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Billet d’humeur

par Nathalie Coulon

« J’ai quelques pressentiments qu’un jour cette île étonnera l’Europe »

Jean-Jacques Rousseau, 1762

Du plus loin que l’on s’en souvienne, de Rousseau à la Corse génoise puis française, de l’invasion des Maures, de Pasquale Paoli à Colomba de Mérimée, la Corse n’a jamais cessé de vivre des drames, des injustices et d’être la cible d’un racisme primaire et odieux.

Bien sûr qui n’a pas eu droit au célèbre : « La Corse, ah ! Ce cher Napoléon. »

Histoire de nous flatter un peu l’ego. Avec l’assassinat d’Yvan Colonna, c’est une armada de journalistes et confrères parisiens et continentaux qui continuent à servir sur les ondes et les médias un déferlement de clichés plus grossiers que pittoresques. 

Le mythe du berger corse assassin. Le raccourci funèbre de l’assassinat du préfet Érignac à celui d’Yvan Colonna laissant ainsi planer une quelconque vengeance divine qui pourrait ainsi boucler la boucle de toutes ces années tragiques. 

Pourtant, un chroniqueur qui me régalait sur France Inter a déclamé son fiel sur Arte assisté d’une bande de journalistes s’inclinant de nouveau devant la famille endeuillée du préfet. L’heure aujourd’hui est de se recueillir, l’assassinat d’Yvan Colonna est un acte odieux et inadmissible puisque c’est dans la prison même où il était reclus depuis des années qu’il a été tué ! On tue dans les prisons françaises comme dans les geôles mexicaines ?!!!!

C’est fou, non ? dans le pays des droits de l’homme !

On n’est pas plus vigilant que cela quant à la sécurité d’un homme placé sous le statut de DPS que l’on prive d’un rapprochement sur l’île comme le reste du commando alors que c’est la loi. 

On envoie des cars et des cars de CRS affronter une jeunesse corse excédée par tant d’injustices. 

L’ambiance en Corse est bien lourde et inquiétante se mêlant à l’actualité cauchemardesque avec la guerre en Ukraine et tout le reste du monde où rien ne tourne vraiment rond.

Serait-ce ainsi que les hommes sur cette terre ne sont pas capables de vivre en paix ? 

Et au paradis, il paraît qu’il y fait si bon vivre ? Serait-ce aussi une image subliminale, une invention des hommes pour se désavouer de n’être ni bons, ni justes ? 

Quel péché, quel sacrilège.

Résonne en moi ce mot, cette idée, ce concept de « Frattellanza » (fraternité) qu’est-ce qu’on a bien pu en faire ? Quoique que la foule aux dernières manifestations sur l’île pour clamer l’injustice, le cortège silencieux accueillant la dépouille d’Yvan Colonna, m’ont fait penser à la même foule affligée en 1998 lors de l’assassinat du préfet Érignac. 

Il est une chose certaine qu’il faudra reconnaître au peuple corse devant la mort, chaque être revient à son humble posture : celle d’être un homme sur cette terre tel qu’il fût.

Ici la mort, c’est sacré.

Comme ses chants, comme la beauté des paysages, c’est sacré et rude comme sont les chemins escarpés des montagnes, les précipices le long des falaises rocheuses du Cap corse, sacré comme le rouge flamboyant du golfe de Piana.

Sommes-nous à jamais liés viscéralement au drame, aux malheurs et au son des paghjelle au cœur de nos églises.

À croire que le noir de notre vêture en dit long sur notre destin.

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