il tient à transmettre à ses enfants, Baptiste et Laura, à travers des gestes simples, au quotidien.
Des principes qui trouvent logiquement un prolongement dans ses engagements. En effet, Jean-Toussaint Moretti est investi depuis 2019 au sein du club de football d’Afa, d’abord comme coach, désormais comme dirigeant et directeur sportif. Il est également bénévole auprès du Corsica Sport Mezzavia, un club de trail qui sillonne les reliefs de la Gravona et pour lequel il n’hésite pas à jouer les aiguilleurs ou les ravitailleurs les week-ends de compétition. Un engagement discret, solide et constant à l’image du créateur du City Trail Imperial. Jean-Toussaint Moretti est à l’origine, avec son ami Jean-Marc Miniconi, de ce rendez-vous incontournable pour les sportifs urbains. Chaque année au mois de décembre, près de 1 500 coureurs partent à l’assaut des rues ajacciennes dans une ambiance festive et sous les encouragements de plus de 10 000 spectateurs. Un effort pour la bonne cause car depuis sa création en 2015 tous les bénéfices des inscriptions des participants sont reversés à des associations caritatives.
À cela s’ajoute un investissement syndical, au sein du STC. Là encore, pas de posture, mais une volonté de défendre des convictions. « On ne s’engage pas pour être dans la bonne équipe, mais pour défendre ses idées », explique-t-il. Parmi elles, la défense de l’identité corse occupe une place centrale.
La Corse au cœur de son action
Car Jean-Toussaint Moretti demeure profondément attaché à son île. Il la décrit comme « un joyau en danger ». En cause : la bétonnisation, mais aussi ce qu’il perçoit comme une dilution progressive de l’identité, de la langue et de la culture corses. Un diagnostic sans concession qui pour autant, ne cède rien au repli. À l’inverse, il défend l’ouverture et les échanges. « La difficulté est de savoir où placer le curseur entre le développement de la Corse et la sauvegarde de notre identité. C’est une question fondamentale. » Une ligne de crête qu’il juge essentielle.
Cet équilibre passe selon lui par des mesures concrètes pour limiter la spéculation immobilière et la bétonnisation à outrance autant que par une attention particulière portée à la jeunesse. « Je suis un peu inquiet pour les jeunes de ce pays, pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir de repères ou de cadre. » Son regard s’étend plus globalement au lien social qu’il estime fragilisé, notamment dans les villes où les relations entre générations tendent à s’effacer : « Nous devons absolument préserver ce qu’il en reste. » Face à ce phénomène, le village subsiste en tant que point d’ancrage. Un espace de transmission précieux, où les générations se croisent et se reconnaissent. « Mon fils est très attaché à nos villages, Rospigliani du côté de ma mère, Sarrola et Afa, du côté de mon père. Et aujourd’hui, c’est lui qui me présente des gens en me disant : “Papa, j’ai rencontré un cousin…” Je trouve ça beau. »
Homme d’action, profondément impliqué dans la dynamique collective de son territoire, Jean-Toussaint Moretti éprouve également le besoin de se retrouver dans la nature. En montagne, dans le maquis, souvent à l’aube, accompagné de son chien, il s’éloigne du bruit pour se ressourcer. Un contraste qu’il observe avec amusement.
« S’engager, c’est agir »
Ces moments de retrait nourrissent une réflexion plus large sur l’action publique. L’idée d’un engagement politique est bien présente. Mais ici aussi, c’est moins la carrière personnelle que le sens de la démarche qui semble guider ses choix. « La politique, au sens noble du terme, m’a toujours animé. J’ai un attachement profond au débat d’idées, à cette capacité collective à faire émerger des solutions utiles et concrètes. S’engager, c’est vouloir comprendre, mais surtout agir. C’est accompagner le changement, l’impulser quand c’est nécessaire en gardant toujours une seule et même exigence : être au service des autres et de l’intérêt général. » Une vision cohérente avec son parcours. PourJean-Toussaint Moretti : « L’action publique n’est pas une option, c’est une nécessité démocratique. »
Selon plusieurs indiscrétions, il aurait ainsi contribué, en coulisse, par conviction et par amitié, à accompagner certaines dynamiques gagnantes notamment la campagne de Jean-Baptiste Arena à la Chambre régionale d’agriculture de Corse, ou encore l’élection d’une nouvelle équipe dirigeante, représentant l’ensemble du territoire à la Ligue corse de football. Des participations sans exposition particulière mais qui témoignent de son ambition.
À travers sa constance et ses convictions, Jean-Toussaint Moretti dessine en filigrane une haute idée de l’engagement. Une ligne de conduite fidèle à lui-même, à ses valeurs et à son territoire, qui ne doit rien au hasard.

