

Révolutionner les liaisons maritimes avec l’Italie. C’est le projet de la compagnie Cors’Express. Cap est mis sur un transport innovant.
Par Jean Poletti
Un bateau qui s’élève au-dessus de la mer ? Depuis le quai de Bastia, la particularité du Christine L se distingue d’emblée. Avec sa silhouette compacte et ses lignes tendues, il mise tout sur la technologie. Plus petit qu’un ferry mais aussi plus rapide, ses 32 mètres de long suffisent à acter une rupture. Et quand il largue les amarres, le contact avec les flots diminue. Grâce à ses foils immergés, le navire se soulève progressivement au-dessus de la surface. Sa coque se hisse. La résistance s’efface. Il semble glisser littéralement. « Le détail qui change tout se trouve sous l’eau », confie Vincent Lucchini, fondateur de Cors’Express. Ce mécanisme élaboré permet au Christine L d’atteindre sa vitesse de croisière. Ou plutôt de compresser le temps. 3h15 pour Gênes. 2h15 pour Livourne. Et 3h30 pour Civitavecchia. Trois ports majeurs italiens reliés en un temps record.
Piétons
Ici, chaque minute gagnée devient un argument de voyage. Si les traversées se veulent plus rapides, elles sont aussi plus légères. C’est l’autre point fort développé par la compagnie. Exit la traditionnelle voiture embarquée dans le ferry. Et les longues files d’attente en conséquence pour parvenir dans ses entrailles. Tout est conçu pour des voyageurs dits « piétons ». Voilà le public cible. Un positionnement assumé : la mobilité des personnes est privilégiée à celle du transport de véhicules. Une façon de transposer en mer la logique qui prévaut dans l’aérien.
Avant cette concrétisation, tout commence avec une idée rapportée de la Méditerranée. En Sicile, d’abord où des hydroptères, ces navires à foil, sillonnent la Grande Bleue et assurent des liaisons entre les îles. Puis, viendra une autre expérience, observable dans le golfe de Naples où des liaisons maritimes filent vers la Croatie. Trois années plus tard, en janvier 2026, naît Cors’Express. Après plus de 14 mois de négociation, la compagnie acquiert son premier navire, Le Calypso. Construit en 2005 aux chantiers Rodriguez de Messine, en Sicile, il vogue alors sous les couleurs de Liberty Lines. À cette époque, il dessert Milazzo et les îles Éoliennes, puis les îles Égades, avec également des passages sur la liaison Palerme-Ustica. 15 ans après sa construction, le bateau change de nom, de compagnie et de destination. Il devient le Christine L. Avec Bastia pour nouvelle base d’exploitation.
Ouverture
Et une ville qui devient la porte d’entrée de nouvelles connexions : « Nous pouvons faciliter l’accès de la Corse à de grands hubs italiens », explique Vincent Lucchini au quotidien du transport maritime italien « Shipping Italy ». Objectif : « contribuer à une meilleure ouverture de la Corse vers l’Europe ».
Avec 24 départs par semaine sur l’ensemble de son réseau, se dessine progressivement une autre façon de se déplacer sur la « Mare Nostrum », chère à Braudel. Les portes d’entrée se multiplient avec le voisin transalpin. Livourne ouvre sur la Toscane, Gênes sur la Ligurie et Civitavecchia sur Rome.
Il faut dire que de l’avis de son fondateur, « Cors’Express naît dans un contexte de grands changements ». Mais loin de se poser en concurrente des paquebots traditionnels, cette nouvelle compagnie maritime joue la carte de la complémentarité. « Nous ne défions pas les ferries, nous offrons une nouvelle mobilité. » Car il s’agit de partir à la conquête d’un nouveau marché. Histoire de multiplier les escapades et les courts séjours. Voire les déplacements à la journée. Une aubaine pour les résidents mais aussi pour la destination Corse : les touristes italiens sont la première clientèle étrangère de l’île.
Avec une capacité maximale de 219 passagers à bord auxquels s’ajoutent 8 membres d’équipage et des milles qui défilent à une allure estimée de 38 nœuds, le pari en vaut la peine. Le navire compte actuellement 16 marins répartis en 2 équipes de nuit et navigue sous pavillon italien. À terme, la compagnie prévoit un passage sous pavillon français, avec peut-être la possibilité, de proposer une liaison vers Nice. Cors’Express prévoit également de faire naviguer le navire à l’année, à l’exception de janvier et de février où le bateau sera en maintenance. Comptez 39,99 euros l’aller simple. En attendant que le Christine L prenne le large.

