Oliu d’oru è Bagni Caldi: E Caldanelle, un patrimoniu rinvivitu

« C’est la vie qui nous a imposé ce choix ! » C’est ainsi qu’Antonia résume cette existence en pleine nature. Avant d’ajouter aussitôt : « Avec bonheur, de surcroît ! » Avant de rencontrer celui qui allait devenir son mari, Antonia a suivi des études agricoles qui l’ont conduite à devenir ingénieure écologue. Une formation qui prend tout son sens lorsqu’elle rencontre Andréa, lui aussi ingénieur écologue. Lui a une ferme familiale à reprendre, des terres à exploiter et surtout un patrimoine à faire vivre. Une histoire de famille à poursuivre, presque une évidence. Antonia n’hésite pas longtemps et se lance à ses côtés.

Par Vannina Angelini-Buresi

Une vie guidée par la terre

Au départ, leur projet est essentiellement agricole. Il y a ces 1 700 oliviers, héritage colossal dont il faut prendre soin. Des oliveraies anciennes réparties sur trois sites, auxquelles viennent s’ajouter de l’immortelle, différentes plantes aromatiques et un verger à créer. À Cargèse, certains oliviers greffés dès l’époque grecque sont millénaires. À Apricciani, village d’origine de la famille, ils sont multicentenaires. Certains ont été plantés, d’autres greffés. Une troisième oliveraie, plus jeune, compte 1 100 pieds plantés par la famille en 1978. Passionnés par les arbres, Antonia et Andréa auraient pu continuer à planter des oliviers. Ils en ont d’ailleurs ajouté quelques-uns, juste pour le plaisir. Mais 1 700 pieds représentent déjà une charge de travail considérable. Alors ils choisissent la diversité : grenadiers, agrumes, figuiers, pommiers, poiriers, pêchers… Produire, transformer, consommer les fruits de leur terre et préserver ce qui leur a été transmis : peu à peu, leur projet de vie prend forme. Mais sur ces mêmes terres sommeille un autre héritage. Un patrimoine presque oublié qui va bouleverser leur aventure.

Les bains sortent de l’oubli, Caldanelle cum’è : Calde

En 2021, l’année où naît leur petite fille, une nouvelle page s’ouvre. Sur la propriété familiale se trouvent les anciens bains de Caldanelle. Abandonnés depuis 84 ans, ils avaient autrefois accueilli des générations de curistes. Un patrimoine familial dont il ne reste alors que des vestiges. Impossible pour Antonia et Andréa de regarder disparaître ce morceau de leur histoire. En 2022, ils restaurent un premier bain, autrefois réservé exclusivement aux femmes et communément appelé « le bain des femmes ». Aujourd’hui devenu mixte, il retrouve une nouvelle vie. Au début, le couple en profite simplement avec ses proches. Quelques bains, des apéritifs entre amis, le plaisir de se retrouver au milieu du maquis… L’idée fait son chemin. Puis, en 2023, vient le tour du « bain des hommes ». Cette fois, tout est à refaire. Le lieu est totalement en ruine. Il faut remonter les murs en pierres sèches, reconstruire la toiture et restaurer l’ensemble.Pourquoi se lancer dans un chantier pareil alors que l’exploitation agricole demande déjà tant de travail ? La réponse d’Antonia fuse : « Pour le respect des anciens. »

Les arrière-grands-parents d’Andréa ont tenu ces bains jusqu’en 1939. Pour leurs descendants, les laisser s’effondrer n’était tout simplement pas envisageable. Et peu importe, finalement, qu’ils puissent ou non en faire une activité. Même sans public, même sans exploitation commerciale, sauver ce patrimoine pour leur famille aurait déjà été une victoire. Une façon de relever un nouveau défi, mais surtout de transmettre à leur tour ce qui leur avait été confié.

Une eau chaude au cœur du maquis, acqua calda di e nostre muntagne

Il faut remonter le temps pour comprendre l’importance du lieu. Avant la guerre, un hôtel thermal d’une quinzaine de chambres accueillait ici des curistes. L’établissement ouvrait de la mi-mai à la mi-juillet et les séjours duraient 21 jours. Après la guerre, tout est progressivement abandonné. De l’ancien hôtel ne subsistent bientôt que quatre murs envahis par la végétation. Dans les années 1980, un hangar agricole prend sa place et les générations suivantes de la famille se consacrent essentiellement à l’agriculture. Les bains, eux, restent silencieux. Pourquoi n’ont-ils jamais été rouverts ? Difficile aujourd’hui de l’affirmer avec certitude. Les contraintes réglementaires liées à l’exploitation des eaux thermales ont probablement joué un rôle. Et elles restent, aujourd’hui encore, particulièrement lourdes. Antonia ne se fait aucune illusion : le thermalisme est un métier à part entière. « Ce n’est pas notre cœur de métier », explique-t-elle.Il y a aussi une réalité très concrète : l’accès. Pour rejoindre les bains, il faut parcourir trois kilomètres de piste. La descente peut se faire à pied. La remontée, elle, est une autre histoire ! Depuis l’ouverture, Antonia et Andréa remontent donc leurs visiteurs en 4×4. Une contrainte qui participe finalement presque au charme du lieu : il faut quitter la route, s’enfoncer dans le maquis et prendre le temps d’arriver jusqu’aux Caldanelle.

Un trésor naturel à partager : Rigalu di a tarra, furtuna da sfruttà

Antonia et Andréa n’ont jamais eu l’ambition de recréer une station thermale. Leur envie était beaucoup plus simple : profiter des bains, préserver le lieu et permettre à d’autres de découvrir cette richesse. Antonia regrette néanmoins de ne pas pouvoir davantage valoriser cette eau sulfureuse et son histoire. « J’aurais aimé proposer des bonbonnes d’eau. On y va tous les jours. Ce n’est pas une contrainte ! » Mais la réglementation est stricte : impossible de permettre aux visiteurs d’emporter cette eau ou de communiquer librement sur d’éventuelles propriétés thérapeutiques. Historiquement, elle était notamment utilisée par des personnes souffrant de problèmes de peau, comme l’eczéma ou le psoriasis. Aujourd’hui, les propriétaires ne peuvent évidemment pas mettre en avant de telles vertus. Alors Antonia préfère parler de ce qu’elle peut constater : le plaisir d’être là. Celui de s’immerger dans une eau chaude qui jaillit de la terre, au milieu du maquis, loin de tout. Beaucoup de ceux qui s’y baignent évoquent une sensation particulière, une énergie, un profond sentiment de détente. Et peut-être est-ce finalement cela, le véritable luxe des Caldanelle : pouvoir s’arrêter.

L’agritourisme comme une évidence

« Comme nous restons malgré tout des agriculteurs, l’agritourisme, pour nous, c’était une évidence. »

Et de cette évidence est né un concept au nom aussi simple que réjouissant : l’« Apéribain ». L’idée existait déjà, sans vraiment porter de nom. Antonia et Andréa avaient pris l’habitude de profiter des bains avec leurs amis autour d’un apéritif. Alors pourquoi ne pas partager l’expérience ? Autour du bain, Antonia propose naturellement les produits de l’exploitation : les fruits du verger et leur huile d’olive, mais également les productions d’amis agriculteurs. Miel, charcuterie, fromage, vin… Les Caldanelle deviennent ainsi une vitrine gourmande du territoire. Ouverts au public depuis juillet 2022, les bains entament en 2026 leur cinquième saison, avec déjà de nombreuses réservations. Deux bains peuvent être privatisés, chacun pouvant accueillir jusqu’à six personnes. Et l’offre ne cesse de s’enrichir. En été, la journée peut commencer par un « Petit déj’ bain » ou se prolonger autour d’un goûter. L’« Apéribain » est proposé toute l’année le week-end, avec une courte pause au mois de mars, puis quotidiennement de mai à octobre. Antonia a même imaginé, avec l’aide d’une amie devenue salariée, les « Bains de l’horreur ». Pendant neuf soirées, les visiteurs descendent à pied, de nuit, à la lampe à pétrole. Quant à ce qui les attend une fois arrivés… Antonia n’en dira pas davantage.

L’or des Caldanelle

Après le bain, retour à la terre. Dans le petit concept store du domaine, les visiteurs peuvent découvrir les productions d’Antonia et Andréa. Et parmi elles, impossible de passer à côté du produit phare : leur huile d’olive. « Une huile qui se décline sur trois sites différents. Comme vous l’aurez compris, ce sont 1 700 pieds à gérer ! », sourit l’oléicultrice. Tous ne sont pas exploités. Certains oliviers millénaires sont volontairement laissés au repos. Mais environ 1 400 arbres répartis sur trois oliveraies sont aujourd’hui travaillés. Lorsque le couple reprend l’exploitation, il faut commencer par remettre les arbres en état et reprendre leur taille. En 2018, une EARL – Exploitation Agricole à Responsabilité Limitée – est créée. Antonia et Andréa peuvent compter sur Riccardo, originaire de Rome, médaillé d’or en Italie pour la taille des oliviers. Il les a formés et revient travailler avec eux chaque année. Ensemble, ils taillent entre 300 et 500 arbres par an. Leur cuverie peut aujourd’hui accueillir jusqu’à 5 000 litres d’huile. La première récolte avait donné 386 litres. Depuis, les volumes fluctuent considérablement : certaines années 1 000 litres, d’autres jusqu’à 4 000. Avant de posséder leur propre moulin sur le terrain familial, les olives étaient pressées dans le Taravu. Aujourd’hui, l’exploitation produit plusieurs milliers de litres certaines années, tout en conservant sa dimension familiale. Car ici, on travaille avec la nature, jamais contre elle.

Deux récoltes, deux caractères

Le manque d’eau reste une problématique majeure. Les oliviers ne sont pas irrigués et, aux Caldanelle, l’eau naturellement disponible est sulfureuse. La production suit donc le rythme de la nature. Deux méthodes de récolte sont pratiquées. La première consiste à récolter directement les olives sur l’arbre. C’est notamment le cas pour une partie de l’alivettu di e Caldanelle. Les arbres sont peignés à l’aide de peignes électriques tandis que des filets sont installés au sol. Les olives sont ensuite récupérées et acheminées vers le moulin familial de Sagone pour être effeuillées puis triturées.

Lorsque la météo le permet, Antonia et Andréa pratiquent également une récolte dite « à l’ancienne », toujours en AOP. Les filets sont installés sous les arbres et relevés quotidiennement. Deux façons de travailler qui donnent naissance à deux huiles très différentes. La récolte sur l’arbre produit généralement une huile plus dorée. Les goûts varient également : douceur, intensité, notes d’artichaut… Chaque récolte possède sa personnalité. La variété d’olive joue elle aussi un rôle essentiel. Une aliva Bianca des Caldanelle et une aliva Nera d’Apricciani n’offriront pas les mêmes saveurs. En 2025, la nature a une nouvelle fois imposé ses règles. Le printemps, extrêmement pluvieux et humide, oblige le couple à modifier ses habitudes afin de sauver la récolte. Cette année-là, seule la récolte sur l’arbre sera pratiquée. Ici plus qu’ailleurs, on ne commande pas à la nature. On s’adapte. Et aucun assemblage n’est réalisé : chaque oliveraie conserve sa production et son identité.

Sogni d’eri è d’oghje messi in opera. Una campa…

En 2026, l’aventure des Perrin ne ressemble déjà plus tout à fait à celle de leurs débuts. Autour de leur maison de Sagone, l’exploitation s’est diversifiée. Grenadiers, agrumes, arbres fruitiers, immortelles, mais aussi vaches, poules et vieilles brebis composent désormais le paysage quotidien de la famille. Un ancien casellu rénové est devenu leur maison. C’est ici, au milieu de cette nature qu’ils ont choisie autant qu’elle les a choisis, qu’Antonia et Andréa élèvent leur petite fille. Adhérents du réseau Bienvenue à la ferme, ils trouvent dans ce label une reconnaissance de leur travail, mais aussi une vitrine pour faire connaître leur exploitation et leur manière d’envisager l’agriculture. Les Caldanelle sont aujourd’hui bien plus qu’une ferme, bien plus que deux anciens bains restaurés. C’est un projet familial où se rencontrent agriculture, patrimoine, transmission et agritourisme. Antonia et Andréa ne peuvent pas vanter les éventuelles vertus de cette eau sulfureuse qui jaillit sur leurs terres. La réglementation le leur interdit. Mais il y a une chose qu’ils peuvent promettre sans hésiter : une parenthèse. Quelques heures au milieu du maquis, loin du bruit, dans une eau naturellement chaude, avec pour seul programme celui de profiter du lieu. Une pause hors du temps, née d’un patrimoine que l’on croyait perdu et qu’un jeune couple d’agriculteurs a décidé de faire revivre. Finalement, aux Caldanelle, le plus précieux n’est peut-être pas seulement ce qui jaillit de la terre. C’est aussi ce que l’on a choisi d’en faire.

www.les-bains-de-caldanelle.com

Pages Facebook :

Oliu di Caldanelle

Les Bains de Caldanelle

Instagram : @oliu_e_bagni_di_caldanelle

Tél. : 06 74 37 13 95