Lou Chrétien : De la Corse à l’Amérique latine, un engagement sans frontières

Originaire de Venaco, Lou Chrétien, 22 ans, fait partie de cette jeunesse corse qui a beaucoup voyagé mais reste profondément attachée à son île. De sa scolarité sur le continent aux ambassades d’Amérique du Sud, son parcours est fait d’allers-retours permanents entre plusieurs pays du monde et son village. Aujourd’hui engagée en Service Civique à Pietraserena et déléguée régionale des Jeunes de l’IHEDN, elle pose un regard lucide sur le potentiel de son territoire et sur les perspectives d’engagement des jeunes. Rencontre.
Par Brandon Andreani

Un parcours de vie entre ici et l’ailleurs

Lou Chrétien a une trajectoire qui impressionne pour son jeune âge. Originaire de Venaco, elle a déjà passé une grande partie de sa vie à voyager entre différents horizons.

« J’ai énormément bougé, que ce soit pendant mon enfance ou pour mes études, entre la Corse et le continent », explique-t-elle. Cette habitude de changer régulièrement de lieu lui a permis, très tôt, de multiplier les points de vue et les expériences.

Sa scolarité au lycée se déroule en Bourgogne Franche-Comté. Après le bac, elle entame un parcours étudiant très mobile : une classe prépa HEC à Dijon — choisie pour sa formation pluridisciplinaire —, puis des études à Lyon, en Pologne, en Italie et à Rennes. Elle termine finalement ce cursus en Amérique latine, d’abord en Argentine pour finaliser son Master en relations internationales orienté vers la recherche historique, puis en Colombie, où elle connaît sa première expérience professionnelle au sein de l’ambassade de France.

C’est lors de ses recherches sur les politiques publiques de sécurité en Amérique du Sud que la jeune femme réalise à quel point son île ne la quitte jamais :

« Même au fond de la Colombie, j’ai retrouvé ce lien avec la Corse. Je suis tombée sur un village où vivait une famille issue de l’immigration corse. Tu as toujours ce rappel en toi, peu importe la distance. De plus, les problématiques liées à l’insularité se retrouvent d’un continent à l’autre ; les enjeux sont souvent similaires. »

Revenir pour agir concrètement

Alors qu’elle s’imaginait s’installer durablement en Amérique latine, Lou fait le choix de rentrer en Corse plus tôt que prévu. Un retour qu’elle transforme immédiatement en projet d’avenir. Pour elle, l’expérience acquise à l’étranger doit maintenant servir son île.

« Je savais qu’un jour je reviendrais pour m’investir localement », confie-t-elle. « Aujourd’hui, mon but est d’agir ici. La Corse représente 50 % du pourtour méditerranéen insulaire. Les perspectives de développement sont gigantesques, mais on les minimise trop souvent à l’échelle nationale. Il y a énormément à faire. »

Aujourd’hui, elle concrétise cet objectif à travers un Service Civique à Pietraserena en lien avec l’association InSite. Le but de sa mission est de participer à l’animation de cette belle commune de l’ancienne Pieve di Rogna avec l’organisation de plusieurs événements marquants tels que le retour de la fête de San Quilicu (saint historique du village) ou encore la mise en valeur du peintre Nicolao Filippi di a Petraserena.

En parallèle, elle occupe un poste de déléguée régionale au sein de l’association pour les Jeunes de l’IHEDN (Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale). Son rôle ? Représenter la Corse et ouvrir des horizons aux jeunes insulaires.

« En tant que jeune corse, c’est parfois difficile de se projeter sur le continent, et encore plus à l’étranger. Avec les Jeunes IHEDN, nous voulons sensibiliser et éduquer les moins de 30 ans aux enjeux géopolitiques contemporains.”

Engagement continu et perspectives d’avenir

Pour Lou, s’engager n’est pas une contrainte subie, mais un élan naturel dicté par la passion. Elle estime que ce que l’on fait avec le cœur se traduit toujours par une plus grande efficacité, car c’est l’enthousiasme qui dicte l’action.

Loin des grands discours théoriques, cette démarche doit avant tout servir de passerelle vers le réel. Elle conçoit l’implication citoyenne comme un moyen de matérialiser ses idées afin de transformer les projets en actions concrètes.

Quand on lui demande ce qu’elle souhaite faire à l’avenir, Lou évoque sa première ambition : intégrer la diplomatie et travailler pour le service public. Cependant, son retour en Corse a fait mûrir ses projets.

Elle souhaite désormais reprendre un projet de doctorat qui lui avait été proposé en Argentine, en y intégrant une étude comparative avec la Corse.

Pour conclure, la jeune femme s’adresse aux jeunes de sa génération qui hésitent encore à sauter le pas, que ce soit pour voyager ou pour s’investir dans un projet :

« Écoutez-vous. Quand on est enfant, on a tous des envies professionnelles ou de vie, et c’est souvent la société qui nous impose des barrières en grandissant. Il faut arrêter de vivre avec ces blocages. Si vous avez envie de faire quelque chose, foncez et ne vous posez pas de questions. Si on se met des limites tout seul, on n’avance pas. »


Un message fort qui sonne comme un appel à toute une génération prête, elle aussi, à faire bouger les lignes.